NÉOLITHIQUE-BRONZE

L’Âge du Bronze, des artisans du cuivre aux métallurgistes du Bronze

Les artistes du métal inventent le moule

En Europe, après la longue période néolithique, l’humanité franchit une nouvelle étape culturelle. On découvre la métallurgie du cuivre, puis du Bronze. On progresse aussi dans les techniques de la céramique… En France, les premiers agriculteurs évoluent sur des territoires géographiques très diversifiés et ouverts aux influences extérieures. Le passage de l’âge néolithique à l’âge de Bronze se fait en douceur… C’est seulement à la fin du deuxième millénaire avjc que s’épanouira la civilisation de l’Âge du Bronze…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour mai 2017 –

D'après le char solaire de Trundholm en bronze et feuille d'or, vers 1400 avjc, Danemark. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après le char solaire de Trundholm en bronze et feuille d’or, vers 1400 avjc, Danemark. (Marsailly/Blogostelle)

LA MÉTALLURGIE DU CUIVRE ANNONCE L’AVÈNEMENT DE L’ÂGE DU BRONZE

La période néolithique s’achève avec le chalcolithique et la mise au point de la métallurgie du cuivre dans le Sud de la France… On utilise des grottes pour les sépultures, on érige des dolmens dans le midi et on s’installe dans des villages parfois fortifiés…

Les hameaux se multiplient au IIIe millénaire avjc
En France, à la fin de l’époque néolithique, des éléments culturels communs apparaissent sur l’ensemble du territoire. La densité de l’habitat est de plus en plus importante.

D'après une maison chalcolithique en pierres sèches, Cambous, IIIe-IIe millénaires avjc, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après les vestiges en pierres du village chalcolithique de Cambous, IIIe-IIe millénaires avjc, France. (Marsailly/Blogostelle)

On ne construit plus de grands villages comme au néolithique moyen. On préfère parsemer les campagnes de nombreux hameaux, de taille plus ou moins modestes… Comme pour les tertres des sépultures mégalithiques, on utilise des pierres sèches pour construire des soubassements de maisons ou des cabanes pour s’abriter du soleil ou de la pluie…

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
Néolithique, cinquième millénaire avjc à 1900-1800 ans avjc –Chalcolithique, métallurgie du cuivre IIIe-IIe millénaires avjc – Bronze ancien, fin deuxième millénaire : 1900-1800 à 1500 ans avjc. Chronologie générale Néolithique-Âge du Bronze

D'après des murs en pierres sèches, vestiges chalcolithiques de Cambous, vers IIIe-IIe millénaires avjc. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après une maison chalcolithique aménagée, Cambous, Sud-Ouest de la France. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après les vestiges en pierres du village chalcolithique de Cambous, IIIe-IIe millénaires avjc, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des murs en pierres sèches, vestiges chalcolithiques de Cambous ; et d’après une maison chalcolithique en pierres sèches et son aménagement intérieur, Cambous, IIIe-IIe millénaires avjc, France. (Marsailly/Blogostelle)

Des pierres sèches, des palissades, des fossés…
Dans l’Ouest de la France, on construit des camps fortifiés avec des palissades, qui peuvent posséder jusqu’à quatre séries de fossés… Le plus souvent, les villages lacustres restent de petites dimensions. Les villages de la culture de Fontbouisse, dans le Languedoc, et de Cambous, dans l’Hérault, sont construits avec des soubassements en pierres sèches.

D'après le village chalcolithique de Fontbouisse, Languedoc, IIIe-IIe millénaires avjc, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D'après une maison de type Fontbouisse, période chalcolithique, vers les IIIe-IIe millénaires avjc, Languedoc, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des vestiges du village chalcolithique de Fontbouisse ; et une maison de type Fontbouisse, IIIe-IIe millénaires avjc, France. (Marsailly/Blogostelle)

Dans le village de Boussargues, dans l’Hérault, on s’entoure d’une enceinte enrichie par des tours d’angles. L’aspect défensif de certains villages laisse penser que l’on éprouvait le besoin de se protéger de certaines intrusions extérieures…

La culture de Fontbouisse, les céramiques gagnent en qualité
Les températures de cuisson des céramiques sont de plus en plus élevées. Dans la culture de Fontbouisse, dans le Languedoc en France, on façonne des céramiques soignées, décorées de motifs de cannelures typiques et de jeux de lignes droites ou courbes.

