D'après la déesse Isis-Thermouthis, ouverture, Egypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
Histoire du sacré

Le Sacré en Égypte ancienne, la déesse serpent Isis-Thermouthis et la féconde Taouret-Thouéris

La déesse Isis, divinité nourricière

À partir de l’époque Ptolémaïque, la déesse Isis, qui s’assimile parfois à des divinités proches-orientales, se manifeste encore sous la forme d’Isis-Thermouthis, déité serpent de la fertilité. Épouse du dieu Osiris, mère du jeune dieu Horus, qu’elle allaite, la déesse Isis incarne la fécondité et la maternité. Comme aussi la déesse hippopotame, Taouret-Thouéris, au ventre rond et aux seins lourds, porteuse des nœuds d’Isis. Ces divinités protectrices se rattachent aux rives du Nil, au limon noir fertilisant de la crue et aux marais nilotiques…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)

– Dernière mise à jour octobre 2018 –

D’après la déesse Isis-Thermouthis, figurine en terre cuite, IIe siècle apjc, période Romaine, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la déesse Isis-Thermouthis, figurine en terre cuite, IIe siècle apjc, période Romaine, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
Époque Thinite vers 3400 – 2980 avjc. Ancien Empire vers 2980 – 2475 avjc. Moyen Empire vers 2160 – 1788 avjc. Nouvel Empire vers 1580 – 1090 avjc. Troisième période intermédiaire vers 1090 – 663 avjc. Basse Époque vers 663- 525 avjc. Époque Ptolémaïque 332 – 30 avjc. Chronologie détaillée de l’Égypte Ancienne

LA DÉESSE SERPENT ISIS-THERMOUTHIS

La divinité serpent Renenoutet-Thermouthis se marie à l’aspect nourricier et maternel de la déesse Isis, dont le culte se rattache également à la crue du Nil, à la fertilité, à l’agriculture et aux moissons. D’ailleurs, l’époux d’Isis, Osiris, se manifeste originellement comme un dieu chtonien (souterrain) de la fertilité, des cultures et du blé. La déesse Isis et Osiris sont étroitement liés au limon noir fertilisant du Nil…

D’après la déesse serpent Isis-Thermouthis, bague en or, Ier siècle apjc, période Romaine, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la déesse serpent Isis-Thermouthis, bague en or, Ier siècle apjc, période Romaine, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Renenoutet-Thermouthis veille au grain
La déesse cobra Renenoutet – Ermouthis ou Thermouthis en grec, la grande mère -, divinité des moissons, protège les récoltes qui permettent de se nourrir. Honorée avec ferveur par les anciens Égyptiens, cette déesse agraire favorise l’abondance et veille sur le grain entreposé dans les greniers (le cobra tue et mange les rongeurs…)

Renenoutet, qui a pour fils, Neper-Nepri, le grain, veille aussi sur les vignes et la production du raisin. À l’époque Ptolémaïque et gréco-romaine, la déesse Isis assimile les qualités de Renenoutet-Thermouthis sous la forme de la déesse Isis-Thermouthis…

D’après la divinité Renenoutet-Thermouthis, stèle dédiée par le sculpteur et peintre Ken, verso et recto, calcaire, Deir el-Médineh, village des artisans, Thèbes, XVIIIe dynastie, Nouvel Empire ; et la déesse Isis-Thermouthis, terre cuite, Ier siècle avjc-Ier apjc, période gréco-romaine, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Comme la déesse Isis, Renenoutet allaite son fils…
Déjà, dans les Textes des Pyramides, qui remontent à l’Ancien Empire (entre 2980 avjc et 2475 avjc), la tradition mythologique présente Renenoutet comme une déesse-cobra.

On la représente sous la forme d’un serpent – qui porte le disque solaire et les cornes d’Hathor – ou sous les traits d’une divinité féminine à tête de serpent et parée de deux hautes plumes. Les artistes représentent aussi Renenoutet allaitant son fils Neper-Nepri, dieu grain…

D’après la déesse Renenoutet allaitant Nepri, tombe du scribe royal Khâemhat, dit Mahou, chargé des greniers, règne d’Amenhotep III, XVIIIe dynastie, Nouvel Empire, Thèbes, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la déesse Renenoutet allaitant Nepri, tombe du scribe royal Khâemhat, dit Mahou, chargé des greniers, règne d’Amenhotep III, XVIIIe dynastie, Nouvel Empire, Thèbes, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Renenoutet, le serpent qui nourrit
Sur une stèle peinte, apparaît Renenoutet, sous la forme d’une déesse à tête de serpent, adulée par Mutnofret. Au registre inférieur, la défunte Inofre, en adoration – agenouillée et les bras levés -, loue la déesse dite La Dame des Cieux (céleste).

