VIES D'ARTISTES

Vie d’Artiste : Qui êtes-vous Dante Alighieri?

Une interview imaginaire du lumineux poète de la Divine Comédie

Histoire de l’Art et du Sacré… Dante Alighieri (1265 – 1321 apjc), célèbre poète florentin du XIIIe-XIVe siècle apjc, nous transporte des profondeurs de l’Enfer aux lumières du Paradis dans sa Divine Comédie. Un entretien imaginé pour découvrir la vie et le chef-d’œuvre d’un virtuose de la littérature poétique… Une rencontre au sommet, première partie…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour novembre 2016 –

D’après Dante Alighieri et son œuvre, Domenico de Michelino, 1465 apjc, Florence. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Dante Alighieri et son œuvre, Domenico de Michelino, 1465 apjc, Florence. (Marsailly/Blogostelle)

Dante, son ouvrage dans les mains, auprès de la cité de Florence, à sa gauche. À sa droite, la cité de l’Enfer (ou Dité), et au loin la Montagne du Purgatoire qui mène au Paradis et au monde céleste…

Le 11 octobre 2016, dans la matinée…

Qui êtes-vous Dante Alighieri?
Je suis poète… né le 29 Mai 1265 apjc à Florence, dans l’Italie médiévale. Ma famille appartient à la petite noblesse Florentine. J’ai une dizaine d’années quand ma mère, Gabriella, ma madre bella, quitte ce monde… Ensuite, après le décès de mon père, Alighiero di Bellincione, commerçant, je deviens chef de famille, à 17 ans… (le poète prend un air nostalgique…) 

Je me marie à 20 ans avec Gemma Di Manetto Donati, avec qui j’ai quatre enfants, Jacopo, Pietro, Giovanni et Antonia. Mon épouse vient d’une famille guelfe qui joue alors un rôle politique important à Florence. Je rejoins le camp des Guelfes Blancs… et je me suis retrouvé proscrit…

À ma naissance, ma ville natale tant aimée est aux mains des gibelins depuis cinq ans, qui, auparavant, avaient chassé les guelfes… En 1266 apjc, la cité de Florence repasse aux mains des guelfes… Les gibelins sont expulsés, cette fois définitivement. Mais les Guelfes vont ensuite se diviser entre les Noirs et les Blancs…

D'après Dante Alighieri, de Gand Juste, XVe s siècle apjc, studiolo de Frédéric III de Montefeltro, Urbino. (Marsailly/Blogostelle)  D'après Dante vu par Andrea Del Castagno, 1450 apjc, Les personnages illustres, Villa Carducci, Florence. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Dante Alighieri, de Gand Juste, XVe siècle apjc, studiolo de Frédéric III de Montefeltro, Urbino ; et Dante vu par Andrea Del Castagno, 1450 apjc, Les personnages illustres, Villa Carducci, Florence. (Marsailly/Blogostelle)

Qui sont les Guelfes et les Gibelins?
(Concentré, le poète explique…) Les guelfes et les gibelins sont deux partis politiques italiens rivaux. Entre les XIIIe et XIVe siècles apjc, leurs luttes pour le pouvoir sont très violentes et meurtrières. Les noms de Guelfe et Gibelin trouvent leur origine dans les patronymes de deux grandes familles de Germanie, concurrentes l’une de l’autre…

Parmi les princes de la famille des Welfs (ou Guelfes) de Souabe, Henri X le Superbe, duc de Saxe et de Bavière (qui meurt en 1139 apjc), dispute le trône impérial à Conrad III de Hohenstaufen (1138-1152), du château de Waiblingen (ou Gibelin) près de Stuttgart… À la suite de ce conflit, tout l’Empire germanique se divise… entre partisans des guelfes et des gibelins.

En Italie, les gibelins prônent le maintien de bonnes relations avec Frédéric II, empereur germanique (1220-1250 apjc), et soutiennent l’idée impériale… Les guelfes sont des partisans de l’indépendance et défendent des convictions anti-impérialistes…

D'après un portrait de Dante Alighieri, de Sandro Botticelli, 1495 apjc, Italie. (Marsailly/Blogostelle)  D'après Dante et Béatrice, l'Arno, la cité de Florence, de Henry Holiday, 1883 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un portrait de Dante Alighieri, de Sandro Botticelli, 1495 apjc ; et Dante et Béatrice, l’Arno, la cité de Florence, de Henry Holiday, 1883 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Qui des guelfes ou des gibelins l’emporte à Florence ?
Finalement, les familles nobles et bourgeoises italiennes se sont retrouvées elles aussi divisées en deux camps opposés : les guelfes soutiennent l’autorité et le pouvoir du pape et expriment des revendications d’indépendance… alors que les gibelins soutiennent l’autorité émanant du Saint-Empire romain germanique, dont l’influence est puissante en Italie.

