ÂGE DU FER

Âge du Fer : les druides, la Parole perdue…

Une tradition druidique orale et poétique

Les sanctuaires celtes de l’âge du Fer présupposent une organisation de la vie religieuse et cultuelle. Ce sont les druides qui officient au bon déroulement des rituels, des activités sacrificielles et des cérémonies. Mentionnés par les auteurs grecs et latins de l’Antiquité et dans des textes irlandais, ces prêtres sont présentés comme des enseignants, des poètes, des philosophes et des savants…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour novembre 2016 –

D'après un manuscrit français, XIIIe siècle, Merlin dicte un poème... (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un manuscrit français, XIIIe siècle, Merlin dicte un poème… (Marsailly/Blogostelle)

Le druide légendaire du cycle arthurien incarne à la fois le pouvoir spirituel, le savoir, l’enseignement, la magie et la sagesse…

Bloc-notes+ Un livre? La guerre des Gaule, les commentaires de Jules César, rédigés au Ier siècle avjc (entre 58 et 51 avjc). Une BD? Astérix le Gaulois (René Goscinny – Albert Uderzo).

LES DRUIDES, DES PRÊTRES ET DES MAÎTRES DU SAVOIR ET DE LA POÉSIE

La société celte se fonde sur une organisation sociale et religieuse tripartite. Gardiens de la tradition orale et chefs spirituels, les druides président au sacerdoce. L’aristocratie guerrière contrôle les territoires et assume le pouvoir politique. Les artisans, les éleveurs et les cultivateurs produisent pour la communauté…

D'après deux druides, bas-relief d'Autun, gravure du XVIIIe siècle apjc, avec croissant de lune et sceptre pour attributs, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après deux druides, bas-relief d’Autun, gravure du XVIIIe siècle apjc, avec croissant de lune et sceptre pour attributs, France. (Marsailly/Blogostelle)

Une caste sacerdotale comme chez les hindous
Le druidisme celtique se rattache au monde spirituel indo-européen. Certains auteurs se réfèrent à l’étymologie de cette entité culturelle pour interpréter le terme druide comme ceux qui connaissent le chêne… D’autres font référence à la langue celtique : dru-wid-es qui signifie les très savants

Les Celtes sont les seuls, avec les hindous, à connaître une classe sacerdotale hiérarchisée et organisée. Les textes antiques, la tradition irlandaise et la littérature médiévale renferment des bribes d’informations sur les druides. On évoque des pratiques médicinales, des arts magiques et incantatoires et les talents divinatoires de ces prêtres celtes devenus mythiques…

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
L’âge de fer, 750 avjc à 52 avjc. La civilisation de La Tène, 450 à 52 avjc. Conquête de la Gaule par César, 52 avjc. Chronologie générale  L’art à l’âge du Fer

Les druides, les plus justes des hommes
Les druides sont des théologiens, à la fois prêtres, professeurs et garants de l’ordre social. On les qualifie de plus justes des hommes… Les druides détiennent le pouvoir spirituel, le savoir philosophique, les clés de la morale et de la justice, et les connaissances suprêmes…

Ce sont les gardiens de la tradition orale. Ils enseignent et initient les jeunes à la métaphysique, à la cosmologie, à l’astronomie, à la médecine, à la poésie…, uniquement par une transmission orale. Les écrits sont proscrits en matière de tradition, de doctrine, de mythologie et de rituels religieux celtiques.

D'après un manuscrit médiéval, Merlin lit ses prédictions au roi Vortigern. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un manuscrit médiéval, Merlin lit ses prédictions au roi Vortigern. (Marsailly/Blogostelle)

Les druides assistent les rois à l’aide de prophéties…

Druide théologien, druide poète et druide devin
Les druides détiennent l’autorité spirituelle et occupent une place privilégiée auprès de l’aristocratie guerrière qui possède une autorité temporelle et politique. Il existe alors des chevaliers, appelés Equites par Jules César dans La Guerre des Gaules (écrit en 52-51 avjc).