Renenoutet, le serpent qui nourrit en égyptien, protège la vie familiale et les nourrissons. Le rôle de Renenoutet auprès des enfants la rapproche des déesses Isis, Hathor et Thouéris, qui incarnent – entre autres – la maternité…

D’après la déesse Renenoutet, stèle de Mutnofret, calcaire peint, XIXe-XXe dynastie, Deir el-Médineh, Thèbes, Nouvel Empire ; Renenoutet, honorée par le scribe Nakhtimen, XIXe dynastie, époque de Ramsès II, Nouvel Empire ; et Renenoutet vénérée par Hornefer et Nebdjefaou, détail, relief d’un linteau en calcaire, vers 1290-1070 avjc, XIXe dynastie, Nouvel Empire ; Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

La déesse Isis et les divinités orientales de la fertilité
La déesse Isis peut encore se fondre avec la déesse mésopotamienne Inanna, déité de la fertilité, des moissons, de l’agriculture et protectrice des troupeaux, ou avec la divinité féminine aux épis de blé des sceaux d’Agadé… L’épouse d’Osiris s’assimile aussi à des divinités babyloniennes, telles Astarté et Ishtar, déesses de l’amour, de la sexualité et de la fécondité, tout comme Isis-Aphrodite…

D’après la déesse serpent Isis-Thermouthis, figurine en bronze, Amrit, Syrie, Ier-IIe siècle apjc, période Romaine ; et la déesse-serpent Isis-Thermouthis, figurine, terre cuite, Ie-IIIe siècle apjc, époque gréco-romaine, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Divinités de la végétation et déités serpents en Mésopotamie
Parmi les divinités du panthéon mésopotamien, Inanna incarne la fertilité des terres cultivées et celle des troupeaux. À l’époque des graveurs d’Agadé, la grande déesse – qui semble présider au renouveau de la nature et de la végétation – compte, parmi ses attributs, des épis de blé et des rameaux portant des bourgeons de végétaux.

D'après la déesse Taouret-Thouéris, associée au serpent, symbole de fertilité, statuette, faïence, Basse Époque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

D’après la déesse Taouret-Thouéris, associée au serpent, symbole de fertilité, statuette, faïence, Basse Époque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle) )

Dans l’iconographie sumérienne, on rencontre également des déités serpents et scorpions, associées au monde souterrain et à la fertilité du sol…

Voir aussi les articles Le Sacré en Mésopotamie : la grande déesse aux Épis et le puissant dieu-Soleil et La mosaïque culturelle de l’Orient antique (Les Arts du Levant, de la Mésopotamie et de l’Iran ancien, introduction)

LE NIL “ISSU DE SA PUISSANTE CAVERNE”…

Le dieu Nil Hâpy et le serpent
Le serpent est un animal associé au monde souterrain, au terreau fertile et, en Égypte, au Nil, fleuve divinisé sous la forme du dieu Hâpy. Cette divinité repose dans la grotte mythique des sources du fleuve, auprès d’un immense serpent, lui aussi assimilé au Nil…

Les artistes égyptiens représentent Hâpy sous les traits d’un dieu androgyne, dont le corps masculin porte deux seins nourriciers. Son ventre bien en chair et arrondi évoque l’abondance et la prospérité apportées par la crue bienfaisante du Nil. Le dieu porte un bouquet de plantes nilotiques sur la tête, avec notamment des papyrus et des nénufars-lotus…

