D'après Khepren et le faucon, Ancien Empire, ouverture.  (Marsailly/Blogostelle)
ÉGYPTE ANCIENNE

L’Art de l’Égypte ancienne, le temps des tombeaux pharaoniques

Des pyramides, des temples et des statues colorées sous l’Ancien Empire

Il était une fois l’Égypte des Pharaons (2)… Entrecoupés de périodes dites intermédiaires, l’Ancien Empire, le Moyen Empire et le Nouvel Empire sont des époques fastes et brillantes dans l’histoire égyptienne antique. Mais en-dehors de Memphis, peu de vestiges remontant à l’Ancien Empire sont retrouvés en province. Sous l’Ancien Empire, les pharaons élèvent les grandes pyramides du plateau de Gizeh. Les artistes développent aussi un art de la statuaire qui prend de l’ampleur, trouve son style et finalise ses canons…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière révision novembre 2017 –

D'après Djoser et sa barbe postiche royale, statue calcaire, vers 2980 – 2930 avjc, IIIe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Djoser et sa barbe postiche royale, statue calcaire, vers 2980 – 2930 avjc, IIIe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

LES PYRAMIDES ÉVOQUENT LE RAYON SOLAIRE ET L’ASCENSION CÉLESTE…

Sous l’Ancien Empire, l’équilibre de la société repose sur une très forte centralisation et une sur une administration hiérarchisée et bureaucratique. Si les pharaons ne sont souvent que des noms, ils élèvent de grandioses et impérissables monuments : les grandes pyramides de Saqqara… Ces constructions sacrées abritent les tombeaux des rois défunts, qui selon la tradition égyptienne rejoignent les dieux… Auprès des pyramides, on élève des temples et les mastabas des membres de la famille royale…

D’après la pyramide à degré du roi Djoser, vers 2980 – 2930 avjc, IIIe dynastie, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la pyramide à degré du roi Djoser, vers 2980 – 2930 avjc, IIIe dynastie, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

La pyramide à degré du roi Djoser
Djoser (ou Djeser) est le premier roi de la IIIe dynastie (vers 2980 – 2930 avjc). Ce pharaon inaugure l’apparition d’une architecture de pierre qui distingue le tombeau royal des sépultures privées des mastabas. Sur le plateau de Saqqara, en Basse Égypte, on élève alors la première pyramide associée à un temple funéraire…

Djoser confie les travaux à son architecte et conseiller Imhotep. À l’époque prédynastique, le centre du pouvoir politique se déplace de This à Memphis, qui devient la capitale du pouvoir sous l’Ancien Empire…

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
Époque Thinite vers 3400 – 2980 avjc. Ancien Empire vers 2980 – 2475 avjc. Moyen Empire vers 2160 – 1788 avjc. Nouvel Empire vers 1580 – 1090 avjc. Troisième période intermédiaire vers 1090 – 663 avjc. Basse Époque vers 663- 525 avjc. Domination Perse : 525-332 avjc. Époque ptolémaïque 332 – 30 avjc. Conquête Romaine : 30 avjc- 395 apjc. Période Copte : IVe avjc à XIIe siècles apjc. Conquête arabe : 641 apjc. Chronologie détaillée de l’Égypte Ancienne

D’après le roi Djoser, statue calcaire, et l’ensemble funéraire du roi Djoser, avec pyramide et esplanade, vers 2980 – 2930 avjc, IIIe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

L’architecte Imhotep crée le modèle du tombeau royal pharaonique
Imhotep révolutionne l’architecture en mettant au point la construction en pierre de taille. Auparavant, les bâtisseurs de l’époque Thinite conçoivent les premiers mastabas. Ils reproduisent en briques crues les anciennes constructions en bois, en vanneries et en roseaux.

L’architecte de Djoser réinterprète le modèle du mastaba et construit au commencement une structure carrée de 60 mètres de côté. Il remplace le limon par des blocs de pierre. Puis à partir de là, Imhotep élève un tombeau grandiose dont la base se déploie sur une surface de 109 mètres sur 121 mètres.

