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PRÉHISTOIRE

Préhistoire, l’univers spirituel des chasseurs-cueilleurs

Histoire de l’Art et du Sacré : l’univers spirituel des chasseurs-cueilleurs. Les artistes paléolithiques transfigurent les grottes en lieux chargés de signification…

Se nourrir, un acte sacré…

Au paléolithique supérieur, entre 40 000 ans avjc et 10 000 ans avjc environ, l’expression artistique atteint une maturité et une originalité inédite. Les peintres, les sculpteurs et les graveurs paléolithiques transfigurent les grottes en lieux fascinants, vivants et mystérieux. La création d’objets d’art laisse jaillir de véritables chefs-d’œuvre. Le tout semble animé par un même souffle culturel, créatif, artistique et spirituel…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
Dernière mise à jour septembre 2020

D'après un bison et flèches, grotte de Niaux, vers 14 000 -12000 avjc, Margdalénien, Ariège, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un bison et flèches, grotte de Niaux, vers 14 000 -12000 avjc, Margdalénien, Ariège, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
– Le paléolithique inférieur, des origines à 100 000 ans avjc environ. – Le paléolithique moyen, vers 100 000 ans avjc à 40 000 – 35 000 ans avjc. – Le paléolithique supérieur, vers 40 000 – 35 000 ans avjc à 10 000 ans avjc.  Chronologie générale L’Art de la Préhistoire

Bloc notes + Un roman? La Guerre du Feu, de J.H. Rosny Aîné. Un film? La Guerre du Feu de Jean-Jacques Annaud.

DES SANCTUAIRES PALÉOLITHIQUES DANS LES PROFONDEURS DES CAVERNES

Les artistes paléolithiques créent des ouvrages d’art en Europe occidentale, en Europe centrale et jusqu’en Russie. Les compositions monumentales de l’art pariétal sont riches d’un vaste ensemble de thèmes figuratifs, peints ou gravés, de l’Atlantique à l’Oural…

D'après un  taureau, grotte de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Magdalénien, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un taureau, grotte de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Magdalénien, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Le monde animal et le thème de la chasse semblent nourrir la pensée spirituelle paléolithique. L’art pariétal évoque peut-être aussi une forme de mythologie. Dans les grottes, le visiteur est saisi par le mystère des lieux…

Une source d’inspiration commune pour les artistes ?
Comme nous l’explique Mircea Eliade, c’est surtout en France, en Espagne et en Italie du Sud que l’on rencontre de grandioses peintures rupestres. Entre 30 000 et 10 000 ans avjc environ. Ces représentations semblent répondre à un même langage culturel et artistique.

Des représentations de bisons criblés de flèches, parfois accompagnés de cupules évoquent-elles des rites de chasse ?

D’après un bison, flèches et cupules, grotte de Niaux, vers 14 000 -12000 avjc, Margdalénien, Ariège ; et un bison et flèche, grotte de Niaux, vers 14 000 -12000 avjc, Margdalénien, Ariège ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Les artistes descendent dans les profondeurs des grottes
Selon le préhistorien Leroi-Gourhan, il pourrait s’agir de la diffusion d’un ensemble de connaissances et de conceptions. Au cours de cette période, les artistes n’hésitent pas à descendre dans les profondeurs des grottes pour peindre et pour sculpter…

Souvent, le parcours pour accéder aux trésors cachés de l’art pariétal est très ardu… et beaucoup de galeries rupestres, très difficiles d’accès, ne sont pas habitées…

D'après la grotte de Lascaux, vers 18 000 -10 000 avjc, Magdalénien, Dordogne, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la grotte de Lascaux, vers 18 000 -10 000 avjc, Magdalénien, Dordogne, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Pour admirer les parois peintes, il faut parfois parcourir des centaines de mètres… La grotte de Niaux ou celle des Trois-Frères, en Ariège, renferment de véritables labyrinthes. Pour accéder aux peintures de la grotte de Lascaux, il faut descendre par un puits de 6,30 mètres…

Une atmosphère numineuse enveloppe le visiteur…
La plupart des auteurs interprètent ces grottes comme de probables sanctuaires. Une ambiance numineuse – en relation avec le sacré, le divin, l’invisible… – anime ces lieux fascinants.

