L'ART MUSULMAN ANCIEN

Les arts du monde musulman ancien, introduction

L’art savant des artistes de l’Islam

Des Omeyyades (ou Umayyades, 661-750 apjc) à l’empire Ottoman (fondé au début du XIVe siècle apjc), derrière les murs sobres des palais et des mosquées, se cachent de précieux chefs-d’œuvre, des créations décoratives, des objets d’art très raffinés… Les artistes arabes et persans de l’antiquité réalisent aussi de nombreuses peintures et calligraphies pour les manuscrits, aux thèmes profanes, savants ou spirituels…

Bloc-notes+  Un auteur? le poète mystique Djalal- al-Din Rûmî (XIIIe siècle), fondateur de l’ordre des derviches mawlawis (tourneurs). Un texte sacré? Le Coran, dont les premiers écrits remontent au VIIe siècle apjc. Des contes populaires? Les Mille et Une Nuits…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour janvier 2017 –

D'après une lampe de mosquée, verre soufflé, à décor émaillé, XIVe siècle, Égypte ou Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une lampe de mosquée, verre soufflé, à décor émaillé, XIVe siècle apjc, Égypte ou Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

DES ARTS ET DES SCIENCES

De Damas à Bagdad… Après la disparition du prophète Muhammad (Mahomet) en 642 apjc, les dynasties Arabes règnent déjà sur la Syrie, la Palestine, l’Égypte et l’Afrique du Nord, et aussi sur l’Iran et la Mésopotamie. En 711 apjc, l’empire musulman s’étend à l’Espagne, à l’Asie centrale, et jusqu’en Inde…

Les artistes arabes élaborent des décors luxuriants
En 661 apjc, sous la dynastie Omeyyades (661-715 apjc), le centre du pouvoir se déplace de l’Arabie vers la Syrie. On érige à Damas, la capitale, la Grande Mosquée, selon un plan et une conception de l’architecture proprement arabe.

Les artistes, qui exploitent différentes techniques, créent un décor tapissant et exploitent la rigueur géométrique. Animaux affrontés, scènes de chasse et de cour, plantes et arbres stylisés, inscriptions ou encore motifs abstraits animent des décors très travaillés…

La dynastie Abasside favorise les arts et les sciences
En 750 apjc, la dynastie Abasside prend le pouvoir et fonde en 762 apjc sa capitale, Bagdad, nouveau centre très important et influent de la culture musulmane. À Bagdad, la vie intellectuelle se nourrit de toutes les formes de pensée et de science…

D’après une pyxide en ivoire, à dédicace, époque Omeyyades, 968 apjc, Cordoue, Espagne ; et le vase du sultan al-Malik al-Nasir Salah al-Din Yusuf, laiton incrusté argent, 1237-1260 apjc, Syrie ; Art Musulman. (Marsailly/Blogostelle)

On étudie la philosophie, le droit, les mathématiques, l’astronomie, la médecine… L’Irak connait alors une période florissante dans le domaine du commerce, des arts et des techniques, avec la venue d’artistes de tous horizons. Ainsi, l’art musulman impérial se diffuse dans ses provinces, de l’Andalousie à l’Inde…

La suprématie des dynasties Seldjoukide et Ayyoubide
Au Xe siècle apjc, l’empire se morcelle quand le calife de Bagdad, chef temporel et spirituel de la communauté musulmane, doit faire face à des rivaux en Espagne et en Égypte. Puis au XIe siècle apjc, ce sont les Turcs Seldjoukides qui envahissent les territoires…

Les Seldjoukides conquièrent aussi l’Anatolie et fondent un puissant empire auquel vont se confronter les croisés. Du côté du Proche-Orient arabe, fondée par le célèbre héros des croisades, Saladin, la dynastie Ayyoubide (1171-1250 apjc) rayonne… Puis l’art et la culture musulmane s’épanouissent encore à l’époque des Mameloukes, qui mettent fin à la progression Mongol en 1260 apjc…

D'après une enluminure, Materia medica Dioscoride et un élève, Yousouf al Mawsili, 1228 apjc, Mossoul, Irak. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une enluminure, Dioscoride et un élève, Materia medica, de Yousouf al Mawsili, 1228 apjc, Mossoul, Irak, Art Musulman. (Marsailly/Blogostelle)