L’élévation de cette construction en pierres taillées prend finalement la forme d’une pyramide à six gradins, d’où son nom de pyramide à degrés… La pyramide réalisée par Imhotep, parée à l’origine de granit blanc lumineux, culmine à plus de 60 mètres de haut et renferme un caveau souterrain.

D’après Djoser trônant, coiffé du némès royal et le corps moulé dans son habit, statue calcaire, vers 2980 – 2930 avjc, IIIe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

La pyramide de Djoser construite par Imhotep devient le modèle du tombeau royal pharaonique… L’aménagement intérieur de la pyramide comprend un couloir qui conduit à la chambre funéraire où repose la momie royale dans son sarcophage.

La symbolique de la pyramide : escalier, rayon solaire, colline primordiale…
Monument funéraire imposant et colossal, la pyramide est conçue pour que sa grandeur soit visible de loin. La pyramide renvoie à la puissance et à l’autorité royale. Mais sa forme pyramidale évoque aussi un escalier qui mène au Ciel. Ce tombeau symbolise l’ascension céleste de pharaon…

Par ailleurs, la forme de la pyramide évoque encore le rayon solaire… ainsi que la colline primordiale. Selon la tradition d’Héliopolis, capitale du culte solaire, le Soleil émerge au commencement des temps de la colline primordiale, elle-même surgie du Noun, l’Océan primordial. L’apparition du Soleil initie le cycle cosmique, le “premier jour” et la création du monde…

D'après les pyramides de Khéops, Khéphren, et Mykérinos, IVe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après les pyramides de Khéops, Khéphren, et Mykérinos, IVe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

L’aspiration universelle à l’élévation vers le Ciel…
On retrouve le principe de l’ascension vers le Ciel dans les monuments sacrés ou funéraires d’autres cultures… Par exemple, avec les temples-pyramides Maya et les pyramides du Soleil et de la Lune de Téotihuacan, avec les ziggurats mésopotamiennes, la mosquée de Samarra en forme de tour spiralée, ou encore avec les monuments mégalithiques de l’Occident néolithique et l’élévation des cathédrales chrétiennes

Les êtres humains des anciennes civilisations ont, semble-t-il, éprouvé le besoin d’exprimer leur attirance pour le Ciel et ses mystères. Ils ont également sacralisé la pierre, symbole à la fois de pérennité et d’élévation spirituelle, pour ériger leurs édifices sacrés…

Imhotep, savant et sage, sera divinisé
Les enseignements d’Imhotep seront transmis de génération en génération… Ce conseiller, architecte et urbaniste du roi Djoser, considéré comme un sage, sera divinisé à la Basse Époque (vers 663- 525 avjc), plus de deux mille ans après sa mort… Les scribes égyptiens en feront alors leur patron. Avant de commencer leur travail, ils répandent quelques gouttes d’eau de leur godet en l’honneur d’Imhotep…

On identifie alors Imhotep comme le fils de Ptah, dieu des artisans et divinité démiurge qui façonne les êtres humains sur son tour de potier… Imhotep sera également assimilé par les Grecs au dieu guérisseur Asclépios, patron des médecins. Des qualités attribuées originellement au dieu Thot, scribe des dieux et maître de toutes les sciences…

AUPRÈS DES PYRAMIDES ON CONSTRUIT UN TEMPLE FUNÉRAIRE RELIÉ À UN TEMPLE D’ACCUEIL

Devant chacune des pyramides de Gizeh, côté face Est, se trouve le temple funéraire royal dit aussi temple Haut. Ce temple de culte est relié par une rampe d’accès au temple Bas (ou temple d’accueil), presque entièrement détruit pour celui de Khéops. Non loin de la pyramide de Khéphren se trouve le grand sphinx…

D'après la pyramide de Khéops, plateau de Gizeh, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la pyramide de Khéops, plateau de Gizeh, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

La grande pyramide de Khéops
Les vastes ensembles funéraires pharaoniques englobent un temple funéraire accolé à la pyramide, un tombeau factice, un temple d’accueil et des chapelles… Les salles sont décorées de revêtements en pierre et en terre vernissée dont les motifs s’inspirent de la vannerie et des nattes végétales.