D’après des céramiques carénées, à motifs de chevrons et à tenons de préhension ; une céramique à motifs de cannelures, culture de Fontbouisse ; une céramique à effets cuivrés ; et le style de la céramique cordée ; IIIe-IIe millénaires avjc, période du chalcolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Civilisation cordée
On fabrique aussi des poinçons, des haches plates, des poignards et des parures en cuivre. Entre 2500 et 1800 avjc, on rencontre également des poteries dont le décor est imprimé dans la pâte crue à l’aide de cordelettes. On parle de civilisation cordée, une culture néolithique qui se développe en Europe centrale.

LE TRAVAIL DU CUIVRE ET DU SILEX

On produit un feu à 1080 degrés pour la métallurgie du cuivre
À la fin du néolithique en France, une maîtrise du feu de plus en plus pointue permet de développer les arts de la métallurgie. On connaît quelques exemples précoces…

En Corse, la métallurgie du cuivre apparaît dès 3000 ans avjc, comme dans les Cévennes où l’on produit les premiers objets en cuivre français… On travaille le cuivre à une température de 1080 degrés. On recherche également une meilleure qualité des roches et des matières premières…

D'après un pendentif chalcolithique en cuivre, à double spirale. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un pendentif chalcolithique en cuivre, à double spirale,  IIIe-IIe millénaires avjc ; et une Livre de Beurre taillée dans le silex blond du Grand-Pressigy, région Centre ; France, période du chalcolithique. (Marsailly/Blogostelle)

D'après une Livre de Beurre taillée dans le silex blond du Grand-Pressigy, région Centre, en France. (Marsailly/Blogostelle.)

5 300 ans avjc : Ötzi et sa hache en cuivre
En 1991, dans les Alpes italiennes, deux randonneurs découvrent le corps momifié d’un homme néolithique prit dans le glacier de Similaun… Surnommé Ötzi , cet individu masculin d’âge mûr a trouvé la mort dans les glaces vers 5300 ans avjc… En 2012, les scientifiques réalisent des analyses poussées sur sa dépouille…

… Ötzi porte des tatouages, possède un carquois et des flèches à pointe de silex, des poignards, un fouet à lanières, de quoi faire du feu, des chaussures en cuir et en paille… et surtout une hache en cuivre… La grande majorité des haches néolithiques sont en pierre polie… Cet objet montre que la technique de la métallurgie du cuivre et la période dite chalcolithique (âge du cuivre) remonte à une époque beaucoup plus reculée que ce que l’on pensait…

D'après une hache en pierre polie et gravée, période chalcolithique. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après une hache en cuivre naviforme, IIIe-IIe millénaires avjc, période chalcolithique. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une hache en pierre polie et gravée et une hache en cuivre naviforme, IIIe-IIe millénaires avjc, période du chalcolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Les artisans métallurgistes façonnent de nombreuses parures, des pointes de flèche et des objets en cuivre comme des poignards, des poinçons et des perles. Il existe aussi des haches aux formes variées, haches de combat en forme de navire, haches-marteaux…

D'après une hache chalcolitique en cuivre. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après une pointe de flèche en cuivre. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une hache chalcolitique en cuivre ; et une pointe de flèche en cuivre ; IIIe-IIe millénaires avjc, période chalcolithique. (Marsailly/Blogostelle)

On exploite les mines de silex et un réseau d’échanges
Au quatrième et surtout au troisième millénaire avjc, la spécialisation du travail et les échanges à longue distances s’intensifient. Les communautés néolithiques deviennent de plus en plus productives.

L’exploitation intensive des mines de silex à ciel ouvert facilite la fabrication de nombreuses haches polies. C’est le cas en Belgique ou en France. Dans la région du Grand-Pressigny, en Indre et Loire, on extrait un beau silex blond… dans lequel on taille des pièces-lingots de silex appelées Livres de Beurre…

D'après des silex taillés néolithiques appelés Livres de Beurre. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des silex taillés néolithiques appelés Livres de Beurre, période chalcolithique. (Marsailly/Blogostelle)

La région du Grand-Pressigny, en France, produit un beau silex blond…

Un débitage du silex en longues lames
Les mineurs utilisent des pics en bois de cerf. Les blocs de silex sont ensuite débités en longues lames pour fabriquer des poignards. La diffusion de la production de silex s’étend de la Suisse à l’Allemagne et jusqu’au Pays-Bas… On met en place toute une organisation qui permet de fournir en silex une vaste communauté, même au-delà des territoires locaux…

