L'ORIENT ANCIEN

Des peuples néolithiques du Levant… au génie de Sumer

Des premières villes de l’Histoire à la création de l’écriture

Partons à la découverte des civilisations du Proche et Moyen Orient Antiques… L’histoire des arts dans ce monde très ancien regroupe plusieurs cultures qui s’épanouissent sur une aire géographique immense… Dès les IXe et VIIIe millénaire avjc, les peuples du Levant sont des précurseurs dans l’adoption d’un mode de vie néolithique… Ils sont aussi les bâtisseurs des premières cités de l’histoire de l’Humanité… La céramique fait son apparition au VIe millénaire avjc. À la fin du IVe millénaire avjc, l’écriture naît à Sumer, en Mésopotamie…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour mai 2017 –

D'après une jarre en terre cuite, Bouquetin stylisé, IVe millénaire avjc, Levant. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une jarre en terre cuite, Bouquetin stylisé, IVe millénaire avjc, Levant néolithique. (Marsailly/Blogostelle)

Vers 6000 ans avjc, les peuples du Levant et de l’Orient ancien inventent puis perfectionnent la technique de la terre cuite : la céramique… Des décors peints ou sculptés viendront embellir les poteries…

Bloc-notes + Une aventure ? L’épopée de Gilgamesh (Mésopotamie) : des tablettes du XIIIe siècle avjc racontent l’épopée du roi Gilgamesh en quête d’immortalité… (il aurait régné vers 2600 avjc sur la cité d’Uruk (ou Ourouk )… Un livre ? L’Histoire commence à Sumer, de Samuel Noah Kramer (1956).

LES RÉGIONS DU LEVANT ACCUEILLENT UNE MOSAÏQUE DE PEUPLES

La Mésopotamie au sens large du terme regroupe à elle seule la quasi majorité des territoires du Croissant Fertile. C’est là que vivent des nomades qui finalement se fixent dans les plaines propices aux cultures agricoles…

Des peuples nomades se sédentarisent…
La Mésopotamie-Assyrie, l’Iran ancien et les contrées du Levant représentent de nos jours un nombre important de pays. Chypre, la Turquie, Israël, la Palestine, la Jordanie, la Syrie, l’Irak, l’Iran, les Émirats, l’Arabie Saoudite…, tous sont les héritiers des ancestrales cultures de l’Orient Ancien.

D'après la statue d’Aïn Ghazal, 9000 ans avjc, Jordanie, Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après la statue d’Aïn Ghazal, vers 9000 ans avjc, Jordanie, Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

Le monde fertile de la Mésopotamie
Des peuples nomades vivent à la lisière du désert syrien et arabique, au cœur d’une vaste étendue… Ils se sédentarisent… Au cours du temps, la Basse Mésopotamie, les régions du Pays de Sumer autour de l’Euphrate et du Tigre, la Babylonie et l’Assyrie construisent une culture qui se rattache à l’ensemble mésopotamien, dont Sumer et Babylone sont les centres rayonnants les plus importants…

Les Terres cosmopolites du Levant
Le Levant rassemble une partie de la côte syrienne, Chypre, la Palestine, la Jordanie et l’Anatolie antique… Cette aire géographique correspond à la pointe Ouest du Croissant Fertile. Les régions de Levant forment un carrefour à la fois géographique et marchand. Cette zone de transition se distingue par une population cosmopolite. Terre de prédilection des Hittites, l’Anatolie ancienne, en Asie mineure, se rattache à la fois à l’Arménie, au Kurdistan et à l’Iran…

D'après une Déesse-Mère, terre cuite, VIe millénaire avjc, çatal Hüyük, Anatolie, Levant. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une Déesse-Mère, terre cuite, VIe millénaire avjc, Çatal Hüyük, Anatolie, Levant. (Marsailly/Blogostelle)

Le plateau iranien, un pont vers l’Extrême-Orient
L’Iran ancien correspond aux civilisations qui évoluent sur le plateau iranien, bordé à l’Est par le désert et qui ouvre la route vers l’Extrême-Orient… Les hautes terres iraniennes séparent la plaine mésopotamienne de la Vallée de l’Indus et de la plaine de Turkmenie en Asie centrale.

Des indo-européens, Hourrites et tribus des steppes, peuplent le plateau iranien (Arménie, Kurdistan). Au cours du temps, sur le plateau iranien, le pays d’Élam et Suse, rivaux de Sumer et Babylone, deviennent eux aussi des centres puissants. Ils représentent l’apogée de la civilisation iranienne antique, avant l’avènement de l’empire perse.

D'après un galet gravé, serpent, arbre et glype (un être humain), Gobleki Tepe, vers 9000 ans avjc, Anatolie, Levant. (Marsailly/Blogostelle)  D'après une terre cuite peinte, fin du IVe millénaire avjc, Ugarit, actuel Ras Shamra, Syrie, Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un galet gravé, serpent, arbre et glyphe (un être humain?), Gobleki Tepe, vers 9000 ans avjc, Anatolie (actuelle Turquie) au Levant ; et une terre cuite peinte, fin du IVe millénaire avjc, Ugarit, actuel Ras Shamra, Syrie, Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
Période néolithique : VIIIe millénaire avjc – IVe millénaire avjc  Le Levant précurseur du néolithique aux VIIIe et VIe millénaires avjc : agriculture et élevage – VIIe millénaire avjc : Jérico, en Jordanie (Palestine) – VIe millénaire avjc : Çatal Höyük et Haçilar en Anatolie, (Turquie) – VIe, Ve et IVe millénaire avjc : Samarra, Halaf, Obeid, Eridu, en Mésopotamie, Tépé Gaura en Assyrie – IVe millénaire avjc : Suse, Tepé Sialk, et Luristan en Iran. –– L’écriture à SUMER vers 3300 avjc. Chronologie générale : Proche et Moyen Orient antiques