La plus imposante des pyramides, celle de Khéops, s’élève vers les cieux en évoquant les faisceaux des rayons solaires. Les bâtisseurs la magnifient encore grâce à un revêtement de calcaire fin et couronnent son faîte d’un pyramidion d’or (aujourd’hui disparu). À  l’origine, ce colossal monument est en outre extrêmement lumineux…

Sur la face Sud de la pyramide de Khéops, se trouvent les deux barques solaires (découvertes en 1954) et des mastabas de la IVe et de la Ve dynastie. Selon la mythologie égyptienne, le dieu Rê se déplace dans sa barque du matin, Mandjet, et dans la barque du soir Mesketet, pendant les douze heures de la nuit et du jour…

D'après l’ensemble des pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, plateau de Gizeh, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après l’ensemble des pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, plateau de Gizeh, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

L’Horizon de Khéops culmine à 146 mètre de haut
La pyramide de Khéops possède des proportions colossales et un aménagement intérieur complexe. Orientée précisément sur les 4 points cardinaux, c’est aussi la plus haute des pyramides de Gizeh. Elle culmine à plus de 146 mètre de haut pour 235 mètres de côté et affiche une pente de 51, 20 degrés.

La pyramide de Khéops possède dans sa masse des corridors et des systèmes d’aération. Il semble également que plusieurs lieux d’inhumation successifs ou factices sont prévus… Un premier caveau se situe dans le rocher, puis un deuxième dit chambre de la reine se trouve dans la masse même de la pyramide.

On accède au troisième caveau, nommé chambre du roi, par une longue galerie. Cette galerie, revêtue de calcaire poli, est pourvue de murs en encorbellement dont les gros blocs de pierre se chevauchent. La pyramide de Khéops porte à l’origine le nom d’horizon de Khéops

D’après une image citation, Khéops, vidéo ScanpyramidsMission 2017, source scanpyramids.org ; et un schéma de la pyramide de Khéops, plateau de Gizeh, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

La chambre du roi, la grande galerie, la cavité (The Big Void), et la chambre de la reine

Les chercheurs continuent de sonder la pyramide de Khéops
En 2017, grâce à la haute technologie des particules issues du rayonnement cosmique, les muons, des équipes de chercheurs découvrent une cavité dans la pyramide de Khéops qu’ils baptisent The Big Void (le Grand Vide). Cet espace se situe au-dessus de la grande galerie, dont la structure inclinée se déploie sur 47 mètres de long, environ un mètre de large et plus de 8 mètres de haut.

La fonction précise de cette galerie, qui a pu servir à l’aménagement de la chambre du roi, reste encore énigmatique. Depuis 2015, les chercheurs de la mission Scanpyramids tentent de sonder cette monumentale pyramide qui conserve encore bien ses secrets…

Temples et mastabas accompagnent Khéops
Depuis la pyramide Khéops, on accède par une rampe au temple Haut destiné au culte du roi Khéops. Grâce à une chaussée couverte décorée de reliefs, on relie encore ce temple funéraire au temple de la Vallée (temple Bas ou temple d’accueil), situé le long du Nil…

D'après les pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, plateau de Gizeh, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après les pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, plateau de Gizeh, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Auprès de la pyramide de Khéops, on construit trois petites pyramides, dites des reines, destinées à des membres de la famille royale. Aux alentours, on érige aussi une nécropole de mastabas où reposent des grands dignitaires de la cour et des courtisans, tout près de pharaon…

Des puits et des pièges dans les pyramides
Les constructeurs des pyramides de Khéops, Khéphren, Didoufri ou Mykérinos prennent le soin d’obstruer les séries de couloirs qui mènent aux caveaux par des énormes blocs de granit pour en fermer hermétiquement le passage. Les chemins sont également parsemés de puits, de pièges et de chausse-trappes pour se débarrasser des intrus et des voleurs… Mais ces systèmes sont souvent contournés dès l’antiquité par des pilleurs de tombes…

L’historien grec Hérodote décrit la pyramide de Khéops
Une statuette d’ivoire, conservée au musée égyptien du Caire, est la seule effigie connue à ce jour du roi Khéops. Cette figure, empreinte de modestie, contraste avec l’ambitieuse splendeur de sa pyramide… Par ailleurs, l’historien grec Hérodote, auteur du Ve siècle avjc, mentionne cette pyramide qui fut bâtie en forme de degrés et nous explique l’infamie de Khéops

