VIES D'ARTISTES

Vie d’Artiste : Qui-êtes-vous Johannes Vermeer ? (I)

Interview imaginaire de l’artiste hollandais

Johannes ou Jan Vermeer (1632-1675), dit Vermeer de Delft, peintre hollandais du XVIIe siècle, nous a laissé seulement trois toiles signées et datées, L’Entremetteuse (1656), L’Astronome (1668), et Le Géographe (1668-1669)… Tombé dans l’oubli au XVIIIe siècle, l’artiste est redécouvert au XIXe siècle, reconnu alors comme un grand maître… Les spécialistes s’accordent à ce jour à lui attribuer un peu plus d’une trentaine de toiles avec certitude, dont 23 sont signées… Peu de documents témoignent de la vie et de l’œuvre de cet artiste dont l’œil photographique avant-gardiste s’allie à la douceur sublime du pinceau…

Vermeer : quand l’art du huis-clos ouvre sur l’Universel, première partie…

Par Maryse Marsailly @blogostelle
– Dernière révision 18 Mars 2017 –

D'après La Dame Écrivant une Lettre et sa servante, détail, Johannes Vermeer, 1670, tableau signé IVMeer. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Dame Écrivant une Lettre et sa servante, détail, Johannes Vermeer, 1670, tableau signé IVMeer. (Marsailly/Blogostelle)

Delft, dans une brasserie hollandaise du XVIIe siècle…

Qui-êtes-vous Johannes Vermeer, qui sont vos parents ?

Vermeer, avenant, répond aux questions… Je suis marchand d’art et artiste-peintre hollandais, je vis à Delft…  Ma mère se nomme Digna Baltens, je suis né en 1632… Mon père, Reynier Jansz, est tisserand d’étoffes de soie que l’on nomme alors caffa. On le surnomme Ver Meer ou Van der Meer, une épithète qui signifie l’homme de la mer

Dès 1631, mon père est enregistré comme marchand de tableaux à la guilde des peintres de Saint-Luc de Delft. Pour exercer cette activité, il aurait loué une auberge au Voldersgracht. Plus tard, davantage fortuné, il acquiert une maison avec une auberge, Mechelen (Malines), située sur la place du marché de Delft… Là, mon père continue à vendre et à acheter des toiles…

Mes parents me font baptiser sous le nom de Johannes (Joannis) le 31 octobre 1632 dans la Nouvelle Église de Delft. Je suis leur second enfant et leur premier fils. À la disparition de mon père, en 1652, j’hérite de son négoce… Mais je pratique déjà l’art de la peinture…

D'après Sainte Praxède, Johannes Vermeer, 1655, inscription Meer 1655 et Meer N R... (Marsailly/Blogostelle)

D’après Sainte Praxède, Johannes Vermeer, 1655, inscription Meer 1655 et Meer N R… (Marsailly/Blogostelle)

En 1653, je suis reçu à la maîtrise de la guilde des peintres de Saint-Luc. En 1653 encore, j’épouse Catherine Bolnes, 22 ans, qui appartient à une riche famille catholique de Gouda, une petite ville située entre Delft et Utrecht. Nous avons eu onze enfants… En fait quinze, mais nous avons perdu quatre petits…

Vermeer précise… Protestant et calviniste, je me suis converti au catholicisme avant mon mariage. Ma belle-mère, Maria Thins possède quelques tableaux de l’école d’Utrecht… On retrouve certaines toiles de l’école d’Utrecht dans les décors de mes tableaux : par exemple L’Entremetteuse de Dirk van Baburen (mort en 1624) dans Le Concert et Une Dame Assise au Virginal. Sur le mur du fond de ma Leçon de musique, on peut voir La Charité romaine… J’aime évoquer l’art dans l’univers de mes toiles…

Parlez-nous de votre ville de Delft…

Avec plaisir… Au XVIIe siècle, Delft possède déjà une longue histoire… Inspiré par cette cité prospère emplie de vie, j’ai peint ses murs et ses portes médiévales sur ma toile Vue de Delft. Depuis trois siècles déjà, cette architecture défensive protège la ville et la circulation des marchandises par voies terrestres, fluviales et maritimes.