Les guelfes sont les maîtres à Florence, à Milan, à Ferrare, à Padoue, à Bologne et à Mantoue. Les gibelins dominent à Pise, à Sienne, à Crémone, à Modène et à Rimini. Cela va aboutir à une terrible guerre civile qui tournera finalement à l’avantage des guelfes…

D’après un portrait Dante Alighieri, de Gustave Doré, 1860 apjc. (Marsailly/Blogostelle)  Citation. Dante Alighieri vu par Salvador Dalí, illustration, XXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

D'après le portrait de Dante Alighieri, de William Blake, vers 1800-1803 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un portrait Dante Alighieri, de Gustave Doré, 1860 apjc ; et citation : Dante Alighieri vu par Salvador Dalí, XXe siècle apjc ; et le portrait de Dante Alighieri, de  William Blake, vers 1800-1803 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Les grandes familles florentines se disputent le pouvoir?
Oui, absolument… Le parti guelfe a lui-même finit par se retrouver divisé en deux groupes rivaux, celui des guelfes Blancs et celui des guelfes Noirs.

Les guelfes Blancs sont plutôt des gens modérés, qui désirent affirmer leur indépendance autant face au pape que face à l’empereur germanique. Les guelfes Noirs sont davantage extrémistes et utilisent le pape comme un allié dans leur combat contre le pouvoir impérial…

La Florence dans laquelle j’ai vécu pendant 37 ans subit fortement les affres des troubles politiques et les conséquences des intrigues des grandes familles florentines. Chacune aspire alors à conquérir la suprématie. En 1302 apjc, condamné à l’exil, j’ai dû quitter ma cité natale… (Dante semble contrarié…)

D'après les flammes de l'Enfer, la Divine Comédie, de William Blake, 1824 apjc. (Marsailly/Blogostelle)  D'après Le Baiser d'Auguste Rodin, inspiré du couple Paolo et Francesca, La Divine Comedie, 1888-1898 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après les Flammes de l’Enfer, la Divine Comédie, de William Blake, 1824 apjc ; et Le Baiser d’Auguste Rodin, inspiré du couple Paolo et Francesca, La Divine Comedie, 1888-1898 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Surpris et tués par le mari de Francesca alors qu’ils s’embrassent, Paolo et son amante sont condamnés à errer dans les Enfers…. Le groupe sculpté par Rodin s’inspire de la Divine Comédie et figure à l’origine dans la composition de La Porte de L’Enfer, face à Ugolin, jusqu’en 1886 apjc…

Votre Comédie dite Divine Comédie vous a rendu célèbre, elle a inspiré de nombreux artistes… Pourtant, n’êtes-vous pas l’auteur d’autres ouvrages?
Oui (souriant)… Je suis fier et honoré que ma personnalité et surtout mon œuvre ait inspiré autant de grands artistes…, parmi lesquels Giotto di Bondone et des peintres de la Renaissance italienne comme Luca Signorelli, Sandro Botticelli, Michelangelo…

En France au XIXe siècle apjc, ma Divine Comédie est connue et apprécié des lettrés… Le peintre Eugène Delacroix ou le célèbre Gustave Doré y ont trouvé l’inspiration. Chez les musiciens, Listz et sa Dante symphonie me touche particulièrement…  Au tournant du XXe siècle apjc, Odilon Redon ou encore Auguste Rodin évoquent encore ma poésie… et plus tard encore Salvador Dalí …

D'après le passeur Charon, qui chasse les damnés hors de sa barque, Michelangelo, détail du Jugement Dernier, 1536-1541 apjc, chapelle Sixtine.(Marsailly/Blogostelle)

D’après le passeur Charon, qui chasse les damnés hors de sa barque, Michelangelo, détail du Jugement Dernier, 1536-1541 apjc, chapelle Sixtine.(Marsailly/Blogostelle)

(Dante poursuit…) Eh oui c’est vrai, j’ai composé diverses choses… Vers 1304-1307 apjc, j’ai rédigé d’autres ouvrages comme la Vita Nuova (Vie Nouvelle) et Il Convivio (Le Banquet), qui sont beaucoup moins célèbres que la Divine Comédie… J’ai écrit aussi le De Vulgari Eloquentia (De l’Éloquence en Langue Vulgaire), un essai linguistique catalogué parmi mes œuvres dites mineures, et peu connues…

À quelle époque la Divine Comédie a-t-elle été publiée?
Le titre originel de mon Cantique est La Comédie. Mon livre est édité pour la première fois en 1472 apjc…  Le titre de Divine Comédie lui fut attribué plus tard, au moment de sa publication en 1555 apjc, en pleine Renaissance.

