L'INDE ANCIENNE

Arts de l’Inde, les temples rupestres de l’Inde ancienne

Bhâja, Kondane… Karlî, des lieux saints sculptés dans la falaise

Quand les artistes de l’Inde ancienne creusent la roche de la montagne pour aménager des sanctuaires et des monastères… À cette époque, la dynastie Sâtavâhana règne du Nord au Sud de l’Inde. Elle sera confrontée à des envahisseurs au début du IIe siècle apjc. Au cours du Ier siècle avjc et du Ier siècle apjc, de Bhâja à Karlî dans le Sud de l’Inde, on inaugure un nouveau type de temples rupestres. L’architecture évolue, comme la sculpture, de plus en plus abondante.

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour novembre 2016 –

D'après l'entrée du temple de Bhâja et ses balcons, vers le Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

D’après l’entrée du temple de Bhâja et ses balcons, vers Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

LES TEMPLES RUPESTRES DE BHÂJA ET KONDANE

Au Ier siècle avjc, le site de Bhâja, situé dans le Dekkan (ou Deccan) au Sud de l’Inde, abrite l’un des plus anciens temples rupestres du pays. Entouré de monastères, il est édifié au Ier siècle avjc sous l’égide d’une dynastie inconnue, avant que les Sâtavâhana n’imposent leur hégémonie sur la région…

Des abris-cavernes accueillent les moines à Bhâja
Vers le Ier siècle avjc, on creuse et on aménage le temple de Bhâja au Mahârâsthra, en Inde du Sud. Les architectes construisent l’immense sanctuaire de Bhâja tout en longueur, et le dotent d’une abside en forme d’hémicycle… Le temple de Kondane, situé également au Mahârâsthra, relève de la même conception architecturale…

Des monastères bouddhiques entourent le grand temple de Bhâja qui abrite un stûpa protégé, que l’on appelle un dagoda. Les monastères rupestres, nommés Vihâra sont des résidences permanentes ou provisoires dédiées aux moines de diverses obédiences. La plupart de ces lieux d’accueil de moines n’ont plus de façade…

D'après le sanctuaire de Bhâja et son entrée monumentale, vers Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

D’après le sanctuaire de Bhâja et son entrée monumentale, vers Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
– La dynastie Çunga au IIe siècle avjc (176 – 64 avjc) 6 – La dynastie Kanva vers 72 ou 78 avjc à environ 28 avjc La dynastie Sâtavâhana vers 30 avjc à environ 220 apjc. Chronologie générale  Les arts de l’Inde Ancienne

Une simple salle commune et des cellules pour les moines
Encore très simples et de dimensions modestes, les abris-cavernes monastiques possèdent tous une salle commune sans piliers ni colonnes, sur laquelle s’ouvrent les austères cellules des moines. Ces petites chambres monacales se résument à une banquette de pierre pour faire office de lit…

Les moines des différentes écoles spirituelles (bouddhistes, jaïns…) voyagent beaucoup… Ils se rendent de ville en ville et de village en village pour prêcher et convertir la population à leurs doctrines. Pour se mettre à l’abri des moussons, les moines rejoignent les cavernes rupestres érigées pour eux. Mais on occupe aussi certains monastères de manière permanente…

D'après un petit stûpa abrité : un dagoda, site de Bhâja, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)  D'après les cavernes rupestres de Bhâja, les dieux Sûrya et Indra mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un petit stûpa abrité : un dagoda et d’après le décor sculpté d’une caverne de Bhâja, vers Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle.)

Le dieu Soleil Sûrya et le dieu de l’Orage Indra sur son éléphant…

Voir aussi les articles
L’époque védique, la poésie sacrée des hymnes 
et Bouddhisme et Jaïnisme, des nouvelles sources d’inspiration artistique

Une entrée principale imposante pour le temple de Bhâja
Le temple de Bhâja est construit au Ier siècle avjc sous l’égide d’une dynastie inconnue… Mais pour certains spécialistes sa construction remonterait au IIe siècle avjc. On pénètre dans le temple par une grande porte élevée en plein cintre…

L’entrée monumentale de Bhâja possède un grand auvent agrémenté d’un arc décoratif. Les poutres de bois rappellent l’architecture représentée sur les reliefs du stûpâ de Bhârhut au IIe siècle avjc. Mais les personnages sculptés à Bhâja ne sont plus vêtus de la même manière, la mode évolue…

D’après l’entrée monumentale du temple de Bhâja, son auvent et ses balcons, vers Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

Deux portes encadrent l’entrée principale
Au cours de cette période, les temples rupestres sont conçus avec trois entrées. Une entrée principale, très haute, s’élève en plein cintre… Sur les côtés, les architectes installent deux portes plus basses, plus petites et plus étroites, qui affichent un demi cintre. Les trois entrées du temple de Bhâja répondent au plan intérieur du sanctuaire : un plan oblong, des bas-côtés et une extrémité en forme d’abside.

