L'ORIENT ANCIEN

Les Arts du Levant, de la Mésopotamie et de l’Iran ancien, introduction

La mosaïque culturelle du Proche et Moyen Orient antiques

Du Levant à la Mésopotamie, célèbre pour ses tablettes d’écriture sumériennes… jusqu’en Iran ancien, l’Orient Ancien nous a transmis une mosaïque artistique foisonnante et un fabuleux panthéon… C’est alors que s’élèvent les premières cités de l’histoire de l’Humanité et que des scribes rédigent les tous premiers ouvrages de littérature, d’histoire et de mythologie…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour mai 2017 –

Bloc-notes + Une aventure ? L’épopée de Gilgamesh (Mésopotamie) : des tablettes racontent l’épopée du roi Gilgamesh en quête d’immortalité… (il aurait régné vers 2600 avjc sur la cité d’Uruk (ou Ourouk )… Un livre ? L’Histoire commence à Sumer, de Samuel Noah Kramer (1956).

D'après une scène mythologique, le dieu Soleil émerge de la Montagne... sceau du scribe Adda, 2300 avjc, époque d'Agadée, Mésopotamie, Irak. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une scène mythologique : un dieu guerrier-chasseur armé de son arc, la Grande Déesse aux Épis, le Soleil-Shamash qui émerge de la Montagne, Ea, dieu de l’Abîme et des Eaux… sceau du scribe Adda, 2300 avjc, époque d’Agadé, Mésopotamie, Irak. (Marsailly/Blogostelle)

L’Épopée de Gilgamesh

Onze tablettes dans la bibliothèque du roi assyrien Assurbanipal
Les plus anciennes versions sumériennes de l’Épopée de Gilgamesh remontent à 2500 avjc. Cette première œuvre littéraire de l’histoire de l’humanité, rédigée en akkadien, comporte près de 3000 vers… Attribuée à un certain Sînleqe’unnennî, la version la plus complète connue à ce jour se compose de onze tablettes…

… On a découvert ces tablettes d’argile au XIXe siècle dans la vaste bibliothèque du roi assyrien Assurbanipal, à Ninive en Irak. S’y ajoute, quelques siècles plus tard, une douzième tablette dont l’épisode supplémentaire évoque Enkidu, qui s’aventure aux Enfers où il reste prisonnier…

D’après le Taureau Céleste tué par Gilgamesh et Enkidu, IIe millénaire avjc ; et le texte du Rêve de Gilgamesh, tablette d’argile, XIIIe siècle avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

… La tablette d’argile dite Le Rêve de Gilgamesh raconte les deux songes qui annoncent à Gilgamesh les dangers qu’il encoure dans la Forêt des Cèdres. Le texte évoque aussi l’épisode du combat du héros contre le Taureau Céleste envoyé par Ishtar…

Les aventures de Gilgamesh et Enkidu, l’homme sauvage
Le récit de l’Epopée, rédigé en caractères cunéiformes, nous conte les aventures du roi d’Uruk, Gilgamesh, à la recherche d’exploits héroïques avec son ami Enkidu, avant de partir en quête du secret de l’immortalité…

Parmi les exploits du roi d’Uruk, on nous raconte la mise à mort du monstre Humbaba, le monstre-gardien de la Forêt des Cèdres, et comment Gilgamesh et Enkidu tuent le Taureau Céleste envoyé par Ishtar, furieuse que le roi d’Uruk refuse de l’épouser… Après la mort de son ami Enkidu, Gilgamesh rencontre Ut-Napishtim, survivant du Déluge, devenu immortel. Le sage lui confie le secret de la plante de jouvence…

D’après Humbaba, gardien de la forêt de Cèdres, abattu par Gilgamesh, vers 2000-1800 avjc ; Gilgamesh et Enkidu tuent Humbaba, deuxième millénaire avjc; et le sceau dit de Gilgamesh (et le Taureau céleste), IIe millénaire avjc ; Mésopotamie, Syrie. (Marsailly/Blogostelle)