Chronologie Art Musulman Ancien

On copie et on illustre des ouvrages savants
Philosophie, mathématique, médecine, traités grecs et latins… sont recopiés et sont illustrés par les artistes arabes et persans. Parmi les images abondantes des miniatures, le savant grec Dioscoride est à l’honneur…

Pedanius Dioscoride (vers 20-40 apjc – vers 90 apjc) est l’auteur grec de De Materia Medica (À propos de la matière médicale), un ouvrage de référence en matière de pharmacologie. Ses écrits, traduits en latin, en arabe, en persan…, sont conservés, consultés et copiés tout au long de l’Antiquité, puis encore au Moyen Âge…

Un décor fouillé, coloré et graphique
Dans toutes les contrées de l’empire, l’art musulman se distingue par ses techniques décoratives très achevées… On remarque le goût des artistes pour un décor tapissant. Les créateurs donnent aussi la primauté à la couleur, à la géométrie et à la stylisation…

D’après une céramique en forme de lampe de mosquée, décor d’arabesques, vers 1515 apjc, Iznik, Turquie ; et une coupe au cavalier et faucon, céramique dorée et lustrée, fin XIIe-début XIIIe, Iran  ; Art Musulman. (Marsailly/Blogostelle)

Des décors calligraphiques et d’arabesques, souvent très fouillés, révèlent la maîtrise technique et artistique des orfèvres et des céramistes musulmans… Le plus souvent, les motifs peints, gravés ou incrustés ne laissent pas ou peu de place au vide… La calligraphie joue un rôle à la fois ornemental et spirituel…

Pour animer leurs compositions, les artistes utilisent souvent le fleuron et la palmette, qui donnent naissance à l’arabesque… Parmi les thèmes figuratifs, on s’inspire de la vie de cour, des loisirs des princes, des banquets… Si les représentations de personnages sont très rares dans l’art religieux, elles se multiplient par contre dans les décors des palais et sur les objets d’art.

Une écriture sacralisée
Selon la tradition, l’archange Gabriel révèle le Coran en arabe à Muhammad (Mahomet)… Expression du message divin, la langue et l’écriture arabe possèdent ainsi une valeur sacrée. Dans la culture musulmane, la calligraphie est considérée comme un art d’excellence…

L’écriture arabe se rattache au groupe des écritures sémitiques : seules les consonnes et les voyelles longues sont notées. C’est à l’époque du califat d’Uthman (644-651 apjc) que l’on retranscrit le premier Coran. Puis l’écriture arabe va se différencier, notamment en Mésopotamie, pour aboutir à l’écriture coufique…

D'après un plat en céramique, adage écrit en coufique, X-XIe siècle apjc, Nichapour ou Samarkand, Iran ancien. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un plat en céramique, adage écrit en coufique, X-XIe siècle apjc, Nichapour ou Samarkand, Iran ancien, Art Musulman. (Marsailly/Blogostelle)

Certaines créations en céramique portent des formules de vœux ou bien des adages… Sur ce plat du Louvre, on évoque la science…

Le premier goût de la science est amer, son goût final plus doux que le miel…

L’élégance graphique de l’écriture coufique
L’écriture coufique se distingue par ses proportions spécifiques, avec des lettres étirées à l’horizontale et des hampes droites et courtes. Puis au VIIe siècle apjc, on instaure les points diacritiques, qui différencient les consonnes semblables et marquent les voyelles.

Ce système permet d’éviter les erreurs de lecture du texte sacré… L’écriture arabe se diffuse dans les pays conquis, à côté des langues autochtones. Elle manifeste ainsi l’unité culturelle et artistique de la civilisation musulmane…

D'après une page de Coran, art de la calligraphie, coufique, IXe-Xe siècle apjc, Iran. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une page de Coran, art de la calligraphie, écriture coufique, IXe-Xe siècle apjc, Iran.  (Marsailly/Blogostelle)

Les artistes créent une grande variété de graphies
L’écriture coufique prédomine durant plus de trois siècles, et notamment presque exclusivement pour la rédaction du Coran… Le coufique domine aussi pendant plusieurs siècles pour les inscriptions monumentales…

La première inscription connue en coufique sur un monument remonte à 691 apjc, à l’intérieur de la coupole du Rocher, à Jérusalem. Quand l’art de la calligraphie prend son essor, on rencontre l’écriture coufique sur de magnifiques enluminures, avec des encres colorées ou dorées.

