ÂGE DU FER

Âge du Fer, les oppida de La Tène… Bibracte, ville gauloise

 Âge du Fer : l’art celte des statères

Voyons comment les Celtes évoluent à la fin de la période de La Tène, vers la fin du IIe siècle avjc et au Ie siècle avjc, avant la conquête de César en 52 avjc… Ils continuent d’innover et construisent des cités fortifiées, les oppida, comme à Bibracte, la capitale des Éduens en Bourgogne. En Europe, l’oppidum est la ville gauloise par excellence mais c’est aussi un grand carrefour commercial. Malgré une influence romaine de plus en plus présente, les peuples celtes rivalisent d’imagination pour créer et frapper leur propre monnaie…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour novembre 2016 –

D'après un statère des Parisii, monnaie des peuples gaulois d'Ile-de-France, vers le Ie siècle avjc. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un statère des Parisii, monnaie des peuples gaulois d’île-de-France, vers le premier siècle avjc. (Marsailly/Blogostelle)

Bloc-notes+ Un livre? La guerre des Gaule, les commentaires de Jules César, rédigés au Ier siècle avjc (entre 58 et 51 avjc). Une BD? Astérix le Gaulois (René Goscinny – Albert Uderzo).

LES PEUPLES CELTES ET GAULOIS ÉDIFIENT DES OPPIDA ET DES REMPARTS

Le terme d’oppidum, oppida au pluriel, est un mot « barbare » repris par César dans sa « Description de la guerre des Gaules ». À la fin de La Tène, aux IIe et Ie siècle avjc, les oppida sont des villes fortifiées autour desquelles s’organise la vie des populations gauloises. Ces cités celtes sont aussi des centres de pouvoir politique, économique et religieux…

Des hameaux aux oppida…
C’est à la fin du IIe siècle avjc que les peuples celtes construisent leurs oppida dans différentes régions d’Europe occidentale. Certaines cités fortifiées sont installées cinquante ans plus tôt en Europe orientale comme à Manching, en Allemagne, et à Zavist, en ex-Tchécoslovaquie. Jusque-là, les populations celtiques vivaient essentiellement dans des fermes et des petits hameaux…

D'après le Murus Gallicus de Bibracte, oppidum gaulois, IIe et Ier siècle avjc, Bourgogne, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après le Murus Gallicus de Bibracte, oppidum gaulois, IIe et Ier siècle avjc, Bourgogne, France. (Marsailly/Blogostelle)

Un mur construit en terre et en pierres, et renforcé par un jeu de poutres…

Le Murus Gallicus, un astucieux rempart gaulois
L’enceinte qui entoure l’oppidum gaulois de Bibracte en Bourgogne mesure plus de 5 km et abrite une aire de 135 hectares… Les fortifications comprennent un enchevêtrement de systèmes de défenses qui seront améliorés jusqu’à la conquête romaine.

Les plus anciens remparts remontent au milieu du IIe siècle avjc. Leur structure interne, appelé Murus Gallicus, est décrite par César. Cette structure construite en terre et en pierres est renforcée par un jeu de poutres en bois entrecroisées. En façade, cette technique donne l’effet d’un mur à l’appareillage très régulier.

Un réseau de fermes et de villages gaulois
À l’époque de La Tène, on rencontre trois types d’habitat. Fermes, demeures et villages structurent une vie sociale organisée et hiérarchisée. La cité fortifiée, l’oppidum, centralise le pouvoir politique, stratégique et religieux…

D’après un statère celte en électrum (or et argent) ; et une monnaie plus réaliste à l’effigie de Vercingétorix…, Ier siècle avjc, France. (Marsailly/Blogostelle)

Sur la monnaie celte, l’artiste met l’accent sur l’œil, qui anime un visage stylisé tout en courbes…

Entourée de remparts, la ville joue un rôle défensif et s’intègre dans un réseau de fermes et de villages. La société celte est composée de paysans, d’artisans et d’une élite guerrière qui contrôle les réseaux d’échanges et le commerce. L’agriculture et la production de bois font la richesse de la Gaule et cette richesse attire les Romains…

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
L’âge de fer, 750 avjc à 52 avjc. La civilisation de La Tène, 450 à 52 avjc. Conquête de la Gaule par César, 52 avjc. Chronologie générale L’art à l’âge du Fer

Une place commerciale au cœur de l’oppidum
La structure urbaine des oppida se développe avec des rues, des places et des lieux dédiés à la production artistique et artisanale et au commerce. Quartiers résidentiels, quartiers artisanaux, marchés et espaces publics animent la vie de la société gauloise.

