Histoire du sacré

Le Feu, un symbole de la Terre au Ciel…

L’Universel Feu Sacré

Raconte-moi le Feu… Dès l’aube de l’humanité, le Feu protège ou brûle et fascine… Comme la pluie qui se rattache à l’orage et aux nuages, le feu se rapporte à la foudre et au soleil venant du ciel… Ces deux principes atmosphériques et célestes nourrissent la vie culturelle et spirituelle des premiers peuples… La symbolique universelle du feu est intimement liée à l’univers cosmique et solaire. Le Feu renvoie également au monde souterrain, chthonien et terrestre. Même si parfois il se montre dévastateur ou dangereux, le feu régénère et renouvelle le cosmos, les terres ou l’être humain…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour mai 2017 –

D'après le thème alchimique de la salamandre, symbole du feu qui ne brûle pas... (Marsailly/Blogostelle)

D’après le thème alchimique de la salamandre, symbole du feu qui ne brûle pas… (Marsailly/Blogostelle)

LE FEU ORIGINEL VIENT DU CIEL…

Le feu de la foudre et des éclairs semble avoir inspiré très tôt l’humanité… Parfois destructeur, le feu bienfaiteur apporte protection, chaleur, lumière et connaissance. Associé à la pluie salvatrice de l’orage, le Feu devient fécondant. La terre et l’être humain se nourrissent de cette complémentarité vitale.

De la symbolique sexuelle à la symbolique spirituelle
La symbolique sexuelle du feu apparaît comme universelle. On peut la relier au principe originel du frottement répétitif qui permet de faire jaillir l’étincelle pour allumer le feu…

Cette activité de va-et-vient et de chauffe se rattache à l’acte sexuel. Sur un autre plan, la symbolique spirituelle du feu se réfère aussi à l’activité de percussion : l’étincelle produite par une frappe s’apparente à l’éclair ou à la flèche qui touche son but, en relation avec le thème de l’illumination ou de la purification.

D'après la danse cosmique du dieu Çiva Natarâja dans sa Roue de Feu, art Chola, X-XIe siècle, Inde. (Marsailly/Bogostelle)

D’après la danse cosmique du dieu Çiva Natarâja dans sa Roue de Feu, art Chola, X-XIe siècle, Inde médiévale. (Marsailly/Bogostelle)

Xiuhtecuhtli, dieu Aztèque du feu
Chez les Aztèques, la puissance du feu terrestre et souterrain permet l’union des contraires grâce à l’ascension et à la sublimation de l’eau en nuages. L’eau terrestre purifiée par le feu se transforme ainsi en eau céleste et divine.

Le feu est l’agent actif d’une régénération périodique du monde et de la végétation. Le glyphe aztèque de l’eau brûlante évoque l’union des contraires qui s’accomplit au cœur de la terre…

Tlaloc, le dieu du tonnerre
Le dieu du feu Aztèque, Xiuhtecuhtli, arbore 2 motifs imbriqués sur son bandeau. L’un présente sa pointe vers le haut, l’autre vers le bas. La pointe en haut renvoie à la royauté et à une puissance ascendante vers le Ciel. La pointe descendante évoque Tlaloc, le dieu du tonnerre, de la foudre et de la pluie… C’est ainsi que l’Eau redescend du Ciel et arrose la terre…

On rencontre aussi des divinités, comme le dieu du maïs, dont les cendres sont jetées dans la rivière, d’autres qui meurent sur le bûcher avant de renaître sous la forme de nouvelles pousses végétales. Il s’agit de réactualiser la mort et la renaissance d’un dieu ou d’un être mythique qui incarne la végétation par le feu et par l’eau…

D’après une représentation du dieu Tlaloc, dieu aztèque du Tonnerre, de la Foudre et de la Pluie ;  le codex Borgia, Xiuhtecuhtli, dieu du feu aztèque ; et une sculpture de la divinité du feu, Xiuhtecuhtli, Mexico ; mésoamérique. (Marsailly/Blogostelle)

La garde universelle du feu sacré
Dans l’Iran antique, le feu est un symbole essentiel du mazdéisme perse du nom du dieu Ahura- Mazda. Cette doctrine religieuse révélée par Zoroastre vers 660 avjc se fonde sur la lutte de deux principes opposés, la Lumière et les Ténèbres.

Le Feu est le fils d’Ahura-Mazda. Dans la religion de Zarathoustra, appelée mazdéisme ou zoroastrisme, on n’éteint jamais les feux sacrés. La garde du feu sacré se pratique aussi de l’ancienne Rome à Angkor…

DES CELTES AUX HINDOUS, LE FEU DÉTRUIT, PURIFIE ET RÉGÉNÈRE

L’usage rituel du feu apparaît dans les traditions celtiques et hindoues. En Irlande, le feu se rattache au symbolisme solaire comme en Inde avec la divinité du Soleil Sûrya. Le Feu sacrificiel du dieu védique Agni véhicule les prières et les intentions des officiants…

D'après un haut-relief du dieu du Feu Agni, vers XIe-XIIe siècle, Uttar Pradesh, Inde. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un haut-relief du dieu du Feu Agni, vers XIe-XIIe siècle, Uttar Pradesh, Inde médiévale. (Marsailly/Blogostelle)

Feu, rites de passage et renaissance
À l’occasion des fêtes de Beltaines, Le Feu de Bel, les druides allument de grands feux tous les 1er mai. Les rites de purification par le feu pratiqués dans les sociétés agraires correspondent souvent à des rites de passage.

