D'après Osiris souverain du royaume des morts, ouverture. (Marsailly/Blogostelle)
ÉGYPTE ANCIENNE

L’Art de l’Égypte ancienne, les artistes illustrent des univers mythiques

Osiris préside l’Au-delà et Horus règne sur les Deux Terres

L’Égypte des Pharaons, introduction (II)… L’art égyptien consacre le monde de l’Au-delà et les artistes magnifient les tombeaux des pharaons et des puissants… C’est sous l’Ancien Empire qu’apparaissent Les Textes des Pyramides, qui lèvent le voile sur la mythologie et les rites de l’Égypte ancienne. Le dieu Amon-Ré et la triade Isis-Osiris-Horus dominent un panthéon où les nombreuses facettes de la divinité se manifestent sous des formes variées, locales ou plus universelles… Au cours de l’ancien empire, la perpétuité dans l’Au-delà devient accessible aux notables et aux hauts fonctionnaires…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)

– Dernière révision octobre 2017 –

D'après Osiris, Anubis et Horus, tombe de Horemhed, Thèbes, vers 1290 avjc, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Osiris, Anubis et Horus, tombe de Horemhed, Thèbes, vers 1290 avjc, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Bloc-notes + Des écrits sacrés ? Les Textes des Pyramides, qui remontent à l’Ancien Empire (entre 2980 – 2475 avjc) ; Les Texte des Sarcophages, depuis la fin de l’Ancien Empire et au Moyen Empire (vers 2160 – 1788 avjc) ; Le Livre des Morts ou Livre pour Sortir au Jour, au Nouvel Empire (vers 1580 – 1090 avjc) … Un roman ? Sinouhé l’Égyptien, de Milka Waltari, les aventures de Sinouhé, médecin et espion du pharaon Aménophis IV (Akhénaton)… Un conte initiatique ? Her-Bak Pois Chiche, de Isha Schwaller de Lubicz, qui raconte l’éveil d’un jeune égyptien sous la XXe dynastie, dans la région de Thèbes (Karnak, Louxor)…

L’AU-DELÀ DES ANCIENS ÉGYPTIENS

Les anciens Égyptiens croient en la survie dans l’au-delà… Les Textes des Pyramides, déjà élaborés sous l’Ancien Empire, dévoilent les croyances et la vie spirituelle des habitants de l’Égypte antique. Ces textes sacrés, de nature rituelle et religieuse, sont les plus anciens découverts à ce jour dans le pays…

D'après la Pesée du coeur, Anubis, Thot, Osiris, Isis et Nephtys, papyrus funéraire, chanteur Amun Nany, vers 1050 avjc, XXIe dynastie, Troisième période intermédiaire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la Pesée du coeur, Anubis, Thot, Osiris, Isis et Nephtys, papyrus funéraire, chanteur Amun Nany, vers 1050 avjc, XXIe dynastie, Troisième période intermédiaire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

La pesée du cœur à la porte de l’au-delà…
Le dieu embaumeur Anubis à tête de chacal, installé sous la balance, procède au rituel de la pesée du cœur du défunt. Le dieu Thot, scribe divin, sous sa forme de babouin coiffé du disque lunaire, surmonte la balance pour enregistrer la sentence divine.

La cérémonie se déroule sous le regard d’Osiris qui règne sur le royaume des Morts… À gauche, Isis et Nephtys, épouses respectives d’Osiris et de Seth, participent au rituel. En haut, le faucon Horus, dieu solaire, surplombe la scène…

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
Époque Thinite vers 3400 – 2980 avjc. Ancien Empire vers 2980 – 2475 avjc. Moyen Empire vers 2160 – 1788 avjc. Nouvel Empire vers 1580 – 1090 avjc. Troisième période intermédiaire vers 1090 – 663 avjc. Basse Époque vers 663- 525 avjc. Domination Perse : 525-332 avjc. Époque ptolémaïque 332 – 30 avjc. Conquête Romaine : 30 avjc- 395 apjc. Période Copte : IVe avjc à XIIe siècles apjc. Conquête arabe : 641 apjc. Chronologie détaillée de l’Égypte Ancienne

Les Textes des Pyramides, un guide pour l’au-delà…
Vers 2400 avjc, à la fin de la Ve dynastie, c’est le roi Ounas qui décide le premier de faire graver une version des Textes des Pyramides dans sa pyramide, à Saqqara… Puis les pharaons de la VIe dynastie perpétuent cette pratique… Environ 800 formules rituelles des Textes des Pyramides ont été reconstituées par les spécialistes.