À Kondane ou à Bhâja, on installe des claires-voies
Dans le même esprit stylistique que sur les reliefs historiés de Bhârut qui montrent des lieux saints, les artistes qui travaillent à Bhâja et Kondane magnifient la façade du temple… Ils élèvent une porte monumentale en forme de « porte-fenêtre »…

L’entrée est ombragée grâce à un auvent soutenu par des poutrelles imitées dans la pierre. Un arc ornemental épouse le plein cintre de la porte. Sur la partie haute de l’entrée du temple, on installe un appareillage de bois (parfois disparu) composé d’arcs et de traverses. Cette fenêtre à claire-voie, soutenue à l’origine par des jambages en bois, permet de filtrer la lumière qui pénètre dans le sanctuaire…

D'après une vue de la façade du temple rupestre de Kondane, vers Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une vue de la façade du temple rupestre de Kondane, vers Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle.)

Les vestiges du temple de Kondane ont conservé son appareillage de bois formant une claire-voie…

On cultive le goût du décor…
Il existe deux sortes d’espace sacré : les stûpas qui sont des monuments funéraires et reliquaires exclusivement bouddhiques et les Çaitya. Bhâja comme Kondane sont des Çaitya, c’est-à-dire des lieux saints sous forme de temple…

L’architecture évolue à Bhâja et Kondane
Les artistes de l’Inde ancienne sculptent un important décor sur la façade des temples… Ces ornements rappellent les décors des riches demeures ou des palais à étages que l’on peut voir sur les représentations de Bhârut (voir le relief historié l’Assemblée des Dieux dans le  palais d’Indra)… Mais à Bhâja et à Kondane, le traitement architectural apparaît beaucoup plus évolué qu’à l’époque précédente…

 Voir aussi l’article  Inde ancienne : l’art des stûpas, Sânchî et Bhârhut.

Des balcons de plus en plus architecturés
À Bhâja comme à Kondane, la nef du temple est flanquée de deux salles collatérales très étroites. On retrouve ces principes d’élévation dans plusieurs temples rupestres de la même époque. L’existence de bas-côtés et la conception d’une porte d’entrée monumentale ne sont pas nouveaux…

… On peut déjà voir ce type de construction sur les édifices représentés sur les reliefs de Bhârhut. Par contre, les façades des temples de Bhâja et de Kondane affichent un décor en haut relief, avec des balcons soutenus par des consoles ou par des pièces d’architecture élaborées…

Ce ne sont plus de simples ouvertures sur l’extérieur, supportées par un étage inférieur ou par des colonnes comme on les représente à Bhârut… Sur les temples de Bhâja et Kondane, il s’agit de véritables balcons architecturés, conçus en avancée…

D'après le détail d'un balcon sculpté, temple rupestre de Bhâja, vers le Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après le détail d’un balcon sculpté, temple rupestre de Bhâja, vers le Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle.)

La présence de véritables balcons, d’écrans ajourés et la tenue vestimentaire de certains personnages permettent de dater les temples de Bhâja et Kondane vers le Ier siècle avjc.

La nef charpentée de Bhâja abrite un dagoba
À l’intérieur du temple de Bhâja, l’espace sacré est rythmé par deux rangs de colonnes et une série de fûts octogonaux. Ces piliers divisent le sanctuaire en une très vaste nef à laquelle se rajoutent deux bas-côtés…

Pour soutenir le plafond en berceau surélevé de la nef, on construit une immense charpente de bois, plaquée et fixée à la paroi. Plus tard, les artistes sculpteurs vont créer des charpentes de pierre qui imitent le bois…

Dans le temple de Bhâja, on élève la charpente grâce à un assemblage de gigantesques arceaux verticaux et de pannes qui forment les lignes horizontales… La demi coupole surélevée du lieu saint est également charpentée par des arcs rayonnants. Le sanctuaire abrite un dagoba, c’est-à-dire un stûpa intérieur, un monument reliquaire bouddhique.