Les artistes créent alors différentes graphies ornementales… Parfois les hampes des lettres coufiques se nouent ou s’entrecroisent, ou bien forment des entrelacs ou des tresses, ou encore affichent des extrémités décorées de fleurons ou de visages… et quelques fois se jouent de métamorphoses anthropomorphes ou animales…

D'après un vase d'apothicaire, céramique, décor calligraphie, XIVe siècle, Egypte ou Syrie. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un vase d’apothicaire, céramique, décor calligraphique, XIVe siècle, Égypte ou Syrie, Art Musulman. (Marsailly/Blogostelle)

Des inscriptions sacrées, votives ou historiques
En dehors des manuscrits enluminés, des inscriptions en coufiques, coraniques, votives ou historiques, ornent l’architecture comme les objets d’art… Parfois, le motif décoratif se compose de la répétition de deux lettres d’un même mot… Il s’agit alors d’un signe symbolique voire ésotérique qui se rattache à la graphie sacrée, en particulier quand ces lettres proviennent du mot Allah

Aussi ancien que le coufique, le naskhi, écriture cursive, inspire également les artistes, qui élaborent là encore une grande variété de jeux graphiques, selon les régions et les époques… À partir du XIe siècle apjc, les auteurs emploient aussi l’écriture cursive pour rédiger des corans…

LE CORAN

Les révélations de Muhammad retranscrites au VIIe siècle
Selon la tradition musulmane, en 632 apjc, à la mort du prophète Muhammad (Mahomet), il n’existe pas encore de livre pour regrouper et conserver les révélations du Prophète… Mais, il est dit que les compagnons du prophète apprennent et récitent par cœur ces révélations. Certaines auraient même été déjà écrites sur des feuilles de palme ou des omoplates de chameaux…

D'après l'Archange Gabriel et le Prophète, page du Siyar-i Nabi, 1594-1595, Turquie. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après l’Archange Gabriel et le Prophète, page du Siyar-i Nabi, 1594-1595 apjc, Turquie. (Marsailly/Blogostelle)

C’est l’Archange Gabriel qui transmet les Révélations à Muhammad… Les artistes musulmans représentent quelques fois le Prophète, de manière très stylisée, la tête auréolée de feu… Comme dans le monde chrétien où les saints personnages portent des auréoles, symboles de Lumière. Dans la symbolique du Sacré, le Feu et la Lumière suggèrent en principe l’Illumination, la Clairvoyance Intérieure et la Connaissance…

La collecte des révélations
Un premier travail de collecte et de transcription des révélations de Muhammad aurait été fait à l’initiative d’Omar, pour que le savoir du Coran ne se perde pas… C’est pourquoi Omar demande au calife Abû Bakr (632-634 apjc) de faire consigner par écrit la mémoire de ce savoir révélé…

C’est l’un des scribes de Muhammad, le Médinois Zaïd b. Thâbit, qui se charge de cet ouvrage… À la mort d’Abû Bakr, les premiers feuillets du Coran sont entre les mains d’Omar, devenu calife (634-644 apjc), puis sont transmis à sa fille Hafsa, l’une des veuves de Muhammad…

D'après Mahomet et Gabriel, Jami' al-Tawarikh (Histoire du Monde), de Rashid al-Din, 1307 apjc, Tabriz, Iran. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après Mahomet et Gabriel, Jami’ al-Tawarikh (Histoire du Monde), de Rashid al-Din, 1307 apjc, Tabriz, Iran. (Marsailly/Blogostelle)

LA MYSTIQUE SOUFIE

Les Soufis pratiquent le tasawwuf, la mystique… Dans la religion musulmane, les soufis se démarquent de la théologie classique du Coran et pratiquent le tasawwuf, c’est-à-dire la mystique… Ils cultivent une piété fondée sur l’amour et sur une relation intime et intérieure avec le divin…

Si les soufis méditent le Coran et s’inspirent du message du prophète Muhammad (Mahomet), ils élaborent une conception spirituelle fondée sur la liberté avec laquelle le soufi entre en contact avec Dieu…

