PRÉHISTOIRE

Préhistoire, histoire du sacré… le Paléolithique

De la Verticalité à l’Âge du Feu…

Il était une fois… l’expérience du sacré, un phénomène universel. Selon l’historien des religions Mircea Eliade, si les documents archéologiques apportent des connaissances limitées dans ce domaine… les données comparées de l’ethnologie et de l’histoire des religions permettent d’accéder à un champ plus vaste de significations culturelles. Il est très probable que l’humanité préhistorique élabore et expérimente une forme de spiritualité fondée sur des croyances et sur la pratique de rites…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
Dernière mise à jour septembre 2016 –

D'après des chevaux associés à des mains, grotte du Pech Merle, vers 20 000 ans avjc, Lot, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des chevaux associés à des mains, grotte du Pech Merle, vers 20 000 ans avjc, Lot, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, la pierre, le feu, les armes et les animaux nourrissent l’imagination créatrice…

Bloc notes + Un roman? La Guerre du Feu, de J.H. Rosny Aîné. Un film? La Guerre du Feu de Jean-Jacques Annaud.

L’HUMANITÉ SORT DE LA NUIT…

Les êtres humains préhistoriques se montrent très tôt doués d’intelligence et d’imagination. Ils sont capables d’utiliser des objets pour se fabriquer des outils et dépasser les limites de leur propre corps. Ce sont également des artistes qui dessinent, peignent, sculptent et gravent la pierre, l’os ou la corne…

Le Feu aide à la survie et inspire probablement l’imaginaire
On découvre le feu. On apprend à le produire, à le conserver et à le transporter. Grâce à la maîtrise du feu, les paléolithiques abandonnent le mode de vie de leurs prédécesseurs. En France, des foyers sont attestés vers 400 000 ans avjc, mais certaines traces de l’usage contrôlé du feu pourraient remonter à 700 000 ans avjc.

La découverte et la maîtrise du Feu permet à l'humanité de découvrir sa propre lumière... (Marsailly/Blogostelle)

La découverte et la maîtrise du Feu permet à l’humanité de découvrir sa propre lumière… (Marsailly/Blogostelle)

Les humains commencent à structurer leurs lieux de vie. À l’époque paléolithique, le feu est un atout essentiel à la survie et inspire sans doute aussi l’imaginaire… Il peut être associé à l’orage et la foudre dangereuse, au feu dévastateur dans la nature, mais aussi à la cuisson de la nourriture, à une protection contre les bêtes sauvages, à la chaleur et à la lumière…

Voir aussi l’article Le Feu, un symbole de la Terre au Ciel

L’être humain expérimente sa verticalité
Quand l’hominidé adopte la position verticale, sa perception spatiale du monde évolue… Il organise son espace vital autour de son corps, dans toutes les directions. L’être humain prend conscience de sa situation au milieu d’une étendue et acquiert un sens de l’orientation de plus en plus aiguisé.

Il prend conscience aussi de la notion de territoire et d’habitat autour d’un centre. Et bien au-delà…, l’être humain appréhende peut-être de manière intuitive le vaste cosmos… Le principe de verticalité anime le corps et l’esprit de l’être humain…

D'après un bâton gravé magdalénien à silhouette humaine, Bruniquel, Tarn, en France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un bâton gravé magdalénien à silhouette humaine, Bruniquel, Tarn, en France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
– Le paléolithique inférieur, des origines à 100 000 ans avjc. – Le paléolithique moyen, de 100 000 ans avjc à 40 000 – 35 000 ans avjc. Le paléolithique supérieur, de 35 000 ans avjc à 10 000 ans avjc. Chronologie générale L’Art de la Préhistoire

L’univers des peuples disparus
L’archéologie se fonde sur l’étude des matériels découverts grâce aux fouilles. L’analyse des sites et de leurs mobiliers apporte des informations relatives à un contexte social et culturel. Mais les fondements de la pensée des cultures disparues restent méconnus ou inconnus.