D'après Le Penseur d'Auguste Rodin (Dante Alighieri), 1880-1902 apjc. (Marsailly/Blogostelle)  D'après Le Penseur, carafe en terre cuite, vers 3800 ans avjc, Yehud, Israël, art du Levant. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Le Penseur d’Auguste Rodin (Dante Alighieri), 1880-1902 apjc… versus Le Penseur néolithique du Levant, carafe en terre cuite, vers 3800 ans avjc, Yehud, actuel Israël. (Marsailly/Blogostelle)

Entre les Xe et VIe millénaire avjc, les peuples des régions du Levant s’affirment comme les précurseurs d’un mode de vie néolithique… Ils s’installent dans des villages, pratiquent l’agriculture et l’élevage. Au Levant, on construit les premiers espaces urbains en Palestine et en Syrie…

Les Natoufiens, premiers néolithiques
Dans les régions du Levant, entre 10 000 ans et 8300 ans avjc, les peuples de la civilisation des Natoufiens occupent un vaste territoire allant du moyen Euphrate au delta du Nil. Ils se sédentarisent, se lancent dans l’élevage et s’intéressent à la culture des céréales… On utilise encore des outils en os, mais on adopte progressivement un mode de vie néolithique…

LA CITÉ DE JÉRICHO

Au VIIIe-VIIe millénaire avjc en Palestine, les peuples qui vivent là s’installent dans des villages. Mais ils ignorent encore comment fabriquer des céramiques, c’est à dire des terres cuites. À Jéricho, certains vestiges remontent même à 9000 ans avjc…

D'après une Tête modelée, chaux et roseaux, VIIe millénaire avjc, Jéricho, Palestine, Levant. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une Tête modelée, chaux et roseaux, VIIe millénaire avjc, Jéricho, Palestine, Levant. (Marsailly/Blogostelle)

Des crânes remodelés pour les défunts de Jéricho…
Les villageois de Jéricho utilisent encore des outils en pierre et les artistes créent des figurines en argile… À cette époque, on pratique des rites funéraires, en séparant la tête du défunt du reste de son corps…

On installe ensuite les crânes remodelés sur des banquettes, en Palestine comme en Syrie. Ce rituel funéraire renvoie peut-être à un culte des ancêtres, que l’on vénère sans doute dans les maisons… Les officiants funéraires séparent la tête du défunt de son corps avant de la fixer sur un corps modelé en terre…

Ils revêtent ensuite les crânes décharnés d’un enduit de plâtre qui permet de les remodeler avec des traits réalistes… Ils incrustent aussi des coquillages au niveau des yeux, ce qui donne une expression impressionnante à ces têtes remodelées… Parfois les cheveux sont peints…

D'après le dessin d'un crâne surmodelé, Jéricho, époque néolithique, Levant. (Marsailly/Blogostelle)  D'après un crâne enduit et modelé, VIIe millénaire avjc Jéricho, Palestine, Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après le dessin d’un crâne remodelé, Jéricho, époque néolithique, Levant ; et un crâne enduit et modelé, VIIe millénaire avjc Jéricho, Palestine, Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

La Tour de Jéricho
Le site de Jéricho abrite les toutes premières tentatives d’architecture connues… et les vestiges de l’une des premières cités de l’histoire de l’Humanité… Parmi les ruines anciennes de Jéricho, on peut voir des traces d’habitations, les restes d’une muraille et les témoignages de l’existence d’un lieu de culte…

À l’écart du village, vers 8300 ans avjc, on élève à Jéricho une haute tour en circulaire, entièrement en pierre, dont l’accès n’est pas facile. Peut-être que les villageois viennent se réunir autour et dans cette tour pour des assemblées, des cérémonies sacrées ou encore pour organiser des rites d’initiation. La tour de Jéricho figure parmi les plus anciens vestiges d’édifice collectif construit au monde…

D'après des vestiges, fortification, Jéricho, VIIIe millénaire avjc, Jordanie, Levant. (Marsailly/Blogostelle)  D'après les vestiges de la tour de Jéricho vers 8300 ans avjc, Jordanie, Levant. (Marsailly/Blogostelle)

D’après des vestiges de Jéricho, tour et fortifications, VIIIe millénaire avjc, Jordanie, Levant. (Marsailly/Blogostelle)

La muraille de Jéricho…
Les habitants de Jéricho construisent aussi une enceinte ou des fortifications autour de leur tour, sans doute pour se protéger des crues du Jourdain… L’étude des traces d’habitations, à demi enterrées, laissent imaginer un mode de vie communautaire.

C’est l’archéologue Britannique Kathlenn Kenyon qui découvre La Tour de Jéricho en 1952. L’édifice mesure alors 8,5 mètres de hauteur pour un diamètre équivalent. À l’intérieur, la tour est reliée à un mur de 4 mètres d’épaisseur, vestige probable de la muraille de la cité…

Les Trompettes de Jéricho…
Le récit biblique raconte comment les Hébreux s’emparent de la ville de Jéricho…“L’Éternel dit à Josué : Vois, je livre entre tes mains Jéricho et son roi, ses vaillants soldats… vous tous les hommes de guerre, faites une fois le tour de la ville. Tu feras ainsi pendant six jours…

… Sept sacrificateurs porteront devant l’arche sept trompettes retentissantes… le septième jour, vous ferez sept fois le tour de la ville et les sacrificateurs sonneront des trompettes… Quand ils sonneront de la corne retentissante, quand vous entendrez le son de la trompette, tout le peuple poussera de grands cris… Alors la muraille de la ville s’écroulera…”

D'après une poterie peinte du Levant néolithique, IVe millénaire avjc, Israël. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une poterie peinte néolithique, IVe millénaire avjc, Israël, art néolithique du Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

Les maisons rondes de Mureybet en Syrie…
À la même époque en Syrie, vers 8000 ans avjc- VIIe millénaire avjc, on construit aussi à Mureybet… On crée des habitations circulaires de 6 mètres de diamètre. L’espace intérieur, divisé et aménagé, rappelle la structure des huttes. Les fondations des maisons sont en pierres et les murs en pisé poncé.