D’après Hâpy, dieu Nil, qui déverse de l'eau, porte d’Hadrien, temple d’Isis de Philae, XXXe dynastie-époque romaine, Aguilkia, Assouan, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Hâpy, dieu Nil, qui déverse de l’eau, porte d’Hadrien, temple d’Isis de Philae, XXXe dynastie-époque romaine, Aguilkia, Assouan, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Hâpy inonde les champs que Rê a créés
Un hymne à Hâpy évoque la nature cachée du dieu Nil, issu de sa puissante caverne… Sur un relief du temple d’Isis de Philae (transporté sur l’île d’Aguilkia), dans la région d’Assouan, le dieu Nil muni de deux vases déverse l’eau salvatrice…

L’hymne à Hâpy déclare… Salut à toi, Hâpy, issu de la terre ; venu pour faire vivre l’Égypte ; Dont la nature est cachée, ténèbres en plein jour, pour qui chantent ses suivants ; Qui inonde les champs que Rê (dieu Soleil) a créés pour faire vivre tous les animaux ; …

Gonfle-toi, Hâpy…
… Qui rassasie la montagne éloignée de l’eau – ce qui tombe du ciel est sa rosée ; Aimé de Geb (dieu Terre), dispensateur de Nepri (le grain), qui rend florissants les arts de Ptah (dieu artisan et créateur souverain de Memphis) !…

Gonfle-toi, Hâpy, que l’on te fasse des offrandes… que l’on te rende tes bienfaits… Que l’on fasse des offrandes à tous les dieux, comme on l’aura fait pour Hâpy : encens, huile fine, boeufs à cornes longues ou courtes, volailles en holocauste, qu’a faits Hâpy issu de sa puissante caverne. On ne connaît pas son nom dans la Douat (le lieu que parcourt le Soleil au cours de son voyage nocturne), et les dieux ne peuvent le révéler…

D’après le dieu Hâpy, caverne mythique des sources du Nil, temple d’Isis, Philae, région d’Assouan, XXXe dynastie-époque romaine, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Les Deux Hâpy des sources du Nil
Parfois, les artistes représentent Hâpy sous la double figure de jumeaux. L’un est couronné de papyrus, symboles de la Basse-Égypte et de la région du Delta, au Nord. L’autre porte une coiffe de nénuphars-lotus, emblèmes de la Haute-Égypte, au Sud du pays.

La tradition égyptienne mentionne en effet deux lieux mythiques des sources du Nil, où Hâpy, dieu de la crue du fleuve issu de sa puissante caverne demeure caché…

Le premier est situé sous la première cataracte du Nil, non loin d’Éléphantine, en Haute Égypte, et le second près de Memphis, en Basse-Égypte, au Nord. Ainsi, Hâpy féconde les terres des rives du Nil depuis la région de la première cataracte jusqu’aux marais du Delta…

D’après les deux Hâpy, coiffes papyrus et nénufar-lotus, et le Sema-Taouy, temple de Ramsès II, 1292-1225 avjc, Nouvel Empire, Abou Simbel, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après les deux Hâpy, coiffes papyrus et nénufar-lotus, et le Sema-Taouy, temple de Ramsès II, 1292-1225 avjc, Nouvel Empire, Abou Simbel, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Lotus et papyrus
On retrouve les papyrus et les nénufar-lotus des deux Hâpy sur le Sema-Taouy, l’emblème du Double Pays. Ce symbole représente ces deux mêmes plantes nouées entre-elles.

Les bienfaits d’Hâpy se déploient donc sur les Deux Pays unifiés de l’empire égyptien. Le Sema-Taouy, symbole de paix et d’unité, figure souvent sur le trône des pharaons ou sur des représentations qui associent les dieux Horus et Seth ou Horus et Thôt, symbolisant ainsi l’équilibre du royaume d’Égypte et celui du Monde…

Hérodote et le Nil
L’historien grec Hérodote (vers 480 avjc) raconte dans ses écrits : … il est évident, rien qu’à voir, pour un homme judicieux, que la région de l’Égypte où les Grecs se rendent en bateau (le Delta) s’ajouta au pays des Égyptiens, un présent (un don) du fleuve (Nil)…

Les terres fertiles du Delta illustrent les bénédictions du riche limon du fleuve, et les marais rappellent le marécage primordial et mythique d’où émerge le Soleil, les dieux et la vie…

D’après les déesses Touaret-Touaris et Renenoutet-Thermouthis, stèle de Hay, calcaire, Deir el-Médineh, Thèbes, règne de Ramsès III, XXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après les déesses Touaret-Touaris et Renenoutet-Thermouthis, stèle de Hay, calcaire, Deir el-Médineh, Thèbes, règne de Ramsès III, XXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Déesses fécondes et nourricières
Une stèle vouée à Thouéris et à Renenoutet, provenant de la tombe de Hay, réunit la féconde déesse hippopotame et la déesse serpent nourricière. Chacune est identifiée par une inscription hiéroglyphique.