D'après une scène poétique, Shah Abbas Ier et un page, par Muhammad Quasim, 1627 apjc, dessin, gouache, or et argent, Ispahan, Iran. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une scène poétique, Shah Abbas Ier et un page, par Muhammad Quasim, 1627 apjc, dessin, gouache, or et argent, Ispahan, Iran. (Marsailly/Blogostelle)

Je prendrai la coupe du non-être et je la boirai coupe après coupe…

… En ce moment je suis ivre en Toi, donne-moi une autre coupe! Alors je serai effacé des deux mondes en Toi. Lorsque je me serai anéanti en Toi et serai devenu ce que Tu sais, alors je prendrai la coupe du non-être et je la boirai coupe après coupe …

… Donne-moi à chaque instant le vin du non-être ; lorsque je serai entré dans le non-être, je ne ferai plus de différence entre la maison et son toit. … Soulève les vagues du non-être afin de m’emporter au large! Jusqu’à quand arpenterai-je le rivage de l’Océan dans la crainte… (Rûmî, Dîwân-i Shams)

D'après une page de Coran, attribuée à Ali ibn Hilâl dit Ibn al-Bawwâb, XIe siècle apjc, Bagdad, Irak. (Marsailly/Blogostelle)  D'après Sept Maîtres Soufis, miniature persanne, XIIe siècle apjc, Art Musulman. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une page de Coran, attribuée à Ali ibn Hilâl dit Ibn al-Bawwâb, XIe siècle apjc, Bagdad, Irak ; et d’après Sept Maîtres Soufis, miniature persane, XIIe siècle apjc, Art Musulman. (Marsailly/Blogostelle)

Rabi’a al-Adawiya, femme et mystique
L’origine du soufisme remonterait au VIIIe siècle apjc… avec Hasan al-Basri, qui évoque la science des cœurs et de l’âme… La tradition cite aussi une femme d’exception, Rabi’a al-Adawiya, en servitude puis affranchie, qui part vivre dans le désert avant de rejoindre Bassora (Irak actuel), à la fin du VIIIe siècle apjc…

Rabi’a al-Adawiya rejette la peur de l’enfer comme la récompense du paradis… La mystique se concentre à atteindre un amour désintéressé de Dieu…

Oh, Seigneur ! si c’est la crainte de l’enfer qui me pousse à Te prier, jette-moi en enfer ; si c’est le désir du paradis, ne me laisse pas y entrer ; mais si je m’approche de Toi pour Toi seul, ne me cache pas Ta beauté éternelle…

Tariqa, la confrérie soufie
Les premières écoles soufies se développent au IXe siècle apjc, à Bassora et à Bagdad (Irak actuel), grâce à des maîtres spirituels comme al-Djunayd et son disciple al-Halladj. À partir du XIIe siècle apjc, les confréries soufies, nommées tariqa, s’étendent…

D'après le portrait d'un Derviche, vers 1650 apjc, Mohammad Youssouf, Art Musulman. (Marsailly/Blogostelle)

D’après le portrait d’un Derviche, vers 1650 apjc, Mohammad Youssouf, Art Musulman. (Marsailly/Blogostelle)

Les adeptes du soufisme, appelés murid, recherchent l’anéantissement spirituel en Dieu… Un cheikh ou un murchid guide les adeptes soufis dans la pratique du dhikr, soit l’invocation de Dieu, un élément essentiel au cœur du rituel soufi.

Au XIIe siècle apjc, on rencontre la Qadiriyya à Bagdad… au XIIIe siècle, à Konya (Turquie)… Djalal al-Din Rûmî fonde l’ordre des derviches mawlawi (derviches tourneurs)… puis au XIVe siècle, apparaît la Naqchbandiyya en Asie centrale. À côté du déploiement de confréries soufies, la littérature et les artistes ont aussi contribué à la diffusion du soufisme…

Des romans d’amour évoquent l’âme en quête du divin…
Les romans poétiques et initiatiques du poète mystique persan Nizāmī (environ 1141-1209 apjc) content les amours de couples devenus célèbres, comme Yusuf et Zulayka ou Layli et Madjnūn… Inspiré d’une légende arabe, le récit de Layli et Madjnūn évoque un amour où le bien-aimé et sa bien-aimée perdent la vie… ces histoires s’apparentent à des allégories du chemin mystique de l’âme en quête du Divin…

