PRÉHISTOIRE

Préhistoire, l’âge d’or de l’art paléolithique

Une palette vivante et poétique

À la fin du paléolithique supérieur, les arts rupestres et mobiliers atteignent leur apogée… Une création artistique spectaculaire s’inspire surtout des animaux, dont la présence mystérieuse et vivifiante habite les grottes et les cavernes… Parfois, quelques figurations humaines participent également à de grandioses mises en scène. Des signes énigmatiques complètent ces compositions poétiques. Les artistes sculptent, gravent et façonnent de nombreux objets en os, en omoplate de renne ou en ivoire, dont de véritables chefs-d’œuvre…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
Dernière mise à jour septembre 2016 –

D'après les Troupeaux de la Grotte de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Dordogne. (Marsailly/Blogostelle)

D’après les Troupeaux de la Grotte de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Dordogne. (Marsailly/Blogostelle)

Bloc notes + Un roman? La Guerre du Feu, de J.H. Rosny Aîné. Un film? La Guerre du Feu de Jean-Jacques Annaud.

LA TOUCHE ARTISTIQUE MAGNIFIE DES ANIMAUX SURRÉALISTES

Les styles 3 et 4 selon l’étude du préhistorien Leroi-Gourhan… Le style 3 consacre le monde animal. Ce profil stylistique se réfère à la période finale du Solutréen et au Magdalénien, entre 17 000 et 13 000 ans avjc. Le style 4, entre 13 000 et 10 000 ans avjc, correspond à une tendance plus réaliste et à la multiplication de compositions mobiles et d’objets d’art…

Les artistes paléolithiques aiment les arrondis et les lignes sinueuses
Le monde animal est interprété avec une grande vivacité, dans un esprit imaginatif qui nous emmène au-delà des normes naturelles. Les animaux semblent flotter en apesanteur…

Les artistes soignent le modelé des animaux et dessinent des ventres très arrondis ou ballonnés et des lignes dorsales sinueuses. Souvent, les pattes sont petites ou à peine esquissées.

D'après un bison de la grotte de Marsoulas en Haute-Garonne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un bison de la grotte de Marsoulas en Haute-Garonne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

De toutes petites pattes supportent le corps majestueux de l’animal
Les peintres paléolithiques possèdent un sens réfléchi de la composition pour mettre en scène des troupeaux ou des animaux isolés. Les artistes affectionnent particulièrement les bisons, les taureaux, les bouquetins et les chevaux…

On crée des ensembles mobiles sur blocs ou sur plaquettes
Entre 13 000 et 10 000 ans avjc, le style 4 marque une évolution. Les artistes cherchent à exprimer des rendus de plus en plus réalistes et la ligne dorsale sinueuse des animaux se redresse…

80% des créations sont des blocs sculptés mobiles et des objets d’arts. Les sculpteurs travaillent sur des plaquettes ou sur des pierres que l’on peut déplacer, ce qui permet de varier les compositions. Ces ensembles sculptés ou gravés sont peut-être destinés à des sanctuaires mobiles… Les sagaies, les propulseurs de sagaie et les omoplates de renne font l’objet de décors très élaborés.

D'après des bouquetins sculptés du Roc-aux-Sorciers, dans le Poitou, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D'après les bisons magdaléniens du Tuc-d'Adoubert , argile, Ariège, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des bouquetins sculptés du Roc-aux-Sorciers, dans le Poitou ;  et des Bisons magdaléniens du Tuc-d’Adoubert, Ariège : une mise en scène modelée dans l’argile…  ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
– Le paléolithique supérieur, 40 000 – 35 000 ans avjc à 10 000 ans avjc. – Le Solutréen, vers 20 000 à 18 000 ans avjc. – Le Magdalénien, vers 18 000 ans avjc à 10 000 ans avjc. Chronologie générale  L’Art de la Préhistoire

Des compositions qui expriment une dualité…
Mammouths, bisons, rennes, aurochs, grands félins, bœufs musqués, rhinocéros laineux…, ces animaux aujourd’hui disparus de nos contrées européennes, animent les parois des grottes au moment des périodes froides.

Parmi les constantes de l’art pariétal, le thème du duel semble inspirer de nombreuses compostions. L’art de la mise en scène varie selon les tableaux… En groupe ou par deux, les animaux se livrent à d’impérieux et grandioses face-à-face…

D'après un duel de mammouths dans la grotte de Rouffignac, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un Duel de Mammouths dans la grotte de Rouffignac, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

D'après des Bouquetins, Grottes de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Dordogne. (Marsailly/Blogostelle)

D’après des Bouquetins Affrontés, Grottes de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Dordogne. (Marsailly/Blogostelle)

Affrontements et face-à-face…
Deux animaux différents ou d’une même espèce s’affrontent, deux groupes d’animaux d’espèce différentes se toisent, un homme et un animal semblent s’opposer ou se combattre, ou encore un homme et un troupeau se retrouvent face-à-face…

La dualité s’exprime aussi dans le contraste entre une touche naturelle des rendus et un trait volontairement abstrait : l’impression naturaliste des animaux cohabite avec des images humaines très schématiques et des signes à motifs géométriques.

