Préhistoire, l’âge d’or de l’art paléolithique

D'après la Préhistoire, âge d'or, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

La palette vivante et poétique de l’art paléolithique 

À la fin du paléolithique supérieur, les arts rupestres et mobiliers atteignent leur apogée… Une création artistique spectaculaire s’inspire surtout des animaux, dont la présence mystérieuse et vivifiante habite les grottes et les cavernes… Parfois, quelques figurations humaines participent également à de grandioses mises en scène. Des signes énigmatiques complètent ces compositions poétiques. Les artistes sculptent, gravent et façonnent de nombreux objets en os, en omoplate de renne ou en ivoire, dont de véritables chefs-d’œuvre…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
Dernière mise à jour mai 2019 

D'après un bouquetin, grotte de Niaux, Ariège, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un bouquetin, grotte de Niaux, Ariège, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Bloc notes + Un roman? La Guerre du Feu, de J.H. Rosny Aîné. Un film? La Guerre du Feu de Jean-Jacques Annaud.

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
– Le paléolithique supérieur, 40 000 – 35 000 ans avjc à 10 000 ans avjc. – Le Solutréen, vers 20 000 à 18 000 ans avjc. – Le Magdalénien, vers 18 000 ans avjc à 10 000 ans avjc. Chronologie générale  L’Art de la Préhistoire

LA TOUCHE ARTISTIQUE MAGNIFIE LES ANIMAUX…

Les styles 3 et 4 selon l’étude du préhistorien Leroi-Gourhan… Le style 3 consacre le monde animal. Ce profil stylistique se réfère à la période finale du Solutréen et au Magdalénien, entre 17 000 et 13 000 ans avjc. Le style 4, entre 13 000 et 10 000 ans avjc, correspond à une tendance plus réaliste et à la multiplication de compositions mobiles et d’objets d’art…

D'après un grand bison, grotte de Marsoulas, vers 13 000 avjc, Pyrénées, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un grand bison, grotte de Marsoulas, vers 13 000 avjc, Pyrénées, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Les artistes paléolithiques aiment les arrondis et les lignes sinueuses
Le monde animal est interprété avec une grande vivacité, dans un esprit imaginatif qui nous emmène au-delà des normes naturelles. Les animaux semblent flotter en apesanteur…

Les artistes soignent le modelé des animaux et dessinent des ventres très arrondis ou ballonnés et des lignes dorsales sinueuses. Souvent, les pattes sont petites ou à peine esquissées.

De toutes petites pattes supportent le corps majestueux de l’animal
Les peintres paléolithiques possèdent un sens réfléchi de la composition pour mettre en scène des troupeaux ou des animaux isolés. Les artistes affectionnent particulièrement les bisons, les taureaux, les bouquetins et les chevaux…

D’après des bisons, modelés dans l’argile, Tuc-d’Adoubert, Magdalénien ; un bison peint, grotte de Lascaux, Dordogne, vers 18 000 -10 000 ans avjc, Magdalénien ; et un mammouth gravé, grotte de Cussac, Dordogne, vers 29500-28000 ans avjc, Gravettien ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

On crée des ensembles mobiles sur blocs ou sur plaquettes
Entre 13 000 et 10 000 ans avjc, le style 4 marque une évolution. Les artistes cherchent à exprimer des rendus de plus en plus réalistes et la ligne dorsale sinueuse des animaux se redresse…

D’après un mammouth, fragment de propulseur, bois de renne ; et deux cervidés enlacés, propulseur, grotte d’Enlene, Ariège, vers 18 000 -10 000 ans avjc ; France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

80% des créations sont des blocs sculptés mobiles et des objets d’arts. Les sculpteurs travaillent sur des plaquettes ou sur des pierres que l’on peut déplacer, ce qui permet de varier les compositions. Ces ensembles sculptés ou gravés sont peut-être destinés à des sanctuaires mobiles… Les sagaies, les propulseurs de sagaie et les omoplates de renne font l’objet de décors très élaborés.

D'après des bouquetins affrontés, grottes de Lascaux, Dordogne, vers 18 000 ans avjc, Magdalénien, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des bouquetins affrontés, grottes de Lascaux, Dordogne, vers 18 000 ans avjc, Magdalénien, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Des compositions qui expriment une dualité…
Mammouths, bisons, rennes, aurochs, grands félins, bœufs musqués, rhinocéros laineux…, ces animaux aujourd’hui disparus de nos contrées européennes, animent les parois des grottes au moment des périodes froides.

