VIES D'ARTISTES

Vie d’Artiste : Qui êtes-vous Nicolas Poussin ?

Interview imaginaire d’un Artiste Philosophe

Histoire de l’Art… Nicolas Poussin au XVIIe siècle apjc : un entretien imaginé en compagnie de ce peintre érudit (1594-1665 apjc). Confidences sur la vie et l’œuvre de ce virtuose de la peinture classique française…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour mai 2017 –

D'après le tableau Paysage Temps Calme, Nicolas Poussin, 1650-1651 apjc. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après le tableau Paysage Temps Calme, Nicolas Poussin, 1650-1651 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Qui êtes-vous Nicolas Poussin ?
On me considère comme l’un des plus grands maîtres du XVIIe siècle… J’ai fait ma carrière essentiellement à Rome, où je me suis éteint en 1665 à l’âge de 71 ans… Mais j’ai travaillé pour des commandes en France… et on me présente comme le digne représentant du classicisme français…

Quelle a été votre formation artistique?
Je suis né en 1594 en Normandie, dans la commune Les Andelys. Dès mon plus jeune âge, je me suis senti fasciné par le monde antique… J’ai étudié l’Antiquité et la peinture italienne que j’ai pu admirer dans les collections royales…

Je me suis formé en Normandie, à Paris et à Fontainebleau où j’ai pu copier les fresques du peintre italien Primatice (1504-1570). À Paris, j’ai travaillé dans l’atelier de l’artiste lorrain Georges Lallemant (1575-1636). J’ai pu aussi approfondir mon étude de l’art des maniéristes de la Renaissance et de l’école de Fontainebleau. J’ai particulièrement observé les estampes de Raphaël (1483-1520) et de Jules Romain (1526-1535)…

D'après Nicolas Poussin, 1650 apjc, une vie d'artiste. (Marsailly-Blogostelle)  D'après Orphée et Eurydice, Nicolas Poussin, 1650-1653. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un Portrait de l’Artiste, pour Paul Fréart de Chantelou, 1650 ; et Orphée et Eurydice, Nicolas Poussin, 1650-1653. (Marsailly/Blogostelle)

Comment vous êtes-vous retrouvé à Rome?
Après un séjour à Venise, je me suis rendu à Rome entre 1624 et 1630 pour compléter et perfectionner ma formation artistique. J’ai rencontré le grand poète napolitain Gian Battista Marino, dit le Cavalier Marin. Grâce à lui, j’ai été introduit à la cour du pape Barberini… Et puis j’ai commencé à honorer des commandes pour des collectionneurs italiens…

Pourquoi avez-vous quitté la France pour l’Italie?
Mon ami Marino m’a permis d’intégrer le monde romain des amateurs cultivés dont certains sont devenus mes meilleurs clients… Je suis revenu quelque temps à Paris en décembre 1624 pour travailler sur des projets d’aménagement du Louvre à la demande de Louis XIII… Mais ces travaux ne me convenaient guère… De plus, j’ai subi les intrigues de Simon Vouet (1590-1649) et d’autres artistes…

Mais j’ai tout de même profité de ce séjour parisien pour consolider mes liens avec les collectionneurs français, mes futurs commanditaires en France… Mon indépendance d’esprit et mon besoin d’une complète liberté de création m’ont amené rapidement à rejoindre l’Italie… En novembre 1642, j’ai décidé de quitter définitivement la France et je me suis installé à Rome…

Comment les choses se passaient-elles à Rome?
J’ai réalisé ma première série des Sacrements, entre 1636 et 1640, pour Cassiano dal Pozzo… Je suis devenu un artiste reconnu et apprécié… J’ai évolué dans le monde artistique romain que j’aimais. Et j’ai eu la chance d’être soutenu par Cassiano dal Pozzo, bibliothécaire de la famille Barberini, érudit et mécène. Il était lui-même très intéressé par l’étude de l’antiquité…

D’après  La Sainte Famille avec saint Jean et sainte Élisabeth, Nicolas Poussin, 1650 ; et La Sainte Famille à l’escalier, Nicolas Poussin, 1648. (Marsailly/Blogostelle)

Cassiano dal Pozzo a beaucoup compté pour vous ?
Mes échanges avec Cassiano dal Pozzo ont contribué à affiner mon goût pour une peinture inspirée des thèmes classiques… Je puise mes sujets à la source de l’histoire et de la mythologie antique… Je m’inspire souvent des Métamorphoses d’Ovide…

Ce poète latin de la fin du Ier siècle avjc et du début du Ier siècle apjc, raconte des récits légendaires, mythologiques et miraculeux… J’aime évoquer le monde antique dans un esprit poétique et heureux… même si parfois je me laisse aller à quelques touches de mélancolie…