D'après La Ruelle, détail, Johannes Vermeer, 1657-1658, IVMeer. (Marsailly/Blogostelle)

D'après un détail, La Vue de Delft, Johannes Vermeer, 1660-1661, IVM. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Ruelle, détail, Johannes Vermeer, 1657-1658, IVMeer ; et un détail, La Vue de Delft, Johannes Vermeer, 1660-1661, IVM ; et. (Marsailly/Blogostelle)

L’artiste poursuit… Ces fortifications ont convaincu le prince d’Orange, Guillaume le Taciturne, de choisir Delft comme résidence au moment de la révolte des Pays-Bas du Nord contre la domination espagnole… Ce libérateur des Hollandais du joug espagnol, converti au calvinisme, est assassiné en 1584… Si à la fin du XVIe siècle la Cour et le centre du gouvernement néerlandais se déplace à La Haye, Delft reste une cité importante et particulière pour la Maison d’Orange… La cité bénéficie d’un statut privilégié au cœur de la province de Hollande…

Delft abrite des ateliers réputés et florissants de faïence et de tapisserie et attire les voyageurs, qui apprécient aussi par ailleurs ses brasseries … À mon époque, les gens voyagent et commercent parfois vers de lointaines contrées, jusqu’en Inde où la Hollande possède des comptoirs… D’où l’importance des lettres… parfois longuement attendues… Les mails et les sms n’existent pas (l’artiste rit…)

D'après La Maîtresse et la Servante, Johannes Vermeer, 1667. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Maîtresse et la Servante, Johannes Vermeer, 1667. (Marsailly/Blogostelle)

Le monument le plus célèbre de Delft est le mausolée de Guillaume le Taciturne, construit en 1622 dans le chœur de la Nouvelle Église (Nieuwe Kerk) par Hendrick de Keyser (1565-1628). Connu dans toute l’Europe, le tombeau le plus grandiose de la jeune République des Provinces-Unies possède alors une grande importance symbolique, c’est le lieu où repose la lignée des princes d’Orange…

Delft vous inspire deux toiles, La Vue de Delft et La Ruelle, vous aimez votre ville…

Vermeer sourit… Oui… Je peins ma Vue de Delft en 1662… Sur cette toile, je donne une impression lumineuse, intense et fugitive de ma cité. Comme un instantané après la pluie, qui emporte le spectateur au-delà de la réalité… L’horloge marque 7 heure 10 du matin, nous sommes dans la lumière matinale… la lumière solaire montante illumine la ville et éclaire les eaux…

D'après La Vue de Delft, Johannes Vermeer, 1660-1661, IVM. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Vue de Delft, Johannes Vermeer, 1660-1661, IVM. (Marsailly/Blogostelle)

J’élabore une savante construction du panorama citadin, mis en lumière à la fois par les clartés du ciel et par les reflets de l’étendue d’eau … Une perspective aérienne suggère un sentiment d’espace… Empâtements, glacis et teintes colorées, traitées par endroits en touches ponctuelles dans les régions les plus lumineuses de mon tableau, me permettent de composer une atmosphère toute en nuances lumineuses…

Dans La Ruelle, réalisée en 1658, je me plais à exprimer la géométrie d’un lieu citadin, dont les architectures se détachent sur les clartés du ciel… L’intimité de la ruelle s’inscrit ainsi dans un espace plus vaste… C’est un instantané de la vie quotidienne hollandaise, une scène urbaine tranquille dans laquelle les figures évoluent en toute discrétion. Mais leur douce présence affairée apporte la vie…
Vermeer amusé ajoute : une image street art en quelque sorte…

D'après La Ruelle, Johannes Vermeer, 1657-1658, IVMeer. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Ruelle, Johannes Vermeer, 1657-1658, IVMeer. (Marsailly/Blogostelle)

Faute de documents, il est difficile pour nous de comprendre votre parcours, nous ne connaissons aucun portrait authentique de vous ou de votre famille…

Vermeer esquisse un sourire énigmatique… Oui, c’est vrai… Seules de très rares archives évoquent mes contacts avec d’autres artistes… Le peintre Leonard Bramer (1656-1674) fait partie des familiers, il est témoin à mon mariage en avril 1653… Deux jours plus tard j’appose ma signature sur un document avec le peintre Gerard ter Bosh dit le Jeune (1617-1681).