L’atmosphère est saisissante pour le visiteur… Il expérimente ainsi un chemin enveloppé de mystère, qui l’emmène au-delà du monde réel…

L’intentionnalité de ces peintures et de ces gravures n’est pas contestée. Pour tenter d’en comprendre le sens, comme le précise Mircea Eliade, des chercheurs s’appuient sur l’ethnologie.

D’après une vache et des taureaux, peintures, grotte de Lascaux, Dordogne, France, Magdalénien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Des rituels de chasseurs dans les grottes-sanctuaires?
Sur les représentations peintes ou gravés dans les grottes paléolithiques, des animaux sauvages sont criblés de flèches ou percés de trous. Certains auteurs expliquent cela comme des actes liés à une magie de la chasse. Mais il peut s’agir aussi de la réactualisation d’une Chasse Primordiale.

Il est probable, également, que des rituels se déroulent au fond des grottes-sanctuaires. Avant de partir à la chasse? En relation avec une activité liée à la chasse? Dans le cadre d’une initiation des jeunes chasseurs?

La musique et la danse animent sans doute la vie paléolithique…

D’après un « homme à capuche », grotte du Gabillou, vers 25000 ans avjc, Gravettien, Sourzac, Dordogne ; et une flûte, os, vers 18000-10000 avjc, Magdalénien, Isturitz, Pyrénées ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Le thème de l’homme-bison et de la danse rituelle
Une représentation de la grotte des Trois-Frères en Ariège a été interprétée comme un danseur masqué à tête de bison. Le personnage semble jouer de la musique avec une sorte de flûte.

Dans l’iconographie paléolithique, on rencontre parfois des figurations humaines qui paraissent masquées ou revêtues de peaux. Leur attitude évoque la danse. Spécifique aux sociétés de chasseurs, la danse rituelle perdure encore chez certaines peuplades du XXe siècle…

D’après un homme-cerf, grotte des Trois-Frères, croquis de l’abbé Breuil, Magdalénien, Ariège ; une figure étrange, grotte des Trois-Frères, peinture, Magdalénien, Ariège ; et un dessin du Sorcier de Gabillou, croquis de l’abbé Breuil, grotte du Gabillou, vers 25000 avjc, Gravettien, Sourzac, Dordogne ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Les célèbres croquis de l’Abbé Breuil
L’Abbé Breuil nous a laissé le croquis d’un personnage à tête de bison gravé dans la grotte des Trois-Frères. Paré de cornes, le personnage arbore une tête de bison, des oreilles de loup et la barbe d’un bouquetin.

Ses mains ressemblent à des pattes d’ours et il a une longue queue de cheval… Seuls ses membres inférieurs, son sexe et sa position de danseur évoquent une figure humaine…

D'après homme-bison, grotte des Trois-Frères, croquis de l'abbé Breuil, Magdalénien, Ariège, France, paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après homme-bison, grotte des Trois-Frères, croquis de l’abbé Breuil, Magdalénien, Ariège, France, paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Des images beaucoup plus récentes du personnage des Trois-Frères montrent moins de détails…  disparus ou détériorés? ou bien l’abbé Breuil en a rajouté?…

Maître des Animaux ou sorcier?
On peut pourtant relier ce personnage mi humain mi animal au thème du Maître des animaux. Soit il incarne le Maître des animaux lui-même, soit un sorcier qui le personnifie.

Le Sorcier de Gabillou, en Dordogne, représente également un personnage masqué ou enveloppé d’une peau de bison. Dans les deux cas, les attitudes évoquent des danseurs… Figurations de magicien, de sorcier, de chaman, de maître des animaux ou d’êtres surnaturels …? D’étranges silhouettes habitent les créations paléolithiques.