D’après des vues de l’entrée, de la nef charpentée et du dagoba du temple de Bhâja, vers le Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

Le toit en berceau de Bhâja
Pour le temple de Bhâja, les bâtisseurs élèvent la nef en plein cintre et l’habillent d’une charpente de bois ajustée avec un grand savoir-faire… Aux IIe et Ier siècles avjc, les temples sont tous construits avec des toits en berceau charpentés.

À Bhâja, la roche est taillée en forme de berceau de manière à pouvoir y installer la charpente. Un assemblage en bois forme à l’origine un treillis qui permet de filtrer la lumière.

D'après un détail de la charpente du temple rupestre de Bhâja, vers le Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un détail de la charpente du temple rupestre de Bhâja, vers le Ier siècle avjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle.)

Cerces, pannes et charpente
Les cerces (verticales) et les pannes (horizontales) de la charpente de Bhâja sont emboîtées les unes dans les autres grâce à un système de tenons et de mortaises. Les pannes de la charpente en berceau semblent se prolonger jusqu’aux colonnes polygonales et en demi-cercle.

Un esprit décoratif monumental
D’autres temples rupestres de la même époque possèdent aussi une charpente intérieure en bois (qui souvent a disparu), construite sur le même modèle que celui de Kondane ou Bhâja…

À l’extérieur, ces sanctuaires présentent un agencement analogue… Les ornements dignes des palais ou des nobles demeures soulignent la monumentalité de ces lieux sacrés et leur grande valeur spirituelle…

LES ARCHITECTES RENOUVELLENT L’ÉLÉVATION DES TEMPLES BOUDDHIQUES

La deuxième période des temples rupestres, au cours du Ier siècle apjc, inaugure une évolution dans l’architecture, comme pour l’une des cavernes de Nâsik, au Mahârâsthra dans le Dekkan.

D’après la façade de Nâsik et sa grande fenêtre, Ier siècle apjc, au Mahârâsthra dans le Dekkan, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après la façade du temple rupestre de Nâsik et sa grande fenêtre, Ier siècle apjc, au Mahârâsthra dans le Dekkan, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

Une entrée unique à taille humaine
Le principe de l’immense porte d’entrée accompagnée de deux entrées plus basses, comme à Bhâja au Ier siècle avjc, disparaît… Les façades se déploient maintenant sur deux registres séparés par une balustrade.

Au niveau inférieur, on installe maintenant une porte unique et à taille humaine, qui invite le visiteur à pénétrer dans le sanctuaire… Cette porte simple est surmontée en général d’une fenêtre aveugle et décorative en plein cintre. On retrouve l’auvent traditionnel en forme d’arc.

Au niveau supérieur, une très grande fenêtre appelée œil de bœuf permet de filtrer la lumière grâce à son assemblage de bois. La structure de cette ouverture rappelle la colossale porte d’autrefois… Les artistes multiplient les décors couvrants…

Une porte charpentée imitée dans la pierre
Le plafond en plein cintre de la nef de la caverne 18 de Nâsik a perdu sa charpente de bois… Les colonnes intérieures sont encore assez simples avec une petite base pyramidale couronnée d’un vase d’où s’élève le fût… On s’élance vers le haut…

À l’extérieur, les artistes sculptent l’encadrement de la porte du temple. Ils interprètent dans la pierre une entrée charpentée et son auvent. Sous l’auvent, on sculpte des animaux et des motifs symboliques au-dessus d’une claire-voie fictive, qui transpose dans la pierre un écran ajouré pour tamiser la lumière.

D'après l'entrée de la caverne de Nâsik, Ier siècle apjc, Mahârâsthra, Dekkan, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

D’après l’entrée de la caverne de Nâsik, Ier siècle apjc, Mahârâsthra, Dekkan, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

Deux dvarapalas gardent le lieu saint
Un décor végétal anime les jambages de la porte du temple de Nâsik. Cette entrée est encadrée à l’origine par deux dvarapalas (gardiens de porte)… Le gardien de porte encore en place, coiffé d’un turban, porte un lotus. Ce personnage rappelle les dvarapalas des stûpas de Sânchî.