D’après les Textes des Pyramides gravés, pyramide du roi Ounas, vers 2400 avjc, Ve dynastie ; et les hiéroglyphes des Textes des Pyramides, Saqqara, pyramide de Pépi, VIe dynastie ; Ancien Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

L’ascension de pharaon vers le Ciel
Les écrits des Textes des Pyramides évoquent en particulier l’ascension de pharaon vers le Ciel, où le souverain égyptien rejoint les dieux et prend sa place parmi les étoiles éternelles…

Ô roi, ce n’est pas mort que tu es parti, mais vivant !

Pharaon s’identifie à la fois à Osiris et à Rê. Comme le dieu Soleil, le roi doit parcourir un chemin dans l’au-delà semé de périls… Les dieux guident pharaon qui assimile leurs pouvoirs, avant que le roi soit finalement transfiguré pour devenir lui-même une divinité céleste… Il est dit que le roi est assis avec les rameurs de la barque solaire

Le roi ordonne ce qui est bon et (Rê) le fait car le roi est le dieu suprême…

Des formules rituelles emplissent les textes funéraires…
On retrouvera aussi certains éléments des Textes des Pyramides dans les Textes des Sarcophages, vers la fin de l’Ancien Empire. Puis on adapte une partie des Textes des Pyramides pour les particuliers, quand la survie dans l’au-delà jusque-là réservée à pharaon et à la famille royale se démocratise…

D’après le sarcophage de Dame Madja, bois peint, vers 1490-1470 avjc, Nouvel Empire ; et La Pesée du Cœur, Livre des Morts, vers 1275 avjc, papyrus d’Hounefer, XIXe dynastie, Thèbes ; Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

On élabore le Livre pour Sortir au Jour
Par la suite, les Textes des Sarcophages vont inspirer et fonder les formules rituelles du Livre pour Sortir au Jour dit aussi Livre des Morts, élaboré sous le Nouvel Empire…

Dans beaucoup de papyrus de l’Égypte Ancienne, on raconte comment le défunt, à la porte de l’au-delà, se soumet à une confession négative : je n’ai pas fait ceci,  je n’ai pas fait cela,  je n’ai pas commis de

Osiris, Anubis, Thot et la plume de Maât
Les images représentent le plus souvent le dieu des Morts Osiris accompagné de ses assesseurs. Anubis, divinité psychopompe qui préside à la momification, présente le défunt. Le dieu Thot de la Sagesse et scribe divin, consigne la sentence de la pesée du cœur…

On place le cœur du défunt sur l’un des plateaux de la balance, et sur l’autre plateau Maât, dont le nom signifie Vérité. La déesse Maât incarne la Vérité, la Justice et l’Équilibre universel…

D'après Osiris trônant, Anubis, Thot et la déesse Maât sur la balance, papyrus funéraire, chanteur Amun Nany, vers 1050 avjc, XXIe dynastie, Troisième période intermédiaire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Osiris trônant, Anubis, Thot et la déesse Maât sur la balance, papyrus funéraire, chanteur Amun Nany, vers 1050 avjc, XXIe dynastie, Troisième période intermédiaire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le corps, le Ba (âme) et le Ka (double)
Selon la tradition égyptienne, l’être humain comporte au moins trois parties : le corps et deux entités, le ba et le ka, de nature spirituelle. Le ba, l’âme de l’individu, vole sous la forme d’un oiseau dans le puits de la tombe, circule dans la chambre funéraire et visite sa momie… On représente le Ba, élément mobile de chaque personne, par un oiseau ou un oiseau à tête humaine. Parfois, un autre volatile, l’ibis à crête, symbolise l’Akh, l’esprit lumineux de l’être qui rejoint le Ciel des dieux.

Le Ka, considéré comme le double de l’individu, représente sa force vitale. Le Ka, double immatériel, possède sa personnalité propre. Le ka réside en l’être humain à qui il confère par sa présence protection, vie, durée, bonheur santé et joie. Les dieux comme les êtres humains se manifestent par leur ka, d’essence divine incorporelle, qui dès l’enfance, grandit avec eux et ne les quitte jamais.