… Sur les stèles ou les sceaux mésopotamiens, certains personnages sont assimilés à Gilgamesh, souvent à la lutte avec un monstre ou un taureau. Mais ces interprétations restent très incertaines. Seuls les textes des tablettes nous présentent avec précision les aventures du roi d’Uruk, devenu un héros mythique…

La plante de l’immortalité volée par le serpent…
En possession, enfin, de la plante merveilleuse d’immortalité, Gilgamesh se la fait dérober par le serpent, qui alors se débarrasse de sa vieille peau et mue… Transformé et initié grâce à son périple, Gilgamesh acquiert finalement la connaissance et la sagesse, dans l’acceptation de sa condition d’être mortel…

Son œuvre de bâtisseur des remparts d’Uruk et les récits de ses aventures qui vont mener Gilgamesh à la Connaissance vont traverser le temps et parvenir jusqu’à nous… Gilgamesh : Our-Shanabi cette plante est une plante merveilleuse l’homme avec elle peut retrouver la force de la vie je vais l’emporter avec moi à Uruk (Ourouk) aux remparts…

… Je la partagerai avec les gens leur en ferai manger son nom sera: le vieillard retrouvant sa jeunesse. Moi-même, j’en mangerai à la fin de mes jours pour que ma jeunesse me revienne… Après vingt doubles heures ils prirent un peu de nourriture, après trente doubles heures ils s’arrêtèrent pour dormir…

Gilgamesh voit un puits d’eau fraîche, il descend pour se baigner, un serpent sent l’odeur de la plante, il se glisse, dérobe la plante et à l’instant perd sa vieille peau. Gilgamesh s’assoit et pleure, les larmes coulent sur ses joues…

D'après une Plante et un capridé à longues cornes (ibex), sceau, vers 3100-2900 avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une Plante et un capridé à longues cornes (ibex), sceau, vers 3100-2900 avjc Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

LE THÈME DU DÉLUGE

Selon la tradition sumérienne, Ziusudra, l’un des souverains de Shuruppak-Fara, devient le héros du mythe sumérien du Déluge, dont il existe plusieurs versions… On retrouve ce sage personnage dans l’épopée de Gilgamesh (autre roi devenu légendaire) sous le nom de Outa-Napishtî (ou Ut-Napishtim) en akkadien…

Le Déluge et l’arche de Outa-Napishtî (ou Ut-Napishtim)
Gilgamesh rencontre Ut-Napishtim, survivant du Déluge, dont l’une des tablettes nous conte l’histoire : Je sais seulement que les dieux qui décidèrent de déclencher la grande pluie étaient Anou (Anu dieu du Ciel) et Enlil (dieu de l’Atmosphère)…

Tous les autres dieux trouvèrent l’idée astucieuse, sauf Ea (Enki-Ea, dieu des Eaux et de la Terre) qui se plaît à s’occuper des humains… Ea parla aux roseaux qui entouraient ma maison… et les roseaux me parlèrent…

Outa-Napishtî, fils d’Oubar-Toutou, tu dois au plus vite détruire ta maison. Renonce à ton terrain et à ta ville, c’est la seule façon de sauver ta vie. Avec les matériaux de ta maison, construis un bateau. Fais-le carré, couvre-le d’une toiture étanche. N’oublie pas de choisir un spécimen de tous les animaux de la Terre, et tu les embarqueras avec toi…

… J’embarquai mon or, mon argent, ma famille et toute ma maisonnée. Je n’oubliai pas d’embarquer les spécimens de bêtes sauvages comme Ea me l’avait demandé. Ensuite j’invitai les artisans à monter à bord, afin que le savoir de ces hommes habiles ne se perde pas… le monde entier avait été englouti sous les Eaux…

D'après le récit du Déluge, Épopée de Gilgamesh, version de Ninive, XIe tablette. (Marsailly/Blogostelle)

D’après le récit du Déluge, Épopée de Gilgamesh, version de Ninive, XIe tablette, Mésopotamie, actuel Irak. (Marsailly/Blogostelle)

… Pendant ce temps chez les dieux… Arourou (la grande déesse, mère de tous les êtres humains qu’elle avait formés avec de l’argile) se lamenta… comment ai-je pu approuver la décision d’envoyer le Déluge! N’est-ce pas moi qui ai créé les humains avec l’aide d’Ea… Le septième jour, raconte Outa-Napishtî, je me décidai à lâcher une colombe… puis une hirondelle… puis un corbeau qui lui ne revint pas (sur le bateau)…