Préoccupé par la destinée de l’être humain, par le sens spirituel de la vie, par l’illumination de l’amour, j’ai commencé à écrire ma Comédie vers 1306-1307 apjc, pendant que j’étais en exil… Et je l’ai achevée vers 1316 apjc, peu de temps avant de quitter ce monde, en 1321 apjc…

D'après la première publication sous le titre Comédie, en 1472 apjc, bibliothèque Corsiniana, Rome. (Marsailly/Blogostelle)  D’après l’édition de la Divine Comédie de Dante publié en 1555 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après la première publication sous le titre de Comédie, en 1472 apjc, bibliothèque Corsiniana, Rome ; et l’édition de la Divine Comédie de Dante publié en 1555 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Comment composez-vous votre Comédie?
(Les yeux du poète brillent… ) Ma création repose sur trois cantiques, chacun précédé d’un prologue et composés de 33 chants… L’ensemble évolue au rythme de l’Inferno (l’Enfer), du Purgatorio (Purgatoire) et du Paradiso (Paradis)…

Mon périple imaginaire débute en l’an 1300 apjc, au moment de Pâques.  Guidé par Virgile, envoyé par ma bien aimée Béatrice, nous quittons la colline de Jérusalem où je me suis perdu pour visiter les 9 cercles de l’Enfer… Puis, après avoir atteint la plage du Purgatoire et les pentes du Mont, nous franchissons les 7 terrasses (ou girons) de la Montagne du Purgatoire, avant d’atteindre, au sommet, le seuil du jardin du Paradis terrestre.

Là, Béatrice remplace Virgile et nous nous envolons vers les 9 ciels du Paradis… jusqu’à l’Empyrée où se trouve la Rose Mystique, demeure de la Divinité au sein des chœurs des anges. Saint Bernard me prépare à l’ultime Contemplation…

D'après Dante et Béatrice au Paradis, le Mystère de la Trinité, Divine Comédie, Giovanni di Paolo, 1450 apjc, Toscane. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Dante et Béatrice au Paradis, trois croix évoquent le Mystère de la Trinité, la Divine Comédie, Giovanni di Paolo, 1450 apjc, Toscane. (Marsailly/Blogostelle)

Les chiffres 9 et 3 semble fonder votre Comédie et votre périple? Pourquoi?
(Dante affiche un air mystérieux…) C’est juste… le chiffre 9 symbolise une re-naissance… En tout, ma Comédie comporte 99 chants, auxquels s’ajoutent les 3 prologues… Le total représente 102 soit 1 + 0 + 2 = 3.

Le chiffre 3 construit ma Comédie composée comme une trilogie, et dont le cheminement poétique trouve son apothéose dans la vision du mystère de la Trinité, symbolisé par la Vierge, matrice du Verbe Incarné…

Aux 9 cercles de l’Enfer répondent les 9 terrasses du Purgatoire (la plage, la pente de Mont et les 7 corniches) et les 9 sphères du Paradis… Symbole de gestation et multiple de 3, le chiffre 9 suggère un chemin de renaissance, de la Terre au Ciel… Les 3 cantiques représentent donc 3 x 9 cercles = 27… et là encore 7+2 = 9 …

La cerise sur le gâteau? Les 9 niveaux de l’Enfer, du Purgatoire et du Paradis sont couronnés par le passage vers l’unité, vers une conscience supérieure… ce qui nous mène à 10, nombre parfait selon la doctrine mystique de Pythagore…

Selon ce philosophe antique, 10 se compose de 3 puissance 3, plus l’unité, origine de la suite infinie des nombres…  10 niveaux x 3 cantiques = 30, et 3 + 0 = 3… Dans l’Empyrée, les neuf chœurs des Anges rayonnent dans l’Unité Divine…

D’après Dante et la Divine Comédie, Luca Signorelli, chapelle San Brizio, Orvieto, 1499-1502 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D'après Dante vu par Luca Signorelli, détail, chapelle San Brizio, Duomo Orvieto, 1499-1502 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Dante Alighieri et son œuvre, vu par Luca Signorelli, chapelle San Brizio, Duomo Orvieto, 1499-1502 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Parmi les grands maîtres des différentes époques, n’avez-vous pas inspiré tout particulièrement Sandro Botticelli ?
Oui, sans doute… Ce grand maître de la Renaissance italienne réalise l’une des plus belles créations inspirées par la Divine Comédie… Sandro Botticelli commence à travailler ses illustrations vers la fin du XVe siècle apjc… C’est Lorenzo di Pierfrancesco de Médicis qui lui passe cette commande. Cousin de Laurent le Magnifique, ce riche florentin joue lui aussi un rôle de mécène éclairé…

(Le poète est visiblement heureux…) J’ai le sentiment que Sandro Botticelli s’est laissé véritablement emporté par ma poésie, peut-être mystérieuse et fascinante pour lui… Ce peintre italien, parmi les plus grands, a quand même consacré de longues années à dessiner mes cantiques, tel un long cheminement artistique et personnel…

Sandro Botticelli réalise ses dessins sur parchemin à la pointe de métal, avant de les reprendre à l’encre et de les colorer en partie. Ce travail magnifique révèle chez l’artiste une approche en profondeur des chants de L’Enfer, du Purgatoire et du Paradis…