Les documents archéologiques restent opaques quand ils ne sont pas intégrés dans un ensemble significatif. Selon Mircea Eliade, les études à la fois de l’ethnologie et de l’histoire des religions permettent d’approcher de plus près l’univers culturel et spirituel des peuples disparus.

Des sépultures et des ossements
Pour les temps préhistoriques les plus reculés, les principaux documents matériels retrouvés sont des ossements humains, surtout des crânes, des outils en pierre, quelques parures et des pigments, en particulier de l’ocre rouge.

C’est seulement au paléolithique supérieur que les témoignages deviennent beaucoup plus nombreux. On dispose alors de gravures et de peintures rupestres, de sculptures en pierre ou en os et d’une grande variété d’objets façonnés par les artistes paléolithiques.

D'après les troupeaux de rhinocéros de la grotte Chauvet, art aurignacien, 36 000 ans avjc, Ardèche, France, début du paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après les troupeaux de rhinocéros de la grotte Chauvet, art aurignacien, 36 000 ans avjc, Ardèche, France, début du paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

Les œuvres de la grotte Chauvet inaugurent une période riche en créations artistiques…

Les premières manifestations artistiques vers 36 000 ans avjc
L’intention religieuse s’exprime dans les sépultures comme dans l’art. Avant les premières manifestations artistiques de l’Aurignacien, vers 36 000 – 30 000 ans avjc, les seuls vestiges connus pour le moment sont des outils. Le travail du silex révèle la capacité de l’homme-artisan à fabriquer des objets dans un but utilitaire.

Ce qu’il pense, ressent, croie ou imagine, reste une énigme. Mais les sépultures néandertaliennes révèlent déjà une attention particulière liée à la mort… Définition du mot religion :  c’est un ensemble déterminé de croyances et de conceptions définissant le rapport de l’être humain avec le sacré ou le divin.

Partout dans le monde, chaque religion ou doctrine spirituelle s’accompagne de pratiques et de rites spécifiques… en relation à des croyances, à des mythes et à des textes sacrés… Étymologie : le mot religion vient du latin religio, de religare… qui a donné le français relier, et de relegere dérivant de legere qui signifie cueillir, rassembler…

D'après les Cerfs de la Grotte de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Dordogne. (Marsailly/Blogostelle)

D’après les Cerfs de la  Grotte de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Dordogne. (Marsailly/Blogostelle)

Des croyances et des traditions héritées de l’âge de pierre…
L’apparition d’une croyance ne se limite pas à la date à laquelle elle est attestée pour la première fois… À l’âge des métaux, on rencontre des traditions en relation avec des secrets de métier, en particulier pour les travaux de la mine, de la métallurgie et de la fabrication des armes.

En général, ces traditions se rapportent au Feu et au monde souterrain, et il est probable que ces traditions n’apparaissent pas brusquement à une époque donnée. Aboutissement d’un héritage et d’une longue maturation, elles plongent sans doute leurs racines jusque dans l’âge de pierre… et on peut tenter de saisir les valeurs spirituelles de l’humanité préhistorique…

D'après un harpon du paléolithique supérieur en bois de renne, art magdalénien du Mas-d'Azil, 18 000 - 10 000 ans avjc, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un harpon du paléolithique supérieur en bois de renne, art magdalénien du Mas-d’Azil, 18 000 – 10 000 ans avjc, France. (Marsailly/Blogostelle.)

La puissance magico-religieuse des armes
La taille de la pierre et la maîtrise du feu contribuent à assurer la survie de l’être humain paléolithique. Il fabrique des outils et des armes pour chasser ou se défendre. Comme chez les peuplades connues de chasseurs-cueilleurs, la pierre, le feu, les armes…  nourrissent l’imagination créatrice.