De retour sur la terre ferme, le sage Outa-Napishtî organise un grand banquet consacré aux dieux, pour qu’un tel anéantissement ne se reproduise plus… Finalement, le dieu Enlil, revenu à la bienveillance envers l’Humanité après les virulents reproches du dieu Ea, bénit Outa-Napishtî et son épouse et leur accorde l’immortalité…

UNE RICHE MYTHOLOGIE MÉSOPOTAMIENNE…

La grande déesse orientale, représentée avec des épis de blé à l’époque d’Agadé, associée aux étoiles et parfois armée, va prendre différentes formes… À l’origine, si elle veille à la fertilité des terres et des troupeaux, elle possède déjà une dimension universelle et cosmique…

D'après une scène de libation à la Grande Déesse aux épis, IIIe millénaire avjc, art sumérien. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une scène de Libation à la Grande Déesse aux Épis, divinité de la Végétation, IIIe millénaire avjc, art sumérien. (Marsailly/Blogostelle)

Chronologie  Proche et Moyen Orient antiques

Ishtar, Inanna, Astarté…
La grande déesse sumérienne, c’est Ishtar, déesse de l’Amour, de la Guerre, de la Sexualité et de la Fertilité… Son symbole est l’Étoile du Matin (la planète Vénus) et son animal emblématique est le Lion. Elle préside à la fécondité et favorise la fertilité des troupeaux…

On la retrouve sous les traits d’Inanna, une déesse particulièrement vénérée à Uruk, associée au dieu du Ciel Anu (ou Anou)… On la rencontre encore sous la forme de la divine Anat ou Astarté cananéenne, déesse de la Fécondité et de la Guerre, sœur et épouse de Baal, dieu de l’Orage… On la nomme aussi Anta en Égypte, où l’on peut aussi la comparer à la grande déesse égyptienne Isis…

D'après la Maîtresse des Animaux, Grande déesse orientale, ivoire, Ugarit, XIIIe siècle avjc, art oriental ancien, Syrie. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après la Maîtresse des Animaux, la Grande Déesse orientale Inanna, Ishtar, Astarté…, boîte à fard en ivoire, Ugarit (ou Ougarit), XIIIe siècle avjc, Syrie actuelle. (Marsailly/Blogostelle)

La triade suprême Anu, En-Lil, et Enki
Si le Sumérien se retrouve supplanté par l’akkadien vers 2000 ans avjc dans le langage courant, il devient la langue savante et la langue de la liturgie, comme ailleurs et à d’autres époques, le sanscrit, l’hébreu, l’ancien slave ou le latin…

Des divinités sumériennes aux dieux akkadiens…
L’héritage spirituel sumérien perdure à l’époque d’Agadé dans la mythologie akkadienne, où l’on rencontre la même triade suprême Anu, En-lil, et Ea (Enki sumérien), ainsi que la triade astrale formée par La Lune, le dieu Sîn (du Sumérien suen), le Soleil, le dieu Shamash et l’Étoile de Vénus, la déesse Inanna, l’Ishtar sumérienne vénérée aussi à Babylone et en Assyrie.

D'après Ishtar, Sîn, Shamash, Kudurru de Meli-Shipak II, 1186–1172 avjc, Kassite, le roi de Babylone, sa fille et Inanna-Ishtar, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Ishtar-Inanna, Sîn et Shamash sous la forme de leurs symbole,  Kudurru de Meli-Shipak II, vers 1186–1172 avjc, dynastie Kassite, le roi de Babylone présente sa fille à la grande déesse, Babylone, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)

L’Étoile du Matin (planète Vénus) symbolise Ishtar-Inanna, le Croissant de Lune le dieu Sîn et le disque solaire le dieu Soleil Shamash…

Enki, le dieu sumérien de l’Eau Douce et de la Sagesse
An ou Anu, dieu du Ciel et souverain du panthéon mésopotamien demeure à Uruk (Irak actuel)… En-lil, le Seigneur-Souffle, redoutable dieu l’Atmosphère, réside à Nippur (Irak actuel) où se trouve son centre cultuel …