D'après le Paradis, le Triomphe de l'Église, La Divine Comédie, Sandro Botticelli, 1480-1495 apjc. (Marsailly/Blogostelle)  D'après l'Enfer, les Tombeaux Brûlants, Sandro Botticelli, 1480-1495 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après l'Enfer, la région des Malesfosses, Divine Comédie, Sandro Botticelli, 1480-1495 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après le Paradis, le Triomphe de l’Église ; les Tombeaux Brûlants et l’Enfer, la région des Malesfosses ;  La Divine Comédie, Sandro Botticelli, 1480-1495 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Vous êtes entré en amour très jeune…?
(Dante, passionné, explique…) Je le raconte dans la Vita Nuova (Vie Nouvelle) qui s’inspire de mes jeunes années. Une période romancée, sublimée et illuminée par mon amour pour Béatrice … C’est en 1274 apjc que j’aperçois Béatrice pour la première fois. J’ai presque 10 ans, elle 9 ans… Cet amour fut pour moi une véritable révélation…

… J’ai composé ma romance poétique, Vita Nuova, vers 1291 -1293 apjc.  Ce petit livre, comme j’aime le nommer, comporte 31 poésies sous la forme de 25 sonnets et d’une ballade, auxquels viennent s’ajouter cinq chansons écrites à partir de 1283 apjc… Je précise cela dans ma prose narrative…

Qui est Béatrice ?
Ma Béatrice, née Bice di Folco Portinari, appartient à une riche et noble famille florentine. Folco Portinari est l’un des banquiers les plus influents de la cité de Florence… Je suis tombé amoureux « quand à mes yeux apparut pour la première fois la glorieuse dame de mes pensées, que nombre de gens nommaient Béatrice sans savoir ce que signifiait son nom »…  Je suis tombé amoureux pour l’éternité… (le poète se laisse aller à une longue inspiration…)

D’après Dante et Béatrice au Paradis, la Divine Comédie, enluminure du XIVe siècle apjc, école Vénitienne, Venise. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Dante et Béatrice au Paradis, la Divine Comédie, enluminure du XIVe siècle apjc, école Vénitienne, Venise.  (Marsailly/Blogostelle)

Avez-vous revu votre chère Béatrice?
(Très ému, Dante raconte…) Oui… J’ai 18 ans quand je reçois un très doux salut de ma Béatrice, qui me fait voir les confins de la béatitude… Puis un mystérieux songe m’inspire un sonnet. Je ressens mon amour grandir encore et encore… au point d’intriguer certains de mes amis… Mais, pour protéger ma passion, je décide de me méfier des curieux…

J’imagine alors un stratagème pour écarter les indiscrets et je fais semblant d’être amoureux de deux autres femmes… Mais cette feinte a fini par faire mon malheur… Imaginez ! Béatrice elle-même a cru à mon numéro !… Offensée, elle me dédaigne… définitivement. Malheureux, éperdu, il ne me reste plus qu’à me consacrer à la louange, la louange vouée à mon amour…

Vous aimiez Béatrice d’un amour sublime ?
(Dante déclame) Amour a placé tout (son) bonheur dans ce qui ne peut (lui) être ôté… dans les paroles (qu’il dit) à la louange de (sa) dame… Tel est mon nouveau credo… J’inaugure alors un doux style nouveau et j’intègre une première chanson dans la Vita Nuova. 

Pour chanter mon amour – intense, vrai et libre –  je me suis inspiré de la louange et de la tradition des troubadours, qui à la fois racontent et commentent leur vie… Ma dévotion amoureuse s’est métamorphosé en un bonheur achevé…

D’après Dante et Béatrice, vus par Odilon Redon, 1914 apjc, Tokyo. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Dante et Béatrice, vus par Odilon Redon, 1914 apjc, Tokyo. (Marsailly/Blogostelle)

Que s’est-il passé ensuite?
Ma chère Béatrice meurt à l’âge de vingt-quatre ans… (le poète semble profondément affligé). Après sa disparition, ma souffrance m’entraîne alors à trop (me) réjouir de voir des jeunes et belles femmes… Puis, une vision, soudain, m’éclaire : je vois Béatrice telle qu’elle m’était apparue dans mon enfance. Comme je le raconte dans la Vita Nuova, cette vision suffit alors à me détourner des tentations. Et pour ma Béatrice, j’espérais exprimer ce qui jamais ne fut dit d’aucune femme…

Comment êtes-vous devenu officiellement un poète ?
Pendant un temps, je m’éloigne du souvenir de Béatrice, de ma passion pour les louanges. Je me consacre alors à l’étude et à l’écriture de poésies d’amour… J’aime échanger avec d’autres poètes… et puis surtout, vers 1295 apjc, je m’engage activement dans la vie politique florentine…

En 1293 apjc, des ordonnances de justice sont promulguées à Florence… Les nobles n’ont plus le droit de participer aux affaires publiques de la cité. Deux ans plus tard, il est possible de retrouver ce droit, mais à condition de presque renier son rang et de s’inscrire dans une corporation de métier.