Proches du pouvoir, ces chevaliers interviennent dans la vie politique et sociale. Selon Strabon (auteur grec, Ier siècle avjc-Ier siècle apjc) et Diodore de Sicile (auteur grec, Ier siècle avjc), les druides forment une classe sacerdotale divisée en 3 groupes : les théologiens, les bardes et les poètes et les devins ou vates. Les bardes et les poètes perpétuent la tradition orale et louent les aventures et les exploits des hommes et des dieux…

La satire chantée est une forme de poésie magique
Les devins ou vates sont les maîtres du sacrifice, de la divination et de la science de la nature. Si Diodore de Sicile et Strabon mentionnent les druides-philosophes, les bardes-poètes et les devins-sacrificateurs, on retrouve ce schéma tripartite dans la tradition irlandaise.

La seule différence est le statut de barde. Ce spécialiste de la louange et du blâme devient finalement le voyant en Irlande. Ce devin conserve dans ses attributions la magie, l’écriture et la satire. Mais la satire chantée est une forme de poésie magique, réputée efficace et dont les effets peuvent êtres mortels…

D'après le thème du druidisme : les druides élisent un chef suprême à vie. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après le thème du druidisme : les druides élisent un chef suprême à vie. (Marsailly/Blogostelle)

Jules César évoque un certain Diviciacus
L’empereur romain Jules César mentionne dans ses commentaires sur la Gaule un certain Diviciacus, qu’il présente comme le chef des Éduens, peuple celte de Bourgogne, en France. César ne dit pas qu’il est druide, c’est le philosophe romain Cicéron (Ier siècle avjc) qui le précise dans ses écrits. Diviciacus serait à ce jour le seul druide historique connu.

Dans sa description de la société gauloise du premier siècle avjc, César distingue les druides et les chevaliers : « Les premiers [les druides] veillent aux choses divines, s’occupent des sacrifices publics et privés, règlent toutes les choses de la religion. Un grand nombre de jeunes gens viennent s’instruire chez eux, et ils bénéficient d’une grande considération… »

D'après le druide Merlin dans Le Morte d'Arthur, Audrey Beardsley, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après le druide Merlin dans Le Morte d’Arthur, Audrey Beardsley, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Le druide Merlin, la Dame du Lac et le roi Arthur…

L’assemblée des druides
Les auteurs antiques nous apprennent que les druides enseignent oralement des préceptes comparables à ceux des pythagoriciens, participent à des activités rituelles, comme la cueillette du gui, et rendent la justice lors de réunions annuelles tenues en des lieux sacrés.

César raconte comment les druides se réunissent tous les ans, à date fixe, sur le territoire des Carnutes, c’est-à-dire dans la région de Chartres, en France.

Les druides règlent les différents entre tribus et rendent des jugements. L’assemblée des druides se place sous l’autorité d’un chef suprême élu pour la durée de sa vie. Et il semble que la terre des Carnutes soit assimilée à un centre sacré et symbolique dans la tradition celtique…

Le druide, garant de la royauté et de la justice
Dans le monde celte, le druide veille à la préservation et aux intérêts du royaume. Il prodigue au roi de sages conseils, des informations et des prédictions. Le druide est réputé pour ses prophéties…

L’autorité spirituelle du druide lui confère la prééminence sur le pouvoir temporel incarné par le roi avec qui il forme un couple. Le druide est l’intermédiaire privilégié entre les dieux et le roi.

Le roi de son côté fait le lien entre le druide et le peuple. Si le roi rend la justice, c’est le druide qui connaît et dicte le droit. Le druide règle aussi les litiges entre tribus et les conflits à l’intérieur de la communauté.