Parmi les constantes de l’art pariétal, le thème du duel semble inspirer de nombreuses compostions. L’art de la mise en scène varie selon les tableaux… En groupe ou par deux, les animaux se livrent à d’impérieux et grandioses face-à-face…

D'après des mammouths affrontés, Rouffignac, vers 13 000-10 000 ans avjc, Magdalénien, Périgord, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des mammouths affrontés, Rouffignac, vers 13 000-10 000 ans avjc, Magdalénien, Périgord, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Affrontements et face-à-face…
Deux animaux différents ou d’une même espèce s’affrontent, deux groupes d’animaux d’espèce différentes se toisent, un homme et un animal semblent s’opposer ou se combattre, ou encore un homme et un troupeau se retrouvent face-à-face…

La dualité s’exprime aussi dans le contraste entre une touche naturelle des rendus et un trait volontairement abstrait : l’impression naturaliste des animaux cohabite avec des images humaines très schématiques et des signes à motifs géométriques.

D’après un bison gravé sur plaquette, grotte d’Isturitz, Pyrénées,  Magdalénien ; un hibou, grotte Chauvet, Pont d’Arc, Ardèche, 36 000 ans avjc, Aurignacien ; et un canidé gravé, bois de renne, Magdalénien ; France, style naturaliste, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Toute une faune en majesté
De nouvelles espèces animales apparaissent dans l’art pariétal ou mobilier quand le climat devient plus tempéré. À côté des mammouths, des bisons, des rennes, des aurochs…

… on rencontre également de nombreux chevaux et taureaux, des loups, des canidés, des cerfs, des ours et des bouquetins. On peut les admirer sur les peintures et les gravures des parois rocheuses, moulés dans l’argile, ou encore sculptés ou gravés sur des objets en corne, en os ou en ivoire.

Les artistes paléolithiques créent un trait réaliste et vivant pour représenter les animaux, parfois empreints de surréalisme et parfois surprenant de naturalisme….

D’après une tête de cheval, gravure, grotte des Trois-Frère, Ariège ; un cheval sculpté, bloc de pierre, vers 15 000 ans avjc ; et un cheval, os, contour découpé, Laugerie-Basse, vers 18 000 -10 000 ans avjc ; art Magdalénien, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

DES ESQUISSES ÉVOQUENT L’ÊTRE HUMAIN…

Le plus souvent, les êtres humains sont silhouettés
Les représentations féminines du Roc-aux-Sorciers semblent insister sur le rôle sexuel et procréateur de la femme. Le détail naturaliste du sexe féminin apparaît comme une évidence sur des silhouettes à peine dessinées…

Les débuts de l’art du portrait ?
Assez rarement, les artistes paléolithiques s’essayent à créer des figures humaines davantage empreintes de réalisme… On peut le voir sur certaines figurations surnommées Odalisques.

Les lignes de ces corps féminins aux formes naturelles respirent la sensualité… Une tête d’homme dans la grotte de La Marche, dans la Vienne en France, offre au spectateur l’image d’un visage surprenant de vérité humaine…

Le corps humain brossé en quelques traits
Le portrait d’homme de La grotte de La Marche dans la Vienne surprend le spectateur qui se retrouve face à un visage très humain. Mais le plus souvent, les artistes interprètent sommairement le corps humain brossé en quelques traits.  Parfois un visage masqué ou un être mi-humain mi-animal. On rencontre aussi d’étranges silhouettes aux allures de fantômes, comme en Allemagne…

Des étranges silhouettes paléolithiques à l’allure fantasmagorique…

D’après des silhouettes humaines, gravure sur plaquette de schiste, site de Gönnersdorf, Allemagne, Magdalénien ; une figuration humaine à capuche, gravure, Sourzac, Dordogne, vers 25000-20 000 ans avjc, Gravettien ; et  paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

DES LAMPES, DES POCHOIRS, DES PIGMENTS, DES PINCEAUX… DÈS LA PRÉHISTOIRE

L’artiste paléolithique travaille avec les moyens simples dont il dispose pour graver, sculpter et peindre. La polychromie et la composition semblent répondre à des codes précis. Les peintres utilisent quatre couleurs : le noir, le rouge, le blanc et le jaune.

D'après la Vache qui saute, grottes de Lascaux, Dordogne, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la Vache qui saute, grottes de Lascaux, Dordogne, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Pigments minéraux et oxydes métalliques composent la palette
Le noir, par exemple, provient du manganèse et du charbon, le rouge de pigments d’ocre rouge ou d’oxyde de fer, le blanc de l’argile blanche et le jaune de l’argile jaune…

Le savoir-faire artistique permet d’obtenir des dégradés en travaillant l’argile. Les artistes utilisent leurs doigts, leurs mains, des pinceaux fabriqués à l’aide de crins et de poils et des pochoirs. Pour s’éclairer dans les grottes, ils allument des lampes en grès grâce à une mèche végétale. La graisse animale sert de combustible…

D’après un taureau-auroch, un cheval rouge et une lampe en grès rose, à décor de signes, grotte de Lascaux, vers 18 000 avjc, Magdalénien, Dordogne, France, Paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

L’application des couleurs, le rendu de la lumière, le traitement de la perspective, le modelé de l’anatomie des animaux… sont peut-être en relation avec une tradition millénaire de savoir-faire et d’inspiration.