On obtient le pisé grâce à un mélange d’argile crue et de pierres. Sur les maisons, on installe un toit plat en terre battue, soutenu par des rondins de bois qui font office de charpente rudimentaire. On utilise la terre battue pour étanchéifier la maison. Entre 7600 et 6000 avjc, en Palestine comme en Syrie, on ne connaît pas encore la terre cuite. Les habitats sont là encore assez sommaires, de forme circulaire puis rectangulaire…

EN ANATOLIE, LES POTIERS CRÉENT LES PREMIÈRES CÉRAMIQUES

Entre 6000 et 3500 avjc, en Anatolie (actuelle Turquie), les peuples vivent à l’heure néolithique et façonnent les premières poteries en terre cuite. À Çatal Höyük et à Haçilar, on vit dans des villages et on met au point la technique de la terre cuite, c’est-à-dire la céramique.

D'après une figurine, sceau, Çatalhöyük, vers 7000-6000 avjc, Anatolie, Levant. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un sceau en terre cuite, Çatal Höyük, vers 7000-6000 avjc, Anatolie (actuelle Turquie), Levant. (Marsailly/Blogostelle)

L’art de la céramique de Çatal Höyük et Haçilar va se répandre dans toutes les contrées de l’ancien Orient…

Le village de Çatal Höyük,
À Çatal Höyük, on construit des maisons rectangulaires, sans porte ni fenêtre, bien serrées les unes contre les autres. L’ensemble forme un véritable village. Pour les murs, on utilise de la brique crue et du bois pour consolider le tout. Le toit des habitations en terre battue forme une terrasse sur laquelle on peut accéder grâce à une échelle. À l’intérieur, l’espace du foyer est bien délimité.

D'après une céramique, Çatalhöyük, 7000-6000 avjc, Anatolie, Levant. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une céramique en terre cuite, Çatal Höyük, vers 7000-6000 avjc, Anatolie (actuelle Turquie), Levant. (Marsailly/Blogostelle)

Des habitats et des maisons-sanctuaires
Il existe deux sortes de constructions à Çatal Höyük… On bâtit des petites maisons avec poutres, foyer et terrasse, et l’on édifie d’autres constructions qui s’apparentent à des maisons-sanctuaires. On magnifie ce deuxième type de bâtiment avec des décors de gypse en relief, des peintures et des bucranes. Les bucranes sont des crânes cornus de taureau.

D'après une maison néolithique, Çatal Hüyük , Anatolie, Turquie, Levant. (Marsailly/Blogostelle)  D'après un décor peint d'habitation, Taureau et scène de Chasse, VIe millénaire avjc, çatal Hüyük, Anatolie, Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une maison néolithique et une peinture de taureau, VIe millénaire avjc, Çatal Höyük, Anatolie (Turquie), Levant. (Marsailly/Blogostelle)

LA DIMENSION SACRÉE DU TAUREAU

L’importance du Taureau à Çatal Höyük
Les peintures, les sculptures en argile modelée et les bucranes de Çatal Höyük renvoient probablement à une signification symbolique ou sacrée, en relation avec la fertilité. On retrouve le thème de la fécondité dans les représentations féminines néolithiques…

À Çatal Höyük, on évoque l’importance sacré du Taureau dans les peintures et avec les crânes cornus de l’animal. Le Taureau symbolise la puissance du principe mâle fécondateur. Les figures féminines modelées en terre sont sans doute des déesses-mères… Ce décor sacré semble particulariser des espaces dédiés dans des maisons-sanctuaires…

Au VIe millénaire avjc en Anatolie, les artistes peignent aussi des scènes de chasse, des léopards, des grands taureaux et des motifs géométriques.

D'après des crânes de Taureau, bucranes néolithiques, VIe millénaire avjc, Çatal Hüyük , Anatolie (Turquie), Levant. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après l'intérieur d'une maison, peintures et sculptures, VIe millénaire avjc, çatal Hüyük, Anatolie, Levant. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après des bucranes, VIe millénaire avjc, Çatal Hüyük , Anatolie (Turquie), Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des crânes de Taureau, bucranes néolithiques, et l’espace intérieur d’une maison-sanctuaire, VIe millénaire avjc, Çatal Höyük, Anatolie (Turquie), Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

D'après une tête de taureau, bronze et lapis-lazuli, vers 2700 avjc, art sumérien. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une tête de Taureau, bronze et lapis-lazuli, vers 2700 avjc, période des dynasties archaïques sumériennes, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

On retrouve par la suite le thème du Taureau dans l’art sumérien, une image sacrée dès le Néolithique dans les régions du Levant…

Des peintures en rouge et noir
Les couleurs de prédilection des artistes peintres de Çatal Höyük sont le rouge et le noir… Parmi l’iconographie figure le Taureau, des chasseurs, des léopards, qui rappellent les fauves de la déesse, ou encore un vautour aux ailes déployées qui dévore des dépouilles sans têtes… une possible évocation de rites funéraires. Ces images possèdent sans doute une signification sacrée…

D’après un relief peint, Léopards, VIIe-VIe millénaire avjc, un Chasseur vêtu d’une peau de léopard, VIe millénaire avjc ; et le thème du Vautour, vers 7000-6000 avjc ; Çatal Höyük, Anatolie, Levant. (Marsailly/Blogostelle)

Des nus féminins aux formes généreuses
À Çatal Höyük, les artistes façonnent aussi dans l’argile des représentations féminines acéphales (sans tête) ou non, des déesses accouchant, ou encore avec un enfant. Ce sont probablement des déesses-mères… Ces femmes nues aux formes opulentes, parfois parées d’un collier, semblent personnifier un culte de la fécondité…

Ces images de femmes au dessin schématique évoquent davantage un concept ou un principe plutôt qu’une figure de femme bien définie, comme on le voit aussi dans les cultures de l’Europe néolithique, où les silhouettes sont moins dodues mais où les hanches et les seins sont fortement valorisés…