On représente le ka par le hiéroglyphe des bras levés ou par une figure humaine dont l’attribut est un bâton surmonté du signe bras levés…. Dans le monde de l’au-delà, le Ka vivant se nourrit de l’énergie des offrandes réelles ou représentées qui assurent sa survie… Le ka habite la statue du dieu ou du défunt…

D’après le ka du souverain Hor, le double, hiéroglyphe bras levés, XIIe dynastie, tombeau du roi Hor, Dahchour, Moyen Empire ; et des représentations du Ba sous la forme d’un oiseau à tête humaine, papyrus d’Ani, XIXe dynastie, Thèbes, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le cycle du Soleil, symbole de résurrection…
Sur le couvercle intérieur du sarcophage de Tachépenkhonsou, joueuse de sistre d’Amon-Rê, l’artiste peint le voyage du Soleil… En bas, représenté sous forme humaine (anthropomorphe) Atoum personnifie le Soleil déclinant du crépuscule.

La divinité circule sur sa barque solaire pour son voyage nocturne dans le royaume souterrain des morts… avant de renaître de Nout, la voûte étoilée (au centre). À l’aube, le Soleil renaît sous la forme de Khépri, dieu scarabée, avant d’atteindre son point culminant à midi sous la forme de Rê-Horakhty à tête de faucon.

Sur le sarcophage de Tachépenkhonsou, Atoum porte le Pschent, la double couronne de Haute et Basse-Égypte et la barbe recourbée des divinités… Le cobra, ici coiffé de la couronne blanche, protège le dieu solaire. Rê doit affronter le serpent monstrueux Apophis qui menace l’équilibre du Monde…

Mais le Soleil sort toujours victorieux des périls qu’il rencontre au cours de son voyage nocturne, en particulier face au gigantesque et redoutable reptile Apophis… Privilège du seul pharaon dans un premier temps, les défunts sont transfigurés grâce à la résurrection cyclique de Rê et à Osiris qui leur confère l’éternité…

D'après Atoum, détail, couvercle intérieur du sarcophage Tachepenkhonsou, joueuse de sistre d'Amon-Rê, bois peint, vers 650 avjc, fin XXVe-début XXVIe, dynastie, Égypte ancienne (Marsailly/Blogostelle)
D’après Atoum, détail, couvercle intérieur du sarcophage Tachepenkhonsou, joueuse de sistre d’Amon-Rê, bois peint, vers 650 avjc, fin XXVe-début XXVIe, dynastie, Égypte ancienne (Marsailly/Blogostelle)

Je suis Khepre au matin, Rê à son midi, Atoum le soir…
Le dieu solaire se manifeste sous plusieurs formes : le soir, le Soleil est Atoum ou Khnoum-Rê à tête de bélier, symbole de la lumière qui disparaît. À l’aube, le Soleil prend la forme du scarabée Khépri, symbole du levant.

Le jour, Rê à tête de faucon et couronné du disque-uraeus illumine le monde de ses rayons sous l’épithète de Rê-Horakhety… Sous la figure d’Amon Rê, à Thèbes, la divinité suprême porte le disque solaire et deux très hautes plumes… Dans le mythe de Rê et d’Isis sa majesté de Rê dit elle- même : Je suis Khepre au matin, Rê à son midi, Atoum le soir…

OSIRIS, DIEU DE LA VÉGÉTATION, DE LA FERTILITÉ ET DE L’ÉTERNITÉ

À l’origine, Osiris incarne une divinité de la végétation et de la fertilité… Les traditions égyptiennes présentent Osiris comme un roi divin, loué pour sa force vigoureuse et son sens de la Justice au temps mythique de son règne sur l’Égypte. Il enseigne l’agriculture aux égyptiens et élabore les lois sur la Terre… Tué par son frère Seth, il devient le maître de l’Éternité. Osiris et Isis ont un fils, Horus, qui symbolise la souveraineté royale exemplaire… Le mythe d’Osiris se rattache à celui de Rê…

D'après Osiris, souverain du royaume des Morts, papyrus d'Hounefer, détail, vers 1275 avjc, XIXe dynastie, Thèbes, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Osiris, souverain du royaume des Morts, papyrus d’Hounefer, détail, vers 1275 avjc, XIXe dynastie, Thèbes, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

On reconnaît Osiris, dieu des Morts, à la couleur verte ou sombre de sa peau.