D'après Gustave Doré, Idylles du roi, de Lord Alfred Tennyson, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après Gustave Doré, Idylles du roi, de Lord Alfred Tennyson, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Merlin et Arthur : un duo sacerdotal et royal…

Le druide-guerrier apparaît dans l’épopée irlandaise…
Grâce à son statut d’officiant spirituel, le druide n’est soumis à aucune obligation fiscale ou militaire… Mais il peut aussi prendre les armes et faire la guerre si cela lui semble nécessaire… Le thème du druide-guerrier apparaît dans l’épopée irlandaise…

C’est aussi le druide qui prononce les injonctions pour tous, et en particulier pour le roi. Un système strict d’interdits et d’obligations encadrent la royauté celtique. En Ulster, par exemple, on ne doit pas parler avant le roi et le roi ne doit pas parler avant le druide…

Ogme, l’inquiétant dieu irlandais de l’écriture
Dans la mythologie irlandaise, il est question du dieu Ogme, inventeur de l’écriture. Il s’agit d’une divinité sombre. On le présente comme le maître de la guerre et de la magie. Ogme a donné son nom à l’écriture irlandaise ancestrale, les Ogam. L’écriture oghamique se compose d’un alphabet de vingt lettres.

Quant au gaulois, langue sacrée et savante, aucun texte écrit n’a laissé de trace… La langue des druides a disparu… et sans la christianisation qui a propagé l’étude des Écritures, l’irlandais ancien aurait peut-être connu le même sort ou aurait perdu une grande partie de sa littérature mythique…

D’après le Champfleury de Geoffroy Tory et les Emblemata d’Alciat, ouvrages du XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Selon Lucien de Samosate (IIe siècle apjc) Hercule possède les mêmes attributs que le dieu celte Ogme, dieu de la guerre, de l’écriture et de l’éloquence: peau de lion, massue, arc et carquois et le pouvoir de lier les hommes par l’éloquence…

Ogme, un vieillard à la peau sombre…
Dans ses écrits, Jules César évoque le dieu celte Ogmios et l’assimile à Mars, dieu de la guerre. L’écrivain grec Lucien de Samosate, au IIe siècle apjc, compare Ogme à Hercule et le présente comme un vieillard à la peau sombre, pourvu d’une longue chevelure blanche.

Selon ce même auteur, ses attributs sont une peau de lion, une massue, un arc et un carquois et il retient par des chaînes d’or les nombreux hommes qui le suivent… Le pouvoir d’enchaîner les êtres et la puissance de la magie rendent le dieu Ogme comparable à Varuna, une grande divinité védique de l’Inde ancienne, redoutée pour sa magie et son pouvoir de lier ou délier les êtres et les choses…

D'après une image de la déité celtique Ogme. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une image de la déité celtique Ogme. (Marsailly/Blogostelle)

Ogme, inventeur mythique de l’écriture oghamique, dieu guerrier et dieu magicien…

Le Gaulois, une langue sacrée, vivante et savante
Les Celtes connaissent l’écriture. Ils utilisent les alphabets grecs et latins pour rédiger leurs inscriptions votives ou funéraires. Par ailleurs, les textes irlandais font souvent référence à l’emploi de l’écriture oghamique par des druides ou des guerriers… C’est uniquement dans le cadre de la transmission du savoir traditionnel et spirituel que l’écriture est absolument proscrite dans la culture celtique.

Pour l’esprit celte, l’écriture est morte parce qu’elle fixe éternellement ce qu’elle exprime. Seule la parole est vivante et peut servir la mémoire de la tradition, l’efficacité magique et incantatoire. La parole sous forme de récitation, d’invocation, d’incantation, de prière… relève du sacré. L’écriture est réservée au domaine profane.

Un apprentissage druidique oral et en vers
Les vieux textes d’Irlande et de Grande-Bretagne évoquent la hiérarchie druidique qui comporte selon ces récits insulaires sept ou huit degrés d’initiation. Du docteur qui sait réciter trois cent cinquante histoires à l’apprenti qui se limite à sept histoires…

En Irlande, les études druidiques durent douze ans et vingt ans en Gaule selon Jules César… Entièrement oral et en vers, l’enseignement comporte la récitation de récits, le droit, la généalogie, la poésie et tout ce qui concerne une spécialisation comme la médecine ou la métaphysique.