Je réussi à me faire admettre dans la corporation des médecins et apothicaires, qui est aussi celle de la librairie. Je deviens alors officiellement poète… (Dante affiche une certaine fierté…)

D’après un portrait de Dante Alighieri, avec vue sur la Montagne du Purgatoire, par Agnolo Bronzino, vers 1532 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un portrait de Dante Alighieri, avec vue sur la Montagne du Purgatoire, par Agnolo Bronzino, vers 1532 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Bronzino réalise un portrait allégorique de Dante, coiffé de la couronne de poète lauré (lauréat), sa Comédie ouverte sur les pages du Paradis…

Vous étiez poète, mais aussi un magistrat très impliqué dans la vie florentine?
Oui, c’est vrai… mais j’ai connu quelques déboires… (soudain, l’expression du poète devient sévère…) À l’époque, la rivalité entre les guelfes Blancs et les guelfes Noirs touche à son comble… En l’an 1300 apjc, nommé prieur, je fais partie des six hauts magistrats chargés de faire autorité à Florence. Cette même année, le pape Boniface VIII veut imposer le vicariat impérial sur les communes toscanes…

Opposé à la politique d’ingérence du pape, je m’engage alors de plus en plus fermement du côté des guelfes Blancs. En plus, à ce moment-là, Boniface VIII soutient par ses intrigues le camp des Guelfes Noirs. Nous tentons d’apaiser les conflits, en vain…

D’après Le Penseur, Dante Alighieri, Auguste Rodin, 1880-1902 apjc, une sculpture destinée au tympan de La Porte de l’Enfer inspirée de La Divine Comédie. (Marsailly/Blogostelle)  D'après Dante le poète par Stefano Ricci, 1819-1830 apjc, marbre, Santa Croce Florence. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Le Penseur, Dante Alighieri, Auguste Rodin, 1880-1902 apjc, une sculpture destinée au tympan de La Porte de l’Enfer inspirée de La Divine Comédie ; et le poète Dante sculpté par Stefano Ricci, 1819-1830 apjc, Santa Croce Florence. (Marsailly/Blogostelle)

(Le poète poursuit…) Et cela malgré l’envoi par les Guelfes Blancs de trois émissaires, dont je fais alors partie, auprès du pape en 1301 apjc. Boniface VIII renvoi deux émissaires mais me retient à Rome… Je n’ai pas le temps de rejoindre Florence…

Les Guelfes Noirs se rendent maîtres de la cité. Je me sens abusé, mon ressentiment envers le pape et la papauté ne me quittera plus… jusqu’à ma mort. (le poète prend un air très fâché…) D’ailleurs, dans ma Comédie, je ne me suis pas gêné pour envoyer quelques mauvais papes chez les damnés…

Vos convictions politiques vous ont obligé à l’exil, à quitter Florence?
Les Guelfes Noirs décident de me bannir le 27 janvier 1302 apjc. Je suis alors condamné pour gains illicites et insoumission au pape et à Charles de Valois. Je refuse bien sûr de me présenter en accusé…

Un deuxième procès eut lieu, le 10 mars 1302 apjc, orchestré par le podestat (premier magistrat) Cante Gabrielli de Gubbio… Cette fois, on me condamne au bûcher. Tous mes biens sont confisqués… Je me retrouve donc exilé avec d’autres guelfes Blancs. Je n’ai jamais pu revenir à Florence. Je risquais le bûcher si je revenais fouler le sol de ma cité natale…

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D’après statue de Dante Alighieri, Enrico Pazzi, 1865 apjc, place Santa Croce, Florence ; et Dante et Béatrice devant l’Aigle de la Justice, le Paradis, Divine Comédie, Giovanni di Paolo, 1450 apjc, Toscane. (Marsailly/Blogostelle)

Si l’Aigle évoque la Justice du Prince, cet emblème impérial, attribut de Zeus-Jupiter dans la mythologie gréco-romaine, possède une autre dimension dans le monde traditionnel des symboles : l’Aigle seul a la capacité de regarder le Soleil en face…

Que s’est-il passé ensuite ?
(Dante se souvient et raconte…) Au commencement de mon exil, je songe d’abord à assiéger Florence aux côtés d’autres exilés… En fait, tous mes efforts pour revenir à Florence sont restés vains… Je séjourne finalement quelque temps à Paris, en France, où je fréquente l’université…

Puis, je pars pour Ravenne en 1319 apjc, invité par Guido Novello da Polenta qui dirige alors la cité. En 1321 apjc, le podestat me confie une mission d’ambassade à Venise… De retour à Ravenne, je contracte la malaria… et je finis par m’éteindre dans la nuit du 13 au 14 septembre 1321 apjc, à 56 ans…

D’après monument funéraire de Dante Alighieri, Luigi de Cambray Digny et Stefano Ricci, 1819-1830 apjc, Santa Croce Florence. (Marsailly/Blogostelle)  D’après le masque funéraire de Dante Alighieri, Palazzio Vecchio, Florence. (Marsailly/Blogostelle)