D'après une statuette féminine, Çatalhöyük, vers 7000-6000 avjc, Anatolie, Levant. (Marsailly:Blogostelle)  D'après une figurine féminine, Çatalhöyük, vers 7000-6000 avjc, Anatolie, Levant. (Marsailly:Blogostelle)

D’après une statuette féminine acéphale et une figurine en terre cuite, Çatal Höyük, vers 7000-6000 avjc, néolithique, Anatolie, Levant. (Marsailly/Blogostelle)

Fécondité, fertilité, procréation, maternité… apparaissent comme des valeurs sacrées dans l’Orient comme dans l’Occident néolithique… Et cette sacralisation de la femme s’exprime déjà dans l’art préhistorique…

Voir aussi les articles Les cultivateurs néolithiques sacralisent la végétation une mythologie reliée à la Terre… Et L’art paléolithique consacre la féminité et le monde animal

La Déesse-Mère aux Léopards
Parmi les œuvres façonnées dans l’argile, on rencontre une Déesse-Mère accompagnée de Léopards. Les fauves rappellent l’aspect sauvage de la Nature… Installée sur un trône dont les accoudoirs prennent la forme de léopard, la déesse possède un parèdre masculin. Le ou la parèdre est une divinité masculine ou féminine associée à une déité principale pour former un couple ou une complémentarité.

D’après la Déesse-Mère aux Léopards, VIe millénaire avjc, Çatal Höyük, Anatolie, Turquie actuelle, Levant. (Marsailly/Blogostelle)

La Déesse-Mère, la fécondité et la chasse…
Le Taureau, symbole du principe mâle s’associe à Çatal Höyük à l’image de la Déesse-Mère… Les images féminines affichent un visage très rudimentaire, presque anonyme. Associées à l’Enfant ou au Léopard, elles personnifient la Fécondité, associée peut-être aussi à l’abondance de la chasse symbolisée par le fauve ou le léopard, le chasseur par excellence…

LES POTIERS ANATOLIENS D’HAÇILAR

Les potiers d’Haçilar en Anatolie
Au début du VIe millénaire avjc en Anatolie, le centre de fabrication de la céramique de Çatal Höyük est détruit. Ce sont alors les potiers d’Haçilar qui vont produire des terres cuites entre 5500 ans et 5000 ans avjc. Les artistes créent maintenant des modèles élaborés, aux décors soignés, peints en rouge sur un fond blanc-crème…

D'après une terre cuite peinte, Hacilar, vers 5000 ans avjc, Turquie, Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

D'après une céramique néolithique, VIe millénaire avjc, Hacilar, Anatolie, Levant. (Marsailly/Blogostelle)  D'après le schéma d'une terre cuite, vers 5300 avjc, Haçilar, Anatolie, Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une céramique néolithique à motifs rouges, VIe millénaire avjc ; le schéma d’un couple enlacé, terre cuite, vers 5300 avjc ; et un vase peint à motif anthropomorphe, vers 5000 ans avjc ; Haçilar, Anatolie (Turquie actuelle), Levant. (Marsailly/Blogostelle.)

Terres cuites peintes et quelques incrustations
Parmi les créations des artistes de Haçilar, on peut voir un visage humain stylisé qui habille le col d’une poterie. Pour mettre en valeur les yeux de cette figure, le potier incruste de l’obsidienne, une pierre noire volcanique très brillante dont l’aspect rappelle le verre… L’image d’un couple enlacé évoque l’accouplement et la fertilité et rejoint le thème du culte de la fécondité, symbolisé aussi par les déesses-mères…

LA CRÉATIVITÉ DES ARTISTES DE SAMARRA ET DE HALAF

En Mésopotamie, on commence à cultiver les plaines irrigables, comme dans la vallée du Haut Tigre… Différentes aires culturelles se développent alors en divers endroits, selon un mode de vie néolithique… De Samarra à Halaf, les artistes créent des modèles inédits de céramiques…

D'après une coupe à silhouettes et chevelures, terre cuite, Samarra, vers 5000 avjc, Tell es-Sawwan, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une coupe, silhouettes à longues chevelures, terre cuite peinte, Samarra, vers 5000 avjc, Tell es-Sawwan, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

De Hassuna à Samarra
Les artistes créent aussi de fines céramiques à décors tournoyants… Hassuna, Samarra et Halaf sont alors des centres de culture particulièrement innovants. Au tout début de la période, en Assyrie, entre 5700 ans et 5400 ans avjc, on fabrique des poteries assez grossières dans la région de Hassuna. Les peuples pratiquent l’élevage mais ne connaissent pas encore l’irrigation… Puis la culture de Samarra, site actuel de Tell-es-Sawwan, supplante celle de Hassuna…

D'après une figure féminine, albâtre et bitume, vers 5800-5500 avjc, nécropole de Samarra, Tell es-Sawwan, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une figure féminine, albâtre et bitume, vers 5800-5500 avjc, nécropole de Samarra, Tell es-Sawwan, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Les maisons de Samarra… 
Dans les régions de Mésopotamie, on commence à élaborer une forme d’architecture qui préfigure un canon mésopotamien… Vers 5500 ans avjc, les habitants de Samarra maîtrisent maintenant l’irrigation… Ils vivent dans des maisons indépendantes construites en briques crues, de plan quadrangulaire.

Deux salles centrales s’ouvrent sur des chambres
On aménage l’espace de vie en deux grandes salles entourées de chambres… Créatifs, les bâtisseurs de Samarra associent une recherche d’équilibre et d’harmonie à un souci fonctionnel. Ils posent ainsi les fondements de l’architecture mésopotamienne, que l’on retrouvera ensuite à l’époque de Sumer… Les artistes créent aussi des céramiques peintes et sculptent l’albâtre…

D’après le schéma d’une maison de Samarra, vers 5500 avjc, Tell es-Sawwan ; une statuette en albâtre et bitume, vers 5800-5500 avjc ; et une possible déesse parée d’un collier, vers 5800 avjc, nécropole de Samarra, Tell es-Sawwan, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Les statuettes en albâtre de Samarra
Les habitants de Samarra inhument les défunts dans des tombes, accompagnés d’un mobilier funéraire. On dépose là quelques vases en pierre et des statuettes en albâtre. Le plus souvent, les sculptures sont des figures féminines nues, aux formes simplifiées et aux visages très schématiques. Quelquefois, on dépose aussi des représentations d’hommes nus.