Dans l’histoire des religions en général, les armes en pierre, en bois et plus tard en métal sont investies d’une puissance magico-religieuse. On utilise une arme-projectile, sagaie, arc et flèches, lance… pour conquérir et maîtriser un territoire ou pour terrasser un redoutable adversaire…

Voir aussi l’article L’épée et les armes, symboles à double tranchant

De nombreux mythes et légendes dans le monde évoquent le pouvoir des armes. Les lances ou les flèches peuvent aussi être associées au thème de l’ascension céleste ou à une victoire sur des forces maléfiques…

LES HOMMES ET LES FEMMES DE LA PRÉHISTOIRE INHUMENT LEURS MORTS

Les sépultures commencent à se multiplier à l’époque de Neandertal, au paléolithique moyen. Par la suite, la tradition d’inhumer les morts se généralise au paléolithique supérieur avec Homo Sapiens.

D’après la sépulture d'un Neandertalien, paléolithique moyen, La Ferrassie, France. (Marsailly/Blogostelle)

D’après la sépulture d’un Neandertalien, paléolithique moyen, La Ferrassie, France. (Marsailly/Blogostelle)

Des crânes humains
La majorité des ossements humains préhistoriques gisent éparpillés dans des zones de campement et d’habitat au milieu des restes d’animaux et d’outils. Chez les Moustériens, au paléolithique moyen, il existe des sépultures reconnues comme telles.

Sur des sites plus anciens, des mandibules et des crânes ont également été découverts, mais une présence de restes humains d’ordre funéraire n’est pas certaine…

Cannibalisme profane ou rituel ? Ou pratiques funéraires?
Des savants mettent certains crânes humains en relation avec un cannibalisme rituel ou profane. Certains ossements portent des marques interprétées comme le signe d’une consommation. Mais ces traces peuvent aussi révéler des pratiques funéraires.

La présence de ces crânes peut également s’expliquer dans un contexte sacré. L’abbé Breuil, préhistorien évoque l’ancestrale coutume australienne de conserver les crânes de parents défunts et de les transporter avec soi lors des déplacements…

D'après un crâne paré d'ocre rouge et de coquillages, grottes de Grimaldi, aurignacien, vers 35 000- 30 000 ans avjc, Italie. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un crâne paré d’ocre rouge et de coquillages, grottes de Grimaldi, aurignacien, vers 35 000- 30 000 ans avjc, Italie. (Marsailly/Blogostelle)

D'après la grotte des enfants de Grimaldi, vers 35 000 - 30 000 ans avjc, Italie, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après la grotte des enfants de Grimaldi, vers 35 000 - 30 000 ans avjc, Italie, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après la grotte des enfants et des sépultures, les défunts enlacés de Grimaldi, Italie, vers 35 000 – 30 000 ans avjc, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

Un crâne paré de coquillages…
À Grimaldi, en Italie (non loin de Menton), la sépulture d’un jeune homme met en lumière l’importance symbolique du crâne dans la pensée paléolithique. Le défunt est installé en position fléchie et son crâne est paré de perles en coquillage… Cette tombe est associée à de l’ocre rouge, à des os d’animaux et à des outils datés de l’Aurignacien, vers 35 000-30 000 ans avjc.

Les morts sont parfois inhumés par deux…
Le site de Grimaldi renferme plusieurs squelettes d’époque différentes. Les défunts sont parfois inhumés par deux. Leurs dépouilles sont accompagnées de nombreux coquillages et coquilles percés.

Les coquillages servent à confectionner des parures comme des colliers ou des pendeloques, ou encore sont cousus sur les vêtements. Les corps peuvent être badigeonnés d’ocre rouge…

D'après un bison, grotte d’Altamira, art solutréen et magdalénien, Espagne. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un bison, grotte d’Altamira, une dominante rouge, art solutréen et magdalénien, Espagne, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

L’ocre rouge, symbole du sang vital
La croyance en une vie après la mort pourrait remonter aux temps les plus reculés de l’histoire de l’humanité. L’homme paléolithique utilise de l’ocre rouge pour enduire le corps de ses défunts.

