L’antique Palmyre, une ville en lumières

Tadmor la Cité des palmiers, le défilé des caravanes…

Palmyre et ses habitants sont mentionnés pour la première fois dans les archives cunéiformes de Mari en Syrie, au début du IIe millénaire avjc… L’oasis de Tadmor, la Cité des palmiers, offre une halte pour les caravanes qui traversent le désert syrien… Cette importante ville caravanière et commerciale se déploie sur plusieurs centaines d’hectares et accumule les richesses…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour novembre 2019 –

D'après la Dame dite Beauté de Palmyre, fin IIe-debut IIIe siècle, Cité de Palmyre, Syrie actuelle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la Dame dite Beauté de Palmyre, fin IIe-debut IIIe siècle, Cité de Palmyre, Syrie actuelle. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES… 41 avjc mention de Palmyre dans les textes grecs et romains. En 19 apjc la cité s’intègre à l’Empire romain. En 34 on inaugure le temple de Bêl. En 130 l’empereur romain Hadrien fait embellir le temple de Baalshamin. En 211 l’empereur Caracalla donne à Palmyre le titre de colonie romaine. En 272 l’empereur Aurélien reprend Palmyre et les provinces orientales contrôlées par la reine Zénobie… IVe-VII siècle : période byzantine…

PALMYRE À L’ÉPOQUE ROMAINE

Un carrefour commercial prospère
Entre les Ier et IIIe siècles, à l’époque romaine, Palmyre engrange soie de Chine, perles du Golfe, verre de Phénicie, parfums et ivoires d’Orient, épices en provenance de l’Indus… Toutes ces précieuses denrées parviennent ainsi jusqu’à Rome et se diffusent dans les régions de l’empire romain…

D’après les vestiges de la cité de Palmyre, arc et colonnade, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle) ; et la mention de Palmyre, Table de Peutinger, manuscrit médiéval de la carte d’Agrippa du IIIe-IVe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Une grande richesse culturelle
Située au carrefour du monde occidental et oriental, Palmyre peut s’enorgueillir aussi d’une grande richesse culturelle. Si l’ensemble de ses vestiges s’apparente à ceux de l’antiquité méditerranéenne, la palette artistique locale allie techniques gréco-romaines, touches orientales et influences perses… Voir aussi l’article La Pax Romana et la culture romaine en Gaule…

2015 : l’EI détruit le temple de Baal, de Baalshamin, l’arc de la colonnade… et des tours funéraires. : Palmyre incarne dans sa pierre tout ce que les extrémistes ont en horreur : la diversité culturelle, le dialogue des cultures, la rencontre des peuples de toutes les origines dans cette cité caravanière entre l’Europe et l’Asie…, explique Irina Bokova, la Directrice générale de l’UNESCO (source fr.unesco.org).

Palmyre peut s’enorgueillir de son style unique…
Le mélange des inspirations contribue à donner au style de Palmyre un caractère complètement unique… La Palmyre antique englobe un théâtre romain inachevé, un espace dit camp de Dioclétien, une agora – grande place publique et cœur de la cité -, une avenue principale bordée d’une longue colonnade, ornée, à l’origine, de podiums et de statues en bronze des illustres personnages de la cité.

D’après l’amphithéâtre romain, les vestiges du tétrapyle et ceux du temple de Baal ; et une femme élégante et son drapé, portrait funéraire sculpté, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

La cité de Palmyre possède aussi un tétrapyle, monument quadrangulaire à quatre piles, qui évoque le principe et l’esprit d’un arc de triomphe. L’axe principal de la ville, bordé de colonnes sur 1100 mètres de long, mène les Palmyréniens et les voyageurs jusqu’au grand temple de Baal…

Le vaste temple de Baal Bêl ou Baal

Le très vaste temple de Baal, ou Bêl, qui signifie Seigneur en babylonien, impose sa monumentalité parmi les vestiges de Palmyre. L’édifice est érigé au début du Ier siècle, grâce à une donation de l’empereur Tibère.

Bêl ou Baal est à l’origine une divinité ouranienne (céleste), associée à l’orage et à la fertilité. En Mésopotamie et en Babylonie, Bêl-Baal ou encore Marduk incarnent la souveraineté divine suprême… Selon les cas, ils sont assimilés à l’Apollon grec ou au Jupiter romain dans la culture gréco-romaine.