C’est lui qui le premier préside à la royauté en Mésopotamie, avant d’être supplanté par Marduk, puis par le dieu Bel ou Baal, Seigneur, à Babylone et dans les contrées mésopotamiennes…

On retrouve Enki, le dieu sumérien de l’Eau Douce et de la Sagesse, sous les traits du dieu akkadien Ea, à l’époque d’Agadé. Le centre de son culte se situe dans la cité sumérienne de Éridu (actuel Irak). L’univers du dieu Ea est l’apsu, l’Abîme des Eaux qui entourent le Monde… C’est au sein de l’apsu que l’épouse de Ea, Damkina (ou Ninmah ou Ninhursag), engendre le jeune dieu Marduk…

Voir aussi l’article Le Sacré en Mésopotamie : des divinités coiffées de tiares à cornes…

LA STÈLE DU ROI MELI-SHIPAK, UN PANTHÉON EN MINIATURE…

Les dieux de la stèle du roi Meli-Shipak
Sur le kudurru de Meli-Shipak, l’artiste organise son oeuvre en registres superposés… Le kudurru est une stèle qui commémore un acte de donation de terres, avec texte gravé et décor…

Le sculpteur prend soin de réunir les plus grandes divinités mésopotamiennes qui président à l’ordre cosmique… La donation royale que le souverain Meli-Shipak accorde à son fils Marduk-apla-iddina est ainsi placé sous l’égide des dieux qui garantissent le respect du contrat…

D'après le Kudurru de Meli-Shipak II, 1186–1172 avjc, Kassite, donation du roi de Babylone à son fils Marduk-apla-iddina, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)

D’après le Kudurru de Meli-Shipak II, roi de Babylone, 1186–1172 avjc, dynastie Kassite, commémoration d’un acte de donation de terres du roi à son fils, Marduk-apla-iddina, Babylone (Irak actuel), butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)

Les symboles ou attributs divins
L’artiste représente les dieux sous la forme de leurs symboles ou attributs… Ainsi, en haut, on retrouve la grande trilogie astrale mésopotamienne : la déesse Ishtar-Inanna prend la forme de son emblème, l’Etoile du Matin (planète Vénus). La déesse de la Guerre et de l’Amour, de la sexualité et de la fertilité, est entourée des dieux Shamash, le Soleil, et Sîn, la Lune…

Les dieux mésopotamiens portent des tiares à cornes
Les tiares à six rangs de cornes des dieux Anu et Enlil, respectivement dieu du Ciel et dieu de l’Atmosphère, reposent sur des autels… Le nombre de rangs de cornes varie selon la puissance des dieux.

On aperçoit aussi une tête de Bélier et un Poisson-Chèvre, deux attributs du dieu Ea de l’Abîme et des Eaux. Anu, Enlil et Ea (le En-ki sumérien) composent le trio originel souverain du panthéon mésopotamien…

D'après Anu, En-lil et Ea, Kudurru du roi de Babylone Meli-Shipak II, 1186–1172 avjc, Kassite, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)

D’après la trilogie suprême mésopotamienne, Anu, En-lil, Ea, et la déesse Ninhursag, Kudurru du roi de Babylone Meli-Shipak II, vers 1186–1172 avjc, dynastie Kassite, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)

La présence des divinités Anu, En-lil, Ea et Ninhursag se manifeste sous la forme de leurs symboles : autels-tiares pour Anu et En-lil, autel-bélier et capridé-poisson pour Ea, et un autel surmonté d’un emblème de la déesse.