D’après le monument funéraire (cénotaphe) de Dante Alighieri, sculpté par Luigi de Cambray Digny et Stefano Ricci, 1819-1830 apjc, Santa Croce, Florence ; et le masque mortuaire de Dante, Palazzio Vecchio, Florence. (Marsailly/Blogostelle)

Voulez-vous nous présenter votre chef-d’œuvre, la Divine Comédie?
Avec grand plaisir… Je compose mon grand œuvre en exil… De mon temps, le terme Comédie définit un style littéraire qui se veut plus léger que la tragédie, dont le modèle est l’Énéide de Virgile (voir aussi l’article Introduction à l’art Romain). La Comédie conduit vers un dénouement heureux…

Ma Comédie raconte l’odyssée du poète que je suis… un être alors perdu au milieu du chemin de la vie, dans une forêt obscure et profonde. J’accompli mon chemin salvateur grâce à mes guides, Virgile en Enfer et au Purgatoire, Béatrice au Paradis, puis Saint Bernard… Pour moi, Virgile incarne un grand savoir philosophique et poétique…  Béatrice, ma muse, symbolise l’élévation de l’amour jusque dans sa dimension universelle… et Bernard de Clairvaux la sainteté pure…

D’après Dante, perdu dans la forêt sombre, début de la Divine Comédie, Gustave Doré, 1861 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

20 D’après Dante, perdu dans la forêt sombre, début de la Divine Comédie, Gustave Doré, 1861 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Citation du Chant premier, Prologue :
Vendredi saint, 8 avril 1300 apjc…

Sur le milieu du chemin de la vie
Je me trouvai dans une forêt sombre
Le droit chemin se perdait, égaré…

L’écriture de votre Comédie, véritable cathédrale poétique, a été très longue…?
(Dante, concentré…) Oh oui… Mon voyage poétique dans l’au-delà commence à la date fictive du 8 avril 1300 apjc, le soir, vendredi saint… Après ma descente aux Enfers, il se poursuit le 10 avril 1300 apjc à l’aurore, dimanche de Pâques, vers le Purgatoire… puis le 14 avril 1300, Jeudi de Pâques dans la matinée… je m’envole vers le Paradis…

Je travaille sur ma Comédie durant plus de quinze ans… Mon inspiration, au fil du temps, s’enrichit de mon vécu et des événements de mon époque… Poète, j’expérimente alors ma propre création en tant que sujet… Un monde qui vit mal m’interpelle…

D’après L'Enfer, inspiré de la Divine Comédie, Giovanni da Modena (Giovanni di Pietro Faloppi), 1410 apjc, Saint Petronius, Bologne, Italie. (Marsailly/Blogostelle)

D’après L’Enfer, inspiré de la Divine Comédie, Giovanni da Modena (Giovanni di Pietro Faloppi), 1410 apjc, Saint Petronius, Bologne, Italie. (Marsailly/Blogostelle)

Racontez-nous votre expérience, quel sens donnez-vous à votre poésie?…
(Le poète affiche un large sourire…) Ma matière poétique ? le Tout… l’Univers en son entier… du plus infime à l’incommensurable… du monde naturel le plus commun, y compris avec ses trivialités, au surnaturel le plus merveilleux… J’éprouve alors un ardent désir à saisir l’Univers dans sa Totalité… L’unité de lieu et de temps de la Divine Comédie, c’est l’Univers entier…

… Mon cheminement poétique s’apparente à un voyage initiatique entre les deux extrémités de l’Univers, du point le plus bas au point le plus Haut…  Je m’élève depuis l’antre glacée de Lucifer, située au centre de la terre et à la pointe de l’immense cône inversé jusqu’au Mont du Purgatoire et ses paliers escarpés… Plus haut encore, je rejoins le Paradis puis le royaume de la pure lumière, l’Empyrée…

D'après Dante et Béatrice, Saint Thomas d'Aquin, Albertus Magnus, Petrus Lombardus..., Philipp Veit, 1820–1824 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Dante et Béatrice au Paradis, Saint Thomas d’Aquin, Albertus Magnus, Petrus Lombardus…, Philipp Veit, 1820–1824 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Qu’est-ce que l’Empyrée?
L’Empyrée? C’est la sphère céleste supérieure, le Ciel de Feu, le point culminant et sublime où tout vient se rassembler dans un océan de lumière… C’est comme cela que j’appréhende l’inexprimable, c’est- à-dire le Divin… J’ai façonné mon expression littéraire pour exprimer ma propre profondeur, pour exprimer aussi mon aspiration à l’élévation de soi jusque vers l’Absolu…

J’évoque mes contemporains, des personnages historiques, des saints… Certains pour leurs vices, des plus vils aux moins graves, d’autres pour leurs très hautes vertus… Seules les âmes les plus pures résident dans la lumière, enchantées par la musique céleste… Mon voyage me mène de l’obscurité à la clarté, puis à l’extase…