Mais, quelle que soit leur place dans la hiérarchie druidique, tous les membres de la classe sacerdotale sont solidairement druides par opposition à la communauté des profanes…

D'après l'œuvre de John Martin (détail), Le Barde, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après l’œuvre de John Martin (détail), Le Barde, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Bardes et poètes perpétuent la tradition orale et chantent les exploits des hommes et des dieux…

La Divinité à la lyre, une statuette gauloise
Cette petite sculpture retrouvée à Paule, dans les Côtes-d’Armor en France, mesure une quarantaine de centimètres. Le personnage porte autour du cou un torque, un bijou typiquement celte. Il tient entre ses mains une Lyre à 7 cordes. Il était sans doute assis en tailleur à l’origine.

La taille modeste de l’instrument et la forme arrondie de sa caisse de résonance évoquent la lyre. Mais avec ses bras qui semblent s’intégrer à la caisse de résonance l’instrument rappelle aussi la cithare… La barre transversale, mobile et coulissante, sur laquelle passent les cordes, permet peut-être de raccourcir la longueur des cordes et de moduler les accords.

En dehors des monnaies gauloises, cette statuette est l’un des rares témoignages montrant un instrument de musique à cordes en détail. Cette sculpture gisait dans un profond fossé, accompagnée de céramiques gauloises et de nombreuses amphores…

D'après la statuette à la lyre, art gaulois, Ie siècle avjc, Côtes-d'Armor, France. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après la statuette à la lyre, art gaulois, Ie siècle avjc, Côtes-d’Armor, France. (Marsailly/Blogostelle)

Voir aussi les articles  
Un panthéon gaulois et romain en Gaule (1)
Un panthéon gaulois et romain en Gaule (2)

Le vate celtique pratique l’art de la prédiction…
Le vate celtique, spécialiste de la prédiction et de la divination a une grande importance spirituelle, politique et sociale en Gaule et en Irlande. Son nom, vatis en gaulois ou fáith en irlandais, se retrouve partout dans le monde culturel celtique. Mais la terminologie précise de la divination gauloise nous est inconnue.

Le mot gallois gwawd est lui plus restrictif. Il se réfère à l’idée de chant, de louange, de poésie et de satire… Mais il perd le sens religieux de vate pour devenir barde au moment de la christianisation. En Irlande, on ne connaît que des mots génériques comme Druidisme (druidecht), Science du poète (filidecht), Divination, Poésie, Science (éicse) ou encore Prédiction (fáitsine)…

LES MYSTÈRES DU CULTE CELTE…

De la période de Hallstatt, au VIIIe siècle avjc, à celle de la Tène, à partir du Ve siècle avjc, les celtes pratiquent des rites funéraires. Banquets, dépôts votifs et offrandes dans les sépultures, dans les rivières, dans les étangs… témoignent de la vie spirituelle celtique. On édifie des sanctuaires, mais le déroulement précis des rituels nous est inconnu…

D'après le chaudron de Gundestrup, Taureau, or et argent, Ier siècle avjc, art celte, Danemark. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après le chaudron de Gundestrup, Taureau, or et argent, Ier siècle avjc, art celte, Danemark. (Marsailly/Blogostelle)

Capture ou mise à mort sacrificielle d’un taureau ?

Des rites, des incantations et des prédictions
Dans la littérature irlandaise, on retrouve les traces de quelques rites et procédés divinatoires et incantatoires. La science qui illumine (Imbas forosnai) correspond à la consommation par le devin de la viande et du bouillon d’un taureau sacrifié.