Certaines figures féminines et masculines mesurent seulement quelques centimètres de haut, de 4 à 5 centimètres. D’autres statuettes peuvent atteindre 13 à 15 centimètres. L’une d’elle, parée d’un collier, impressionne par ses yeux incrustés qui donne de la force à son regard, à sa présence…

D'après un détail de vase, à visage, Samarra, IVe millénaire avjc, Mésopotamie, Irak. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un détail de vase, Samarra, IVe millénaire avjc : un visage expressif… Mésopotamie, Irak. (Marsailly/Blogostelle)

De la vaisselle en céramique peinte
Vers 5000 ans avjc environ, les artistes de Samarra façonnent de belles coupes assez profondes en céramique. Ils rehaussent leurs modèles de décors peints variés… Des figures stylisées semblent tournoyer, des capridés (chèvres, bouquetins…), des oiseaux ou encore des femmes à la chevelure en désordre viennent animer le décor de ces terres cuites élégantes et raffinées…

D'après une coupe à motifs géométriques, terre cuite, Samarra, vers 5000 avjc, Tell es-Sawwan, Irak. (Marsailly/Blogostelle)  D'après une coupe peinte, terre cuite, Samarra, vers 5000 avjc, Tell es-Sawwan, Irak. (Marsailly/Blogostelle.)

D'après une coupe à décor tournoyant, terre cuite, Samarra, vers 5000 avjc, Tell es-Sawwan, Irak. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une coupe à motifs géométriques, un modèle peint à motifs graphiques ; et une coupe à décor tournoyant ; céramiques de Samarra, vers 5000 avjc, Tell es-Sawwan, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Un art savant de la composition
Les artistes de Samarra jouent sur des schémas géométriques simples pour organiser la mise en scène de leur décor. Le mouvement tournoyant des motifs stylisés se déploie le plus souvent en étoile, en croix ou encore selon le dessin du svastika (ou swastika).

L’ensemble des compositions crée un savant mélange de thèmes abstraits mariés à des motifs naturalistes stylisés… Le tournoiement du décor suggère un mouvement circulaire qui possède peut-être alors une signification symbolique ou sacrée, au-delà du désir esthétique…

LA CULTURE DE HALAF

Les céramiques des artistes de Halaf
Au Ve millénaire avjc, non loin de la frontière turque, dans les plaines de la Syrie du Nord, s’épanouit la florissante culture de Halaf (site actuel de Tell Halaf en Syrie). Dans cette région, on construit de simples maisons rondes, sortes de tholos (monument circulaire), dont la forme circulaire s’inspire probablement de l’ancestrale tente des nomades… Les artistes créent des petites statuettes et des céramiques au profil caréné.

10 céramique peinte, style de Halaf, 5000-4000 ans avjc, Mésopotamie, Irak, Bagdad. (Marsailly-Blogostelle.)  56 D'après un vase peint, terre cuite, vers 4500 ans avjc, style de Halaf, Mésopotamie-Syrie. (Marsailly-Blogostelle)  D'après une poterie peinte, style de Halaf, 5000-4000 ans avjc, Mésopotamie, Irak. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après des céramiques peintes, style de Halaf, vers 5000-4000 ans avjc, Mésopotamie, Irak actuel. (Marsailly/Blogostelle.)

Un décor stylisé et peint en couleurs
Les potiers de Halaf appliquent un décor peint polychrome sur leurs modèles en céramique. Ils composent des décors avec des motifs de bucranes (crâne et cornes de bovidé), s’inspirent d’un monde végétal à la fois luxuriant et irréel, ou encore élaborent des rosaces… Un esprit de stylisation poussé à l’extrême anime le dessin. Cet art de Halaf connaît son apogée vers 4500 ans avjc.

STATUETTES FÉMININES ET CACHETS GRAVÉS

D'après une figurine façonnée en terre cuite, période d'Obeid, Ve millénaire avjc, Tello, Irak. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une statuette en terre cuite, période d’Obeid, Ve millénaire avjc, Tello, Irak actuel, Mésopotamie ; une figurine en terre cuite, modelée et peinte, vers 4500 ans avjc ; une nudité féminine en terre cuite peinte, Ve millénaire avjc, culture de Halaf, Mésopotamie-Syrie. (Marsailly/Blogostelle).

D'après une figurine en terre cuite, modelée et peinte, vers 4500 ans avjc, style de Halaf, Mésopotamie-Syrie. (Marsailly/Blogostelle)  D'après une nudité féminine, terre cuite peinte, Ve millénaire avjc, culture de Halaf, Syrie. (Marsailly/Blogostelle.)

La déesse-serpent et le Maître des Animaux
Au cinquième millénaire avjc, les artistes mésopotamiens créent des figurines en terre cuite et gravent des cachets… Parmi les représentations de la plantureuse déesse-mère, on rencontre parfois une figure féminine à tête de serpent qui porte un enfant…

Le serpent se rattache symboliquement à l’univers souterrain, au terreau fertile et au monde des morts… il s’agit sans doute d’une divinité chthonienne de la fertilité…

Sur les cachets, des décors en miniatures s’inspirent souvent du monde animal et du mythique Maître des Animaux. Ce personnage masculin archaïque arbore une tête de bouc ou de bouquetin.