D’après la statuette de Khéops, ivoire, 9 centimètre, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la statuette de Khéops, ivoire, 9 centimètre, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Hérodote raconte (Histoires, II, 124 – 127)… On ajoute que jusqu’au roi Rhampsinite, on avait vu fleurir la justice et régner l’abondance dans toute l’Égypte ; mais qu’il n’y eut point de méchanceté où ne se portât Chéops, son successeur

Khéops fit travailler tous (les Égyptiens) pour lui. Les uns furent occupés à fouiller les carrières de la montagne d’Arabie, à traîner de là jusqu’au Nil les pierres qu’on en tirait, et à passer ces pierres sur des bateaux de l’autre côté du fleuve”… On employait cent mille hommes à ce travail, renouvelés tous les trois mois…

D’après la statuette de Khéops, ivoire, et son fils Khéphren trônant, protégés par le dieu faucon, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le roi Khéops et son fils Khéphren, portent le faucon sur leur coiffe royale, emblème du dieu Horus protecteur de la royauté… La tradition du dieu Faucon comme celle du cobra-uræus remonte à l’époque prédynastique…

Des pierres polies, parfaitement bien jointes ensemble
Hérodote poursuit… Quant au temps pendant lequel le peuple fut ainsi tourmenté, on passa dix années à construire la chaussée par où on devait traîner les pierres… sans compter le temps qu’on employa aux ouvrages de la colline sur laquelle sont élevées les pyramides, et aux édifices souterrains qu’il fit faire, pour lui (Khéops) servir de sépulture, dans une île formée par les eaux du Nil, qu’il y introduisit par un canal

La pyramide même coûta vingt années de travail : elle est carrée ; chacune de ses faces a huit plèthres (mesure de longueur antique = 30 mètres) de largeur sur autant de hauteur ; elle est en grande partie de pierres polies, parfaitement bien jointes ensemble…

… Chéops en vint au point d’infamie de prostituer sa fille…. et de lui ordonner de tirer de ses amants une certaine somme d’argent” pour financer encore son “ouvrage considérable”… Hérodote présente donc le roi Khéop davantage comme un tyran que comme un grand pharaon…

D’après la statue de Khéphren, fils de Khéops, Gizeh ; le portrait royal de Didoufri, frère de Khéphren, coiffé du némès, grès, Abou Roach ; et le grand sphinx de Gizeh, auprès de la pyramide de Khepren, roi de la IVe dynastie sous l’Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Comme le sphinx, Didoufri porte le némès royal orné du cobra…

Le sphinx de Gizeh veille dans les sables…
Sur le plateau de Gizeh, le grand sphinx se distingue… Cette autre réalisation gigantesque interroge encore les chercheurs, notamment sur la date de son élévation… Taillée dans le calcaire, l’effigie de cette créature mythique à corps de lion affiche un visage humain coiffé du némès royal… Cette sculpture monumentale se trouve non loin du temple et de la pyramide de Khéphren, roi de la IVe dynastie, fils de Khéop et frère de Didoufri.

LES CHAPELLES DES MASTABAS ABRITENT DES STATUES

Auprès des pyramides on construit aussi des mastabas. Ces monuments funéraires apparaissent dès les premières dynasties Thinites, puis leur construction perdure sous l’Ancien et le Moyen Empire… Les mastabas abritent une chambre pour le sarcophage et le mobilier destiné à la survie dans l’au-delà. Dans la partie supérieure des mastabas, on installe une chapelle avec la statue du défunt…

D’après une fausse porte, statue et repas funéraire, mastaba de Itéti, calcaire peint, vers 2625-2475 avjc, VIe dynastie, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une fausse porte, statue et repas funéraire, mastaba de Itéti, calcaire peint, vers 2625-2475 avjc, VIe dynastie, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le ka du défunt habite sa statue
Le ka du défunt se nourrit des offrandes du culte funéraire. Quand ce culte tombe dans l’oubli ou que les rituels ne sont plus effectués correctement, les images vivantes sont là, immuables, pour assurer une nourriture éternelle. Le ka incarne le double vivant de la personne, son énergie vitale au sens métaphysique du terme…