D’après Dante et Béatrice, détail, l’Empyrée, Philipp Veit, 1820–1824 apjc, Rome. (Marsailly/Blogostelle)  D’après L’Empyrée et les personnages des sphères célestes du Paradis, Philipp Veit, 1817-1827 apjc, fresque villa Massimo, Rome. (Marsailly/Blogostelle)

D’après L’Empyrée et les personnages des sphères célestes du Paradis, Philipp Veit, 1817-1827 apjc, fresque villa Massimo, Rome. (Marsailly/Blogostelle)

Vous vous êtes nourri de tradition, de philosophie et de science ?
Oui, bien sûr… La cosmographie de ma Comédie et ma vision de l’Inferno (l’Enfer) s’inspirent de mes études et de mes connaissances en matière de philosophie, de mythologie et de tradition symbolique et spirituelle…

Les auteurs antiques, comme les philosophes grecs Platon (Ve-IVe siècle avjc), Pythagore ou Aristote (IVe siècle avjc) ou le savant Ptolémée (IIe siècle apjc), par exemple, et la Bible bien sûr…

(Dante réfléchit et poursuit…) Parmi mes sources de connaissances, je peux citer aussi l’abbesse mystique allemande Hildegarde de Bingen (1098- 1179 apjc), qui expose dans son Liber Divinorum Operum (1174 apjc) sa vision de l’Être Humain dans la Trinité et dans le Cosmos, voir aussi article introduction à l’art du Moyen Âge… Ou encore les écrivains chrétiens reconnus, dit Pères de l’Église… comme Saint Augustin (354-430 apjc), philosophe et théologien, auteur de La Cité de Dieu…

… et Saint Thomas d’Aquin (vers 1225-1274 apjc), docteur de l’Église, qui rédige La Somme Théologique ou encore des penseurs de mon temps… Tous sont autant de sources où m’abreuver et qui nourrissent mon esprit… Et bien sûr le grand poète Virgile (vers 70 avjc-19 apjc), et philosophe latin, auteur de l’Énéide, pour qui j’éprouve une immense admiration…

D'après Dante et Virgile, manuscrit médiéval, XVe siècle, Venise. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Dante et Virgile, manuscrit médiéval, XVe siècle, Venise. (Marsailly/Blogostelle)

Quelle est votre conception de l’Univers?
Selon les conceptions médiévales de mon époque, la Terre, centre immobile, se tient fixe au milieu des sphères célestes qui évoluent autour d’elle… Dans ma cosmographie poétique, la Terre est divisée en deux hémisphères, l’un boréal, dont les terres émergées abritent en leur centre Jérusalem, l’autre austral, formé des mers avec en leur centre le Mont du Purgatoire, qui s’élève au-dessus des Eaux, et aux antipodes de Jérusalem…

Dans mon Paradis, les neufs Ciels ou sphères mobiles correspondent aux planètes et aux étoiles. Les moteurs ou les intelligences motrices des Ciels sont les anges… Les âmes des bienheureux résident au Paradis. Au-delà, dans le dixième Ciel, l’Empyrée, le Divin et la cour céleste flamboient…

D'après la cosmographie de la Divine Comédie, Jérusalem, l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis. (Marsailly/Blogostelle)

D’après la cosmographie de la Divine Comédie, Jérusalem, l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis, de l’Eden à l’Empyrée. (Marsailly/Blogostelle)

Voir aussi l’article La spirale, symbole cosmique et initiatique.

La cosmographie céleste de votre Comédie s’inspire de l’héritage de Ptolémée et des croyances de votre époque ?
(Dante s’exprime comme un maître d’école…) Oui… c’est cela… à mon époque, nous imaginons encore un univers géocentrique… Ma Comédie présente la Terre, fixe et immobile, comme le centre de gravité de l’Univers.

Les dix Cieux qui forment l’Univers, tels des sphères de cristal successives, enveloppent la Terre et tournent autour d’elle à des allures de plus en plus rapides au fur et à mesure de leur éloignement du centre de gravité… Selon les Anciens, chaque Ciel, désigné par une planète ou une étoile influe selon son caractère…

Ainsi, au-delà de la Terre immobile, se déploie le Ciel de la Lune, le Ciel de Mercure, le Ciel de Vénus, le Ciel du Soleil, le Ciel de Mars, le Ciel de Jupiter, le Ciel de Saturne et le Ciel des Etoiles fixes. Autour du Ciel des Etoiles fixes, tourne à une vitesse hallucinante le Ciel Cristallin ou Premier Mobile.