Quid de Titien et de l’école vénitienne ?
Comme d’autres artistes peintres, par exemple Pierre de Cortone, j’avais une prédilection pour le courant néo-vénitien… Nous étions très impressionnés par les Bacchanales du Titien, qui sont passées de la cour d’Este à celle du cardinal Aldobrandini…. J’admirais beaucoup Titien (1488 ou 1489-1576), l’un des plus grands maîtres de la Renaissance italienne. Il fut le chef de file de l’école vénitienne…

Quels sont les caractères qui vous distinguent de vos contemporains?
Si l’œuvre du Titien m’a profondément touché, je me suis distingué des autres artistes grâce à la rigueur de mon dessin et de mon art… La réflexion intellectuelle stimule toujours mon imagination et inspire mes créations…

Ma sensibilité diffère de celle de mon contemporain Pierre de Cortone (1596-1669). Ce grand peintre prend des libertés pour exprimer, par exemple, les effets de la lumière… Simon Vouet préfère lui les grandes envolées baroques… Moi je cultive une poétique très réfléchie et très ordonnée…

D'après Moïse Sauvé des Eaux, Nicolas Poussin, 1638 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Moïse Sauvé des Eaux, Nicolas Poussin, 1638 apjc.  (Marsailly/Blogostelle)

Quel est votre secret artistique?
En fait, mon inspiration et la mise au point de ma personnalité artistique se nourrissent à la fois du bel idéal classique exprimé par Raphaël et de l’immense talent du Titien… J’ai ainsi créé un langage esthétique et poétique fondé sur la couleur… Je peux vous confier également que les sujets eux-mêmes, inspirants, influent sur mon art…

Parlez-nous des sujets de vos tableaux…
Quand je peins des sujets historiques ou bibliques, j’aime me laisser emporter par le classicisme du répertoire gréco-romain… J’apprécie les compositions simples et équilibrées. J’aime apporter de la sobriété à l’expression dramatique ou tragique…

Je cultive aussi la mise en scène des formes et de la perspective… J’aspire à donner une empreinte de solennité à mes compositions… Mon interprétation de l’architecture et de la sculpture antiques y contribue…

D'après La Danse de la Vie humaine, Nicolas Poussin, vers 1633-1634. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Danse de la Vie humaine, Nicolas Poussin, vers 1633-1634.  (Marsailly/Blogostelle)

Pourquoi cette prédilection pour l’antiquité gréco-romaine?
Je crois que je fus un homme pleinement présent dans mon époque… Mais l’admiration et la contemplation des civilisations du passé m’ont aidé à exprimer dans mes œuvres les tensions morales et les émotions exacerbées avec ordre et rigueur. L’étude de la statuaire antique m’a également beaucoup apporté pour affiner mon travail du dessin…

En vérité, la clarté et la raison que je recherche dans mes œuvres est la même que celle qui fonde la science et la philosophie de mon siècle… Le penseur contemporain le plus célèbre de mon époque est bien sûr René Descartes (1596-1650)… Ce philosophe mathématicien et physicien français nous mène du Doute à la Certitude… de notre conscience propre et de l’existence de l’idée de Dieu : Je penses donc je suis…

Comment résumer votre signature stylistique?
J’admirais beaucoup Titien, Véronèse (1528- 1588) et l’art de l’école vénitienne … J’aime les coloris clairs et dorés et j’affectionne des lignes au tracé souple… J’ai réalisé beaucoup de tableaux en petits formats destinés aux amateurs d’art…

Ma pratique artistique s’est tournée de plus en plus vers la réflexion et la méditation… J’ai surtout tenté de mettre mon art au service d’un idéal moral ou philosophique… Pour moi, la peinture doit donner matière à penser, à lire, à analyser… J’aime les sujets nobles, profonds, dramatiques…

D'après Camille livre le maître d'école de Faléries à ses écoliers, 1637, Nicolas Poussin, collection de La Vrillière, Paris. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après Camille livre le maître d’école de Faléries à ses écoliers, 1637, Nicolas Poussin, collection de La Vrillière, Paris. (Marsailly/Blogostelle)

D’où provient votre goût pour le paysage?
Dans les années 1640, mes nombreuses promenades dans la campagne romaine ont réveillé et révélé mon intérêt pour le paysage… Au sein de cette nature, j’éprouvais alors le sentiment de recouvrer les lois de l’harmonie universelle… L’histoire de l’humanité m’apparaît intiment liée à celle de la nature… Mon inspiration et mon imagination m’ont donc insufflé l’art de sublimer la Nature et l’Histoire ou la Nature et la Mythologie…

Comment exprimez-vous cette nature contemplée?
Dans mes tableaux, je recherche une clarté absolue pour exprimer une nature sublime… La lumière imprègne ma vision de la nature… Et dans ma peinture, je cherche à créer une lumière qui émane du paysage naturel lui-même…

Je m’efforce de condenser les éléments narratifs quand cela est nécessaire… Je travaille donc la perspective avec une grande rigueur. J’aspire à représenter les choses dans une immobilité en suspend, à leur donner le sens de l’infini… Il me semble que notre humanité fragile et mortelle évolue face à la grandeur éternelle de la nature…