La déesse Ninhursag, épouse d’Ea
Mais sur cette stèle, ce sont les divinités cosmiques qui dominent, Shamash, Sîn et Ishtar-Inanna… Un quatrième autel présente le symbole en forme de lyre de Ninhursag (Nin-gur-sag, ou Damkina ou Ninmah), déesse Mère, divinité de la Terre et épouse du dieu Enki-Ea… Certaines versions mythiques attribuent à Ea et à Ninhursag la création de l’Humanité…

Des divinités guerrières veillent…
Nergal, guerrier et divinité infernale, comme la déesse sumérienne Ereshkigal, se manifeste sous la forme d’un Lion ailé, et possède une Arme Double à têtes de félins … Zababa, divinité tutélaire de la ville de Kish (Irak actuel), arbore un sceptre à tête de Rapace…

… Ninurta, fils d’Enlil, dieu de Nippur, de la Guerre et de la Chasse, affiche une Lionne Ailée et un sceptre à tête de félin… Dans le monde mythique mésopotamien, ces dieux guerriers victorieux contribuent à défendre l’équilibre cosmique…

D'après les Dieux Guerriers, Kudurru du roi de Babylone Meli-Shipak II, vers 1186–1172 avjc, dynastie Kassite, Babylone, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)

D’après les Dieux Guerriers, Nergal, Zababa et Ninurta, Kudurru du roi de Babylone Meli-Shipak II, vers 1186–1172 avjc, dynastie Kassite, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)

La Bêche et le Dragon Cornu de Marduk
Plus bas sur la stèle de Meli-Shipak, on rencontre d’autres divinités… La Bêche Pointue et le Dragon Cornu à écailles de serpent symbolisent Marduk, dieu créateur et divinité tutélaire protectrice de Babylone. Le symbole de la bêche rattache Marduk à l’Agriculture et le dragon-serpent à la Fertilité, deux thèmes sacrés étroitement reliés…

Le Dragon-Serpent rappelle aussi la victoire de Marduk sur les forces du chaos… Dans le poème cosmogonique babylonien Enuma elish, Marduk triomphe de Tiamat, son aïeule devenue monstrueuse. Vainqueur des puissances primordiales, devenu souverain du panthéon et démiurge, Marduk organise le Cosmos et créé le Monde…

D'après Marduk , Nabû et la déesse Gula, Kudurru du roi de Babylone Meli-Shipak II, vers 1186–1172 avjc, dynastie Kassite, Babylone, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Marduk, Nabû et la déesse Gula, Kudurru du roi de Babylone Meli-Shipak II, vers 1186–1172 avjc, dynastie Kassite, Babylone, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)

Nabû, dieu des scribes et fils de Marduk
Marduk est accompagné de son fils, Nabû, dieu des scribes, symbolisé par le calame, posé parfois sur une tablette d’argile placée sur le dos de son animal attribut, un serpent-dragon cornu comme son père Marduk…

Nabû devient avec le temps un grand dieu, voire le dieu suprême, vénéré à Babylone et en Assyrie… À l’époque romaine en Assyrie, il existe un temple consacré à Nabû auprès du sanctuaire de Baal, dans la grande cité orientale de Palmyre…

Voir aussi l’article  L’antique Palmyre, une ville en lumières

Nabû, Celui qui tient la tablette des destinées, dieu des scribes, préside aux domaines du Savoir et de la divination. Ses attributs sont la Tablette et le Calame. Cette divinité est comparable au dieu égyptien Thot et au dieu Grec Hermès… Sur le même registre, l’artiste nous présente Gula et son Chien emblématique, déesse Guérisseuse ou de la Médecine, épouse du dieu guerrier-chasseur Ninurta…

D'après les dieux de l'Orage, du Feu, de l'Agriculture et des Déités-Oiseaux kassites, Kudurru du roi de Babylone Meli-Shipak II, 1186–1172 avjc, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)

D’après les dieux de l’Orage, du Feu, de l’Agriculture et des Déités-Oiseaux kassites, Kudurru du roi de Babylone Meli-Shipak II, 1186–1172 avjc, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)

L’Orage, la Pluie, la Fertilité de la Terre…
Dessous encore, apparaissent des divinités qui se rattachent aux éléments atmosphériques et à la fertilité, représentées là encore par leurs symboles… Adad, dieu de l’Orage, de la Pluie et de la Fertilité, manifeste sa présence par le Foudre et le Taureau.