Dans diverses cultures, les crémations rituelles répondent à l’idée que le feu est un véhicule ou un messager entre le monde des vivants et le domaine des morts. Et c’est par le feu que l’on transmet les offrandes aux défunts… Cela se rattache aux champs que l’on brûle pour renouveler leur fertilité et les rendre verdoyants…

Le symbolisme du Feu s’unit à celui de l’Eau
Dans les rites de mort et de renaissance, le symbolisme du feu est intimement lié à celui de l’eau, son principe contraire. Dans certaines cultures, le rite du feu nouveau à lieu au moment du brûlage des terres.

Des cœurs d’oiseaux assimilés à l’esprit des jumeaux divins, maîtres du maïs, sont brûlés. Leurs cendres sont jetées à l’eau dans la rivière pour accomplir une renaissance. Ils deviennent le nouveau Soleil et la nouvelle Lune…

D'après des haut-reliefs sculptés des divinités hindoues Sûrya, dieu Soleil, art Pâla, vers XIe-XIIe siècle, Bihar-Bengale. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des haut-reliefs sculptés des divinités hindoues Sûrya, dieu Soleil, art Pâla, vers XIe-XIIe siècle, Bihar-Bengale, période médiévale. (Marsailly/Blogostelle)

Feu destructeur et Feu du châtiment…
Le feu possède des aspects dangereux quand il détruit, brûle tout sur son passage ou asphyxie par ses fumées. On rencontre dans diverses traditions le feu dévastateur du châtiment, de l’enfer, de la guerre ou encore le feu dévorant des passions…

Ce feu destructeur s’oppose au feu spirituel qui peut consumer pour purifier, renouveler, régénérer et illuminer… La maîtrise du feu peut-être associée parfois à une activité dangereuse, maléfique ou diabolique. Ainsi, le feu de la forge, à la fois céleste et souterrain est considéré comme l’instrument du démiurge comme des démons.

On connaît l’image de Lucifer, dit aussi le porteur de la lumière, dont la chute s’achève dans les flammes de l’enfer. L’enfer brûle ses hôtes sans les consumer mais exclut toute régénération…

D'après un détail du Jugement Dernier, Fra Angelico, XVe siècle, Italie. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un détail du Jugement Dernier, Fra Angelico, XVe siècle, Italie. (Marsailly/Blogostelle)

Le Feu purifie et illumine l’esprit
Comme pour son principe opposé, l’eau, l’aspect positif de la destruction par le feu permet la renaissance, la recréation ou le renouvellement du monde ou de l’être humain.

Mais dans le symbolisme du feu s’y ajoutent les notions de compréhension et d’intelligence rattachées à la lumière et à la vérité sur un plan spirituel. Si l’eau sublime les désirs en bonté ou en charité, le feu purifie et illumine l’esprit.

Les feux rituels purificateurs
Du monde occidental au monde asiatique, on retrouve le symbolisme du feu purificateur et régénérateur dans des rites en correspondance avec le renouvellement de l’année.

Dans le rituel catholique, la célébration du Feu Nouveau a lieu pendant la nuit de Pâque. C’est la même chose dans la tradition Shintô japonaise. Dans la Chine ancienne, le rituel d’intronisation royal s’accompagne de bains et de fumigations sous le signe de feux purificateurs.

D'après L'enfer de Dante de William Blake, XVIIIe-XIXe siècle, Angleterre. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après L’enfer de Dante de William Blake, XVIIIe-XIXe siècle, Angleterre. (Marsailly/Blogostelle)

Du feu terrestre au feu rituel dans l’hindouisme
La tradition hindoue évoque différentes facettes du symbolisme du feu. Les divinités Agni, Indra et Sûrya, respectivement le Feu, la Foudre et le Soleil, correspondent aux différentes formes du feu terrestre.

L’hindouisme reconnaît également deux autres aspects du Feu terrestre : Vaishvanara symbolise le feu qui pénètre et absorbe toute chose, quant au Feu de destruction, il se rattache à l’un des aspects d’Agni.

