ART-FOCUS

L’antique Palmyre, une ville en lumières

Tadmor la Cité des palmiers, le défilé des caravanes…

Palmyre et ses habitants sont mentionnés pour la première fois dans les archives cunéiformes de Mari en Syrie, au début du IIe millénaire avjc… L’oasis de Tadmor, la Cité des palmiers, offre une halte pour les caravanes qui traversent le désert syrien… Cette importante ville caravanière et commerciale se déploie sur plusieurs centaines d’hectares et accumule les richesses…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour juin 2017 –

D'après la Dame dite Beauté de Palmyre, fin IIe-debut IIIe siècle apjc, Cité de Palmyre, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après la Dame dite Beauté de Palmyre, fin IIe-debut IIIe siècle apjc, Cité de Palmyre, Syrie actuelle. (Marsailly/Blogostelle)

Une grande richesse culturelle
Entre les Ier et IIIe siècles apjc, à l’époque romaine, Palmyre engrange soie de Chine, perles du Golfe, verre de Phénicie, parfums et ivoires d’Orient, épices en provenance de l’Indus… Toutes ces précieuses denrées arrivent ainsi jusqu’à Rome et se diffusent dans les régions de l’empire…

Située au carrefour du monde occidental et oriental, Palmyre peut s’enorgueillir aussi d’une grande richesse culturelle. Si l’ensemble de ses vestiges s’apparente à ceux de l’antiquité méditerranéenne, la palette artistique locale allie techniques gréco-romaines, touches orientales et influences perses…

D’après un détail de La Table de Peutinger, manuscrit médiéval de la carte d’Agrippa, actualisée aux IIIe-IVe siècle apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un détail de La Table de Peutinger, manuscrit médiéval de la carte d’Agrippa, actualisée aux IIIe-IVe siècle apjc, Palmyre. (Marsailly/Blogostelle)

Voir aussi l’article La Pax Romana et la culture romaine en Gaule…

REPÈRES CHRONOLOGIQUES… 41 avjc mention de Palmyre dans les textes grecs et romains. 19 apjc la cité s’intègre à l’Empire romain. 34 apjc on inaugure le temple de Bêl. 130 apjc l’empereur romain Hadrien fait embellir le temple de Baalshamin. 211 apjc l’empereur Caracalla donne à Palmyre le titre de colonie romaine. 272 apjc l’empereur Aurélien reprend Palmyre et les provinces orientales contrôlées par la reine Zénobie…

D’après des prêtres de la cité de Palmyre, temple de Nabu ; buste de Marcus Julius Maximus, inscriptions en grec et en palmyrénien ; Habba et un enfant, le buste funéraire de dame Aqmat ; une stèle funéraire, Mère et Enfant ; et une stèle votive, divinité, serpent et scorpion ; cité de Palmyre, vers Ier-IIIe siècle apjc, Palmyre, Syrie actuelle. (Marsailly/Blogostelle)

Beaucoup de monuments funéraires de Palmyre, dont les tombeaux-tours, sont érigés entre le Ier siècle avjc et le IIe siècle apjc…

Palmyre peut s’enorgueillir de son style unique…
Le mélange des inspirations contribue à donner au style de Palmyre un caractère complètement unique… La Palmyre antique englobe un théâtre romain inachevé, un espace dit camp de Dioclétien, une agora – grande place publique et cœur de la cité -, une avenue principale bordée d’une longue colonnade, ornée à l’origine de podiums et de statues en bronze des illustres personnages de la cité.

La cité de Palmyre possède aussi un tétrapyle, monument quadrangulaire à quatre piles, qui évoque le principe et l’esprit d’un arc de triomphe. L’axe principal de la ville, bordé de colonnes sur 1100 mètres de long, mène les Palmyréniens et les voyageurs jusqu’au grand temple de Baal…

D’après le tétrapyle et La Colonnade de l’antique cité caravanière de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Syrie actuelle. (Marsailly/Blogostelle)

Le temple de Bêl ou Baal et la Triade Cosmique
Le très vaste temple de Bêl, qui signifie Seigneur en babylonien, impose sa monumentalité parmi les vestiges de Palmyre. L’édifice est érigé au début du Ier siècle apjc, grâce à une donation de l’empereur Tibère.

Bêl ou Baal est à l’origine une divinité ouranienne (céleste), associée à l’orage et à la fertilité. En Mésopotamie, Bêl, Baal ou encore Marduk incarnent la souveraineté divine suprême… Selon les cas, ils sont assimilés à l’Apollon grec ou au Jupiter romain dans la culture gréco-romaine.

La belle architecture du sanctuaire de Baal est magnifiée par une très haute colonnade, et son toit-terrasse reçoit un décor de merlons en triangle. Un autel sacrificiel et une rampe pour acheminer les animaux se situent en extérieur. Le sanctuaire abrite la triade divine et cosmique de Palmyre :  Baal le dieu souverain, Yarhibôl le dieu Soleil, et Aglibôl le dieu Lune.