On le rencontre dans toutes les contrées de l’Orient Ancien et jusqu’en Inde néolithique… En Mésopotamie, il symbolise sans doute les puissances de la Nature qui vivifient le monde animal, fauves et gibiers…

D’après le thème du Maître des Animaux : cachet gravé, vers 3800 avjc, Luristan, butin de Suse ; le Maître des Animaux et serpents, cachet , vers 4200 – 3800 avjc, Suse, Iran actuel. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un Boisseau à motif de Serpent, terre cuite peinte, vers 4200 – 3800 avjc, nécropole de Suse, Iran actuel ; et une déesse-mère allaitant à tête de serpent, Ve millénaire avjc, néolithique, Ur (Our), Irak, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Une étrange déesse-mère à tête de serpent allaite son enfant… et comme en Inde néolithique, on rencontre le thème d’un personnage mythique ou sacré qui évoque le Maître des Animaux…

DE OBEID À TEPE-GAURA EN MÉSOPOTAMIE

Vers 4400 ans avjc, la culture d’Obeid, du nom d’un village néolithique, supplante celle de Halaf. Les artistes créent une céramique de qualité dans les nuances de vert ornée de motifs géométriques et modèlent des figurines…

D'après une terre cuite peinte, Taureau, style d'Obeid, vers 4000-3500 avjc, Tello, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une terre cuite peinte, Taureau, style d’Obeid, vers 4000-3500 avjc, Tello ; Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Briques crues, pisé et bois, céramiques peintes…
À Obeid comme à Tépé-Gaura (Irak actuel), les architectes utilisent des briques crues, du pisé et du bois pour construire des habitations à terrasse. Les angles de ces maisons rectangulaires sont orientés vers les quatre points cardinaux…

Certaines habitations, sans doute des résidences royales ou des maisons destinées à de hauts personnages, se distinguent des autres par le soin apporté à leur construction élaborée.

D'après un capridé, période d'Obeid, céramique peinte, vers 5000 - 4500 avjc, Mésopotamie, Irak. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après une céramique peinte, période d'Obeid, Ve millénaire avjc, Tello, Irak. (Marsailly/Blogostelle.)

D'après une terre cuite peinte, Obeid, Ve millénaire avjc, Tello, Irak. (Marsailly/Blogostelle.)   D'après une poterie de l'époque d'Obeid, vers 4700 - 4200 avjc, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un capridé, céramique peinte, période d’Obeid, vers 5000-4500 avjc ; deux terres cuites peintes, Ve millénaire avjc, Tello ; et une poterie,  vers 4700 – 4200 avjc ; période d’Obeid, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

L’ARCHITECTURE MÉSOPOTAMIENNE PREND SES MARQUES…

De Obeid à Eridu…
Vers 4000 ans avjc, les bâtisseurs érigent le temple d’Eridu, la ville du grand dieu sumérien Enki (Ea akkadien). Dans la mythologie sumérienne, on considère Eridu comme la première cité à recevoir la royauté descendue du Ciel… L’architecture à Obeid et à Eridu inaugure une véritable conception de l’organisation urbaine…

Les bâtisseurs élèvent des temples à nef centrale
Des constantes architecturales voient ainsi le jour… Selon le principe mésopotamien, on pénètre dans les édifices sacrés par une entrée coudée. Les architectes élaborent une nef centrale qui s’ouvre sur des salles latérales…

… Un escalier permet d’accéder au niveau du toit. Des pilastres en saillie ou en renfoncement portent un décor qui évoque les bottes de roseaux des huttes ancestrales. Les artistes décorateurs exploitent les jeux de l’ombre et de la lumière…

D'après les ruines d'une maison, Obeid, vers 5000-4000 ans avjc, Irak, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)  D'après les vestiges d'une maison néolithique, Obeid, vers 5000-4000 ans avjc, Irak, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)  D'après le plan du temple d'Eridu, période d'Obeid, vers 4000 ans avjc, Irak actuel, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après les vestiges de maisons néolithiques, Obeid, vers 5000-4000 ans avjc ; et le plan du temple d’Eridu, période d’Obeid, vers 4000 ans avjc ; Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Vers 4000 ans avjc, l’architecture traditionnelle mésopotamienne prend forme. Elle se distingue par plusieurs éléments…

  • Un plan rectangulaire
  • 4 angles orientés selon les 4 points cardinaux
  • Une salle centrale (nef)
  • Des pièces sur les côtés
  • L’accès par un escalier sur le toit

Le temple d’Eridu et sa terrasse
Le temple d’Eridu (situé actuellement en Irak) s’élève sur une terrasse construite en escalier, dont le schéma annonce les futures tours mésopotamiennes à étages, les ziggourats. Pour l’élévation de leurs édifices sacrés, les constructeurs conçoivent un plan rectangulaire…

… Les temples mésopotamiens possèdent un chevet plat, une nef centrale et des salles sur les côtés avec des vestibules. Un escalier conduit les visiteurs au premier étage. Les architectes prévoient aussi de nombreuses portes pour faciliter les allées et venues des nombreux participants aux activités cultuelles…

D'après les plans des trois édifices de Tépé Gaura, vers 3800 ans avjc, Assyrie. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après un édifice miniature, Ve millénaire avjc, Iran ancien. (Marsailly/Blogostelle)

D’après les plans des trois édifices de Tépé Gaura, vers 3800 ans avjc, Irak actuel, Mésopotamie ; et un édifice miniature, Ve millénaire avjc, Iran ancien. (Marsailly/Blogostelle)

Les édifices de Tépé-Gaura
Sur le site de Tépé-Gaura, on érige trois édifices dont la construction est particulièrement soignée. Ces ouvrages d’architecture sont sans doute des espaces sacrés ou des résidences de chefs. On retrouve en ces lieux le principe du plan rectangulaire, de la nef centrale, des salles sur les côtés et de l’entrée en coudée.