Les artistes magdaléniens insufflent une puissante vitalité à leurs œuvres et nous transportent au delà du réel… et ils élaborent leurs compositions picturales 

D'après un cheval renversé, grottes de Lascaux, Dordogne, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un cheval renversé, grottes de Lascaux, Dordogne, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Dramatisation et mise en scène
Les artistes paléolithiques cultivent un art de la dramatisation qui sublime la mise en scène de leurs compositions. Même dans les représentations les plus naturalistes, les animaux semblent surgir d’un au-delà imaginaire voire sacré… et certaines silhouettes s’apparentent à des apparitions oniriques ou fantasmagoriques…

Une signification rituelle des représentations?
Sur certaines compositions apparaissent des traces de frappes évoquant des coups de sagaies. Si un lien symbolique avec la chasse est possible, une grande majorité des animaux représentés n’est pas du gibier.

D'après un éléphant et bouquetins, grotte de Rouffignac, Dordogne, vers 15 000 ans avjc, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un éléphant et bouquetins, grotte de Rouffignac, Dordogne, vers 15 000 ans avjc, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Des animaux sauvages…
Si on chasse les rennes et les bisons pour se nourrir beaucoup d’autres animaux sauvages sont représentés. Ces gestes de frappe renvoient peut-être à une fonction rituelle ou magique des images, comme à des cérémonies ou des rites, initiatiques, sacrés ou religieux. Selon certains préhistoriens, les représentations pariétales ne sont pas dues au hasard.

Des couples cheval-bison, des rennes et des bouquetins…
Le couple cheval-bison ou les rennes et les bouquetins semblent s’intégrer dans une mise en scène qui transforme les grottes en sanctuaire. Les artistes investissent les lieux le plus loin possible en profondeur. Et les animaux les plus dangereux sont représentés dans les endroits les plus reculés, les plus difficiles d’accès…

D’après un cheval et bison, gravure, grotte de Cussac, Dordogne, France, Gravettien ; un bison et cheval, grotte Chauvet, Pont d’Arc, Ardèche, vers 36 000 ans avjc, Aurignacien ; et des chevaux et signes, grotte de Lascaux, vers 18 grotte de Lascaux, vers 18 000 avjc, Magdalénien, Dordogne, France, Paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Des combinaisons énigmatiques de signes abstraits…
Souvent, les artistes paléolithiques se plaisent à mettre en scène les animaux dans des situations qui ne sont pas celles de leur milieu naturel réel. Contrairement à ce qui se passe dans la nature, ils représentent différentes espèces qu’ils associent ou opposent dans leurs compositions picturales ou sculptées…

Des combinaisons de signes abstraits
On rencontre aussi des combinaisons énigmatiques de signes abstraits… Que signifient ces points ou ces tracés géométriques variés qui ponctuent et complètent les tableaux de l’art pariétal? Des signes de reconnaissance? Des signes symboliques, sacrés, religieux ou magiques?

D'après une vache rouge, grottes de Lascaux, Dordogne, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une vache rouge, grottes de Lascaux, Dordogne, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Le préhistorien Leroy-Gourhan évoque une religion de la fertilité. Selon son analyse, le cheval et le motif du trait relèvent d’un symbolisme masculin et le bison et les signes pleins se rattachent à des symboles féminins…

Les grottes, premiers sanctuaires de l’humanité?
Parmi les interprétations de l’art paléolithique, certaines proposent une signification symbolique du bestiaire préhistorique. Un savoir conceptuel et traditionnel pourrait ainsi être transmis et perpétué…

L’agencement manifestement volontaire des ensembles picturaux des grottes ou des abris rocheux et leurs signes mystérieux disséminés çà et là, laissent imaginer que ces lieux sont des sanctuaires…

D'après les Troupeaux de la Grottes de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Dordogne, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après les Troupeaux de la Grottes de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Dordogne, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

L’art paléolithique est peut-être un art qui exprime et qui enseigne des connaissances philosophiques, spirituelles ou initiatiques? Voir aussi l’article L’univers spirituel des chasseurs-cueilleurs

Un art qui consacre la fertilité, la procréation et les principes féminin et masculin ? Un art qui témoignage d’une première mythologie? Un art qui symbolise le lien entre le monde des vivants et le monde des morts? Un art qui exalte une relation spirituelle entre les êtres humains, les animaux et un au-delà divin, mythique ou sacré ?

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