Cette complexité distingue les oppida des cités méditerranéennes. L’artisanat et la production en série prennent de l’essor. La vie économique devient très dynamique et les échanges commerciaux sont florissants…

D'après un statère des Parisii à motif de dragon, monnaie celte, vers le premier siècle avjc, en France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un statère des Parisii à décor de dragon, monnaie celte, vers le premier siècle avjc, en France. (Marsailly/Blogostelle.)

Un dragon-serpent semble se mouvoir dans un univers fantastique…

La grande diversité des monnaies celtes
Dès le IIIe siècle avjc, une économie monétaire se met en place en Gaule. Chaque peuple celte se dote de sa propre monnaie. Variées et nombreuses, les statères celtiques font preuve d’une grande créativité et parfois même de fantaisie…

Le statère d’or de Vercingétorix de Péronne représente d’un côté le portrait du chef gaulois, de l’autre, un étalon, un croissant de lune et une amphore… Ce système monétaire se fonde sur le contrôle de la circulation des matières premières et des importations grâce à la mise en place de zones de péage…

BIBRACTE, UNE GRANDE CITÉ GAULOISE EN BOURGOGNE

Les Gaulois implantent l’oppidum de Bibracte sur les hauteurs du mont Beuvray dans le Morvan. Cette ville fortifiée, un modèle des premières organisations urbaines en Gaule, est la capitale des Éduens, peuple allié de Rome depuis 125 avjc… Bibracte s’octroie d’importantes fortifications grâce à son fameux Murus Gallicus.

D'après le célèbre tableau de Lionel Royer, fin du XIXe siècle, France : Vercingétorix dépose les armes face à César... (Marsailly/Blogostelle.)

D’après le célèbre tableau de Lionel Royer, fin du XIXe siècle, France : Vercingétorix dépose les armes face à César… (Marsailly/Blogostelle)

En 52 avjc, César conquiert la Gaule…, mais le savoir-faire gaulois et la culture celte vont perdurer à l’époque de la Gaule Romaine…

Vercingétorix, élu chef des Gaules
Bibracte connaît des événements importants. En 58 avjc, les Hélvètes subissent une défaite non loin de là, et en 52 avjc, Vercingétorix est élu chef des Gaules à Bibracte. César y séjourne durant l’hiver 52-51 avjc, après la bataille d’Alésia. Par la suite, Rome permettra aux Éduens d’installer leur nouvelle capitale non loin de là, à Autun…

Des quartiers dédiés aux arts du fer, du bronze, de l’émail…
Bibracte se divise en différents quartiers dont certains ont un rôle bien défini. À la périphérie de la ville et longeant les accès, on rencontre les quartiers artisanaux. Ils regroupent les spécialistes des arts du fer, du bronze et de l’émail. La métallurgie, les techniques d’alliage et de fabrication évoluent.

L’importante diffusion des objets montre que l’artisanat produit de plus en plus en grandes quantités. La production en série se développe : verre, os, ivoire, cuir, peaux… Les charrons gaulois sont très réputés pour leur savoir-faire.

D’après des foyers gaulois, Bibracte ; et d’après un aristocrate gaulois, cité de Bibracte, vers les IIe et Ier siècle avjc, Bourgogne, France. (Marsailly/Blogostelle)

Dans les foyers gaulois, poteries, récipients en métal, ustensiles de cuisine et outils sont à portée de main… Les gaulois sont réputés pour être des guerriers assez redoutables…

Des rues et des avenues pour circuler dans l’oppidum
Les rues et les îlots de Bibracte sont aménagés avec soin et s’intègrent dans un espace à forts dénivelés. Les quartiers résidentiels sont desservis par de larges voies. En macadam à l’eau, ces avenues mesurent plus de 8 mètres de large et sont bordées de trottoirs et de galeries. Ainsi, l’ensemble des rues et des avenues dessine le plan de la ville et délimite des quartiers… Et ce sont des îlots de plus de 50 mètres de côté qui accueillent les riches demeures.

D'après un collier gaulois en perles d'ambre, vers le Ier siècle apjc. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un collier gaulois en perles d’ambre, vers le Ier siècle apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Bibracte possède une place publique et un bassin ovale
Le cœur de Bibracte accueille des foires et des marchés et dispose d’une vaste place publique. C’est là que se tiennent les assemblées du peuple Éduens et les rituels religieux. Cet espace, de 40 mètres sur 70 mètres, est entièrement empierré. Il comprend un bassin de forme ovale de 10 mètres de long sur 4 mètres environ.