Ce rituel de saupoudrer les dépouilles d’ocre rouge est universellement répandu. Le plus souvent, le rouge, couleur du sang, symbolise l’énergie ou la puissance vitale. L’abandon des corps, la pâture aux animaux, le démembrement, la fuite…, n’excluent pas des croyances relatives à la mort.

Si la signification spirituelle de certaines sépultures paléolithiques reste controversée, l’inhumation des morts renvoie à une nécessité probablement ressentie comme essentielle pour l’être humain dès les temps les plus reculés…

D'après un grand bison en majesté, grotte d'Altamira, art pariétal solutréen et magdalénien en Espagne, au paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un grand bison en majesté, grotte d’Altamira, art pariétal solutréen et magdalénien en Espagne, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Dans l’univers du Sacré et des symboles, le rouge, couleur du sang, se rattache traditionnellement à l’énergie et à la puissance vitale.

Simple hommage ou espérance spirituelle?
La présence de sépultures et le soin apporté aux dépouilles des défunts laisse penser que pour l’homme préhistorique la mort a un sens. Peut-être s’agit-il d’une croyance en une survie purement spirituelle de l’âme.

Une croyance qui peut naître de l’imagination de l’homme, quand dans ses rêves apparaissent parfois des êtres disparus ou des êtres surnaturels… Quand aux outils, armes et parures qui accompagnent parfois les dépouilles, ils peuvent évoquer un simple hommage ou bien se rattacher à une espérance en relation avec un au-delà…

D'après un biface moustérien du paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)  D'après un biface moustérien, paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)

D’après deux bifaces moustériens, Paléolithique moyen. (Marsailly/Blogostelle)

Des tombes individuelles ou collectives avec ou sans dépôt
Dans le cas des défunts repliés ou parfois attachés, on prend peut-être des précautions rituelles parce qu’on a peur du retour des morts… On espère aussi peut-être s’assurer une renaissance grâce à des rituels d’inhumation.

Il existe beaucoup d’exemples de défunts inhumés dans la position du fœtus, ce qui laisse imaginer qu’on se prépare à renaître… Le site archéologique de La Chapelle-aux Saints, en Corrèze, abrite une sépulture néandertalienne. Le mort repose dans une fosse où se trouve des morceaux d’ocre rouge et des outils en silex.

Sur le site de La Ferrassie, en Dordogne, plusieurs tombes renferment des dépôts d’outils en silex. À l’époque du paléolithique moyen, on rencontre déjà des tombes individuelles ou collectives, avec ou sans offrandes.

D'après une sépulture magdalénienne en Gironde, vers 18 000-10 000 ans avjc, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une sépulture magdalénienne en Gironde, vers 18 000-10 000 ans avjc, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

La position du fœtus suggère un retour dans la matrice… dans l’espoir peut-être de renaître…

Des pratiques rituelles et funéraires ?
Dès les temps préhistoriques, la pratique de l’inhumation semble reliée à une conception complexe de l’univers. Dans les grottes, les peintures rupestres et les ensembles sculptés très élaborés évoquent une forme possible de mythologie…

On recouvre les squelettes d’ocre rouge, une couleur omniprésente dans l’art pictural. Des traces révèlent la présence d’offrandes, sous forme de morceaux de viande et d’éléments de parure qui peuvent renvoyer à des rites funéraires. Il est possible aussi que les ossements d’animaux trouvés ça et là soient les restes de repas rituel…

D'après une pointe taillée en silex, vers 26 000 ans avjc, Paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une pointe taillée en silex, vers 26 000 ans avjc, Paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Des offrandes accompagnent le mort
Les défunts paléolithiques sont vêtus ou non, parés, ocrés et enterrés dans différentes positions. Deux petites plaquettes de renne habillent les orbites du crâne féminin de Magda (Mas-d’Azil, Ariège).