Les dieux et les êtres humains se manifestent par leur ka, immatérielle énergie vitale, de nature divine. Dès l’enfance, le ka grandit avec l’individu et ne le quitte jamais… Dans la chapelle funéraire, le ka du défunt habite sa statue… Par ailleurs, le ba du défunt, représenté sous la forme d’un oiseau, circule dans la tombe et visite sa momie… De nature spirituelle, le ba symbolise l’âme de l’individu.

D'après les défunts et leur Ba-oiseau, papyrus d'Ani, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Thèbes, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après les défunts et leur Ba-oiseau, papyrus d’Ani, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Thèbes, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Les artistes donnent vie aux images
Dans les tombeaux et les chapelles, les artistes composent des décors peints et des bas-reliefs colorés qui représentent les activités de la vie quotidienne… Ils donnent vie aux images dans les mastabas. La finalité de ces scènes peintes et sculptées est d’assurer la survie et le service des défunts dans l’au-delà…

Dans un premier temps, les mastabas sont destinés à des membres de la famille royale. Puis dès l’Ancien Empire, les personnages proches de pharaon, comme des grands dignitaires ou des hauts fonctionnaires peuvent occuper leur demeure d’éternité-mastaba… et obtenir ainsi le privilège de reposer non loin de pharaon

D’après les chapelles du mastaba d’Akhethétep et de son fils de Ptahotep, reliefs et fausse porte, vers 2400 avjc, Ve dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Les reliefs représentent le transport de la statue du défunt et des scènes d’offrandes d’encens de Ptahotep à son père Akhethétep …

La fausse porte, symbole de passage…
Pour protéger les chambres funéraires des mastabas, les architectes comblent le puits qui relie la chapelle, accessible aux visiteurs, à la salle du sarcophage qui devient en principe inaccessible. Les familles des défunts se réunissent dans les chapelles des mastabas pour effectuer leur devoir cultuel.

Un prêtre chargé du culte funéraire dépose les offrandes de nourriture et de boisson destinées au défunt sur la table prévue à cet effet. Il prononce aussi les formules rituelles qui garantissent sa destinée pour l’éternité…

Une fausse porte sculptée dans la paroi de la chapelle symbolise le passage entre le monde des vivants et celui des morts. Par ailleurs, les artistes représentent la table chargée d’offrandes, un repas éternel de nourriture et de boissons conféré par la puissance spirituelle des images vivantes

D’après la fausse porte de Neferiu, statue et repas funéraire, calcaire peint, vers 2150-2010 avjc, Moyen Empire, Dendera, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la fausse porte de Neferiu, statue et repas funéraire, calcaire peint, vers 2150-2010 avjc, Moyen Empire, Dendera, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

DES VESTIGES ARTISTIQUES ET DES ÉCRITS

La vie des anciens égyptiens traverse le temps…
C’est surtout grâce aux artistes que nous connaissons les activités et les croyances des anciens égyptiens sous l’Ancien Empire. Des bas-reliefs historiés, des peintures, des statues et les nombreux objets de la vie quotidienne qui sont déposés dans les tombeaux témoignent de leur façon de vivre… Le panthéon égyptien est abondamment illustré. Mais aux vestiges artistiques s’ajoutent des écrits mythologiques ou commémoratifs…

Des inscriptions hiéroglyphiques immortalisent des couronnements, des jubilés (fête-Djed), des épisodes de guerre, des expéditions commerciales… Ainsi, deux vases à onguent en albâtre, l’un au musée du Louvre à Paris, l’autre au Metropolitan Museum of Art à New York, commémorent, par exemple, le trentième anniversaire du couronnement de Pepi Ier, un roi de la VIe dynastie…