LES FORGERONS ET LES MÉTALLURGISTES INAUGURENT L’ÂGE DU BRONZE…

La maîtrise technique progresse et les artistes-artisans fabriquent maintenant des objets en bronze. Les cultures cordées et campaniformes jouent un rôle important dans l’expansion géographique et dans la diffusion rapide de la nouvelle technologie du Bronze. Ces deux cultures européennes pratiquent l’inhumation individuelle…

D'après un moule de métallurgiste et des pointes de lance de l'âge du Bronze. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un moule de métallurgiste et des pointes de lance, période de l’âge du Bronze. (Marsailly/Blogostelle)

L’art de la métallurgie exige un grand savoir-faire et des secrets de métier.

La métallurgie du bronze un alliage du cuivre et d’étain à 800 degrés
Dans un premier temps, les artisans travaillent le cuivre sans avoir acquis les connaissances de l’alliage des métaux qui débouchera plus tard sur la métallurgie du Bronze. C’est seulement à la fin du deuxième millénaire avjc, avec la culture campaniforme, qu’une nouvelle technologie permet de créer du Bronze.

On assiste à la mise au point de la réduction des minerais de cuivre et d’étain… Les métallurgistes façonnent des objets en bronze plus solides et plus précieux grâce à l’alliage du cuivre et de l’étain chauffé à 800 degrés, au lieu de 1085 degrés pour le cuivre.

D'après une roue moulée en bronze. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une roue moulée en bronze, période de l’âge du Bronze. (Marsailly/Blogostelle)

L’invention de la roue remonte au quatrième millénaire avjc en Méditerranée et en Europe…

Des bronziers et des forgerons
Grâce à l’apport d’étain, de 7 à 8 pour cent environ, le cuivre se durcit et devient plus résistant et moins cassant. Le minerai d’étain abonde dans le nord de l’Europe et en France, en Bretagne.

Le travail du bronze nécessite donc des échanges sous forme de lingots. La circulation du cuivre et de l’étain engendre une évolution dans la société et une spécialisation du travail. Forgerons, bronziers, intermédiaires et une élite liée au contrôle de la circulation des matières premières font leur apparition…

D'après des poignards en bronze, art de l'âge du Bronze. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des poignards en bronze, période de l’âge du Bronze. (Marsailly/Blogostelle)

On invente le moule en pierre et la technique de la cire perdue
Les artisans mettent au point des moules en pierre, univalves ou bivalves, dans lesquels ils coulent le métal fondu pour lui donner une forme et obtenir un objet fini. Les moules sont assemblés grâce à des tenons et des mortaises.

Les bronziers utilisent parfois la technique de la cire perdue pour réaliser des pièces complexes ou de prestige, comme des cuirasses, des pièces de char, des figurines… L’artiste réalise d’abord un moulage en cire qu’il recouvre ensuite d’argile.

Après séchage, l’artisan retire la cire pour obtenir un moule en argile dans lequel il coule le métal. Une fois le métal durci, le bronzier brise le moule d’argile pour dégager la pièce de bronze.

D'après une figurine de taureau en bronze, Carnac, Bretagne, France. (Marsailly/Blogostelle.)   D'après un vase en terre cuite et un brassard d'archer, culture campaniforme, âge du Bronze, vers 2200 ans avjc-1200 avjc (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une figurine de taureau en bronze, Carnac, Bretagne ; et un vase en terre cuite et un brassard d’archer de la culture campaniforme, vers 2200 ans avjc-1200 avjc, France, période de l’âge du Bronze. (Marsailly/Blogostelle)

Les métallurgistes de l’âge du Bronze utilisent la technique de la cire perdue pour réaliser des petits chefs-d’œuvre.

L’originalité de la culture campaniforme
La culture campaniforme, entre 2200 ans avjc et 1200 avjc, se distingue par son mobilier funéraire. Les potiers créent des céramiques dont la forme rappelle celle d’une cloche, d’où l’appellation de campaniforme.

Les poteries sont en général décorées de bandes horizontales réalisées au peigne. Les artistes réalisent également des brassards d’archer en pierre percée pour protéger le bras, des petits poignards en cuivre et des pointes de flèche en silex. Ces objets sont fréquents dans les sépultures.