Osiris, principe de Vie, croît dans le blé
Ressuscité dans le monde céleste, Osiris se manifeste comme une divinité porteuse de Salut dans l’Au-delà, en particulier à l’époque du Moyen-Empire… Dans un passage du Texte des Sarcophages, qui remonte au Moyen Empire (vers 2060 avjc – 1786 avjc), le dieu Osiris s’exprime en personne et se décrit comme le principe de Vie lui-même, principe créateur et transformateur… perpétuellement renouvelé et indestructible…

Que je vive ou que je meure, je suis Osiris. Je pénètre en toi et je réapparais à travers toi, je dépéris en toi et je croîs en toi… Les dieux vivent en moi parce que je vis et je croîs dans le blé qui les soutient. Je couvre la terre, que je vive ou que je meure, je suis l’Orge, on ne me détruit pas. J’ai pénétré l’Ordre… Je suis devenu le Maître de l’Ordre, j’émerge dans l’Ordre…

D’après le dieu Osiris, portrait du souverain de l'au-delà, vers 595-525 avjc, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le dieu Osiris, portrait du souverain de l’au-delà, vers 595-525 avjc, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Osiris, dans le grain et dans le Nil, préside à la fécondité
Sous L’Ancien Empire (vers 2700 avjc – 2200 avjc), Osiris, dans le grain et dans le Nil , incarne déjà les sources de la fécondité et de la croissance… Souverain du royaume des Morts, Osiris s’identifie encore au terreau fertile et au Nil empli par la crue…

Osiris assure la fertilité végétale et préside à toutes les formes de reproductions. Il assure la prospérité du royaume d’Égypte sur lequel règne son fils Horus. Des textes sacrés décrivent Osiris comme étant la Terre Entière ou le compare à l’Océan qui entoure le Monde

La légende d’Osiris s’inscrit dans la mythologie de Rê
Des inscriptions de la pyramide du roi Ounas, datées vers 2350 avjc, nous racontent la légende d’Osiris, selon un récit mythique élaboré par les théologiens du temple d’Héliopolis (du grec hélios, soleil), cité capitale de la divinité solaire. Dans le mythe de Rê (ou Râ),le dieu solaire, principe divin qui existe par lui-même, surgit par sa propre volonté du Nout, l’Océan Primordial…

D’après la stèle d’Ousirour, prêtre d’Amon à Thèbes, et détail, Shou, dieu Air, et Tefnout, déesse Humidité (à droite), bois peint, vers IIIe siècle avjc, époque ptolémaïque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) Louvre

Rê crée l’univers, la Vie et engendre les dieux
Le principe solaire crée l’Univers et la Vie, dont le symbole Ankh (croix ansée dite croix de vie), figure parmi les attributs courants des grandes divinités du panthéon égyptien.

Rê se manifeste aussi comme le Père des dieux et des déesses, qui incarnent sa puissance, sa luminosité et son rayonnement. À Héliopolis, on élabore un groupe de neuf divinités, dit Ennéade, qui symbolise les énergies divines à l’œuvre dans l’univers…

Dans la mythologie égyptienne, Tefnou et Shou séparent le Ciel et la Terre…
Rê conçoit deux jumeaux, Tefnout, déesse Humidité, et son frère Shou (ou Chou), divinité Air et Souffle (ou Atmosphère). Shou et Tefnout engendrent à leur tour les jumeaux Geb, dieu Terre, et Nout, déesse Ciel.

Chou et Tefnout séparent Geb et Nout, nés enlacés, permettant ainsi la création du monde terrestre… Par la suite, Geb et Nout engendrent Osiris, Isis, Seth et Nephthys. Osiris reçoit la royauté terrestre et Isis comme épouse…

D’après le mythe de Rê, qui navigue entre Geb, et Nout, la Terre et le Ciel, papyrus de Nespakachouty, vers 1089-946 avjc, XXIe dynastie, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le premier jour et la création du monde
On représente la déesse Nout , le Ciel, sous la forme d’une femme nue, dont le corps élancé s’identifie à la voûte céleste parsemée d’étoiles… Sur le papyrus de Nespakachouty, son frère et époux Geb se retrouve allongé au sol, différencié de Nout.