D’après les vestiges du vaste temple de Baal, son sanctuaire et ses gigantesques colonnes, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

La triade divine Baal, Yarhibôl et Aglibôl

La belle architecture du temple de Baal est magnifiée par une très haute colonnade. Le toit-terrasse de ce vaste sanctuaire reçoit un décor de merlons en triangle. Un autel sacrificiel et une rampe pour acheminer les animaux destinés aux sacrifices sont aménagés à l’extérieur. Le sanctuaire abrite la triade divine et cosmique de Palmyre :  Baal le dieu souverain, Yarhibôl le dieu Soleil, et Aglibôl le dieu Lune.

Sur une coupole du temple de Bêl-Baal, apparaissent les sept planètes connues à l’époque antique. Six bustes représentent les divinités planétaires. Un septième, plus grand, situé au centre, représente Jupiter. L’ensemble est entouré des signes du zodiaque. Aux quatre angles, un aigle aux ailes déployées symbolise le dieu Bêl-Baal…

D'après la Triade Divine, Baalshamîn, dieu suprême, Aglibôl et Malakbêl, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la Triade Divine, Baalshamîn, dieu suprême, Aglibôl et Malakbêl, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

Le trio cosmique Baalshamîn, Aglibôl et Malakbêl
Un relief cultuel du musée du Louvre, à Paris, qui remonterait au Ier siècle, représente le trio Baalshamîn, dieu suprême, Aglibôl, déité lunaire et Malakbêl, divinité solaire.

Les dieux de la triade sont représentés en costume militaire romain… Par ailleurs, une inscription provenant du temple de Baal précise que les statues de Tibère, Drusus et Germanicus trônent à l’origine dans le sanctuaire.

Le sanctuaire de Nabû, scribe des dieux
Un autre sanctuaire surélevé et trapézoïdal, construit entre le Ier et le IIe siècle avjc, consacre le dieu mésopotamien Nabû. Fils du grand dieu créateur babylonien Marduk, une déité de la végétation à l’origine, Nabû est le scribe des dieux.

D’après des prêtres de la cité de Palmyre, provenant du temple de Nabû ; Habba et un enfant, stèle funéraire ; et le buste de Marcus Julius Maximus, inscriptions en grec et en palmyrénien ; cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle, Palmyre, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

Nabû inscrit le destin de l’humanité…

Au moment du Nouvel An, Nabû se charge d’inscrire l’avenir de l’humanité selon le bon vouloir de l’assemblée des dieux. Nabû connaît et consigne les décisions divines. Ce dieu patron des scribes préside donc à la destinée des êtres humains. Ses qualités rappellent celles du dieu scribe égyptien Thot.

D'après Shadrafa,  dieu guérisseur, avec serpent et scorpion, stèle votive, Palmyre, Ier siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Shadrafa, dieu guérisseur, avec serpent et scorpion, stèle votive, Palmyre, Ier siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

Shadrafa, Mithra et Nabû, dieux sauveurs

Comme pour le dieu perse Mithra, adopté notamment par les soldats romains, le serpent et le scorpion sont associés au dieu Nabû. Ces animaux chtoniens (souterrains) et dangereux représentent sans doute, là aussi, des forces destructrices qu’il faut combattre pour sauver le monde. Par ailleurs, le serpent et le scorpion sont également des emblèmes de fertilité et du pouvoir de guérir, comme sur la stèle dédiée au Shadrafa, dieu guérisseur…

De même que Mithra, on considère Nabû comme un dieu sauveur. On rattache Nabû au dieu d’origine sumérienne Ea, divinité de la connaissance et de la sagesse. Jeune, beau et musicien, on a parfois assimilé Nabû à l’Apollon grec. Voir aussi les articles : La mosaïque culturelle de l’Orient antique et Les Mystères de Mithra, dieu Salvateur (I et II)

D'après une dédicace en Palmyrénien, tombe de Zabdibôl, pour lui et ses enfant, 4 avjc, Palmyre, Ier siècle avjc, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une dédicace en Palmyrénien, tombe de Zabdibôl, pour lui et ses enfant, 4 avjc, Palmyre, Ier siècle avjc, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