D'après une miniature, Yusuf poursuivi par Zouleïkhâ, Behzad,1488 apjc, art persan. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une miniature, Yusuf poursuivi par Zouleïkhâ, miniature de Behzad, 1488 apjc, art persan. (Marsailly/Blogostelle)

Quand le désir de Zouleïkhâ pour Yusuf symbolise l’aspiration de l’âme pour Dieu…

L’amour sublime de Layli et Madjnūn
Dans le roman de Nizāmī, Layli et Madjnūn, quand le temps arrive pour Laylī de rendre l’âme, Madjnūn, empli d’amour, expire sur sa tombe… Les amants sont réunis au paradis… Mais l’amour de Madjnūn semble transcender la condition et les lois humaines et celles du monde terrestre…

Ici il n’y a ni toi ni moi, dans notre foi il n’y a pas de dualité… Nous deux nous sommes la cuirasse en deux pièces séparées, tous deux nous sommes une seule âme en deux parties. Je ne suis plus ; ce qui existe n’existe qu’avec toi… Puisque je suis toi comme moi, pourquoi ces deux corps? Puisque les deux sont un, pourquoi cette division?

D'après le thème de Layla et Majnun, poème narratif de Nizami, iconographie du XVIe siècle apjc. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après le thème de Layla et Majnun, poème narratif de Nizami, iconographie du XVIe siècle apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Dans notre foi il n’y a pas de dualité…

LE POÈTE MYSTIQUE DJALAL- AL-DIN RÛMÎ

Rûmî, un maître spirituel
Jalâl al-Dîn signifie Splendeur de la Foi… Ce surnom honorifique est assez fréquent pour des personnages religieux, des lettrés ou des souverains du monde musulman médiéval… Mais le nom complet de Rûmî est en fait Mawlânâ Jalâl al-Dîn Muhammad ibn Muhammad alBalkhî al-Rûmî.

Mawlânâ est un titre qui signifie notre maître en arabe, et qui lui fut donné par ses disciples ou, selon une variante, Mawlawî mon maître… La pensée de Rûmî, considéré comme le maître des maîtres, rayonne en particulier en Iran, en Anatolie et en Turquie…

D'après une une représentation de Rumi, 1419 apjc, Tabriz, Ghazal, Iran. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une représentation de Rûmî, 1419 apjc, Tabriz, Ghazal, Iran. (Marsailly/Blogostelle)

Le Poème spirituel, grand œuvre de Rûmî
Le Mathnawî-i ma‘navî, Le Poème spirituel, s’identifie à l’œuvre majeure de Rûmî… Le poète et maître soufi compose cet ouvrage en six tomes (daftar) entre 1258 et 1261 apjc… Le Poème spirituel comprend de 25 600 à 28 000 distiques (groupes de deux vers) qui forment un ensemble…

Le nom de Mathnawî-i ma‘navî dérive de la forme poétique employée par Rûmî, le mathnawî. Le mathnawî consiste en un long poème construit en vers indépendants, à rime interne qui s’harmonisent par deux…

Le Poème spirituel de Rûmî se rattache aussi au style narratif… que l’on rencontre dans les épopées héroïques du Livre des Rois de Firdawsî (poète persan du Xe siècle apjc), dans les romances Les cinq poèmes de Nizâmî (poète persan du XIIe siècle apjc), ou encore dans les dissertations philosophiques et spirituelles comme Le Jardin de la vérité de Sanâ‘î (poète soufi du XIIe siècle apjc)…

D'après Adam et Ève, miniature du Manafi al-Hayawan, Maragha, 1294-1299 apjc, art persan. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après Adam et Ève, miniature du Manafi al-Hayawan, Maragha, 1294-1299 apjc, art persan. (Marsailly/Blogostelle)