D'après Dante et Béatrice, la sphère de Saturne, Divine Comédie, Giovanni di Paolo, 1450 apjc, Toscane. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Dante et Béatrice, la sphère de Saturne, Divine Comédie, Giovanni di Paolo, 1450 apjc, Toscane. (Marsailly/Blogostelle)

(Dante poursuit ses explications, visiblement ravi de les partager…) C’est le Premier Mobile qui initie le mouvement de rotation et qui le transmet aux autres sphères cosmiques… Au-delà du Ciel Cristallin-Premier mobile, se déploie le Ciel de Feu, l’Empyrée, où demeure la Divinité… Dans mon poème, j’aperçois l’éblouissant reflet de l’Empyrée dans les yeux de Béatrice… subjugué, je la suis dans les Cieux…

De mon temps, au Moyen âge, selon la théorie de l’astronome persan Alfraganus (ou Al-Farghani, IXe siècle apjc), on considérait aussi que l’ombre de la terre projetée par le Soleil sur les autres planètes ne dépassait pas la sphère de Vénus… C’est donc pour cela que dans mon poème, le royaume de la pure lumière commence au-delà du ciel de Vénus…

D'après Dante et Béatrice, la vision de l'Empyrée, La Divine Comédie, Giovanni di Paolo, 1450 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Dante et Béatrice, la Vision de l’Empyrée, La Divine Comédie, Giovanni di Paolo, 1450 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

Note de l’auteur : il faut attendre Gallilé (1564- 1642 apjc) pour entendre parler d’héliocentrisme, et comprendre que la Terre tourne autour du Soleil, une observation qui s’oppose aux théories médiévales du géocentrisme, quand la Terre, fixe et immobile, est alors considérée comme le centre de l’Univers…

Incompatible avec les connaissances de l’astronomie d’aujourd’hui, on retrouve ce principe géocentrique dans l’astrologie, qui fonde ainsi des correspondances symboliques : un art plutôt qu’une science au sens où nous l’entendons aujourd’hui… Le géocentrisme semble correspondre à la vérité psychologique qui fait que l’être humain tend à toujours tout ramener à lui…

D'après Dante et Béatrice, la sphère de la Lune et le Cosmos, Sandro Botticelli, 1480-1495 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D'après Dante et Béatrice, les Ciels de la Lune et du Soleil, XIVe siècle, école Vénitienne. (Marsailly-Blogostelle)

D’après Dante et Béatrice, la sphère de la Lune et le Cosmos, Sandro Botticelli, 1480-1495 apjc ; Dante et Béatrice, les Ciels de la Lune et du Soleil, XIVe siècle, école Vénitienne. (Marsailly/Blogostelle)

Que pensez-vous de l’astrologie qui inspire, semble-il, elle aussi votre création poétique?
(Dante prend un air amusé…) Je crois à l’astrologie et aux influences des astres, mais je ne suis pas un superstitieux… Je crois en même temps au libre-arbitre qui en limite la portée.

Je crois à la rédemption de l’âme pour qui a la volonté de s’y adonner. Je crois à la possibilité de se parfaire en ce monde par la force de son propre désir, grâce à une purification volontaire… C’est là une question de libre arbitre, dont je suis un ardent défenseur…

D'après le Paradis, figures astrologiques, Giovanni di Paolo, 1450 apjc, Toscane. (Marsailly/Blogostelle)

D’après le Paradis, figures astrologiques, Giovanni di Paolo, 1450 apjc, Toscane. (Marsailly/Blogostelle)

Dans votre Comédie, Virgile appartient aux Limbes… que sont les Limbes? et pourquoi Virgile?
C’est dans Les Limbes que séjournent les Justes de l’Ancien Testament, où ils attendent la venue rédemptrice du Christ. Y résident aussi les enfants trop tôt disparus, donc sans baptême. Parmi les croyances religieuses de mon époque, on croit en l’infusion de l’âme au fœtus… Dans les Limbes, on rencontre aussi les âmes des sages et des héros de l’Antiquité, tous bienheureux des Champs-Élysées…

Selon moi, l’auteur de l’Énéide reste le plus grand poète de l’Antiquité… Virgile est aussi le poète d’Auguste… Il se rattache à un idéal romain impérial de paix, de justice et de monarchie éclairée et universelle. Virgile est un sage… c’est pourquoi je l’ai placé dans les Limbes, séjour de paix pour les Justes. Et je le choisi bien sûr pour guide…

D’après Dante et Virgile aux Enfers (dit aussi La Barque de Dante), Eugène Delacroix, 1822 apjc. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Dante et Virgile aux Enfers (dit aussi La Barque de Dante), Eugène Delacroix, 1822 apjc.  (Marsailly/Blogostelle)

(Le poète, sérieux, poursuit…) Dans l’Énéide, Virgile consacre un chant à la descente aux Enfers… Ce poète possède donc les qualités requises pour guider un être comme moi, perdu, à travers les étages infernaux…

Nous débutons notre périple au pied des puissants remparts de la cité de l’Enfer (ou Dité). La forteresse infernale s’élève sur l’autre rive du Styx. Le passeur Charon nous permet de traverser… Un Ange du Ciel vient alors ordonner aux démons de nous laisser entrer par la porte de l’Enfer…

Lire la deuxième partie de l’interview Vie d’Artiste : Qui êtes-vous Dante Alighieri? (part II)

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