La séparation de Nout et de Geb crée ainsi un espace où peut naviguer la barque solaire… Cet événement mythique inaugure l’avènement du premier jour et la naissance du monde…

Sur sa barque, Rê porte le disque solaire avec l’uraeus (le cobra) et supporte une très grande plume, symbole de la déesse Maât. Deux déités encadrent le dieu solaire, sans doute la déesse cobra Ouadjet et la déesse vautour Nekhbet, symboles des Deux Terres…

D’après la déesse Ciel Nout, portée par Shou dieu Air-Souffle, et dessous le dieu Terre Geb, papyrus Greenfield, vers 950 - 930 avjc, fin XXI-début XXIIe dynastie, Troisième période intermédiaire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après la déesse Ciel Nout, portée par Shou dieu Air-Souffle, et dessous le dieu Terre Geb, papyrus Greenfield, vers 950 – 930 avjc, fin XXI-début XXIIe dynastie, Troisième période intermédiaire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Cette image renvoie à la fois à l’équilibre universel auquel préside la déesse Maât et à la réunion de la Basse et de la Haute-Égypte. Rê règne sur les Deux Terres, comme pharaon règne sur la Basse et la Haute-Égypte …

Osiris, Isis, Seth et Nephthys, les enfants de Geb et de Nout
Selon Mircea Eliade, les textes égyptiens anciens évoquent uniquement des épisodes épars de l’histoire légendaire d’Osiris, mais il est possible de reconstituer son mythe central…

La version la moins éparse du mythe d’Osiris nous a été transmise par Plutarque, auteur latin de la Rome antique du IIe siècle apjc, dans son traité De Iside et Osiride. Mais déjà en Égypte, bien longtemps avant l’époque de Plutarque, vers 2350 avjc, les inscriptions de la pyramide du roi Ounas, évoquent le mythe d’Osiris…

D’après la triade Horus, Osiris, Isis, pendentif d’Osorkon II, vers 945-715 avjc, Troisième Période Intermédiaire; et Osiris souverain de l’au-delà, Isis, Nephtys, Horus et Thot, chapelle funéraire d’Amenhotep, XIXe dynastie, Saqqarah, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le dieu Seth tue son frère, le dieu souverain Osiris…
Le frère d’Osiris, Seth, tend un piège à son frère Osiris pour l’assassiner et s’emparer de son trône sur la Terre… Selon la version de Plutarque, Seth qui jalouse son frère Osiris, l’enferme dans un coffre (sarcophage) et le tue.

Conseillée par Thot, la déesse Isis s’enfuit et retrouve le coffre de son époux qu’elle cache dans les marais. Mais Seth le découvre et découpe le corps d’Osiris en 14 morceaux avant de les disperser… La déesse Isis part encore une fois à la recherche des restes de son époux… Un à un, la déesse retrouve tous les morceaux du corps d’Osiris… sauf l’organe viril du dieu, avalé par un poisson, selon certaines versions…

La déesse Isis ensevelit chaque morceau retrouvé du corps de son époux sur place, en divers endroits. Ainsi, de nombreux sanctuaires sont érigés en ces lieux devenus sacrés, considérés chacun comme un tombeau d’Osiris…

D’après Anubis et le rituel de la momification, Livre des Morts de Nebqued, papyrus peint, vers 1400 avjc, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Osiris, premier ressuscité d’entre les morts
Aidée par Anubis, qui serait le fils naturel d’Osiris et de Nephtys, la déesse Isis recompose le corps d’Osiris qui devient ainsi la première momie. S’ensuivent de longues lamentations… Isis, première pleureuse et grande magicienne, aidée de sa sœur Nephtys, épouse de Seth, insuffle à nouveau la vie dans le corps d’Osiris… La déesse dit…

ô le beau visage le bien-aimé… dont le corps est fatigué sous les bandelettes, viens en paix… ô grand héritier, âme vivante, viens dans ta maison, ouvre tes yeux… lève-toi au-dessus des nuages, donne ta propre lumière à la terre…

D’après un groupe Isis, Horus, Mout, Nephthys et l’uræus (cobra), alliage de cuivre, vers 664-332 avjc, Basse époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un groupe Isis, Horus, Mout, Nephthys et l’uræus (cobra), alliage de cuivre, vers 664-332 avjc, Basse époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le scénario Horus, Nout, Isis et Nephthys…
Selon les très anciens textes égyptiens, c’est souvent Horus qui rassemble les membres dispersés de la dépouille de son père… et c’est la déesse Nout qui reconstitue son corps et lui redonne naissance.