Le Coran selon Rûmî…
Rûmî, Mathnawî-i ma‘navî, Le Poème spirituel … Sache que les mots du Coran ont un sens extérieur, et sous ce sens extérieur un sens intérieur, extrêmement puissant. Et en dessous de ce sens intérieur, un troisième sens intérieur qui laisse l’intelligence perplexe. Le quatrième sens intérieur du Coran, personne ne l’a jamais saisi, sauf Dieu le Sans Rival, l’Incomparable…

Dans le Coran, ne considère pas, ô mon fils, seulement l’extérieur : le démon ne voit en Adam rien d’autre que l’argile. Le sens extérieur du Coran est comme le corps d’un homme dont les traits sont visibles, mais l’esprit caché…

Le grand poète dit aussi… Le prophète reflète Dieu comme la Lune reflète le Soleil. Le mystique aussi qui vit de l’éclat de Dieu ressemble à la Lune, sur laquelle se guident les pèlerins de la Nuit…

D’après une image de Maître Sufi, dans un manuscrit arabe des Mille et une Nuits, XIIIe siècle apjc, copie du XVIIe siècle apjc ; et une illustration du poème de Rûmî dédié à Shams, 1500 apjc, Art Musulman. (Marsailly/Blogostelle)

Pour les soufis, l’attention portée au corps contribue à la maîtrise de soi et à la réalisation spirituelle…

Le Dîwân-i Shams, un recueil de poèmes
Le Dîwân-i Shams est un recueil de poèmes réunis en un seul livre (dîwân)… Mais les poèmes de Rûmî sont connus sous différents titres…, le Dîwân-i Shams-i Tabrîzî (recueil des poèmes de Shams de Tabriz ), Kulliyât-i Shams (Œuvres complètes de Shams), Ghazaliyyât-i Shams (Les ghazals de Shams), ou encore Dîwân-i Kabîr (Grand recueil)…

Les différentes versions copiées des poèmes de Rûmî ne contiennent pas toujours les mêmes poèmes, ou bien le nombre de vers varie… Personnage influent et respecté en son temps, Rûmî écrit aussi des sermons, des conférences, il est l’auteur de quelques 71 discours, et sa correspondance est rassemblée sous le titre de Maktûbât (Lettres)…

LES MILLE ET UNE NUITS…

Des histoires teintées de merveilleux… Les contes des Mille et Une Nuits proviennent de l’Inde ancienne à l’origine… C’est par l’intermédiaire de la Perse que les Arabes vont recueillir ces récits issus de la tradition populaire orale…

D'après un manuscrit arabe des Mille et Une Nuit, vers 1640 apjc, Egypte. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un manuscrit arabe des Mille et Une Nuit, vers 1640 apjc, Égypte. (Marsailly/Blogostelle)

Shéhérazade charme le sultan…
Repris et racontés encore et encore, les récits se transforment et s’enrichissent au cours des siècles pour former un recueil anonyme écrit en arabe… Le scénario? Grâce à son art exceptionnel de raconter des histoires merveilleuses, nuit après nuit, la princesse Shéhérazade charme le sultan qui, chaque fois, renonce ainsi à la faire exécuter…

Des Abbassides… aux Ottomans
Les Mille et Une Nuits sont mentionnées pour la première fois au Xe siècle apjc. Dans la première série, dont les noms évoquent une origine persane ou venue de l’Inde, le merveilleux l’emporte. Dans la deuxième, on rencontre beaucoup de références au calife Harûn al-Rashîd et à la vie de la cour abbasside. La dernière série de contes met en lumière des objets magiques et se situe en Égypte mamelouke et ottomane…

D'après le Traité des étoiles fixes d'al-Sufi, la constellation d'Andromède, folio 165, vers 1009-1010 apjc, Oxford. (Marsailly/Blogostelle)  D'après le traité d'astronomie dit Sufi Latinus, de Abd al-Rahmān al-Ṣūfī, Pégasus, manuscrit vers 1250-1275 apjc, Bologna. (Marsailly/Blogostelle)

D’après le Traité des étoiles fixes d’al-Sufi, la constellation d’Andromède, folio 165, vers 1009-1010 apjc, Oxford ; et le traité d’astronomie dit Sufi Latinus, de Abd al-Rahmān al-Ṣūfī, Pégasus, manuscrit inspiré de l’iconographie arabe, vers 1250-1275 apjc, ateliers de Bologne. (Marsailly/Blogostelle)

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