Le dieu du Feu et de la Lumière Nushku apparaît sous la forme d’un Bélier et d’une Lampe… Un dieu originel de l’Agriculture, symbolisé par la Charrue, et assimilé à Ningirsu, vient se joindre à eux…

Sur ce même registre, deux Oiseaux renvoient au couple divin kassite Shuqamuna et Shumalia… Les principales divinités Kassites sont Harbé, le dieu suprême, Shuqamuna et Shumalia, dieu et déesse de la Montagne, protecteurs de la royauté Kassite, et le dieu Lune Shipak…

D'après un autel chthonien, serpent cornu, scorpion, Kudurru du roi Meli-Shipak II, 1186–1172 avjc, Kassite, Babylone, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle)  D'après un Scorpion et Plantes, cylindre d'Uruk, période de Djemdet Nasr, vers 3150 - 2900 avjc, Mésopotamie, Irak. (Marsailly/Blogostelle)

D’après le Serpent Cornu et le Scorpion auprès d’un autel chthonien, Kudurru du roi Meli-Shipak II, 1186–1172 avjc, dynastie Kassite, Babylone, butin de Suse ; et un Scorpion et Plantes, cylindre d’Uruk, période de Djemdet Nasr, vers 3150 – 2900 avjc, Mésopotamie, Irak actuel. (Marsailly/Blogostelle)

Serpent et scorpion fertilisent le sol et règnent sur le monde d’en-bas…
Tout en bas, auprès d’un autel chthonien, se dressent le Scorpion, associé parfois à Ishtar, déesse de la sexualité et de la fertilité, et un Serpent Cornu… Ces animaux venimeux, donc dangereux, renvoient au monde souterrain (chthonien)…

Bénéfique, le serpent se retrouve lui aussi en relation avec le monde fertile du sol et de la Terre… Il fait écho peut-être aussi à Marduk et à son dragon-serpent… Par ailleurs, possibles images du monde infernal, le serpent comme le scorpion renvoient à l’univers des profondeurs, mais aussi à des vertus guérisseuses…

DES PSAUMES ADRESSÉS AUX DIEUX

L’orant, un personnage en prière…
Les fidèles mésopotamiens adressent des prières aux dieux sous la forme d’une confession empreinte d’humilité. Les souverains mésopotamiens ne manquent pas de se faire représenter dans une attitude pieuse… L’orant s’agenouille ou se prosterne, ou encore, debout, joint ses mains et dit par exemple…

O! Seigneur, grands sont mes péchés ! … O! dieu que je ne connais pas, grands sont mes péchés… O! déesse que je ne connais pas, grands sont mes péchés… L’être humain ne sait rien… il ne sait même pas s’il transgresse ou s’il fait le bien… O ! mon Seigneur ne rejette pas ton serviteur! Mes péchés sont sept fois sept… Éloigne mes péchés ! …

D'après une statue pieuse du prince Ginak eu orant, Sumer, vers 2700-2600 avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un Orant dans l’attitude de la prière, statue pieuse du prince Ginak, Sumer, vers 2700-2600 avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Voir aussi les articles Les sculpteurs sumériens expriment la ferveur des orants et Les artistes sumériens exaltent la dévotion des souverains 

En-lil, Marduk, Baal et Assur…
Le monde inférieur reste le royaume infernal de la déesse Ereshkigal et de son époux Nergal, dieu Soleil destructeur de l’été. Plus tard, à l’époque babylonienne, Marduk prend la place du dieu En-lil à la tête du panthéon. Puis, le dieu Baal de l’Orage à Babylone et le dieu Assur en Assyrie deviennent divinités suprêmes… Marduk, Baal et Assur vont prendre une dimension universelle…

Marduk est le dieu tutélaire de Babylone, dont les emblèmes sont le dragon-serpent cornu et marrû, la bêche pointue… Dans la tradition babylonienne, ce dieu mineur à l’origine, devient le souverain du panthéon et le champion des dieux dans le poème mythique de la Création, Enuma elish (XIIe siècle avjc).