L’HYPOTHÈSE DES CHAMANS OU DES SORCIERS, DES EXPERTS DU SACRÉ…

Il est possible que l’univers culturel paléolithique se fonde sur une solidarité mystique ou magique entre l’homme et l’animal. Et il n’est pas exclu que des spécialistes de l’extase, sorciers ou chamans, officient dans le domaine du sacré…

D'après la scène du puits, grotte de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Magdalénien, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la scène du puits, grotte de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Magdalénien, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

L’homme masqué, le bâton-oiseau et le bison blessé… le thème de l’oiseau renvoie peut-être au destin de l’âme après la mort, au monde des esprits, à un état d’extase, au pouvoir de voler…

Accident de chasse ou séance chamanique?
Dans les grottes de Lascaux en Dordogne, en France, on peut voir un bison blessé qui dirige ses cornes vers une silhouette humaine étendue à terre. Son arme, peut-être une sagaie, a touché l’animal qui perd ses entrailles…

Le personnage gît comme mort et affiche une tête d’oiseau, peut-être un masque. Il est accompagné d’un bâton, peut-être un attribut particulier, en haut duquel perche encore un oiseau.

D'après un homme poursuivi par un bison, Roc-de-Sers, Charentes, Solutréen, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un homme poursuivi par un bison, Roc-de-Sers, Charentes, Solutréen, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Associé à une symbolique masculine, l’oiseau peut avoir une signification phallique comme pour certaines statuettes retrouvées dans un habitat en Sibérie.

Bâton de commandement ou bâton de tambour ?
Il a été admis que cette scène représentait un accident de chasse, mais un auteur a émis l’hypothèse (controversée) d’une séance chamanique en vue d’une bonne chasse. Selon lui, l’homme ne serait pas mort mais en transe…

… Il propose également d’interpréter les mystérieux bâtons de commandement comme le moyen de frapper des tambours. Ainsi, le chaman paléolithique utiliserait le tambour comme le fait le chaman sibérien…

D’après un sceptre-bâton, bois de renne, à motifs de poisson et d’oiseau, grotte de La Vache, Magdalénien, Ariège ; la scène du puits, grotte de Lascaux, vers 18 000 ans avjc, Magdalénien, Dordogne ; et un fragment de bâton percé, bison, os gravé, vers 18000-10000 avjc, Magdalénien, Isturitz, Pyrénées ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Le thème universel de l’extase et du voyage dans l’au-delà…
Une forme de chamanisme dès l’époque paléolithique est possible. Cette forme de pensée spirituelle est attestée en différents endroits du monde chez les peuples de chasseurs et de pasteurs.

Et comment ne pas imaginer que dès les origines de l’humanité, comme de tout temps, l’être humain n’expérimente pas le songe, le rêve éveillé, les visions, l’aspiration au sacré ou l’expérience extatique ? Ces phénomènes ne sont-ils pas inhérents aux mille et une facettes de la conscience humaine?

D’après un homme blessé et hibou, grotte du Pech-Merle, vers 20 000 ans avjc, Lot ; un bâton gravé, silhouette humaine, Bruniquel, Tarn ; et un hibou, grotte Chauvet, vers 36 000 avjc, Pont d’Arc, Aurignacien, Ardèche ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

D’une manière universelle, la perte de conscience et la transe sont considérées comme un voyage dans l’au-delà… Seules l’interprétation et la valorisation donnée à ces expériences évoluent au cours des âges, selon les différentes formes de cultures et de religions.