Le vate plonge ensuite dans un sommeil onirique, protégé ou provoqué par des incantations. Ce cérémonial est décrit dans un rituel d’élection royale. Pour la Manducation héroïque (le teinm laegda), le devin se mord le pouce sous la dent de sagesse et chante un quatrain divinatoire…

En Irlande le rôle du devin va devenir prédominant. On lui attribue diverses spécialités, comme conteur, satiriste, harpiste, échanson, historien, généalogiste, enseignant, juge, arbitre, médecin, chirurgien…

Ou encore on le qualifie de pratiquant des trois médecines – végétale, magique et sanglante -, et aussi d’architecte ou d’ambassadeur… Mais le devin est surtout un spécialiste de la prédiction, la seule fonction sacerdotale accessible aussi aux femmes appelées parfois druidesses…

D'après le Commentarii de Bello Gallico, XVIIIe siècle, une éditions des Commentaires de César. (Marsailly/Blogostelle)

D’après le Commentarii de Bello Gallico, XVIIIe siècle, une édition des Commentaires de César. (Marsailly/Blogostelle)

À tous ces druides commande un chef unique, lequel exerce parmi eux l’autorité suprême…, nous raconte Jules César dans La Guerre des Gaules qu’il rédige en 52-51 avjc.

Le druidisme raconté par Jules César…
Dans La Guerre des Gaules, l’empereur romain rapporte ses observations sur le monde gaulois. Il explique…  » À une certaine époque de l’année, [les druides] se réunissent en un lieu sacré du pays des Carnutes que l’on tient pour le centre de la Gaule.

Là, viennent de toutes parts tous ceux qui ont des contestations et ils se soumettent à leurs avis et à leurs jugements. Leur doctrine a été élaborée en Bretagne, et de là, pense-t-on, en Gaule, et aujourd’hui encore la plupart de ceux qui veulent mieux connaître cette doctrine partent là-bas pour l’apprendre… »

 » … C’est que les âmes ne périssent pas… »
« Beaucoup viennent de leur propre chef se confier à leur enseignement et beaucoup sont envoyés par leurs parents et leurs proches. On dit qu’ils apprennent là par cœur un très grand nombre de vers : certains restent vingt ans à leur école. Ils sont d’avis que la religion interdit de confier cela à l’écriture…

Ce dont ils cherchent surtout à persuader, c’est que les âmes ne périssent pas… » Si les détails des rituels et des cérémonials restent une énigme, les conceptions religieuses du druidisme, en particulier tout ce qui renvoie aux saisons, à l’Autre Monde et à la croyance en l’immortalité ont laissé quelques traces…

D'après l'imagerie du druide muni de sa serpe en or. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après l’imagerie du druide muni de sa serpe en or. (Marsailly/Blogostelle)

Le cérémonial de la cueillette du gui, celui qui guérit tout, nous raconte Pline l’Ancien…

La cueillette du gui selon Pline l’Ancien
Le mystère reste entier concernant les rituels druidiques… En Gaule, quelques inscriptions gallo-romaines mentionnent un druide invocateur. Le druide sacrificateur préside aux sacrifices. Pline l’Ancien, au Ier siècle apjc, évoque seulement la cueillette du gui, accompagnée du sacrifice de deux taureaux.

Ce rituel serait en relation avec l’élection royale, et c’est un thème que l’on retrouve en Irlande. Selon le récit de Pline l’Ancien, le cérémonial de la cueillette du gui, « celui qui guérit tout » en langue celtique, a lieu au cœur de la nature lors de la sixième lune…

Une serpe d’or et deux taureaux blanc immolés
Le rituel de la cueillette du gui se déroule soit au centre de la forêt soit dans une clairière ou un espace sacré. Au pied de l’arbre, les druides préparent le sacrifice et le repas religieux. Deux taureaux blancs sont amenés sur les lieux.

Un druide coupe le gui à l’aide d’une serpe d’or avant de le placer dans un sayon blanc (une sorte de drap). Le blanc symbolise la pureté sacerdotale et l’or la perfection, l’incorruptibilité, l’immortalité… Les taureaux sont immolés. Ce rite évoque aussi les vertus médicinales et thérapeutiques des plantes, à mettre en relation avec les conceptions de la doctrine druidique.

D'après Gustave Doré, XIXe siècle : la cueillette du gui... (Marsailly/Blogostelle.)