Les deux divinités arborent le disque solaire et les deux cornes de la vache d’Hathor, le signe Ankh, la Vie, et le sceptre Ouas, emblème de puissance. Dans sa dédicace, Hay, ouvrier artisan à Deir el-Médineh, mentionne aussi ses fils, Amennakht et Nebnefer, dont l’un est scribe et dessinateur…

LA DÉESSE ISIS ET LA SYMBOLIQUE DU SERPENT

Le dangereux serpent, menaçant ou protecteur
Souvent associé à la déesse Isis, le serpent est un animal chtonien, comme le scorpion. Si le reptile incarne les dangers du monde souterrain et funéraire, il symbolise aussi le terreau fertile d’où jaillira le renouveau de la végétation.

Par ailleurs, serpents et scorpions renvoient au grand pouvoir guérisseur de la déesse Isis, du jeune Horus (Harpocrate pour les grecs) et de Thôt, scribe des dieux et dieu de la Sagesse…

D’après la déesse-serpent Isis-Thermouthis, marbre, IIe siècle apjc, époque Romaine, Alexandrie, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la déesse-serpent Isis-Thermouthis, marbre, IIe siècle apjc, époque Romaine, Alexandrie, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le serpent est encore l’emblème de Ouadjet, déesse-cobra protectrice de la Basse-Égypte coiffée de la couronne Rouge du Nord. Le cobra qui fond sur ses proies se manifeste aussi sous la forme de l’uraeus protecteur, attribut royal au front des pharaons et des dieux. Et le serpent s’associe également à la déesse hippopotame, femelle pleine, Touaret-Touaris…

Le serpent primordial repose dans les Eaux du Noun
Par ailleurs, dans la mythologie égyptienne, le serpent primordial repose dans les Eaux du Noun, d’où émergent le Soleil et la Vie.

Mais, selon le Livre pour Sortir au Jour (dit Livre des Morts), le monde et les dieux peuvent retourner à l’état de Noun, sorte de chaos aquatique. Seul, Atoum (principe premier), transformé à nouveau en serpent, demeurera dans les Eaux, laissant imaginer alors la potentialité d’un nouveau commencement…

D’après Atoum-serpent et le dieu Bès, papyrus magique, écriture hiératique, vers 663-525 avjc, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Atoum-serpent et le dieu Bès, papyrus magique, écriture hiératique, vers 663-525 avjc, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Atoum-serpent et le dieu Bès
Un papyrus magique du Brooklyn Museum comporte des textes magiques illustrés, dont les sortilèges protègent des serpents et des scorpions. Les écritures en hiératique sont traitées en rouge et en noir. Atoum, sous la forme du serpent primordial, protège et présente l’enfant solaire ou royal…

On aperçoit aussi le dieu Bès, sous les traits d’une étrange déité ailée dite Bête à neuf têtes. Autour de lui, des tisons enflammés menacent d’anéantir les éventuels intrus. Bès s’associe en outre au cycle solaire nocturne. Il se manifeste comme un gardien vigilant qui protège la naissance de l’enfant Soleil. On le représente souvent en nain difforme et nu, affublé d’un visage mi-humain, mi-léonin.

D’après le dieu Bès et Atoum-serpent, protecteurs du jeune Soleil, et papyrus magique, vers 663-525 avjc, Basse Époque ; le dieu Bès, terre cuite, époque Ptolémaïque, Héracléion (antique Thonis), fouilles sous-marines, Alexandrie ; et le dieu Bès armé, statuette, terre cuite, Héracléion, fouilles sous-marines, Époque Ptolémaïque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le dieu Bès chasse les forces maléfiques…
À la Basse Époque, Bès prend un aspect très redoutable et peut se manifester sous la forme d’une créature à plusieurs têtes, pourvue de multiples ailes. Armés de nombreux gris-gris et objets protecteurs, le dieu nain brandit aussi des couteaux d’un air menaçant…