La vision surnaturelle du chaman qui pénètre la vie jusqu’aux os
En France, à la fin du Magdalénien et au début du néolithique, entre 13 000 ans avjc et 6000 ans avjc, des artistes dessinent le squelette et les organes internes des animaux. On retrouve ce type de dessins en Norvège, en Sibérie chez les esquimaux, en Amérique, en Inde, en Malaisie…

D’après un grand bison, peinture rouge, grotte d’Altamira, solutréen et magdalénien, Espagne ; le squelette d’un bison, Dordogne ; et un bison accompagné de signes, magdalénien, Lascaux, Dordogne ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Cet art, spécifique aux peuples de chasseurs, s’inspire d’un idéal spirituel chamanique. Grâce à sa vision surnaturelle, seul le chaman a la capacité de voir son propre squelette. Il pénètre la vie jusqu’aux os… De nos jours encore, cette expérience est pratiquée par certains mystiques du bouddhisme tibétain.

PEUT-ÊTRE UNE FORME DE MAGIE SPIRITUELLE ENTRE LE CHASSEUR ET LE GIBIER

L’homme paléolithique est un chasseur, et il existe peut-être une forme de solidarité mystique entre le chasseur et le gibier. Cette relation mystérieuse se fonde sur l’acte même de tuer et sur le sang versé, puisque l’homme et l’animal ont le même sang… Abattre une proie revient à faire un sacrifice…

D'après un bison couché, peinture rouge, grotte d’Altamira, vers 20 000 avjc, Solutréen-Magdalénien, Espagne, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un bison couché, peinture rouge, grotte d’Altamira, vers 20 000 avjc, Solutréen-Magdalénien, Espagne, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

L’attitude du bison rappelle la position en fœtus d’un défunt magdalénien dans sa sépulture voir l’article Histoire du sacré… le Paléolithique… L’univers artistique paléolithique suggère un lien mystique entre les animaux et les êtres humains…

Le thème de la métamorphose chez les chasseurs
Des populations de chasseurs pensent que les animaux possèdent des pouvoirs surnaturels. Ils croient aussi que l’être humain peut se transformer en animal, ou qu’un animal peut se métamorphoser en humain.

D'après une statuette anthropomorphe à tête de lion, os sculpté, aurignacien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une statuette anthropomorphe à tête de lion, os sculpté, aurignacien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

On retrouve d’ailleurs cette idée dans de nombreux contes de fées… Il existe également la croyance que les âmes des défunts peuvent habiter un animal ou bien qu’il existe une relation étroite et mystérieuse entre un humain et un animal particulier. L’origine de ces thèmes trouve peut-être sa source parmi les premières créations spirituelles de l’humanité, à l’âge de pierre…

Sur une rondelle, des signes accompagnent un personnage à museau, mi homme mi animal…

D’après une statuette anthropomorphe à tête de lion, os sculpté, Aurignacie; et une rondelle, os gravé, graphismes et personnage à museau, Mas-d’Azil, Ariège, Magdalénien ; France, paléolithique, supérieur. (Marsailly/Blogostelle) ; et

Être suprême, Seigneur des Fauves, Esprits gardiens…
Dans différentes régions du monde, les peuples traditionnels de chasseurs croient en l’existence de divers êtres surnaturels… Compagnons ou esprits-gardiens aux formes thériomorphes (animales), esprits de la brousse, divinités suprêmes comme Le Seigneur des Fauves qui protège à la fois le chasseur et le gibier…

Certaines croyances et certains rites sont spécifiques aux sociétés de chasseurs. Souvent, la mise à mort d’un animal fait l’objet d’un rituel. Le Seigneur des Fauves veille à ce que le chasseur ne tue que ce dont il a besoin pour se nourrir (et la nourriture ne doit pas être gaspillée…).