Sur les côtés de la porte d’entrée du temple, deux escaliers mènent à des monastères… La façade affiche deux registres avec en haut l’immense fenêtre intégrée dans un décor de balustrades et de colonnes sculptées…

L’empreinte des Sâtavâhana jusque dans le Sud
Le stûpa n °1 ou grand stûpa de Sânchî conserve les traces de la dynastie Sâtavâhana sur des ouvrages sculptés vers le Ier siècle apjc. L’un des rois de cette lignée épouse une princesse de la région de Bombay et élargit ainsi son hégémonie sur des territoires du Sud, riches en cavernes et en falaises rocheuses…

La roche des falaises est propice à la construction de temples ou de monastères rupestres. Confronté à des envahisseurs, les Sâtavâhana vont perdre leur hégémonie au début du IIe siècle apjc. Ils ne sont peut-être pas les initiateurs du temple rupestre de Karlî (ou Karla)…

LE MONUMENTAL SANCTUAIRE DE KARLÎ, UN JOYAU DU SUD DE L’INDE

La troisième période des temples rupestres s’épanouit entre la fin du Ier siècle apjc (sous les Sâtavâhana) et le début du IIe siècle apjc (sous des envahisseurs). Ce moment correspond à l’apogée des temples rupestres bouddhiques, comme à Karlî ou Bedsa, situés au Mahârâshtra.

D'après la façade de Karlî et sa colonne, fin Ier siècle apjc- IIe siècle apjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

D’après la façade de Karlî (ou Karla) et son énorme colonne surmontée de lions, fin du Ier siècle apjc- IIe siècle apjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

Le temple de Karlî innove avec sa véranda
Dans la région située à l’Est de Bombay, vers la fin du Ier siècle apjc et au début du IIe siècle apjc, on érige le grand temple rupestre de Karlî (ou Karla). Cet édifice monumental couronne une évolution dans l’architecture des temples et des monastères rupestres de l’Inde ancienne.

Les constructions de cette époque possèdent une structure ouverte en façade, comme une sorte de véranda qui introduit le visiteur dans le lieu saint. Les édifices sacrés sont tous magnifiés par des séries de colonnes et de nombreux décors…

La nef abrite un grand dagoba
On entre dans le temple de Karlî par une porte à échelle humaine. L’entrée est surmontée par l’immense fenêtre en plein cintre, œil de bœuf, héritée de la période précédente. Cette fenêtre filtre la lumière grâce au traditionnel assemblage de bois en claire-voie. Les deux bas-côtés sont éclairés par des portes ou des fenêtres.

À Karlî, la grande nouveauté, c’est la façade du temple qui compose la partie postérieure d’une véranda, un espace ouvert à l’avant du temple… La nef est habillée d’une charpente en bois. Au fond du sanctuaire, on installe un dagoba (stûpa protégé). Le faîtage du stûpa se compose d’une pyramide inversée quadrangulaire et à degrés, créant un encorbellement…

Une série de colonnes élancées…
L’intérieur de la nef est rythmée grâce à une série de colonnes très élaborées. La base des colonnes prend la forme d’un élément pyramidal, qui supporte un vase d’où jaillit un fût élancé… Les chapiteaux sont campaniformes (en forme de cloche) et côtelés…

Les formes des chapiteaux rappellent celle d’un bouton de fleur de lotus… Le lotus symbolise la naissance et l’épanouissement spirituel dans le bouddhisme comme dans l’hindouisme… Une pyramide inversée soutient un entablement qui porte des sculptures…

D'après un schéma du temple rupestre de Karlî avec, fin du Ier siècle apjc- IIe siècle apjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un schéma du temple rupestre de Karlî avec, fin du Ier siècle apjc- IIe siècle apjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

Une entrée en véranda et une nef toute en longueur…

Des éléphants sculptés sur les chapiteaux
La charpente en bois de la nef de Karlî rappelle par sa forme et son élévation les ancestrales portes monumentales… Symétrie, moulures, encorbellements, forêt de colonnes et chapiteaux sculptés avec soin animent l’espace intérieur de ce vaste temple rupestre…

En haut des colonnes et montés sur des éléphants, on est charmé par des couples sculptés plein de vivacité… L’habillage en bois de la nef, le style très élaboré des colonnes et des sculptures apportent une perspective et une dimension nouvelle à un ensemble architectural qui signe là une évolution…

Un espace sacré monumental
Derrière la grande colonne et la véranda de l’entrée du temple de Karlî, on aperçoit la façade elle-même. Les cerceaux en bois de la nef en berceau semblent plonger… et rejoindre les soutiens d’entablement des colonnes ornées d’éléphants… Cet effet visuel accentue encore la hauteur impressionnante des lieux et le sentiment de monumentalité de cet espace sacré.