L’originalité de la culture campaniforme est aussi de conserver des éléments hérités des cultures néolithiques, comme de fines pointes de flèches taillées dans du silex…

D’après des pointes de flèche en silex ; une céramique campaniforme décorée de lignes, vers 2200 ans avjc – 1200 avjc ; un gobelet caréné en céramique, Charente ;  et un pichet en or aux élégantes formes carénées, période de l’âge du Bronze. (Marsailly/Blogostelle)

Des objets en bronze et en or circulent…
Au début de l’âge du Bronze, entre 1900-1800 et à 1500 ans avjc, les potiers fabriquent une céramique cannelée et carénée. Grâce à la métallurgie du bronze de nombreuses pièces au travail soigné circulent, mais on rencontre aussi de beaux modèles en or. Les premières cultures de l’âge du Bronze s’appuient sur des réseaux d’échanges d’objets et de matériaux précieux…

Voir aussi les articles
Fer et métaux, une gestation symbolique 
et Forge et métallurgie, un labeur  mythique

L’ART RUPESTRE DES SANCTUAIRES DU NÉOLITHIQUE SE PERPÉTUE À L’ÂGE DU BRONZE

En France et en Scandinavie, les sanctuaires en plein air se multiplient du néolithique à l’âge du Bronze. À partir du troisième millénaire avjc, des milliers de représentations schématiques sont gravées ou peintes sur des parois rocheuses. Les armes et les bovidés figurent parmi les thèmes de prédilection…

D'après des représentations de bovidés, Vallée des Merveilles, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des représentations stylisées de bovidés, période néolithique-début âge du Bronze, Vallée des Merveilles, Mont Bégo, Alpes-Maritimes, France. (Marsailly/Blogostelle)

Les trésors artistiques de la vallée des Merveilles
Dès le troisième millénaire avjc, à la fin du néolithique, puis à l’âge du Bronze, on grave et on peint des représentations dans la Vallée des Merveilles, au Mont Bégo dans les Alpes-Maritimes, en France. Les grandes pentes des rochers servent de support à une expression artistique très schématique.

À côté des motifs géométriques, on rencontre souvent des armes, comme des haches, des poignards ou des hallebardes, dessinées sur la roche. Des images d’animaux, brossées d’un trait rudimentaire, surtout des bovidés ou des cervidés, animent également les dalles rocheuses.

Figuratives ou abstraites, des gravures énigmatiques…
Les figurations humaines sont assez rares parmi les milliers de gravures rupestres du Mont Bégo… On peut rencontrer le visage étrange du Sorcier ou la silhouette de la stèle dite du Chef de tribu dont le personnage très stylisé est accompagné d’un poignard ou peut-être d’une hallebarde.

D’après le dessin rupestre dit Le Sorcier, vers 1800 avjc ; un attelage de bovidés gravé sur les parois rocheuses ; et la stèle dite du Chef de tribu, fin de l’époque néolithique ; Vallée des Merveilles, Mont Bégo, Alpes-Maritimes, France. (Marsailly/Blogostelle)

L’art rupestre néolithique de la Vallée des Merveilles exploite la simplicité du trait.

Ces œuvres remontent à la fin au troisième millénaire avjc ou au début du deuxième millénaire avjc… À côté des thèmes figuratifs, de nombreux signes ou symboles animent les parois de la Vallée des Merveilles. Mais la signification de ces compositions gravées reste mystérieuse…

Une thématique masculine et guerrière fait son apparition
Les représentations rupestres de la Vallée des Merveilles apparaissent plus comme des ensembles de signes associés ou juxtaposés que comme de véritables scènes narratives… Attelages, bovidés, armes, bateaux.., les motifs semblent traités comme des symboles ou des emblèmes.

Visible dans différentes régions des Alpes, une thématique masculine et guerrière commence à émerger… On la retrouve en Espagne, en Italie, en Suède et en Scandinavie, sur des roches gravées ou sur des stèles. Et comme sur les bijoux ou les poteries, l’art rupestre décline le motif du méandre et de la spirale…

Voir aussi l’article De la pierre au métal, du chasseur au guerrier

D'après un guerrier, art rupestre, âge du Bronze, Suède. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après des gravures de l'âge du Bronze, art rupestre, Suède. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des gravures rupestres de l’âge du Bronze, Suède : méandres ou labyrinthe? et guerrier (ou chef ou divinité), armé d’une hache en forme de navire (naviforme). (Marsailly/Blogostelle)

Tout au long de l’Âge du Bronze, du deuxième millénaire avjc au VIIIe siècle avjc, les métallurgistes européens intensifient et diversifient leurs créations. À la fin de la période, les artistes de l’âge du Bronze produisent des objets en série…

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