D’après Gustave Doré, XIXe siècle : la cueillette du gui… (Marsailly/Blogostelle)

Le sayon blanc symbolise la pureté sacerdotale et l’or de la serpe la perfection incorruptible…

Une mise en scène spectaculaire dans les sanctuaires celtes
Dans le nord et l’ouest de la France, des sanctuaires celtiques ont été identifiés et fouillés. Ils remontent au IIIe avjc et restent actifs jusqu’au premier siècle avjc. Jusqu’à la conquête romaine, ces installations cultuelles gauloises, en général proches d’une étendue d’eau, sont construites en bois et sont périssables.

Une enceinte circulaire à l’origine, puis quadrangulaire, abrite le nécessaire aux sacrifices d’animaux. Des armes et des ossuaires sont exposés sous forme de trophées-mannequins. Et de nombreuses armes sont soumises à des destructions rituelles avant d’être jetées dans des fosses qui renferment aussi des restes d’animaux sacrifiés…

Des pratiques sacrificielles étranges
Parfois, des corps humains sont exhibés après qu’ils ont subi divers traitements : dépeçage, démembrement, réduction… On jette dans les fossés des sanctuaires les restes des animaux sacrifiés et des débris d’armes. Des crânes humains et de bovidés peuvent également participer à cette mise en scène spectaculaire.

Lieux propices à des rassemblements parfois importants, les sanctuaires semblent avoir à la fois une fonction sacrée et politique… À partir du premier siècle avjc, l’espace sacré est disposé au cœur de vastes enceintes où se déroulent des célébrations et des réunions.

D'après un bovidé inhumé dans la fosse cultuelle d'un sanctuaire celte. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un bovidé inhumé dans la fosse cultuelle d’un sanctuaire celte. (Marsailly/Blogostelle)

Voir aussi l’article  Objets d’art et sanctuaires celtes

Des fêtes, des banquets et des animaux immolés
Toutes les fêtes Celtes s’accompagnent de banquets et de sacrifices d’animaux domestiques. Parmi les célébrations celtiques, l’une d’entre-elles se répète tous les cinq ans et donne lieu à des immolations spectaculaires.

Des animaux sacrifiés sont enfermés dans une construction en bois à laquelle on met le feu… L’archéologie a mis au jour des restes d’animaux comme des moutons, des porcs et des bovidés parfois déposés entiers dans des fosses cultuelles.

Le druide assure la cohésion sociale 
L’archéologie, à ce jour, n’est pas en mesure d’infirmer ou de confirmer les pratiques évoquées par les auteurs grecs et latins, parmi lesquelles celle du sacrifice humain. On connaît les druides surtout à travers des textes mythiques et les informations parvenues jusqu’à nous sont partielles.

La littérature continentale et insulaire témoigne pourtant de la place essentielle occupée par les druides parmi la population celtique. Conseiller et conciliateur, le druide est une figure clé de la communauté dont il garantit l’harmonie et les valeurs morales. Il joue un rôle très important pour créer et maintenir la cohésion sociale…

D'après l'imagerie du druide... (Marsailly/Blogostelle.)

D’après l’imagerie du druide… (Marsailly/Blogostelle)

À la croisée des hommes et des dieux, gardiens de la tradition orale et de la connaissance, les druides vont disparaître… et emporter avec eux leurs secrets…

L’empire romain interdit le druidisme
Après la conquête romaine, le druidisme décline lentement et va finir par disparaître… La Gaule tombe sous l’égide du système politique romain… L’empereur Claude, 41-54 apjc, décrète l’interdiction du druidisme.

Cette décision est peut-être liée au danger que représente les druides, très influents dans la population gallo-romaine au début de l’empire romain. Ils sont sans doute étroitement liés aux révoltes gauloises qui ont lieu au cours du premier siècle…

Des représentations zoomorphes, des divinités parfois redoutables, des banquets, des sacrifices d’animaux, des rituels funéraires et peut-être des sacrifices de prisonniers de guerre… semblent forger un socle culturel commun aux peuples celtiques… Diverses divinités liées à la Terre, aux phénomènes naturels, au symbolisme solaire et à la consécration des valeurs guerrières animent leur vie spirituelle…

Article suivant : L’univers spirituel des Celtes

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