Dans l’Inde ancienne, le feu est un concept essentiel aux rituels et aux sacrifices. Il se rattache à différentes manifestations du dieu Agni et, comme le feu terrestre, il se décline sous 5 formes spirituelles…

D'après le dieu védique du Feu, Agni, Mathurâ, Ier-IIe siécle apjc, Uttar Pradesh. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après le dieu védique du Feu, Agni, Mathurâ, Ier-IIe siècle apjc, Uttar Pradesh, Inde ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Voir aussi l’article Les dieux Indra et Agni illuminent le Ciel Védique

Des feux follets à l’Esprit divin Brâhma
Dans le monde, on rencontre des significations du feu en relation avec un monde surnaturel, comme les feux follets, âmes errantes… En Chine, selon le Yi-King, le feu correspond au sud, à l’été, à la couleur rouge et au cœur. Associé au cœur, le feu peut évoquer les passions comme l’amour ou la colère ou encore l’esprit.

Le feu de l’esprit, figuré par le trigramme Li, est aussi le souffle. La nature de ce feu renvoie à la connaissance intuitive dans La Bhagavad-Gîtâ, « le chant du Seigneur ». Le feu c’est aussi l’Esprit Divin, Brâhma.

PURETÉ, FÉCONDITÉ, SUBLIMATION ET ILLUMINATION

En sanskrit, pur et feu sont un même mot pour exprimer le feu spirituel. En général, cette nature de feu renvoie à la fois au soleil, aux rites d’incinération, à l’élévation et à la sublimation. L’image du soleil et ses rayons, le feu symbolise la purification, la fécondité et l’illumination.

D'après le thème du phénix qui renaît de ses cendres. (Marsailly/Blogostelle)

D’après le thème du phénix qui renaît de ses cendres. (Marsailly/Blogostelle)

Purification par le Feu et Renaissance, un symbole d’immortalité…

Le feu chrétien revivifie
Des légendes chrétiennes racontent comment le Christ et les saints redonnent vie aux corps humains par le feu de la forge… Les Langues de Feu de la Pentecôte se rapportent au renouveau grâce à la Bonne Nouvelle qui doit se répandre dans le monde. Et les langues de feu évoquent aussi une inspiration céleste et fulgurante…

Le chariot de Feu de l’apothéose d’Élie renvoie au feu céleste et à la bénédiction divine. Selon Saint Martin, l’être humain est feu et il doit dissoudre son enveloppe pour s’unir à la source divine dont il est séparé. Dans beaucoup de régions, on rencontre des ordalies, des épreuves judiciaires dont le jugement est laissé aux éléments naturels ou à Dieu, par l’eau ou par le feu…

D'après La Pentecôte, Jean Restout, XVIIIe siècle, art Français. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après La Pentecôte, de Jean Restout, XVIIIe siècle, art Français. Le Feu de la Bonne Nouvelle… (Marsailly/Blogostelle)

La subtilité du feu intérieur
En Inde, la condition de l’être dans le rêve ou l’illusion ou à l’état subtil relève aussi du feu. L’état subtil s’acquiert grâce à la combustion symbolique de l’enveloppe grossière de l’être humain. L’hindouisme évoque le feu sacrificiel, la chaleur créatrice de l’ascèse divine et la lumière.

Le bouddhisme insiste sur l’importance du feu intérieur, à la fois connaissance et illumination. Le feu intérieur renvoie également aux Upanishad, à la Kundalini du Yoga et au Tantrisme tibétain. Selon différentes traditions, le feu spirituel consume mais ne brûle pas, à l’image de la salamandre alchimique en occident…

Le feu du creuset intérieur consume mais ne brûle pas…
En Occident, la quête de l’immortalité passe par le feu de la forge ou du fourneau alchimique. En Chine, le plexus solaire et le manipura-chakra du Yoga sont considérés sous le signe du feu, une image du creuset intérieur. C’est en brûlant de ce feu intérieur que l’être se purifie et se régénère.

Les Taoïstes entrent dans le feu sans se brûler pour se libérer de leur condition humaine. On retrouve ce feu qui ne brûle pas, symbolisé par la salamandre, dans le vocabulaire de l’hermétisme occidental pour évoquer l’ablution et la purification alchimique. Et le phénix, symbole d’immortalité, renaît de ses cendres…

D'après l'Union Alchimique de l'Eau et du Feu, Historia Tolteca Chichimeca, XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après l’Union Alchimique de l’Eau et du Feu, Historia Tolteca Chichimeca, XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Voir aussi l’article Forge et métallurgie, un labeur  mythique.

La puissance céleste agit par l’Eau ou par le Feu…
En vertu des correspondances entre le macrocosme, c’est à dire le grand monde ou l’univers cosmique, et le microcosme, le petit monde humain, les purifications par le feu et par l’eau sont complémentaires. Elles sont intimement liées et essentielles dans les traditions initiatiques.

Dans les mythes, on retrouve cette alternance de déluge, d’incendie ou de sécheresse, manifestations d’une puissance céleste qui agit par l’Eau ou par le Feu… En Afrique, pour le peuple Bambara, le feu chthonien représente la sagesse humaine et le feu céleste la sagesse divine. Le monde spirituel surpasse le monde profane…

Consulter  Le Sommaire Histoire du Sacré

Consulter Le Sommaire Histoire de l’Art

Consulter Le sommaire du BLOG

 

Commenter ?

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s