Ah oui… il y a aussi Arnold Bon, imprimeur de la Guilde de Saint-Luc, qui me qualifie de successeur de Carel Fabritius (1622-1654). Peintre néerlandais, Carel Fabritius a fréquenté l’atelier de Rembrandt (1606-1669) avec Hoogstraten… Carel Fabritius peint son célèbre Chardonneret en 1654, dont la douce lumière et la mise en perspective de la mangeoire suggère une image presque photographique… Si la photographie n’existe pas encore, nous en avions peut-être quelques intuitions…

D’après Le Chardonneret, petit tableau peint par Carel Fabritius en 1654. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Le Chardonneret, petit tableau peint par Carel Fabritius en 1654. (Marsailly/Blogostelle)

L’artiste, attristé… Malheureusement, la poudrière de Delft explose en octobre 1954 et provoque un terrible incendie… Beaucoup de maisons sont détruites et de nombreuses personnes périssent. Carel Fabritius figure parmi les victimes.

Arnold Bon déclare à ce propos “Ainsi périt un phénix… au plus haut point de sa gloire… Mais par bonheur, ce même feu nous a donné Vermeer… qui magistralement suit ses traces…” Beau compliment… même si aucun document ne vient attester que j’aurais été l’élève de Carel Fabritius… Mais, vous pouvez imaginer que j’ai bien connu cet artiste et son art…

D'après La Liseuse à la Fenêtre, Johannes Vermeer, 1657. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Liseuse à la Fenêtre, Johannes Vermeer, 1657. (Marsailly/Blogostelle)

L’artiste renchérit… Sinon, je le reconnais, aucun témoignage ne permet de confirmer que j’aurais côtoyé de près certains peintres baroques actifs à Delft dans les années 1650, comme Jan Steen (1625-1679) ou Pieter de Hooch (1629-1684). J’aurais pu aussi rencontrer des artistes d’autres villes, tels Nicolaes Maes (1634-1693) de Dordrecht, Frans van Mieris l’Ancien (1635-1681) de Leyde ou encore Gabriël Metsu (1629-1667) d’Amsterdam, des artistes inspirés par la scène de genre et le portrait…

Votre art est-il reconnu de votre vivant ?

Vermeer prend un air perplexe… Si vous ne savez pas comment mes toiles sont appréciées dans les années 1650, sachez que je suis élu membre du conseil de la guilde de Saint-Luc en 1662-1663… Vous devinerez donc que mon art, dans les années 1660, possède déjà une certaine réputation de qualité et de créativité…

D’après la Dame au Virginal, Johannes Vermeer, 1662-1664, IVMeer, Leçon de Musique. (Marsailly/Blogostelle)

D’après la Dame au Virginal, Johannes Vermeer, 1662-1664, IVMeer, Leçon de Musique. (Marsailly/Blogostelle)

Mais ayant repris le négoce de mon père, certains penserons que mon activité de marchand d’art me laisse peu de temps à consacrer à la peinture… et ils expliquent ainsi la rareté de mes œuvres… Mais, surtout, je prends tout mon temps pour réaliser mes toiles. Je préfère la qualité à la quantité… J’aspire à la perfection. Je travaille méticuleusement chaque détail dans mes compositions…

Regardez La Dame au Virginal : prend-elle une leçon de musique auprès d’un professeur ? Ou bien s’agit-il d’un moment plus galant accompagné de musique ? Je m’accorde beaucoup de temps pour étudier les compositions, élaborer les points de vue et la profondeur de champ. Je travaille longuement la douceur de la lumière, l’harmonie des couleurs, le jeu des teintes de bleu, de jaune et de rouge, les moindres détails des objets, les effets de reflets…

D'après la Dame au Virginal, détail, Johannes Vermeer, 1662-1664, IVMeer, Leçon de Musique. (Marsailly/Blogostelle)

D’après la Dame au Virginal, détail, Johannes Vermeer, 1662-1664, IVMeer, Leçon de Musique. (Marsailly/Blogostelle)

L’artiste réfléchit et poursuit… Mon art tombe complètement dans l’oubli au XVIIIe siècle… C’est seulement au XIXe siècle que le critique d’art français Etienne-Joseph-Théophile Thoré, enchanté par ma Vue de Delft, publie en 1866 des articles à mon sujet dans la Gazette des Beaux-Arts…

Grâce à lui, me voilà enfin reconnu comme l’un des grands maîtres universels de la peinture… Plus tard, les écrivains français Eugène Fromentin et Marcel Proust évoquent ma touche artistique… Mon défi ? Hausser la scène de genre au rang de grand art grâce à la poésie des couleurs, au mystère des figures et à la musique des lumières intérieures…

D'après Une Dame Écrivant, Johannes Vermeer, vers 1665, IVMeer. (Marsailly/Blogostelle)

D’après Une Dame Écrivant, Johannes Vermeer, vers 1665, IVMeer. (Marsailly/Blogostelle)

Comment entrez-vous dans le monde de la peinture ?