L’ART NÉOLITHIQUE À SUSE

Vers 4000 ans avjc, une civilisation néolithique s’épanouit aussi sur le plateau iranien… La ville de Suse et sa nécropole sont fondées dès la fin du cinquième millénaire avjc. Les artistes de Suse créent de belles céramiques à pâte fine, au décor brun peint sur un fond blanc-crème…

D'après une coupe à décor d'oiseaux stylisés, nécropole de Suse, vers 4000 ans avjc, Iran. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une coupe à décor d’oiseaux stylisés, vers 4000 ans avjc, nécropole de Suse, Iran actuel. (Marsailly/Blogostelle)

Des motifs stylisés d’oiseaux et de bouquetins…
Dans un style assez proche de celui des modèles que l’on rencontre partout en Mésopotamie, on retrouve à Suse des motifs stylisés de bouquetins, d’échassiers, de canidés… et des jeux géométriques…

… Mais les motifs de prédilection des artistes de Suse sont les fauves, les capridés et les serpents. Ils dessinent aussi des oiseaux stylisés et jouent sur la répétition de motifs géométriques, notamment des zigzags…

D'après une coupe peinte, vers 4000 ans avjc, Suse, Iran. (Marsailly/Blogostelle.)  D'après une céramique peinte Tepe Sialk, vers 3500 ans avjc, Iran. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après une coupe peinte, vers 4000 ans avjc, Suse, Iran ; et une céramique peinte, Tepe Sialk, vers 3500 ans avjc, Iran actuel. (Marsailly/Blogostelle.)

La coupe et le boisseau
Vers 4000 ans avjc, à l’époque de la fondation de Suse, la céramique apparaît comme le support privilégié des artistes pour s’exprimer… Ces pièces de terre cuites sont alors déposées dans les tombes. La coupe profonde et le boisseau (qui correspond à une mesure de blé) sont les deux formes les plus exploitées dans les créations de Suse. Ces modèles en céramique sont animés de décors animaliers et géométriques.

Sur l’une des coupes, deux scènes semblent se répondre, en symétrie, à l’envers et à l’endroit… En haut, deux arbres évoquent la végétation, entre lesquels apparaît un personnage stylisé… peut-être une divinité… ou le genre Humain… En bas, le dessin géométrique rappelle le courant de l’eau d’où émerge la Vie, une barque, ou encore la Montagne, avec des arbres têtes en bas, mais le personnage a disparu…

D'après un vase caréné, art de Suse vers 4200-3800 avjc, Iran ancien. (Marsailly/Blogostelle)  D'après une céramique à décor peint de tortue, IVe millénaire avjc, Suse, Iran. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un vase caréné, art de Suse vers 4200-3800 avjc ; et une céramique à décor peint de tortue, IVe millénaire avjc, Suse ; Iran actuel (Marsailly/Blogostelle)

Les artistes de Suse composent des décors en registres
Sur l’un des vases en boisseau provenant de la nécropole de Suse, le décor organisé en registre met en lumière une frise d’échassiers au long cou, une série de chiens courants, et plus bas, un bouquetin barbu qui porte des cornes gigantesques… La ligne élancée du boisseau favorise la répartition des motifs très stylisés et géométriques, dans un esprit décoratif, qui n’exclut pas une dimension symbolique de l’ensemble…

… Les cornes du capridé semblent contenir ou circonscrire un motif circulaire au cœur duquel on aperçoit un épi de blé. La disposition des motifs très stylisés évoque un mouvement circulaire… dans les deux sens. Les oiseaux et les canidés semblent se mouvoir dans un sens opposé. Ce mouvement tournoyant évoque peut-être une notion de cycle, comme celui des saisons et celui de la végétation… comme le moment de la récolte du blé…

D'après une céramique peinte, animaux stylisés, vers 4000 ans avjc, Suse, Iran. (Marsailly/Blogostelle.)

D’après un boisseau, céramique peinte, animaux stylisés, vers 4000 ans avjc, Suse, Iran actuel. (Marsailly/Blogostelle)

D'après une coupe à pied, céramique peinte, bouquetins, vers 3500 ans avjc, Suse, Iran. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une coupe à pied, céramique peinte à bouquetins, vers 3500 ans avjc, Suse, Iran actuel. (Marsailly/Blogostelle)

Le personnage mythique du Maître des Animaux
Sur le plateau iranien comme en Mésopotamie, l’iconographie évoque les forces de la nature, personnifiées parfois par un personnage à tête de bouquetin ou de bouc, dont le bas du corps est revêtu d’écailles…

On le retrouve à Suse, où les artistes de la glyptique gravent des cachets ornés de scènes miniatures, parmi lesquelles figure le traditionnel Maître des Animaux… On peut voir aussi des scènes de culte et des fauves à la chasse… Le thème iconographique des fauves attaquant leurs proies, antilopes ou capridés, va perdurer très longtemps dans l’Art Oriental… Parfois l’animal sauvage se retrouve abattu pour symboliser une victoire royale…

D’après le thème du Maître des Animaux ; une scène cultuelle sous l’égide du Soleil et de créatures mythiques (des masques?) ;  et un Léopard à la chasse ;  vers 3800 avjc, cachets gravés, Luristan, butin de Suse. (Marsailly/Blogostelle).

À SUMER, ON INVENTE L’ÉCRITURE

C’est dans le Sud du pays de Sumer que naît l’écriture, vers 3300 ans avjc… Au IVe et IIIe millénaires avjc, la vie culturelle et économique florissante favorise les grandes découvertes… On invente ainsi la roue, le tour de potier, la technique du cuivre moulé et… l’écriture. À Sumer, on écrit sur des tablettes d’argile, sur la pierre, puis plus tard sur le métal et le papyrus…

D'après des pictogrammes sumériens, liste de noms, calcaire, fin IVe millénaire avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après des pictogrammes sumériens, liste de noms inscrits dans le calcaire, IVe millénaire avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Un temple, un roi-prêtre, des scribes…
Les peuples mésopotamiens se concentrent dans des cités, comme à Uruk, une ville prospère qui commerce pour se fournir en pierres et en métaux. C’est au cours de cette même période que les canons de l’architecture sumérienne se précisent…

On construit des temples destinés à la divinité tutélaire de la cité. Le temple joue aussi le rôle de centre administratif et du pouvoir, incarné par un roi-prêtre ou roi divinisé, à la fois chef politique et chef spirituel… L’administration s’organise et les scribes consignent de nombreuses informations…

D'après des pictogrammes, terre crue incisée au calame, vers 3300 avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après des pictogrammes sumériens, liste de noms inscrits dans le calcaire, IVe millénaire avjc ; et des pictogrammes incisés au calame dans la terre crue, vers 3300 avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Tablettes d’argile et calames de roseau
Dans un premier temps, il apparaît aux Sumériens que l’invention de l’écriture devient nécessaire pour faciliter l’administration de la cité et la gestion des activités commerciales… On utilise alors l’argile, le limon du fleuve Euphrate, pour façonner des tablettes sur lesquelles on imprime des signes à l’aide d’un calame de roseau.