D’après un objet commémoratif au nom du pharaon Pepi Ier, vase à onguent en albâtre, VIe dynastie, vers 2625-2475 avjc, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Les Textes des Pyramides dans le tombeau du roi Ounas
Dans le domaine du sacré, Les textes des Pyramides témoignent des conceptions spirituelles des anciens égyptiens. Le roi Ounas, dernier pharaon de la Ve dynastie (vers 2750-2625 avjc), fait graver le premier les Textes des Pyramides, emplis de formules ancestrales dans son tombeau à Saqqara (ou Sakkara)… Sous la VIe dynastie, les rois et les reines perpétuent cette tradition rituelle…

D’après les Textes des Pyramides, hiéroglyphes, et la chambre funéraire du roi Ounas, Textes des Pyramides gravés, vers 2750-2625 avjc, Ve dynastie, tombeau du roi Ounas ; Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Les textes de la pyramide du roi Ounas mentionnent la légende d’Osiris et la mythologie de Rê. Des récits mythiques sont élaborés par les théologiens du temple d’Héliopolis (du grec hélios, soleil, et polis, ville). Héliopolis est la capitale du culte du dieu solaire Rê.

LES DÉBUTS D’UNE STATUAIRE MONUMENTALE

Sous l’Ancien Empire, les artistes réalisent de nombreuses statues destinées aux chapelles des tombeaux… Différentes effigies de personnages, parfois en couple, témoignent des commencements d’une statuaire monumentale et sobre, souvent taillée dans le calcaire ou dans le bois …

D'après un groupe statuaire, couple anonyme, acacia, vers 2980 – 2475 avjc, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un groupe statuaire, couple anonyme, acacia, vers 2980 – 2475 avjc, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Des statues vivantes
Les statues des chapelles des tombes deviennent vivante grâce au rite de l’ouverture de la bouche qui les anime les cinq sens vitaux. Ainsi, les statues perpétuent la présence physique du défunt, dont le ka (le double immatériel) peut profiter des offrandes apportées par ses proches lors des rites funéraires. La nourriture, en particulier, assure au défunt sa survie pour l’éternité…

Les statues identifient les défunts et perpétuent leur mémoire
Les statues de Sepa et Nesa, taillées dans la pierre calcaire, symbolisent l’image et l’identification de deux défunts, un homme et une femme… La monumentalité et la sobriété de ces figures illustrent le style pharaonique de l’Ancien Empire. Le personnage masculin doté d’une canne et d’un sceptre, ici dans l’attitude de la marche, rappelle la représentation du hiéroglyphe de l’Homme…

Une inscription gravée sur le socle précise les titres et les fonctions du défunt, que vient compléter l’image sculptée… Le personnage féminin porte des anneaux au poignet et un fard vert souligne et protège ses yeux. Le fard vert est un soin très ancien. Il est remplacé par la suite par un fard noir…

D’après la statue masculine de Sepa et la statue féminine de Nesa, calcaire peint, vers 2980 – 2475 avjc, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

LE NIL ET LA NATURE

Les artistes du Nil s’inspirent de leur milieu naturel…
L’art égyptien s’inspire profondément de son environnement naturel, dans un monde où la crue du Nil rythme le temps, immuable… Le cours du fleuve favorise aussi l’agriculture et l’épanouissement de la flore et de la faune. Le Nil traverse une mince bande de terres où se déploient des champs verdoyants, grâce à l’irrigation et au limon nourricier déposé par la crue…

D'après la chasse aux oiseaux et la pêche, chapelles du mastaba d’Akhhétep et de son fils Ptahotep, vers 2750-2625 avjc, Ve dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la chasse aux oiseaux et la pêche, chapelles du mastaba d’Akhhétep et de son fils Ptahotep, vers 2750-2625 avjc, Ve dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Des scènes de chasse aux oiseaux et de pêche dans les marais sont fréquemment représentées par les artistes de Égypte antique…

Un environnement empreint de grandiosité
Au-delà des terres cultivables inondées de lumière, on rencontre les dunes de deux vastes déserts, baignés aussi par l’écrasante chaleur du soleil… Ainsi, le style pharaonique s’inspire d’un environnement empreint de stabilité, de tranquillité, de grandiosité et de luminosité…

Les monticules de terre qui émergent ça et là du fleuve ont peut-être inspiré la cosmogonie égyptienne qui fait émerger le Soleil de la colline primordiale, elle-même issue du Noun, le marécage originel…