D'après la figure dite Sorcier de Gabillou, gravure, grotte du Gabillou, vers 25000 ans avjc, Gravettien, Sourzac, Dordogne, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la figure dite Sorcier de Gabillou, gravure, grotte du Gabillou, vers 25000 ans avjc, Gravettien, Sourzac, Dordogne, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

On rencontre aussi ce modèle de personnage surnaturel dans l’iconographie de l’Orient ancien sous le nom de Maître des Animaux, et dans celle de l’âge du Fer en Europe qui comme en Inde ancienne représente parfois un être mythique ou divin à ramure de cerf…

Voir aussi les articles Les sculpteurs et graveurs des cités de l’Indus  ; Des peuples néolithiques du Levant… au génie de Sumer et Les Eaux, la forêt, la nature… nourrissent l’âme celte

Les animaux ont-ils une âme?
Du point de vue archéologique, les seuls témoignages en relation avec les animaux sont des représentations, des ossements, des crânes et des os longs… Certaines correspondances avec les sociétés de chasseurs-cueilleurs connues permettent d’éclairer de manière indirecte les cultures préhistoriques.

D’après un taureau, peinture, grotte de Lascaux, vers 18 000 avjc, Magdalénien, Dordogne ; une rondelle découpée, os gravé, motif de bovidé, Magdalénien, Mas d’Azil ; et un crâne d’auroch, ossements, paléolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Souvent, les peuples de chasseurs donnent une importante valeur rituelle aux ossements d’animaux, surtout aux crânes. Ils pensent que les crânes d’animaux renferment l’âme ou la vie de l’animal…

À côté des restes de boucherie, il est possible que certains dépôts d’ossements d’animaux soient en relation avec des rites… Pour les préhistoriques, se nourrir est peut être alors considéré comme un acte sacré…

D'après le thème de la chasse, bison, taureau et flèches, grotte de Niaux, vers 14 000 -12000 avjc, Magdalénien, Ariège, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le thème de la chasse, bison, taureau et flèches, grotte de Niaux, vers 14 000 -12000 avjc, Magdalénien, Ariège, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Assurer rituellement le renouvellement du gibier?
Les chasseurs croient également que c’est à partir de leurs os que le Seigneur des Fauves redonnera une nouvelle chair aux animaux. Le rituel veut que le crâne et les os longs de l’animal soient déposés sur des branches ou en hauteur.

Dans certains cas, le rituel permet de renvoyer l’âme de l’animal vers son lieu spirituel originel. On connaît aussi la coutume d’offrir à une divinité suprême un morceau de chacun des animaux abattus. Chez certains peuples du Soudan, après avoir tué son gibier, le jeune chasseur va barbouiller de sang la paroi d’une caverne…

D'après un bison, grotte d’Altamira, peinture rouge, solutréen et magdalénien, Espagne, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un bison, grotte d’Altamira, peinture rouge, solutréen et magdalénien, Espagne, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Un culte de l’Ours ?
Les ossements d’ours retrouvés dans les cavernes paléolithiques sont nombreux, comme dans les Alpes. Des auteurs pensent que ces tas d’os sont dus au hasard ou aux ours eux-mêmes. Pour d’autres, ces dépôts semblent intentionnels et certains ont tenté d’en interpréter la signification.

On les a comparés aux offrandes des prémices destinées à une divinité suprême, comme cela se pratique chez certains peuples arctiques. Pour certains auteurs, quand le crâne et les os longs de l’animal abattu sont exposés, cette pratique renvoie à la croyance en un Être Suprême ou Seigneur des Fauves.

D’autres ont pensé à un culte de l’Ours, comme celui pratiqué dans l’hémisphère nord, où l’on conserve le crâne et les os longs de la bête pour que le Seigneur des Fauves ressuscite l’animal l’année suivante…

D'après un ours, peinture, grotte Chauvet, vers 36 000 ans avjc, Pont d'Arc, Ardèche, Aurignacien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un ours, peinture, grotte Chauvet, vers 36 000 ans avjc, Pont d’Arc, Ardèche, Aurignacien, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Inhumer les animaux, un très vieux rite lié à la chasse
D’autres auteurs encore voient dans ces dépôts d’ossements d’ours les vestiges d’une pratique d’inhumer des animaux, mais sans que cela implique forcément une croyance en un Être Divin.