Simple élément décoratif pour certains, ce bassin aurait pour d’autres un rôle symbolique, en relation avec des activités cultuelles. Le bassin se trouve quasi au centre des 4 points cardinaux et trône sur le mont Beuvray… ce qui n’est probablement pas un hasard…

D'après le bassin ovale de Bibracte, vers les IIe et Ier siècle avjc, Bourgogne, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après le bassin ovale de Bibracte, vers les IIe et Ier siècle avjc, Bourgogne, France. (Marsailly/Blogostelle)

Une construction gauloise orientée quasi au centre des 4 points cardinaux, et peut-être destinée à une activité cultuelle…

Atrium, péristyle, jardins et bains dans les demeures
Les belles et riches villas sont construites sur le modèle romain, avec atrium, péristyle, jardins et bains. Une de ces maisons, contemporaine au moins de la Guerre des Gaules, possède des murs en mortier de chaux, un sol en brique et des peintures murales.

Ces résidences appartiennent à l’aristocratie du peuple Éduens. Cette élite dirige Bibracte, détient le pouvoir politique, la propriété des terres et des mines et contrôle également les péages… Pour certains historiens, La Tène finale se prolongerait jusqu’au principat d’Auguste, au moment de l’organisation administrative de la Gaule par Rome…

L’INFLUENCE ROMAINE SOUFFLE UN VENT DE SOBRIÉTÉ SUR L’ART GAULOIS…

À la fin de la période de La Tène, l’influence romaine transparaît dans l’art celte. Les artistes adoptent un style plus sévère, plus réaliste et plus rigoureux dans le dessin… sauf pour les monnaies, dont les décors créatifs s’inspirent de l’esprit celtique.

D'après un statère gaulois, cavalier, trésor de Laniscat vers IIe-Ier avjc, art celtique. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un statère gaulois, cavalier, trésor de Laniscat vers IIe-Ier avjc, art celtique. (Marsailly/Blogostelle)

Le trésor gaulois de Laniscat en Bretagne
En Bretagne, à Laniscat dans les Côtes d’Armor, les archéologues ont découvert un riche trésor gaulois dans une zone agricole implantée là dès le IIIe siècle avjc … Les 545 statères d’or et d’argent frappées par les Osismes, qui remontent à  2100 ans environ, révèlent l’importance de ce peuple gaulois sur le territoire Armoricain…

Le style sévère s’impose…
À la fin de la période de la Tène, artistes et artisans réalisent des objets en série. La longue épée celte des époques précédentes est remplacée par une épée courte. Seules les monnaies expriment encore la créativité et l’imaginaire celte. L’influence romaine donne naissance à un style plus sobre.

Les représentations humaines et animales sont traitées avec beaucoup plus de réalisme. On assiste à la disparition de l’art celte de la métamorphose, de l’art de l’illusion et du double sens. L’esprit celtique avec ses jeux de décors et de surfaces, sur lesquels les éléments se mêlent les uns aux autres, fait place à une utilisation beaucoup plus rationnelle de l’espace et du dessin.

D'après un torque en or, fin de La Tène, vers le Ie siècle avjc. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après un torque de la fin de l'âge du Fer, La Tène, vers le premier siècle avjc. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après deux torques gaulois de la fin de La Tène, style sévère, vers le Ie siècle avjc. (Marsailly/Blogostelle.)

… mais les statères prolongent l’imaginaire celtique
Les artistes de la fin de La Tène misent maintenant sur des fonds plans et des ajours. Ils ajoutent des surfaces émaillées qu’ils rehaussent parfois par quelques détails, en particulier sur les monnaies.

Les visages, les chevaux et les symboles abstraits des statères sont encore traités dans un esprit créatif, symbolique ou imaginaire, avec créativité et fantaisie… On retrouve toujours le goût celte pour un graphisme plutôt exubérant. On façonne aussi de nombreux animaux de petite taille en bronze coulé, que l’on retrouvera à l’époque de la Gaule Romaine…

D’après une monnaie gauloise en or, cheval, graphismes et symboles solaires, style celte, IIe-Ie siècle avjc, Rouen, France. (Marsailly/Blogostelle)

Voir aussi les articles  
L’univers spirituel des Celtes
Les Eaux, la forêt, la nature… nourrissent l’âme celte
L’Autre Monde et les Dieux celtiques