Cela fait penser à des yeux postiches. On rencontre différents types d’offrande, comme des pierres, des outils et des ramures. On pare les défunts de coquillages, de colliers, de pendeloques et d’ocre. Parfois des pièces de prestige accompagnent le mort, comme des bâtons appelés bâtons de commandement

La présence de ces objets dans les sépultures peut impliquer la croyance en une survie personnelle et suggère aussi l’idée que le défunt perpétue ses activités dans l’autre monde…

D'après des coquillages éléments de parure du paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

D’après des coquillages éléments de parure du paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

La symbolique du soleil levant
Certains défunts paléolithiques sont inhumés le corps orienté vers l’Est. Grâce à cette correspondance avec le lever du soleil et sa course céleste, peut-être croit-on à la possibilité d’une renaissance.

Ou encore, on imagine une survie dans un autre monde qui implique la continuation d’une activité spécifique. Les rituels et les cérémonies observées parmi les populations dites archaïques révèlent la richesse et la profondeur du symbolisme relevant du monde des morts et des pratiques funéraires.

1 D’après une reconstitution d’habitat paléolithique, Gönnersdorf, Allemagne. (Marsailly-Blogostelle)

D’après une reconstitution d’habitat paléolithique, Gönnersdorf, Allemagne. (Marsailly/Blogostelle)

La tombe maison-utérus chez les Kogi
Chez les indiens Kogi, en Colombie, on nomme le cimetière « le village de la mort ». Le chaman effectue des gestes rituels après avoir choisi la place du défunt dans la fosse. Il relève neuf fois le corps avant de le déposer dans la tombe, la tête vers l’Est, orientée au soleil levant.

La symbolique du chiffre 9 marque un retour à l’état de fœtus. On installe la dépouille en position fœtale et pour l’accompagner on dépose des pierres, des coquilles et des offrandes. La fosse équivaut à la maison du mort en tant que matrice.

La cérémonie comprend un rituel d’ouverture et un rituel de fermeture de la « maison-utérus ». Les Kogi identifient le Monde-Utérus de la Mère Universelle avec chaque village, chaque maison cultuelle, chaque habitation et chaque tombe…

D'après un collier de coquillages, art aurignacien, vers 35000-30000 ans avjc, grotte de Castanet, Dordogne, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un collier de coquillages, art aurignacien, vers 35000-30000 ans avjc, grotte de Castanet, Dordogne, en France. (Marsailly/Blogostelle)

La coquille d’escargot…
Chez les Kogi, les offrandes ont aussi un sens sexuel en tant que semences qui fertilisent la Mère. Mais les coquillages symbolisent également les membres vivants de la famille. La coquille d’escargot représente l’époux de la défunte…

… sans cela, la défunte réclame un mari dans l’Autre-Monde et provoque la mort d’un jeune homme de la tribu… Du point de vue de l’étude archéologique, le symbolisme Kogi reste aussi inaccessible que celui des éventuels rituels funéraires paléolithiques si on se limite aux seuls objets matériels…

UNE EXPRESSION DE LA POLARITÉ FÉMININ-MASCULIN

Il semble que la chasse, privilège masculin, détermine dès l’origine une répartition du travail entre hommes et femmes. La femme renvoie essentiellement à la procréation… Si la fonction sacrée des statuettes préhistoriques reste mystérieuse, on peut imaginer qu’elles incarnent la puissance féminine sexuelle, magique ou spirituelle…

D'après deux corps féminins sexués, art pariétal solutréen, Roc-aux-Sorciers, Vienne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après deux corps féminins sexués, art pariétal solutréen, Roc-aux-Sorciers, Vienne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Les Vénus préhistoriques sacrent le principe féminin
De nombreuses images féminines jalonnent l’art paléolithique. On les retrouve sur une aire géographique assez étendue, de l’Italie du Nord jusqu’au Rhin, et du Sud-Ouest de la France jusqu’en Sibérie.