Le Nil apporte la vie…
L’art colossal sous l’Ancien Empire exprime alors le goût de l’éternité et consacre les bienfaits du Nil… Les sculpteurs composent des reliefs très légers, en méplat, et exploitent ainsi en douceur des jeux d’ombre et de lumière… Les peintres s’inspirent des plantes et des animaux des marais. Les artistes façonnent alors des chefs-œuvre empreints d’intemporel…

D’après la chasse aux oiseaux et la pêche, chapelles du mastaba d’Akhhétep et de son fils Ptahotep, reliefs en méplat, calcaire peint, vers 2750-2625 avjc, Ve dynastie, Ancien Empire, Saqqara, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Vers le 15 juin, chaque année, le Nil déborde…
Les égyptiens vivent sous un climat désertique, seules les eaux du Nil permettent la vie pour les êtres humains, les animaux et les plantes… C’est vers le 15 juin, chaque année, que le Nil déborde, qu’il apporte aux terres inondées son limon fertile, un engrais naturel, et son eau bienfaitrice. Les artistes immortalisent les dons du fleuve sur des stèles… Il est dit :

C’est le fleuve qui fait vivre le pays : mets et aliments n’existent qu’après qu’il s’est gonflé

Parfois, le Nil se montre capricieux…
Mais le fleuve fécond peut aussi parfois se montrer capricieux… Docile, il apporte à tous une bonne année de récoltes et de prospérité, mais quand il devient trop impétueux, ses eaux détruisent tout sur leur passage… ou bien encore, trop paresseux, un Nil maigre entraîne sécheresse, disettes, famines…

D’après le bas-relief dit des Maigres, règne d’Ounas, fin de la Ve dynastie, 2750-2625 avjc, Saqqara, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le bas-relief dit des Maigres, règne d’Ounas, fin de la Ve dynastie, 2750-2625 avjc, Saqqara, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Une crue insuffisante provoque la famine
Le roi Ounas de la Ve dynastie fait graver un relief en méplat dit des Maigres pour illustrer les conséquences d’une crue insuffisante. On y voit la grande maigreur des corps et les visages émaciés de pauvres gens affamés…

Ce relief qui évoque la famine contraste avec les représentations d’offrandes et de mets en abondants destinés à rassasier les défunts dans l’au-delà… Ce relief sculpté en méplat est à l’origine peint et coloré…

D'après Hâpi, dieu du Nil, fleuve nourricier, statuette, bronze, Basse époque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Hâpi, dieu du Nil, fleuve nourricier, statuette, bronze, Basse époque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Sous l’Ancien Empire, les artistes taillent des statues, composent des bas-reliefs, peignent des scènes cultuelles et des activités de la vie quotidienne… Images, textes et figurines assurent aux défunts une belle survie dans l’au-delà… À cette époque, les érudits utilisent une écriture hiéroglyphique achevée, sous le patronage de Thot, scribe divin, dieu de la sagesse et des savoirs… Les théologiens des principaux lieux de culte élaborent leur cosmogonie…

Bloc-notes + Des écrits sacrés ? Les Textes des Pyramides, qui remontent à l’Ancien Empire (entre 2980 – 2475 avjc) ; Les Texte des Sarcophages, depuis la fin de l’Ancien Empire et au Moyen Empire (vers 2160 – 1788 avjc) ; Le Livre pour Sortir au Jour (dit Livre des Morts), au Nouvel Empire (vers 1580 – 1090 avjc) … Un roman ? Sinouhé l’Égyptien, de Milka Waltari, les aventures de Sinouhé, médecin et espion du pharaon Aménophis IV (Akhénaton)… Un conte initiatique ? Her-Bak Pois Chiche, de Isha Schwaller de Lubicz, qui raconte l’éveil d’un jeune égyptien sous la XXe dynastie, dans la région de Thèbes (Karnak, Louxor)…

Article suivant : bientôt …

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Bloc-notes + Vidéo Le Louvre “Fouilles de la nécropole Saqqara” (youtube)

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1 réflexion au sujet de “L’Art de l’Égypte ancienne, le temps des tombeaux pharaoniques”

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