D’après des vues du temple de Bêl ou Baal, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Syrie actuelle. (Marsailly/Blogostelle)

Sur une coupole du temple de Bêl-Baal, apparaissent les sept planètes connues à l’époque antique. Six bustes représentent les divinités planétaires. Un septième, plus grand, situé au centre, représente Jupiter. L’ensemble est entouré des signes du zodiaque. Aux quatre angles, un aigle aux ailes déployées symbolise le dieu Bêl-Baal…

La triade cosmique Baalshamîn, Aglibôl et Malakbêl
Un relief cultuel du musée du Louvre, qui remonterait au Ier siècle apjc, représente le trio Baalshamîn, dieu suprême, Aglibôl, déité lunaire et Malakbêl, divinité solaire.

Les dieux de la triade sont représentés en costume militaire romain… Une inscription provenant du temple de Baal précise que les statues de Tibère, Drusus et Germanicus trônent à l’origine dans le sanctuaire.

D'après la triade divine, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après la Triade Divine, Baalshamîn, dieu suprême, Aglibôl et Malakbêl, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Syrie actuelle. (Marsailly/Blogostelle)

Le sanctuaire de Nabû, scribe des dieux
Un autre sanctuaire surélevé et trapézoïdal, construit entre le Ier et le IIe siècle avjc, consacre le dieu mésopotamien Nabû. Fils du grand dieu créateur babylonien Marduk, une déité de la végétation à l’origine, Nabû est le scribe des dieux.

Au moment du Nouvel An, Nabû se charge d’inscrire l’avenir de l’humanité selon le bon vouloir de l’assemblée des dieux… Patron des scribes, Nabû préside aussi quant à lui à la destinée des êtres humains… Comme pour le dieu perse Mithra, le serpent et le scorpion lui sont associés, symboles peut-être là aussi de forces destructrices qu’il faut combattre pour sauver le monde…

De même que Mithra, on considère Nabû comme un dieu sauveur. On rattache Nabû au dieu d’origine sumérienne Ea, divinité de la connaissance et de la sagesse. Jeune, beau et musicien, on a parfois assimilé Nabû à l’Apollon grec.

D’après des portraits funéraires, dont celui du prêtre Zabdila, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Syrie actuelle. (Marsailly/Blogostelle)

Des inscriptions en araméen et en grec…
Palmyre a conservé de très nombreuses inscriptions funéraires qui précisent les noms des personnages présentés en portrait dans les tombes. On rencontre aussi des textes de fondation et de concession des tombeaux collectifs, de longues dédicaces ou de simples épitaphes… D’autres écrits encore attribuent des monuments de la cité à des bienfaiteurs mécènes…

La plupart des écrits sont rédigés en araméen et en grec et remontent à l’époque romaine, entre les Ier siècle et III siècle apjc. Certains inscriptions, plus rares, datent des prémices de la période byzantine, entre les IVe  et VII siècle apjc. Ces textes se rapportent à la vie administrative de de la cité, à la position des notables, à la mission de l’armée, ou encore au commerce caravanier…

Portraits funéraires et tours-tombeaux
Les artistes Palmyréniens sculptent des divinités et des bustes-portraits funéraires en haut-relief. Les personnages sont vêtus de toges romaines, de vêtements arabes ou encore d’habits iraniens.

Chaque effigie sculptée permet de fermer le cubiculum, une niche funéraire qui renferme la dépouille du mort. L’originalité de Palmyre s’exprime en particulier dans la construction de tombeaux en forme de tours dont les niches peuvent accueillent plusieurs défunts.

D’après les Tours-Tombeaux et une hypogée, Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Syrie actuelle. (Marsailly/Blogostelle)

On rencontre quatre sortes de sépulture à Palmyre : les tombeaux-tours, les hypogées creusées dans le sol, les tombeaux-maisons et les tombeaux individuels… Beaucoup de monuments funéraires des nécropoles qui entourent Palmyre, dont les tombeaux-tours, sont érigés entre le Ier siècle avjc et le IIe siècle apjc…

REPÈRES CHRONOLOGIQUES…  XVIe siècle apjc le château Qalat ibn Maan de l’émir libanais Fakhr el-Din al Maany. 1980 Inscription de Palmyre au Patrimoine mondial de l’Humanité, par l’UNESCO. 2015 destruction des temples de Bêl, de Baalshamin, de l’Arc de triomphe et des tours funéraires.

2015 : l’EI détruit le temple de Baal, l’arc de la colonnade… Palmyre incarne dans sa pierre tout ce que les extrémistes ont en horreur : la diversité culturelle, le dialogue des cultures, la rencontre des peuples de toutes les origines dans cette cité caravanière entre l’Europe et l’Asie…, explique Irina Bokova, la Directrice générale de l’UNESCO (source fr.unesco.org).

D'après un portrait funéraire, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)  D'après l'art du Banquet, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un portrait funéraire, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle) et d’après l’art du Banquet, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc Syrie actuelle. (Marsailly/Blogostelle)

À l’époque antique à Palmyre, on organise des repas funéraires dans les tombeaux, des processions et des banquets sacrés dans les sanctuaires…

Bloc-Notes + Patrimoine du Proche-Orient : voir archeologie.culture.fr/palmyre/ ; et aussi : Bel est bien mort, site Les carnets de l’Ifpo (l’Institut français du Proche-Orient) ifpo.hypotheses.org/7020. La mémoire de Palmyre par Roma Aeterna (romaaeterna753.wordpress.com/2015/07/10/la-memoire-de-palmyre/) ; le Grand Palais, présentation du site de Palmyre, Exposition Sites Éternels (14 décembre 2016), grandpalais.fr/fr/article/le-site-de-palmyre

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