D'après un bison gravé sur plaquette, art magdalénien, grotte d'Isturitz, Pyrénées, France. paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après un mammouth sculpté, propulseur en bois de renne, grotte de Canecaude, Aude, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un bison gravé sur plaquette, art magdalénien, grotte d’Isturitz, Pyrénées ; et un mammouth sculpté ornant un propulseur en bois de renne, grotte de Canecaude, Aude ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Toute une faune en majesté
De nouvelles espèces animales apparaissent dans l’art pariétal ou mobilier quand le climat devient plus tempéré. À côté des mammouths, des bisons, des rennes, des aurochs…

… on rencontre également de nombreux chevaux et taureaux, des loups, des canidés, des cerfs, des ours et des bouquetins. On peut les admirer sur les peintures et les gravures des parois rocheuses, moulés dans l’argile, ou encore sculptés ou gravés sur des objets en corne, en os ou en ivoire.

D'après un canidé gravé sur bois de renne, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après une tête de cheval gravée sur les parois de la grotte des Trois-Frères, Ariège, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un canidé gravé sur bois de renne et une tête de cheval gravée sur les parois de la grotte des Trois-Frères, Ariège, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

Un trait réaliste et vivant pour représenter les animaux…

Le plus souvent, les êtres humains sont silhouettés
Les représentations féminines du Roc-aux-Sorciers semblent insister sur le rôle sexuel et procréateur de la femme. Le détail naturaliste du sexe féminin apparaît comme une évidence sur des silhouettes à peine dessinées…

D'après des plaquettes de schiste gravées, Gönnersdorf, Allemagne, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après une figure humaine gravée, Sourzac, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des plaquettes de schiste gravées, Gönnersdorf, Allemagne ; et d’après une figure humaine gravée, Sourzac, Dordogne, France ; paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

Des étranges silhouettes paléolithiques à l’allure fantasmagorique…

Le corps humain brossé en quelques traits
Le portrait d’homme de La grotte de La Marche dans la Vienne surprend le spectateur qui se retrouve face à un visage très humain. Mais le plus souvent, les artistes interprètent sommairement le corps humain brossé en quelques traits.

D'après un personnage masculin avec un museau gravé sur os, art magdalénien, Mas-d'Azil, Ariège, en France, paléolithique supérieur. (Illustration Marsailly/Blogostelle.)  D'après des représentations féminines en relief, Roc-aux-Sorciers dans la Vienne, en France, paléolithique supérieur. (Illustration Marsailly/Blogostelle.)

D’après un personnage masculin avec un museau gravé sur os, art magdalénien, Mas-d’Azil, Ariège ; et d’après des représentations féminines en relief, Roc-aux-Sorciers, Vienne ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Les dessinateurs traitent la tête humaine de manière stylisée ou caricaturale, qui suggère parfois un visage masqué ou un être mi-humain mi-animal. On rencontre aussi d’étranges silhouettes aux allures de fantômes, comme en Allemagne…

Les débuts de l’art du portrait ?
Assez rarement, les artistes paléolithiques s’essayent à créer des figures humaines davantage empreintes de réalisme… On peut le voir sur certaines figurations surnommées Odalisques.

D'après un galet gravé magdalénien, Odalisque, La Madeleine, Dordogne, France. (Marsailly/Blogostelle)

D'après un croquis, tête d'homme, grotte de La Marche, dans la Vienne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un croquis, tête d’homme, grotte de La Marche, dans la Vienne ; et un galet gravé magdalénien, Odalisque, La Madeleine, Dordogne, France. (Marsailly/Blogostelle)

Les lignes de ces corps féminins aux formes naturelles respirent la sensualité… Une tête d’homme dans la grotte de La Marche, dans la Vienne en France, offre au spectateur l’image d’un visage surprenant de vérité humaine…

DES LAMPES, DES POCHOIRS, DES PIGMENTS ET DES PINCEAUX DÈS LA PRÉHISTOIRE…

L’artiste paléolithique travaille avec les moyens simples dont il dispose pour graver, sculpter et peindre. La polychromie et la composition semblent répondre à des codes précis. Les peintres utilisent quatre couleurs : le noir, le rouge, le blanc et le jaune.

D'après un cheval au tracé rouge, grotte de Lascaux, art magdalénien, Dordogne, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un cheval au tracé rouge, grotte de Lascaux, art magdalénien, Dordogne, France. (Marsailly/Blogostelle.)