Les formules magiques du papyrus du Brooklyn Museum sont destinées à assurer la protection des femmes et des enfants, en particulier la nuit. Traditionnellement, Bès, dieu du foyer domestique d’apparence peu avenante, protège très efficacement de tous les dangers nocturnes…

D’après le dieu Bès, vase à fard, faïence bleue, vers 525 avjc, XXVIe dynastie, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le dieu Bès, vase à fard, faïence bleue, vers 525 avjc, XXVIe dynastie, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Des amulettes à l’effigie du dieu nain
Ainsi, Bès terrifie et chasse sans pitié les esprits maléfiques. Les amulettes à l’effigie du dieu nain possèdent donc une fonction apotropaïque (qui conjure mauvais esprits et mauvais sorts).

Bès, dieu-gardien, veille sur le sommeil et les rêves des femmes et des enfants. Le dieu nain, qui protège les femmes enceintes et aide les femmes en couches – comme la déesse hippopotame Taouret-Thouéris – joue aussi de la musique, danse, apporte de la joie…

D’après le duo Bès et Thouéris, qui protège la naissance du jeune roi, frise sculptée, Dendéra, Époque Ptolémaïque ; et le dieu Bès, vase, faïence, vers 663 – 332 avjc, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

LA DÉESSE HIPPOPOTAME TAOURET-THOUÉRIS

Parmi les divinités égyptiennes honorées pour obtenir leur puissante protection, figurent donc Taouret -Thouéris, la déesse hippopotame à tête de crocodile, protectrice des femmes enceintes, des accouchements et des enfants en bas âge… On la représente parfois accompagnée d’un serpent et munie des nœuds d’Isis…

D’après la déesse Taouret-Thouéris et les nœuds d’Isis, grauwacke poli, XXVIe dynastie dite Saïte, règne de Psammétique Ier, Karnak, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la déesse Taouret-Thouéris et les nœuds d’Isis, grauwacke poli, XXVIe dynastie dite Saïte, règne de Psammétique Ier, Karnak, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Les artistes représentent souvent Taouret-Thouéris munie des nœuds d’Isis, symboles d’énergie vitale et attributs particuliers de l’épouse d’Osiris. La déesse Isis donne la Vie… Voir aussi l’article La déesse Isis et les multiples visages de la déesse égyptienne

Pleine, l’hippopotame annonce une naissance…
Une image de la déesse hippopotame Taouret-Thouéris, accompagnée d’un cobra, rappelle le thème de la déité serpent Isis-Thermouthis. Le serpent s’identifie aux vertus nourricières du fleuve. Il symbolise aussi un pouvoir guérisseur…

En outre, auprès de la femelle hippopotame, son aspect redoutable se met au service de la protection de la déesse enceinte… Cette femelle pleine annonce une naissance…

Le serpent, l’hippopotame et le crocodile sont des bêtes sauvages qui vivent dans le Nil et dans les marécages. Dangereux dans la nature, ces animaux sont pourtant vénérés dans l’Égypte ancienne sous la forme des divinités qu’ils incarnent…

D’après la déesse hippopotame Taouret-Thouéris, et cobra, statuette en faïence, vers 663- 525 avjc, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la déesse hippopotame Taouret-Thouéris, et cobra, statuette en faïence, vers 663- 525 avjc, Basse Époque, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Des statuettes de Taouret-Thouéris dans les tombes
La déesse hippopotame Taouret – dont le nom grec Thouéris signifie la grande – devient très populaire à l’époque du Nouvel Empire, notamment à Thèbes. Mais, déjà, de nombreuses statuettes de Thouéris sont déposées auprès des défunts dans les tombes du Moyen-Empire et dans les sépultures de la Deuxième Période Intermédiaire.

TAOURET-THOUÉRIS PROTÈGE LES FEMMES ENCEINTES

Taouret-Thouéris, déesse hybride
Le plus souvent, Taouret-Thouéris est représentée avec une tête de crocodile. Mais sur certaines figurines, la déesse hippopotame arbore une tête de lionne, qui rappelle l’aspect terrible de la déesse Sekhmet.