Vermeer confie… Grâce à l’activité marchande de mon père, les tableaux d’artistes font partie de ma vie… Mon apprentissage a commencé vers les années 1640… Je sais qu’il ne reste pas d’indices au sujet de ma période de formation, sa durée, les maîtres qui m’ont éclairé, les voyages que j’ai peut-être faits, en France ou en Italie…

Rien non plus à propos des artistes néerlandais ou des traditions artistiques qui aurait pu nourrir mon art… Je sais que mes premières toiles laissent penser que j’ai pu à un moment élargir mon horizon au-delà de Delft… Vous savez que le peintre Leonard Bramer (1596- 1674), un maître des scènes de genre, des sujets historiques et de la peinture murale, qui a travaillé dans les châteaux du prince d’Orange, fréquente ma famille au début des années 1650…

D'après La Femme en Bleu Lisant une Lettre, Johannes Vermeer, 1663-1664. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Femme en Bleu Lisant une Lettre, Johannes Vermeer, 1663-1664. (Marsailly/Blogostelle)

… Mais vous en conviendrez, le travail et le style de Leonard Bramer diffèrent beaucoup des miens… Ce vieil artiste de Delft m’aurait-il encouragé a voyager en France, en Italie, à Utrecht ou encore à Amsterdam pour découvrir la touche extraordinaire de Rembrandt ? Tout cela bien sûr avant la disparition de mon père, ce qui m’a obligé ensuite à demeurer à Delft auprès de ma famille…

Vermeer ajoute… Oui, c’est comme ça… le mystère demeure… Vous savez, au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, seuls les grands maîtres du classique et du baroque sont soutenus par l’académie… Mon travail est différent… Les toiles que l’on qualifie de scènes de genre sont alors regardées comme l’expression d’un art de moindre grandeur… L’artiste sourit…

Le meilleur témoignage de mon art ? Ce sont mes toiles… lumineuses, spirituelles, silencieuses…

D'après La Femme en Bleu Lisant une Lettre, détail, Johannes Vermeer, 1663-1664. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Femme en Bleu Lisant une Lettre, détail, Johannes Vermeer, 1663-1664. (Marsailly/Blogostelle)

Dans ce cas, voulez-vous nous éclairer ?

Vermeer, enthousiaste… Je me définirais comme un artiste du huis-clos et j’ai une prédilection pour les huiles sur toile de petites dimensions… J’aime peindre mes modèles, le plus souvent féminins, dans l’intimité de leur foyer… avec en filigrane le désir d’exprimer la profondeur de la vie intérieure de ces figures mystérieuses et poétiques absorbées dans leur activités domestiques ou de loisir…

Je peins aussi des femmes cultivées écrivant des lettres ou jouant de la musique… J’aime évoquer l’idée du savoir, de la culture, des arts… Mais les accessoires du quotidien, tout autant que les livres, les instruments de musique, les tableaux d’artistes ou encore les cartes géographiques évoquent également une facette de la connaissance… Quand bien même ces activités varient selon que vous observez une société plus ou moins bourgeoise et fortunée…

D'après La Jeune Femme au Chapeau Rouge, Johannes Vermeer, vers 1665, IVM. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Jeune Femme au Chapeau Rouge, Johannes Vermeer, vers 1665, IVM. (Marsailly/Blogostelle)

Vous choisissez vos accessoires…

Oui, avec soin… Un accessoire peut aussi qualifier ou distinguer une personnalité, comme La Jeune Femme à la Flûte coiffée d’un grand chapeau ou La Jeune Femme au Chapeau Rouge… Je n’ai pas signé cette toile qui m’a été attribuée… Dans cette composition, je règle ma mise au point sur le visage de la jeune femme, dont les traits se détachent sur un décor interprété dans le flou…