Pigments minéraux et oxydes métalliques composent la palette
Le noir, par exemple, provient du manganèse et du charbon, le rouge de pigments d’ocre rouge ou d’oxyde de fer, le blanc de l’argile blanche et le jaune de l’argile jaune…

Le savoir-faire artistique permet d’obtenir des dégradés en travaillant l’argile. Les artistes utilisent leurs doigts, leurs mains, des pinceaux fabriqués à l’aide de crins et de poils et des pochoirs. Pour s’éclairer dans les grottes, ils allument des lampes en grès grâce à une mèche végétale. La graisse animale sert de combustible…

D'après une lampe en grès à décor de signes, Lascaux, paléolithique supérieur, Dordogne, en France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une lampe en grès à décor de signes, Lascaux, paléolithique supérieur, Dordogne, en France. (Marsailly/Blogostelle)

L’application des couleurs, le rendu de la lumière, le traitement de la perspective, le modelé de l’anatomie des animaux… sont peut-être en relation avec une tradition millénaire de savoir-faire et d’inspiration.

Les artistes paléolithiques cultivent un art de la dramatisation qui sublime la mise en scène de leurs compositions. Même dans les représentations les plus naturalistes, les animaux semblent surgir d’un au-delà imaginaire voire sacré… et certaines silhouettes s’apparentent à des apparitions oniriques ou fantasmagoriques…

D'après un cheval renversé de la grotte de Lascaux, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un Cheval Renversé de la grotte de Lascaux, Dordogne,  France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Les artistes magdaléniens insufflent une puissante vitalité à leurs œuvres et nous transportent au delà du réel…

Une signification rituelle des représentations?
Sur certaines compositions apparaissent des traces de frappes évoquant des coups de sagaies. Si un lien symbolique avec la chasse est possible, une grande majorité des animaux représentés n’est pas du gibier. Si on chasse les rennes et les bisons pour se nourrir beaucoup d’autres animaux sauvages sont représentés.

Ces gestes de frappe renvoient peut-être à une fonction rituelle ou magique des images, comme à des cérémonies ou des rites, initiatiques, sacrés ou religieux. Selon certains préhistoriens, les représentations pariétales ne sont pas dues au hasard.

Le couple cheval-bison ou les rennes et les bouquetins semblent s’intégrer dans une mise en scène qui transforme les grottes en sanctuaire. Les artistes investissent les lieux le plus loin possible en profondeur. Et les animaux les plus dangereux sont représentés dans les endroits les plus reculés, les plus difficiles d’accès…

Voir aussi l’article L’univers spirituel des chasseurs-cueilleurs

D'après la Vache qui Saute, art magdalénien, Lascaux, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après la Vache qui Saute, art magdalénien, Lascaux, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

Les artistes paléolithiques élaborent leurs compositions picturales

Des combinaisons énigmatiques de signes abstraits…
Souvent, les artistes paléolithiques se plaisent à mettre en scène les animaux dans des situations qui ne sont pas celles de leur milieu naturel réel. Contrairement à ce qui se passe dans la nature, ils représentent différentes espèces qu’ils associent ou opposent dans leurs compositions picturales ou sculptées…

On rencontre aussi des combinaisons énigmatiques de signes abstraits… Que signifient ces points ou ces tracés géométriques variés qui ponctuent et complètent les tableaux de l’art pariétal? Des signes de reconnaissance? Des signes symboliques, sacrés, religieux ou magiques?

Le préhistorien Leroy-Gourhan évoque une religion de la fertilité. Selon son analyse, le cheval et le motif du trait relèvent d’un symbolisme masculin et le bison et les signes pleins se rattachent à des symboles féminins…

D'après une composition de Lascaux, cheval et signes, art magdalénien, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une composition de Lascaux, cheval et signes, art magdalénien, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

Les grottes, premiers sanctuaires de l’humanité?
Parmi les interprétations de l’art paléolithique, certaines proposent une signification symbolique du bestiaire préhistorique. Un savoir conceptuel et traditionnel pourrait ainsi être transmis et perpétué…

L’agencement manifestement volontaire des ensembles picturaux des grottes ou des abris rocheux et leurs signes mystérieux disséminés çà et là, laissent imaginer que ces lieux sont des sanctuaires… L’art paléolithique est peut-être un art qui exprime et qui enseigne des connaissances philosophiques, spirituelles ou initiatiques?

Un art qui consacre la fertilité, la procréation et les principes féminin et masculin ? Un art qui témoignage d’une première mythologie? Un art qui symbolise le lien entre le monde des vivants et le monde des morts? Un art qui exalte une relation spirituelle entre les êtres humains, les animaux et un au-delà divin, mythique ou sacré ?

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