De nombreuses inscriptions funéraires…
Palmyre a conservé de très nombreuses inscriptions funéraires, qui précisent les noms et la généalogie des personnages présentés en portrait dans les tombes. On rencontre aussi des textes de fondation et de concession des tombeaux collectifs, de longues dédicaces ou de simples épitaphes… D’autres écrits encore attribuent des monuments de la cité à des bienfaiteurs mécènes…

Beaucoup de monuments funéraires de Palmyre, dont les tombeaux-tours, sont érigés entre le Ier siècle avjc et le IIe siècle…

D’après une tour-tombeau ; le prêtre Zabdila, fils de Bar’a, fils de Zabde’ateh, buste funéraire, calcaire, 176, IIe siècle ; et l’hypogée des Trois Frères ; cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

Des écrits en araméen et en grec

La plupart des écrits sont rédigés en araméen et en grec et remontent à l’époque romaine, entre les Ier siècle et III siècle.  Le palmyrénien dérive de l’araméen. Certains inscriptions, plus rares, datent des prémices de la période byzantine, entre les IVe  et VII siècle. Ces textes se rapportent à la vie administrative de de la cité, à la position des notables, à la mission de l’armée, ou encore au commerce caravanier…

D’après Dame Aqmat, buste funéraire et inscription palmyrénienne, fille de Hagagu, descendant de Zebida, descendant de Ma’an, Palmyre, IIe siècle ; un portrait féminin funéraire, heurtoirs-lion symbolisant l’entrée dans le monde des morts,120 apjc, calcaire, IIe siècle ; et une Mère et son enfant, stèle funéraire, calcaire, Iere moitié du IIIe siècle ; cité de Palmyre, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

Portraits funéraires et tours-tombeaux
Les artistes palmyréniens sculptent dans le calcaire des divinités et des bustes-portraits funéraires en haut-relief. Les personnages sont vêtus de toges romaines, de vêtements arabes ou encore d’habits iraniens.

Chaque effigie sculptée permet de fermer le cubiculum, la niche funéraire qui renferme la dépouille du mort. L’originalité de Palmyre s’exprime en particulier dans la construction de tombeaux en forme de tours, dont les espaces funéraires peuvent accueillent plusieurs défunts.

D’après le thème du Banquet, relief sculpté ; des tours-tombeaux ; et un portrait féminin, buste funéraire, calcaire, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

On rencontre quatre sortes de sépulture à Palmyre : les tombeaux-tours, les hypogées creusées dans le sol, les tombeaux-maisons et les tombeaux individuels… Beaucoup de monuments funéraires des nécropoles qui entourent Palmyre, dont les tombeaux-tours, sont érigés entre le Ier siècle avjc et le IIe siècle apjc…

À l’époque antique, à Palmyre, on organise des repas funéraires dans les tombeaux, des processions et des banquets sacrés dans les sanctuaires…

Voir aussi le sommaire L’Orient Ancien (Levant, Mésopotamie, Iran Ancien)

  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après le théâtre romain, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après des portraits funéraires, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après le sanctuaire de Baal, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après la Cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après le temple de Baal, vestiges, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges du tétrapyle, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après des reliefs portraits funéraires, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges dits Camp de Doclétien, Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges de la cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle apjc, Mésopotamie-Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après La Colonnade, Palmyre, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après la cité de Palmyre, vestiges, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)
  • D'après les vestiges du tétrapyle, cité de Palmyre, Ier-IIIe siècle, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

Sommaire Histoire de l’Art… FOCUS

Consulter  Le sommaire du Blog

Bloc-Notes + Patrimoine du Proche-Orient : voir archeologie.culture.fr/palmyre/ ; et aussi : Bel est bien mort, site Les carnets de l’Ifpo (l’Institut français du Proche-Orient) ifpo.hypotheses.org/7020. La mémoire de Palmyre par Roma Aeterna (romaaeterna753.wordpress.com/2015/07/10/la-memoire-de-palmyre/) ; le Grand Palais, présentation du site de Palmyre, Exposition Sites Éternels (14 décembre 2016), grandpalais.fr/fr/article/le-site-de-palmyre

 

Commenter ?

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.