Cependant, Sekhmet est aussi une grande déesse-mère, en particulier à Memphis, où elle trône au côté de son époux, le dieu artisan et créateur Ptah, qui façonne les êtres humains… Elle enfante le jeune dieu nénufar, Néfertoum, dont la symbolique évoque l’émergence de la Vie et la renaissance…

D’après deux figurines de la déesse Taouret-Thouéris à tête de lionne, faïence siliceuse, vers IVe siècle avjc-30 avjc, Basse Époque ; et  la déesse hippopotame Taouret-Thouéris et son sein nourricier, faïence, XXVIe dynastie, Basse Époque ; Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Thouéris-Hathor veille sur un accouchement
La déesse Taouret-Thouéris, divinité au ventre bien arrondi, prend donc la forme hybride d’une d’hippopotame à tête de crocodile – parfois léonine – qui se dresse sur des pattes de lion. Sur un relief du temple d’Hathor, à Dendéra, Thouéris s’identifie à Hathor, déesse de l’amour et de la fécondité, avec qui elle veille sur le bon déroulement d’un accouchement.

D’après Hathor-Thouéris, scène de parturiente, relief, temple d'Hathor, Dendéra, Époque Ptolémaïque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Hathor-Thouéris, scène de parturiente, relief, temple d’Hathor, Dendéra, Époque Ptolémaïque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Taouret-Thouéris et la puissance créatrice du crocodile
On peut voir le hiéroglyphe de l’accouchement dans le temple de Kom Ombo, au Sud de l’Égypte, qui comprend un double sanctuaire consacré aux dieu-faucon Harouéris (une forme du dieu Horus) et au dieu-crocodile Sobek.

Sobek, honoré aussi dans le Fayoum (cité antique de Crocodilopolis), est un dieu originel des eaux et de la fertilité, uni à la divinité solaire Rê sous le Moyen Empire.

Le crocodile représente aussi parfois le dieu Seth, sous son aspect dangereux et imprévisible, adversaire d’Horus, mais aussi protecteur de la barque solaire grâce à sa très grande force. Sous la forme de Sobek, cet animal du Nil évoque une puissance créatrice et fertile.

D’après la déesse Taouret-Thouéris et le dieu crocodile Sobek, fragment de stèle calcaire, époque Ptolémaïque ; le dieu crocodile Sobek coiffé du disque solaire, bronze, Basse Époque ; et le hiéroglyphe de l’accouchement, temple de Kom Ombo, Assouan, IIe siècle avjc, Époque Ptolémaïque, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Les femmes portent Taouret-Thouéris en amulette
Dans les maisonnées égyptiennes, Taouret-Thouéris figure parmi les divinités familiales protectrices, auprès du dieu Bès qui possède les mêmes vertus.

Les femmes portent la déesse hippopotame en amulette pour favoriser leur fécondité, protéger leurs grossesses, leurs accouchements et l’allaitement de leurs nourrissons. Taouret-Thouéris protège aussi les enfants en bas âge…

Taouret-Thouéris, déesse funéraire
Taouret-Thouéris joue également, semble-il, un rôle dans la symbolique funéraire… On la rencontre sur des représentations funéraires du Livre pour Sortir au Jour (dit Livre des Morts). Taouret-Thouéris annonce sans doute une renaissance…

Ainsi, sur le papyrus du Livre des Morts d’Ani, la déesse hippopotame à tête de crocodile se tient devant un autel chargé d’offrandes, alors qu’émerge la Vache Hathor d’un fourré de papyrus, symbole elle aussi de fécondité.

 D'après la déesse Taouret-Thouéris devant une table d'offrandes, et Hathor, en déesse Vache céleste, tombe d'Ani, papyrus Livre des Morts, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la déesse Taouret-Thouéris devant une table d’offrandes, et Hathor, en déesse Vache céleste, tombe d’Ani, papyrus Livre des Morts, XIXe dynastie, Nouvel Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Le dangereux mâle hippopotame…
Par ailleurs, les artistes égyptiens, très souvent inspirés par leur environnement naturel, représentent depuis longtemps des hippopotames. Mais si la femelle s’identifie à la fécondité et à la bienveillante Taouret-Thouéris, le mâle est considéré comme très dangereux.