Dans la région de Suse (Iran actuel), qui entretient des liens étroits avec la Mésopotamie sa voisine, on adopte le système d’écriture sumérien… On parle alors d’écriture proto-élamite…

LE SUMÉRIEN, L’AKKADIEN… LE CUNÉIFORME, L’ARAMÉEN

Des signes composés et des symboles-racines
Au commencement, l’écriture comporte 800 signes pour exprimer le langage sumérien. Chaque signe représente un mot : un logogramme ou une idée : un idéogramme. Puis, pour exprimer davantage de choses, on crée des signes composés qui permettent d’associer plusieurs éléments, mots et idées…

D'après un texte sumérien, le prêtre Lu'enna annonce au roi de Lagash la mort de son fils, vers 2400 avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)  D'après une tablette d'argile écriture dite proto-élamite, vers 3100-2850 avjc, Pays d'Elam. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un texte en sumérien, le prêtre Lu’enna annonce au roi de Lagash la mort de son fils à la guerre, vers 2400 avjc, Mésopotamie ; et une tablette d’argile écriture dite proto-élamite, vers 3100-2850 avjc, Pays d’Élam, Iran Ancien. (Marsailly/Blogostelle)

On invente aussi des signes autour d’un même symbole-racine pour exprimer une famille de choses dont les sens sont proches… Mais il fallait rendre plus précis et plus clair encore le sens des écrits, trop sujets encore à interprétations…

De la méthode globale à la méthode syllabique
Pour noter des phrases et créer des éléments de grammaire, on invente des signes-sons, des phonogrammes : l’idéogramme devient son… L’écriture devient syllabique et les signes se schématisent de plus en plus…

Différentes langues, un même système d’écriture
De nombreux documents en d’autres langues sont établis au cours du troisième millénaire avjc à partir de l’écriture sumérienne, dont le système est très complexe. Parfois, les écrits transposent certaines langues de familles et de structures différentes comme le hittite indo-européen…

D'après un contrat en akkadien, location d'un champ, règne d'Abi-eshuh, vers 1711-1684 avjc, Babylone. (Marsailly/Blogostelle)  D'après un texte relatif à l'astronomie, cunéiforme, Ier millénaire avjc, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un contrat en akkadien, au sujet de la location d’un champ, règne d’Abi-eshuh, vers 1711-1684 avjc, Babylone ; et un texte cunéiforme relatif à l’astronomie, Ier millénaire avjc ; Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

L’akkadien devient la langue diplomatique…
Les textes de la vie profane sont inscrits dans l’argile. Pour les textes sacrés, votifs ou très importants, on utilise la pierre ou le métal comme supports. Vers 2200 avjc, les scribes de la cité d’Agadé utilisent le système sumérien pour transcrire leur langue sémitique, l’akkadien. Au IIe millénaire avjc, l’akkadien devient la langue diplomatique internationale…

D'après un Kudurru dit Cailloux de Michaux, en akkadien, dot d'un père à sa fille, XIe siècle avjc, Babylone. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un Kudurru dit Cailloux de Michaux, en akkadien, donation d’un père à sa fille, XIe siècle avjc, Babylone, Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Au IIe millénaire avjc, on crée l’alphabet cunéiforme
Le premier alphabet composé connu, fondé sur des consonnes, est l’alphabet cunéiforme… On le rencontre au deuxième millénaire avjc (vers 1400 ans avjc) à Ugarit, sur la côte syrienne… Ses signes simplifiés en nombre restreints permettent de transcrire la langue sémitique locale. En Égypte, le pharaon Akhenaton (Aménophis IV) utilise l’écriture cunéiforme pour communiquer avec ses vassaux sur la côte de Syrie-Palestine…

D'après l'écriture cunéiforme, 865-860 avjc, Ier millénaire avjc, Assyrie. (Marsailly/Blogostelle)  D'après une dédicace à une divinité, araméen, stèle en grès, Ve siècle avjc, Arabie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une écriture cunéiforme, vers 865-860 avjc, Assyrie ; et une dédicace à une divinité en araméen, stèle en grès, Ve siècle avjc, Arabie. (Marsailly/Blogostelle)

On passe ensuite du cunéiforme à l’Araméen
Au premier millénaire avjc, les peuples araméens se répandent en Mésopotamie… Ils possèdent une forme d’écriture alphabétique plus simple à utiliser, davantage accessible à tous. Les Araméens écrivent sur papyrus, un support léger et facile à transporter. Peu à peu, l’écriture linéaire de l’Araméen supplante l’ancestrale écriture cunéiforme…

D'après une carte de la Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après une carte de la Mésopotamie. (Marsailly/Blogostelle)

Avec l’invention de l’écriture, on entre dans la période historique… Au troisième millénaire avjc, c’est la grande époque de la civilisation de Sumer, dont le mode de vie social et culturel se retrouve adopté par différents peuples de l’Orient Ancien. Au cours de cette période, on érige de puissantes cités en Mésopotamie… 

Bloc-notes + Exposition L’histoire commence en Mésopotamie, Louvre-Lens, 2 novembre 2016 – 23 janvier 2017 : louvrelens.fr/documents/10181/121770/Dossier_pedagogique_Mesopotamie_BD.pdf/a8ac2280-e606-4039-9037-0bf4113f7d09?type=pdf

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