D’après Le Printemps ou Le Paradis Terrestre, et L’Été ou Ruth et Booz, Nicolas Poussin, Les Quatre Saisons, 1660-1664. (Marsailly/Blogostelle)

Parlez-nous de votre série Les Quatre Saisons…
Pour les Quatre Saisons que j’ai peintes pour Richelieu entre 1660 et 1664, j’ai choisi de réunir récit biblique et mythologie classique… J’évoque le cycle des saisons et des heures du jour, ce perpétuel recommencement… J’ai puisé mes quatre sujets parmi les épisodes bibliques de l’Ancien Testament. Et chaque mise en scène correspond  à un moment de la journée et à une qualité particulière de la lumière du jour…

Mon propos est aussi de peindre la grandeur, la puissance et le mystère de la nature… Il s’agit d’une Nature qui nous dépasse…, au-delà de notre humanité… J’ai travaillé à un rendu de la lumière et des formes par la couleur… et la structure de mes compositions se fonde sur un paysage naturel… Je sais que ces tableaux sont considérés comme mon plus grand chef-d’œuvre…

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces quatre chefs-d’œuvre?
Le printemps évoque la renaissance de la nature, la jeunesse… Adam et Ève au Paradis terrestre évoluent dans la clarté d’une lumière matinale. Mais ils s’apprêtent à cueillir le fruit défendu… Le tableau de L’été se rapporte à l’histoire biblique de Ruth et de Booz : Ruth glane dans les champs de Booz… C’est le moment de la récolte…

D’après L’Automne ou La Grappe de la Terre Promise, et L’Hiver ou le Déluge, Nicolas Poussin, Les Quatre Saisons, 1660-1664. (Marsailly/Blogostelle)

Booz épousera Ruth. Leur fils Obed sera le père de Jessé, lui-même futur père du roi David… dont la lignée mène à Marie et à Jésus… Ruth et Booz sont associés aux moissons et à la puissante lumière d’un Soleil d’été au zénith… L’Automne se fond dans la douce lumière d’une fin d’après-midi… c’est le temps des vendanges et de la maturité… Si les moissons et les vendanges évoquent les fruits d’une terre fertile, elles suggèrent également le thème chrétien du Pain et du Vin…

Dans la mythologie gréco-romaine, le blé se rapporte à Déméter- Cérès, déesse des cultures et des moissons… Le vin se rattache au culte antique de Dionysos-Bacchus, maître de l’ivresse céleste et des célèbres Bacchanales… Dans l’antiquité, ces divinités sont honorées dans des cultes à Mystères, comme les Mystères d’Éleusis ou les Mystères de Dionysos…

D'après La Grappe de la Terre Promise, détail, Nicolas Poussin, 1660-1664. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un détail de L’Automne, La Grappe de Raisin, Nicolas Poussin. (Marsailly/Blogostelle)

La grappe de Canaan nous renvoie au récit biblique qui raconte comment, sur l’ordre de Yahvé, Moïse envoie des hommes en reconnaissance au pays de Canaan. Les envoyés reviennent avec une immense grappe de raisin qu’ils emportèrent à deux sur une perche, preuve de la fertilité de cette Terre Promise…

Quant à L’Hiver, la composition baigne dans la lumière crépusculaire du soir et met en scène le Déluge… Cette évocation de l’histoire de l’arche de Noé nous rappelle que l’Humanité emportée par les Eaux finira par renaître… Dans la mythologie gréco-romaine, la barque s’associe au Passeur… vers le monde des Morts, celui des Enfers ou celui de l’Initiation…

Vous avez connu très tôt un succès qui traversera le temps…
Il est vrai que de mon vivant de nombreux amateurs français et italiens ont très vite apprécié mon travail et ma peinture… Par la suite, Louis XIV lui-même a collectionné mes tableaux… Et comme pour les travaux exemplaires de Raphaël, mon travail a été commenté et présenté aux jeunes artistes peintres comme un modèle…

Du XVIIIe au XXe siècle, ma personnalité artistique a exercé une profonde influence sur le monde des arts… Trente-huit de mes tableaux sont conservés au Louvre… Ma peinture et mon érudition ont inspiré mon surnom d’Artiste Philosophe… un beau compliment qui a traversé le temps… La cerise sur le gâteau? Une expo au musée du Louvre à Paris au printemps 2015 (Poussin et Dieu du 2 Avril 2015 au 29 Juin 2015).

Merci Nicolas Poussin…

Bloc- notes + Voir aussi l’article Introduction à l’Art au XVIIe siècle et  La Galerie Dorée de l’Hôtel de Toulouse, les Ors de l’art Rocaille

GALERIE FLORILÈGE : L’ART DE POUSSIN

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2 thoughts on “Vie d’Artiste : Qui êtes-vous Nicolas Poussin ?”

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