D'après La Jeune Femme au Chapeau Rouge, détail, Johannes Vermeer, vers 1665, IVM. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Jeune Femme au Chapeau Rouge, détail, Johannes Vermeer, vers 1665, IVM. (Marsailly/Blogostelle)

L’artiste ajoute, l’air mutin.. Comme pour la Jeune Fille à la Perle, (NDLA : voir deuxième partie) l’expression féminine suggère ici une invite à la rencontre… Mais cette fois, un sentiment d’inquiétude et de passion semble imprégner ce visage paré de perles… dont la rouge sensualité de la bouche et de l’immense chapeau rehausse les traits … Comme sur le tableau L’Officier et la Jeune Femme Riant, un zoom de clarté illumine la légèreté des plumes rouge du chapeau…

D'après La Jeune Femme à la Flûte, Johannes Vermeer, 1665-1670. (Marsailly/Blogostelle)  D'après L'Officier et la Jeune Femme Riant, Johannes Vermeer, vers 1658. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Jeune Femme à la Flûte, Johannes Vermeer, 1665-1670 ; et L’Officier et la Jeune Femme Riant, Johannes Vermeer, vers 1658. (Marsailly/Blogostelle)

Les objets ne possèdent-ils pas une signification particulière pour vous?

Vermeer prend un air mystérieux… Oui certainement… Les objets peuvent suggérer un grand savoir-faire ou bien une dextérité qui relève de l’expertise… comme les aiguilles de La Dentellière, la Balance de La Jeune Femme à la Balance ou encore la vaisselle en terre de La Laitière…

Les objets peuvent aussi posséder une dimension philosophique… comme les perles, symbole de rareté, de perfection et de féminité ; le globe terrestre ou céleste, image symbolique de la cosmogonie et de l’universalité ; la balance, symbole de l’équilibre et d’une pesée minutieuse, ou encore les lettres, dont on peut imaginer les intimes échanges, l’attente, l’espérance …

D'après La Dame Écrivant une Lettre et sa Servante, Johannes Vermeer, 1670, IVMeer. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Dame Écrivant une Lettre et sa Servante, Johannes Vermeer, 1670, IVMeer. (Marsailly/Blogostelle)

Pour vous, les objets participent à une transfiguration ?

Toujours avec son air mystérieux, l’artiste révèle… Oui, on peut dire cela… Dans mon oeuvre, l’activité la plus modeste et la plus simple en apparence, comme celle de ma Laitière, peut devenir l’image d’une attention profonde au présent, d’une conscience ici et maintenant…

Si dans mes compositions les objets semblent traités sur le même plan que les figures, ils participent en réalité à insuffler une âme authentique et unique à chacune de mes figures… Et mon travail sur la lumière me permet de transfigurer ces instantanés de la vie, comme suspendus hors du temps…

D'après La Jeune Femme à la Balance, Johannes Vermeer, 1664. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Jeune Femme à la Balance, Johannes Vermeer, 1664. (Marsailly/Blogostelle)

Ainsi, les objets ou les bijoux jouent un rôle significatif dans vos tableaux ?
Vermeer explique… Oui… La Jeune Femme à la Balance, dont le ventre rond indique qu’elle porte un enfant, exprime la juste mesure. Et peut-être aussi le point d’équilibre de la destinée ou de la condition humaine…

Au mur, le tableau du Jugement Dernier se rattache au symbole de la balance et de la justice… La Balance suggère le principe de la modération pour que les deux plateaux restent en équilibre… Le symbolisme de la Balance, c’est aussi le mystère de l’harmonie et de l’équilibre universel…

De son côté, La Jeune Femme au Collier de Perles baigne dans une douce lumière et caresse les perles rondes de sa parure. Son attitude évoque une attente ou une espérance tranquille… La composition et les couleurs du tableau mènent l’observateur de l’obscurité, la zone sombre de la tenture au premier plan, à la pleine lumière de cette figure féminine intemporelle que l’on pourrait comparer à une douce apparition…

D'après La Jeune Femme au Collier de Perles, Johannes Vermeer, 1664. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Jeune Femme au Collier de Perles, Johannes Vermeer, 1664. (Marsailly/Blogostelle)

Et le verre de vin ?