D’après un sceau-cylindre babylonien, Marduk ou Nabû son fils et son emblématique dragon-serpent cornu ; et le dieu Baal de l’Orage et le roi, Ugarit, milieu IIe millénaire avjc, Syrie actuelle ; Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Le poème cosmogonique Enuma elish raconte la Création du Monde et de l’Humanité (confiée à Ea) par le dieu Marduk. Un drame que l’on réactualise dans le rituel babylonien du Nouvel An… Marduk tue l’ancestrale Tiamat, déesse du chaos aquatique primordial, qui menaçait la survie des plus jeunes dieux et donc l’émergence du Cosmos et de la Vie…

Nisaba, scribe du pays…
Le mythe sumérien, Enki et l’Ordre du Monde, raconte comment le dieu Enki permet la naissance de la civilisation… Il nomme scribe du pays Nisaba, déesse originelle du grain et des roseaux (utilisés pour fabriquer les calames des scribes). Il est dit : La sainte Nisaba a reçu la règle à mesurer et garde l’étalon du lapis-lazuli ; elle proclame les grands règlements, elle fixe les frontières, marque les bornes. Elle est maintenant le scribe du pays…

12 D'après la statue d'un dieu gardien ou acolyte, temple de Nabû, vers 810-800 avjc Nimrud, Irak actuel. (Marsailly/Blogostelle)

D’après la statue d’un dieu gardien ou acolyte, temple de Nabû, vers 810-800 avjc Nimrud, Mésopotamie, Irak actuel. (Marsailly/Blogostelle)

Les sept sages du dieu Ea…
À l’époque d’Agadé, Enki renommé en akkadien devient Ea… Le Mythe des Sept Sages précise que la royauté descend du Ciel… et relate comment, avant le Déluge, Ea envoie sept sages sur Terre, dont le premier est Adapa…

… Il s’agit alors de transmettre la connaissance divine aux êtres humains : les Sages, carpes brillantes de la mer, sont au nombre de sept ; sept sont les sages nés pour assurer le bon fonctionnement du ciel et de la terre. Ces maîtres du savoir et des sciences, semblables à leur père Ea sont « doués grâce à lui d’une intelligence sublime, précise le Poème d’Erra (Erra est un dieu des Enfers).

Voir aussi l’article Le Sacré en Mésopotamie : Ea, dieu de l’Abîme, des Eaux Douces et de la Sagesse

Nabû, le seigneur du calame
Puis Marduk, fils d’Ea, prend la tête du panthéon babylonien (IIe millénaire avjc). C’est alors son fils Nabû qui se charge de consigner par écrit les sorts fixés par le dieu Marduk dans la chapelle des destins… Nabû est le seigneur du calame, le dieu des scribes. Les élites savantes des clergés de Babylonie et d’Assyrie lui donnent une place souveraine dans la hiérarchie des dieux.

D'après une statue vouée à Nabû, par Adad-Nirari III et Sammuramat, vers 810-800 avjc, temple de Nabû, Nimrud. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une statue vouée à Nabû, par Adad-Nirari III et Sammuramat, vers 810-800 avjc, temple de Nabû, Nimrud, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Le personnage, dont la robe porte une inscription, se présente dans l’attitude d’un orant… Coiffé d’une tiare divine à seulement deux cornes, il s’agit sans doute d’un acolyte de Nabû…

Nabû le maître des sciences
Dans le sanctuaire de Nabû à Nimrud (actuel Irak), dit temple de l’Ezida (la maison stable ou pure), deux statues vouées à Nabû louent sa puissance et sa sagesse : Nabû, le très-haut, le sage, le puissant, le héros …

… dont la parole est primordiale, le maître des sciences, qui surveille la totalité du ciel et de la terre, celui qui sait tout, qui comprend tout, qui détient le calame du scribe …, le Seigneur des seigneurs, dont la puissance est sans égale, le compatissant, le miséricordieux…

Plus tard, le roi lettré assyrien Assurbanipal (VIIe siècle avjc) consacre sa bibliothèque au dieu Nabû qui tient la tablette d’argile et le calame des destins, prolonge les jours et fait revivre les morts, émettant la lumière pour les hommes en proie à la confusion… On dit encore de Nabû qu’il est nimbé de la splendeur divine, un souverain au vaste entendement, un sage au vaste savoir, qui maîtrise l’écriture et dont les décisions sont sans appel…

Article suivant : Des peuples néolithiques du Levant… au génie de Sumer

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