Cette pratique est considérée comme le plus ancien rite lié à la chasse. Une forme de solidarité mystique entre le chasseur et le gibier peut justifier l’inhumation des animaux. Il s’agit d’assurer la réincarnation et le renouvellement du gibier nécessaire à la survie des humains…

On a constaté la présence d’amas d’ossements d’ours dans beaucoup de grottes paléolithiques, parfois dans des niches situées à plus de 1 mètre de haut… Une intervention humaine volontaire n’est pas à exclure…

D’après un amat d’ossements d’ours, grotte Chauvet, vers 36 000 ans avjc, Pont d’Arc, Ardèche, Aurignacien ; un ours, peinture, grotte Chauvet, vers 36 000 ans avjc, Pont d’Arc, Ardèche, Aurignacien ; et des ossements humains et bauges d’ours, grotte de Cussac, vers 29 500-28 000 avjc, Gravettien, Dordogne ; France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Des traces dont la signification a disparu…
Pour étudier la préhistoire, les historiens des religions sont soumis à l’absence de sources claires en dehors des données de l’archéologie. Le sens réel des témoignages matériels nous échappe dans un contexte culturel inconnu ou méconnu.

La pensée spirituelle des paléolithiques laisse des traces dont la signification a disparu, comme celle des peuples dits archaïques tend à disparaître… Quand une intention magique ou religieuse est possible, un document archéologique peut se prêter à une multitude d’interprétations, qui toutes présentent un intérêt pour tenter de comprendre…

D'après un auroch et cheval, grotte de Cussac, vers 29500-28000 ans avjc, Gravettien, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un auroch et cheval, grotte de Cussac, vers 29500-28000 ans avjc, Gravettien, Dordogne, France, paléolithique supérieur. (Marsailly/Blogostelle)

Une forme de pensée ancestrale née chez les chasseurs-cueilleurs
Chez les chasseurs arctiques contemporains, le dépôt d’ossements marque une intention magico-religieuse. Selon les communautés, les crânes et les os longs de l’animal sont des offrandes à un Être Suprême ou à un Seigneur des Fauves. Chez d’autres populations, les os sont conservés et l’animal peut renaître…

Il est probable que l’ensemble des sociétés de chasseurs, toutes fondées sur les mêmes moyens de subsistances, la chasse, la pêche et la cueillette, s’appuient sur des formes de pensée et des valeurs spirituelles communes. Les données recueillies par les ethnologues permettent d’imaginer le monde spirituel de l’humanité paléolithique…

D'après une momie de bovidé, Egypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une momie de bovidé, Egypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le thème des ossements…
Au-delà du monde paléolithique, on retrouve le thème des ossements associés à une renaissance dans des mythologies ou dans des conceptions religieuses plus évoluées et plus complexes.

En Égypte ancienne, on inhume des animaux, comme les chats ou les taureaux sacrés… On connaît les boucs de Thor (Thôrr) ressuscités après leur consommation par le dieu nordique grâce à leurs os… Dans la Vision d’Ézéchiel dans la bible, il est question d’ossements humains desséchés et de résurrection…

D'après La vision d'Ézéchiel, de Francisco Collantes, 1630, huile sur toile, XVIIe siècle, Espagne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après La vision d’Ézéchiel, de Francisco Collantes, 1630, huile sur toile, XVIIe siècle, Espagne. (Marsailly/Blogostelle)

Des conceptions spirituelles qui traversent les âges…
Parfois, il est interdit de briser les os d’un animal dont on mange la chair. Cette idée de renaissance possible à partir des ossements trouve sa source dans la culture des peuples de chasseurs et de pasteurs. Elle survivra dans le temps…

On remarque aussi, nous précise Mircea Eliade, que l’importance d’un concept spirituel ancestral se confirme par sa capacité à perdurer au fil des âges… La croyance que les animaux peuvent renaître à partir de leurs os se retrouve dans de nombreuses cultures…

Article suivant   Des rites et des traditions dès le paléolithique ?

Consulter La Préhistoire : Sommaire Premiers âges

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Par Maryse Marsailly

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