On a surnommé Vénus ces statuettes sculptées dans la pierre, l’os ou l’ivoire. Elles mesurent en général de 5 cm à 25 cm de haut. La Vénus de Willendorf, en Autriche, la Vénus de Lespugue, en Haute – Garonne en France, et la La Vénus de Laussel en Dordogne en France, illustrent un plantureux modèle féminin et suggèrent le rôle spécifique de la femme ou d’une déesse-mère…

Voir aussi l’article L’art paléolithique consacre la féminité et le monde animal

La Déesse-Mère dans des cabanes paléolithiques?
En Ukraine, les statuettes féminines de Gagarino, peut-être reliées à un culte domestique, proviennent de cabanes paléolithiques. Sommairement sculptées en os de mammouth, elles arborent un abdomen volumineux et leur tête est dépourvue de visage.

D’autres statuettes ukrainiennes très stylisées se réduisent parfois à des éléments géométriques. Les seins lourds et le ventre proéminent renvoient à la fonction procréatrice et nourricière de la femme. Une fonction religieuse des statuettes paléolithiques n’est pas à exclure…

D'après une sculpture, Femme ou Déesse enceinte, Russie, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une sculpture, Femme ou Déesse enceinte, Russie, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

L’Aïeule Mythique des tribus de chasseurs…
En Sibérie, il existe des habitats divisés en deux pour séparer les hommes et les femmes. Certaines sculptures féminines proviennent des quartiers réservés aux femmes. Et du côté des hommes, on rencontre des statuettes d’oiseaux, dont certaines sont interprétées comme des images phalliques.

En Asie du Nord, des tribus de chasseurs fabriquent des petites sculptures anthropomorphes en bois. Les statuettes féminines symbolisent l’Aïeule Mythique de la communauté. Elle protège ses descendants, les familles et les habitations. On lui consacre des offrandes au retour des grandes chasses.

D'après la Vénus de Gagarino, Ukraine, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après la Vénus de Gagarino, Ukraine, Paléolithique supérieur.  (Marsailly/Blogostelle)

Masculin-féminin, un langage symbolique
Selon le préhistorien et ethnologue Leroi-Gourhan (1911-1986), la polarité masculin-féminin occupe une fonction centrale dans l’art paléolithique. Il a étudié l’unité de ce langage symbolique sur un vaste ensemble, de la France à l’Espagne et jusqu’en Sibérie.

Son étude l’amène à découvrir la complexité et la grande richesse de la pensée qui nourrit l’art paléolithique. Malgré les controverses sur ses conclusions, le préhistorien démontre l’unité stylistique et culturelle de l’art paléolithique.

Des sanctuaires et des images sexuelles
Pour Leroi-Gourhan, les grottes et les cavernes sont des sanctuaires où les formes, les visages et les signes sont interchangeables. L’image du bison posséderait la même valeur féminine que celle des blessures ou d’autres signes géométriques.

L’auteur met aussi en évidence le couple Bison-Cheval et l’association de symboles de valeur sexuelle différente. Il interprète les plaquettes ou les blocs de pierre et les statuettes comme des éléments destinés à s’intégrer dans des sanctuaires mobiles.

D'après un symbole féminin associé au bison, grotte Chauvet, art aurignacien, paléolithique supérieur, Ardèche, France. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après les sexes féminin et masculin entrelacés, sculptés dans la pierre, abris Castanet, vers 35 000-30 000 avjc, Dordogne, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après les sexes féminin et masculin entrelacés, sculptés dans la pierre, abris Castanet, vers 35 000-30 000 avjc, Dordogne ; et d’après un symbole féminin associé au bison, grotte Chauvet, art aurignacien, Ardèche ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle.)

Le mystère de la création du monde…
On peut imaginer une signification sacrée des principes masculin et féminin dès les temps les plus reculés. Les images sexuelles paléolithiques comme les associations d’animaux évoquent peut-être à la fois la dualité et la complémentarité de deux principes.

Dans les sociétés dites archaïques comme dans nombre de religions ou de croyances, on retrouve l’archétype de la polarité des deux sexes, comme principes symboliques et cosmogoniques. Ce thème universel renvoie au mystère de la création du monde et à sa régénération périodique…

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