On représente alors l’hippopotame sous forme d’amulette pour se prémunir de ses attaques destructrices, qui peuvent ruiner des récoltes, faire chavirer une barque ou tuer un homme… Parfois, comme le crocodile, on l’identifie à l’aspect violent et incontrôlable du dieu Seth.

Pourtant, l’hippopotame participe aussi à une symbolique de la renaissance et peut-être même de la guérison. Parmi les modèles d’hippopotames retrouvés, l’un d’eux provient de la tombe d’un médecin et représente un hippopotame portant un cobra sur son dos…

D’après l’hippopotame et le cobra, figurine en bronze, fin du Ier siècle- IIe siècle apjc, tombe d’un médecin, Bingen-am-Rhein, Allemagne, époque Romaine. (Marsailly/Blogostelle)

DES DÉCORS INSPIRÉS PAR LES MARAIS

Des figurines protectrices en faïence bleue
Sous le Moyen Empire, dans les tombes des hauts fonctionnaires notamment, on dépose des statuettes funéraires d’hippopotames, en terre émaillée, créées dans belle faïence bleue et brillante. Les décors, traités en noir brillant, varient d’une figurine d’hippopotame à l’autre.

Mais les motifs s’inspirent tous du milieu naturel nilotique auquel appartient l’animal, composé d’eau, de végétation et d’animaux. Ainsi, l’animal porte sur le dos et les flancs différentes plantes aquatiques, avec quelquefois des papillons et des oiseaux…

D'après un hippopotame, oiseau et plantes nilotiques, faïence bleue, vers 2033 - 1710 avjc, Moyen Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un hippopotame, oiseau et plantes nilotiques, faïence bleue, vers 2033 – 1710 avjc, Moyen Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Les marais, l’eau et la terre fertile
L’hippopotame rappelle donc les marais, l’eau et la terre fertile nourrie par la crue fertilisante du Nil. Par ailleurs, l’hippopotame qui surgit des eaux du fleuve évoque encore le Premier Jour, quand le Soleil surgit du Noun, océan ou marécage primordial…

Déposé dans certaines tombes luxueuses du Moyen Empire, l’hippopotame peut donc symboliser la future renaissance du défunt, une résurrection dans un au-delà qui reflète le milieu naturel des rives du Nil, mais aussi un environnement nourricier…

Sur le corps rondelet des hippopotames, les artistes dessinent fréquemment des fleurs de papyrus et de lotus – épanouies ou en bouton -, symboles de l’émergence de la Vie, de la naissance ou de la renaissance…

D’après un hippopotame, papyrus et oiseau, faïence, nécropole de Dra Abou el-Naga, Thèbes, Moyen Empire ; un hippopotame et papyrus, faïence bleue, nécropole de Dra Abou el-Naga, Thèbes, Moyen Empire ; et un hippopotame et plantes nilotiques, faïence bleue, Dra Abou el-Naga, tombe de Neferhotep, scribe du grand enclos, Thèbes, XIIIe dynastie, Moyen Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

On retrouve le thème de l’environnement nilotique dans l’élévation des temples égyptiens, dont les fûts des colonnes et les décors des chapiteaux évoquent la végétation des marais, en particulier les papyrus et les nénufars-lotus…

Ainsi, dans l’univers sacré de l’Égypte ancienne, chaque sanctuaire devient le symbole du marécage primordial d’où émerge la Vie, comme dans le temple d’Isis de Philae…

Voir aussi l’article Le Sacré en Égypte ancienne, un dieu solaire aux multiples facettes : le dieu Soleil Rê émerge du Noun, l’océan primordial…

D’après des hippopotames dans le Nil, peinture sur calcaire, barque de pêcheurs, Ve- IVe dynasties, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après des hippopotames dans le Nil, peinture sur calcaire, barque de pêcheurs, Ve- IVe dynasties, Ancien Empire, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

En Haute Égypte, au Sud, on élève un temple majestueux consacré à la déesse Isis-Hathor sur l’île de Philae, à l’époque des Nectanebo. Cette grande déesse égyptienne, épouse d’Osiris et mère d’Horus, se fond à la déesse Hathor. Face au sanctuaire de la déesse Isis, se trouve celui d’Osiris dans l’île de Biggeh…

Article suivant : Le Sacré en Égypte ancienne : la déesse Isis, icône universelle de Philae, et Osiris à Biggeh

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