Isis et Nephthys dirigent le deuil, jouent le rôle des pleureuses et accomplissent les rites funéraires… Isis et Nephthys sont souvent représentées aux pieds et à la tête du corps momifié d’Osiris… Les artistes égyptiens représentent les personnages momifiés revêtus d’un suaire qui enveloppe tout le corps entouré lui-même de bandelettes…

C’est moi, ton fils ; je suis Horus. Je suis venu vers toi te laver, te purifier, te faire revivre, ramasser pour toi les morceaux qui surnagent… recueillir pour toi les parties de ton corps car je suis Horus, le vengeur de son père

D’après la procession et offrandes, et la momie réanimée par le prêtre, Livre des Morts de Nebqued, papyrus peint, vers 1400 avjc, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Osiris devient le maître de l’éternité
Osiris, premier ressuscité d’entre les morts, devient le souverain de l’au-delà et le maître de l’éternité. Il préside au royaume des défunts, aux rituels funéraires et au jugement de la Pesée de l’âme

C’est le dieu Anubis à tête de chacal qui dirige les rites de la momification et de la réanimation de la momie par le prêtre, revêtu d’une peau de léopard. Ces rituels réactualisent le mythe de la résurrection d’Osiris.

HORUS RÈGNE SUR LES DEUX TERRES D’ÉGYPTE

La déesse Isis supporte le trône
Après la perte de son époux, la déesse Isis fuit dans le Delta, où elle trouve refuge dans les fourrés de papyrus. Là, elle met au monde son fils Horus, dont la conception posthume ou non reste floue selon les sources. L’épouse d’Osiris, mère d’Horus, s’identifie à la fois à une déesse-mère et à une lignée royale dont elle incarne le trône. Son nom égyptien Aset ou Iset, signifie trône, comme le suggère sa coiffe…

D’après la déesse Isis et sa coiffe en forme de trône, statuette en bois stuqué peint, IVe-Ier siècles avjc, époque ptolémaïque ; et Osiris et la déesse Isis allaitant le jeune Horus, bronze, sans doute Basse Époque, vers 664 – 332 avjc, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Horus remporte le combat contre les forces du désordre
Devenu adulte, héritier du royaume d’Osiris sur la Terre, Horus fait valoir ses droits devant les dieux de l’Ennéade. Le jeune dieu veut venger son père et attaque son oncle Seth, représenté avec une tête étrange de loup ou de canidé.

Violent et imprévisible, Seth symbolise les forces du désordre et du chaos. Au cours du combat entre Horus et Seth, Seth parvient à arracher un œil au jeune dieu… Mais Horus blesse très gravement son oncle l’usurpateur… Selon certains récits, les dieux punissent Seth pour le meurtre d’Osiris. Il est par exemple transformé en barque pour transporter Osiris sur le Nil…

D’après le Roi Qahedjet et Horus, et détail, bas-relief calcaire, vers 2700-2620 avjc, Ancien Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Successeur d’Osiris, Horus soumet Seth
Horus remporte le combat, retrouve son œil et conquiert la double couronne des Deux Terres. Grâce à son triomphe, l’ordre et l’équilibre sont rétablis dans le pays unifié. Successeur d’Osiris, Horus soumet Seth et hérite de la royauté de son père sur Terre. Horus règne sur la Haute et la Basse Égypte

Horus incarne la légitimité royale et la souveraineté juste et victorieuse sur les puissances du désordre ou du chaos… Ainsi, Horus devient le premier pharaon mythique et le protecteur des rois d’Égypte…

Horus réveille son père Osiris
Selon certaines versions, Horus réveille son père… Victorieux contre Seth, le jeune dieu se rend au pays des Morts. Il annonce son triomphe contre Seth et les forces du chaos. Reconnu comme le successeur légitime de son père, Horus est alors couronné roi et réveille son père Osiris : il met son âme en mouvement disent les textes. La résurrection d’Osiris s’apparente donc à une résurrection spirituelle plus que terrestre…

Osiris Regarde ! Osiris écoute ! Lève-toi ! Ressuscite !… Osiris ! tu es parti, mais tu es revenu ; tu t’endormis, mais tu a été réveillé ; tu mourus, mais tu vis de nouveau…