L’artiste boit une gorgée de vin et reprend… Invitation à la rencontre ou prélude à une proposition ou à un accord, le verre de vin évoque un moment de convivialité, de partage, de chaleur… Attention à l’ivresse amoureuse !…  Le vin peut donc suggérer une ivresse sentimentale ou charnelle à venir… Mais le vin peut aussi symboliser une ivresse spirituelle ou de l’esprit…

Dans la tradition chrétienne, qui est la mienne, le vin comme le pain possèdent une profonde signification religieuse. Nourritures spirituelles, le vin et le pain symbolisent le Salut de l’Humanité grâce au sacrifice du Christ, dont le corps et le sang transfigurent ceux qui les consomment sous la forme du pain et du vin. Dans la religion catholique, on parle des Espèces Eucharistiques ou Saintes Espèces, qui signifient le mystère de la transsubstantiation, c’est-à-dire le pain et le vin changés en corps et en sang du Christ…

D'après Le Verre de Vin, détail, Johannes Vermeer, 1660-1661. (Marsailly/Blogostelle)

20 D’après Le Verre de Vin, détail, Johannes Vermeer, 1660-1661. (Marsailly/Blogostelle)

Vermeer précise encore… Dans mes toiles Le Verre de Vin et La Jeune Fille au Verre de Vin, on retrouve bien sûr les éléments qui participent à mes recherches picturales… Mon goût pour les fenêtres à croisillons ou à vitraux, la diffusion d’un éclairage savamment dosé, l’effet de perspective, des jeux de couleur et de clartés nuancées, et la mise en lumière de figures féminines, tout à la fois présentes et absentes…

D'après La Jeune Fille au Verre de Vin, Johannes Vermeer, 1659-1660, IVM. (Marsailly/Blogostelle)  D'après Le Verre de Vin, Johannes Vermeer, 1660-1661. (Marsailly/Blogostelle)

D’après La Jeune Fille au Verre de Vin, Johannes Vermeer, 1659-1660, IVM ; et Le Verre de Vin, Johannes Vermeer, 1660-1661. (Marsailly/Blogostelle)

Sauf exceptions, les personnages masculins jouent le plus souvent un rôle anecdotique dans vos compositions ?

Oui, absolument… Dans mes tableaux, les hommes endossent en effet presque toujours un rôle secondaire. Sauf pour L’Astronome et Le Géographe, dont les portraits incarnent la science, le savoir et la réflexion sur l’univers… Le personnage masculin, c’est aussi l’artiste peintre dans son atelier…

L’artiste confie encore… Faire-valoir des jeunes femmes, visiteur impromptu ou partenaire, le personnage masculin peut se montrer bienveillant, attentionné, empressé ou séducteur… Souvent, ce moment d’échange et d’intimité se noue autour d’un verre de vin. Un nectar consommé avec pudeur ou modération par la demoiselle, dont l’attitude avenante semble cacher des pensées secrètes… L’énigme du ressenti féminin demeure inviolable…

D'après un Portrait d'une Jeune Femme, Johannes Vermeer, 1666-1667. (Marsailly/Blogostelle)

D’après un Portrait d’une Jeune Femme, Johannes Vermeer, 1666-1667. (Marsailly/Blogostelle)

Lire la suite de la rencontre imaginaire avec Vermeer Vie d’Artiste : Qui-êtes-vous Johannes Vermeer ? (II) 

Bloc-notes + Le site du Rijksmuseum : à propos de du tabeau La Ruelle (www.)rijksmuseum.nl/fr/decouverte-de-ladresse-de-la-ruelle-de-vermeer et aussi (www.)rijksmuseum.nl/en/rijksstudio/artists/johannes-vermeer

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
Les Provinces-Unies des Pays-Bas aux XVIe-XVIIe siècles – 1579. Ligue d’Utrech : les Pays-Bas du Nord refusent la domination espagnole. Création des sept Provinces-Unies dont la Hollande. – 1584. Assassinat de Guillaume le Taciturne, prince d’Orange. –  1609. Trève de Douze ans, reconnaissance des Provinces-Unies. – 1648. Traité de Munster, officialisation des Provinces-Unies, autonomie administrative et direction militaire des princes français de la famille d’Orange. La Haye devient la capitale des princes d’Orange. -1650. mort de Guillaume II. – 1651. Rivalités avec la Grande-Bretagne. – 1672. Invasion des armées de Louis XIV, roi de France. – 1678. Paix de Nimeng, Louis XIV perd les Provinces-Unies… À la fin du XVIIe siècle, art hollandais et art français se sont enrichis mutuellement…

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