D’après le détail des chapiteaux aux éléphants montés de Karlî ; et d’après une vue de la nef de Karlî avec son dagoba, fin du Ier siècle apjc- IIe siècle apjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

Des façades imposantes et sculptées
De la fin du Ier siècle apjc au début du IIe siècle apjc, à Bedsa comme à Karlî, les architectes reprennent l’idée d’une grande façade monumentale et sculpturale. Mais contrairement aux périodes précédentes, ils intègrent des portes à taille humaine et couronnent ces portes en berceau de tympans aveugles en plein cintre…

Les bâtisseurs conservent donc le motif du plein cintre dans leur construction. Au-dessus de la porte, ils installent toujours une large et très grande fenêtre. Les constructeurs ont conservé le principe d’un savant assemblage de bois pour filtrer et laisser passer la lumière à l’intérieur du sanctuaire… En Inde, en langage sanscrit, on appelle ce type d’ouverture “œil de bœuf”.

Le plus souvent, les temples anciens de l’Inde ont perdu leur habillage de bois, un matériau périssable… Pour éclairer les bas-côtés des sanctuaires, on prévoit des fenêtres ou des portes. À Karlî, on innove surtout en érigeant une construction ouverte sur deux niveaux en avant de la façade, c’est la fameuse véranda.

D’après un dessin ancien de l’entrée du temple de Karlî, porte et fenêtre, fin du Ier siècle apjc- IIe siècle apjc et un décor tardif, couple en façade, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

La grande colonne de Karlî
Une colonne colossale ornée de lions trône accueille le visiteur devant le temple de Karlî… Cette colonne rappelle les colonnes de L’art Mauya érigées en particulier sous le règne d’Açoka. Cette unique colonne renvoie peut être aussi au thème mythique de l’axe cosmique, axe du monde ou centre du monde…

De manière universelle, les lieux sacrés matérialisent des ponts ou des passages symboliques entre le monde d’ici-bas et le monde divin ou métaphysique. En avançant dans les sanctuaires, les visiteurs quittent le monde profane pour pénétrer dans une aire spirituelle et sacrée…

D’après les grands couples sculptés de Karlî, façade du temple rupestre, fin du Ier siècle apjc- IIe siècle apjc, Mahârâsthra, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

Des grands couples sensuels accueillent le visiteur
Sur la façade de Karlî, les artistes sculptent des couples presque colossaux… Ces personnages sobres mais non dépourvus d’élégance sont beaucoup plus grands que nature…

Le personnage féminin porte un grand drapé à repli, qui semble transparent grâce à la finesse du travail du sculpteur. Son vêtement est tenu par une ceinture décorative fermée par des plaques… Poitrine et ventre dénudés, cette gracieuse figure féminine arbore des lignes sensuelles et lève les bras dans un geste d’adoration.

À l’origine, les artistes laissent des espaces vides entre les couples de Karlî et sur les tympans des portes. Plus tard, vers les Ve et VIe siècles apjc, d’autres artistes sculptent des frises bouddhiques qui vont venir combler ces espaces nus… Parmi les singularités de l’art de l’Inde ancienne : on n’aime pas le vide, on préfère l’exubérance décorative…

D'après le décor sculpté d'un monastère Jaïn, Ier siècle apjc,Orissa, Khandagiri-Udayagiri, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)  D'après les reliefs d'un monastère rupestre Jaïn, Ier siècle apjc, Orissa, Khandagiri-Udayagiri, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

D'après la véranda d'un monastère rupestre Jaïn, Ier siècle apjc, Orissa, Khandagiri-Udayagiri, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

D’après la véranda d’un monastère rupestre Jaïn, Ier siècle apjc, Orissa, Khandagiri-Udayagiri, Inde du Sud. (Marsailly/Blogostelle)

Aux Ier et IIe siècle apjc, la dynastie Kushâna insuffle un nouvel élan aux activités artistiques. Les écoles de Mathurâ dans le Nord de l’Inde et d’Amaravatî dans le Sud se distinguent particulièrement dans le domaine de la sculpture… et signent un nouveau développement de l’art bouddhique…

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