D’après la triade Horus, Osiris, Isis, pendentif d'Osorkon II, vers 945-715 avjc, Troisième Période Intermédiaire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la triade Horus, Osiris, Isis, pendentif d’Osorkon II, vers 945-715 avjc, Troisième Période Intermédiaire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Seth l’imprévisible joue un rôle nécessaire
La tête du dieu Seth rappelle peut-être le renard des sables, un animal du désert… Seth apparaît comme le semeur des troubles violents qui menacent l’équilibre du monde régi par la déesse Maât. Combattu et à chaque fois vaincu, Seth l’imprévisible joue pourtant un rôle nécessaire en permettant l’avènement d’une ère nouvelle…

… Ainsi le meurtre d’Osiris permet à Osiris de ressusciter, de devenir le dieu des morts et de l’éternité. Seth permet aussi à Horus, fils légitime d’Osiris, de devenir le premier pharaon de l’Égypte unifiée… Parfois, au-devant de la barque de Rê, ce dieu dangereux transperce de sa lance les ennemis du Soleil.

Seth confère aussi à pharaon sa puissance guerrière. Sur un relief sculpté en creux du temple de Ramsès II, le roi est couronné à la fois par Seth et par Horus… Un symbole politique mais aussi un symbole d’équilibre cosmique, quand la force de combat de Seth se soumet à l’autorité royale d’Horus…

D’après Horus, Ramsès II et Seth, les dieux couronnent le roi, temple de Ramsès II (1279-1213 avjc), XIXe dynastie, Nouvel Empire, Abou Simbel ; et le dieu Seth, à tête d’animal à longues oreilles, et Nephthys, son épouse, statuette en pierre, époque Ramsès II, vers 1279 – 1213 avjc, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Seth participe à l’équilibre universel…
Si Horus incarne la royauté mythique, bienveillante et exemplaire, Seth symbolise le bras qui protège l’Égypte contre ses ennemis intérieur et extérieur. Si ces deux divinités jouent un rôle dans l’équilibre politique du pays, elles se rattachent aussi à la notion d’équilibre universel et de justice universelle présidée par Maât, la déesse ailée coiffée de sa plume.

Comme le monstrueux serpent Apophis, Seth ne peut pas être complètement anéanti… Dans la mythologie égyptienne, Apophis (Aapep ou Aapef) personnifie les forces du chaos, du mal et de l’obscurité, comme le Typhon grec. Apophis aspire à détruire la création divine et son nom signifie géant ou serpent géant

D'après Horus et Seth, papyrus et lys, détail, trône d'une statue de Sésostris Ier, XIIe dynastie, Ancien Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Horus et Seth, papyrus et lys, détail, trône d’une statue de Sésostris Ier, XIIe dynastie, Ancien Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Sous le signe de la réunion, Horus et Seth relient les papyrus emblématiques de l’Égypte du Nord et les lys ou lotus, symboles de l’Égypte du Sud. Une image symbolique des Deux Terres unifiées dans le royaume d’Égypte…

La Basse -Égypte : le Nord du pays (Delta), la déesse Cobra Ouadjet, l’ancestrale et guerrière déesse Neith, la Couronne Rouge, symbole l’Abeille, et plante emblématique le papyrus. La Haute-Égypte : le Sud du pays, la déesse Vautour Nekhbet, la Couronne Blanche, symbole le Jonc (roseau) et plante emblématique le lys ou lotus. Le roi de Haute et Basse-Égypte est Celui qui appartient au jonc et à l’abeille, dont le pouvoir royal s’exprime dans la double couronne, le Pschent

D'après les conventions respectées par les artistes de l’Égypte Ancienne, sur les reliefs, les gravures et les fresques peintes. (Marsailly/Blogostelle)
D’après les conventions respectées par les artistes de l’Égypte Ancienne, sur les reliefs, les gravures et les fresques peintes. (Marsailly/Blogostelle)

Entrecoupés de périodes dites intermédiaires, l’Ancien Empire, le Moyen Empire et le Nouvel Empire sont des époques particulièrement fastes et brillantes dans l’histoire de la civilisation égyptienne… Sous l’Ancien Empire, les pharaons élèvent les grandes pyramides de Gizeh et les scribes sont les maîtres de l’écriture hiéroglyphique…

Article suivant : L’Art de l’Égypte ancienne, le talent des artistes du Nil et le dieu Faucon

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