LE MONDE RURAL GAULOIS

Au temps de l’âge du Fer, des fermes parsèment l’Europe. Chacune exploite un ensemble assez modeste de terres. On y pratique l’agriculture et l’élevage. Au cours de la Tène, les fermes s’agrandissent et se multiplient. Peu à peu, des hameaux et des grands villages se développent et se structurent…

D'après des urnes funéraires gauloises en terre cuite, La Tène. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des urnes funéraires gauloises en terre cuite, La Tène. (Marsailly/Blogostelle)

Au cours de l’âge du Fer, les peuples celtiques pratiquent l’inhumation et l’incinération…

Des paysans, des éleveurs, et des artisans
La manière de s’approprier des terres est mal connue et varie d’une région à l’autre. Autour des grands domaines contrôlés par l’aristocratie guerrière, des paysans et des éleveurs vivent entourés des champs, des pâturages, des bois et des friches. Parfois, ces gens de la terre enrichissent leurs ressources grâce à des activités spécialisées comme l’extraction minière, l’exploitation du sel marin ou l’artisanat de la poterie, des bijoux et de la métallurgie…

La ferme, lieu de vie, de travail et de culte
Aux IIe et Ie siècles avjc, on dote les fermes d’un ou plusieurs bâtiments d’habitation construits en bois et en terre. On prévoit aussi des constructions dédiées aux travaux agricoles et à l’élevage, comme des granges, des étables, des greniers, des silos…

D'après des poteries de la période de La Tène finale. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après un vase en terre cuite à motifs incisés et imprimés, âge du Fer, art gaulois. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des poteries de la période de La Tène finale, un vase en terre cuite à motifs incisés et imprimés, art gaulois. (Marsailly/Blogostelle)

À l’occasion des foires et des marchés, les villageois artisans présentent leurs productions : poterie, joaillerie, métallurgie…

La structure de ces fermes est souvent irrégulière. Parfois, elles s’intègrent dans un vaste enclos quadrangulaire pourvu de toutes les installations nécessaires à la survie de la communauté. La ferme peut être entourée de palissades et des fossés séparent les espaces d’habitation des cultures et des enclos pour le bétail.

À proximité de ces îlots d’habitations rurales, le long des chemins, les villageois implantent des lieux réservés à la dévotion privée, avec des installations cultuelles et des monuments funéraires familiaux…

D'après une céramique à motif de rouelle, La Tène, âge du Fer. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après une élégante céramique carénée, La Tène, âge du Fer. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une céramique gauloise à motif de rouelles, et une élégante céramique carénée, La Tène, âge du Fer, France. (Marsailly/Blogostelle)

Les gaulois organisent des rassemblements en pleine campagne…
Les gaulois dédient de grands espaces aux activités publiques et aux assemblées. Si dans les campagnes les sanctuaires permettent ces réunions, d’autres structures accueillent également des grands rassemblements, comme sur le site d’Acy-Romance dans les Ardennes, en France.

Les lieux sont délimités par une palissade et sont propices à l’organisation de grands banquets. On y consomme des bœufs et des moutons et on y boit du vin… Ces espaces sont bordés en général par une rangée de bâtiments, peut-être à usage cultuel.

D'après un sceau gaulois en bois et en fer forgé. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un sceau gaulois en bois et en fer forgé. (Marsailly/Blogostelle)

Les villageois ont leur cimetière, leurs marchés et leurs foires
Les villages gaulois prennent de l’expansion et se développent selon un plan régulier. Parfois, ils sont bâtis à partir d’un lieu de rassemblement ou de culte plus ancien. Les bourgs sont entourés par des nécropoles. Ces lieux de sépultures abritent les différents groupes familiaux de la communauté.

L’économie des villages repose sur l’exploitation d’un terroir et d’un cheptel, à laquelle s’ajoute l’artisanat et le commerce. Les foires et les marchés présentent les productions locales et attirent les marchands étrangers. Au IIe siècle avjc, parfois on frappe la monnaie et on effectue certains sacrifices dans les villages…

Le développement des sanctuaires celtes au cours de l’Âge du Fer suppose une organisation et des activités cultuelles… Ce sont les druides, répartis en différents collèges, qui sont les gardiens de la tradition spirituelle et du savoir. Ces spécialistes du Sacré officient au bon déroulement des rituels, des sacrifices et des cérémonies…

Article suivant   Les druides, la Parole perdue…

Sommaire L’art à l’âge du Fer

Consulter La liste complète des articles en ligne

Consulter Le sommaire du BLOG

Commenter ?

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s