L’art au XVIIIe siècle, les raffinements du style Rocaille

D'après l'art Rocaille, ouverture, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Le Rocaille : un art précieux, sensuel et luxuriant…

L’art au XVIIIe siècle (premier volet)… Le Siècle des lumières? Un siècle de littérature, de musique et d’arts précieux. Et, bien sûr… le siècle de la Révolution Française avec la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, à Paris. En France, au XVIIIe siècle, l’aristocratie se partage entre la vie à la Cour de Versailles et la vie en ville, à Paris. Les privilégiés les plus fortunés s’adonnent aux plaisirs d’un confort et d’un art de vivre luxueux. Les décors des demeures et des objets d’art atteignent alors un degré de raffinement inégalé… Morceaux choisis…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour mars 2019 –

D’après le décor Rocaille d'un cabinet, hôtel Dangé, vers 1750-1755 apjc, Paris, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le décor Rocaille d’un cabinet, hôtel Dangé, vers 1750-1755 apjc, Paris, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
Le XVIIIe siècle, en France : Louis XIV : 1638 – 1715. Régence de Philippe II, duc d’Orléans : 1715-1723 (minorité de Louis XV) – Louis XV : 1715 – 1774 – Louis XVI : 1774-1792 – Révolution Française 1789 – Première République. Convention : 1792-1795 (Robespierre, La Terreur 5 septembre 1793 – 28 juillet 1794) – Directoire : 1795 – 1799 – Consulat : 1799-1804 – Premier Empire : Napoléon Ier : 1804-1814.

Bloc- notes + Une œuvre philosophique? Candide ou l’Optimiste, de François Marie Arouet dit Voltaire (1694 – 1778) ; Des penseurs et philosophes? Denis Diderot, qui dirige L’Encyclopédie (1713-1784) avec D’Alembert ; Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), auteur Du contrat social ; L’Allemand Emmanuel Kant (1724-1804), auteur de La Critique de la raison pure (1781) ; Une femme de lettres ? Olympe de Gouges (1748-1793), auteur de la pièce contre l’esclavage Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage (1785)… Musique? Wolfgang Amadeus Mozart (1756 – 1791) ; Antonio Vivaldi (1678 -1741) ; Jean-Sébastien Bach (Johann Sebastian Bach, 1685- 1750) ; Georg Friedrich Haendel (1685 -1759)…

D’après une scène pastorale ornementale, de François Boucher, XVIIIe siècle, France, période Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une scène pastorale ornementale, de François Boucher, XVIIIe siècle, France, période Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)

L’ÉLÉGANCE RAFFINÉE DU STYLE ROCAILLE FRANÇAIS

Pour répondre aux aspirations d’une riche clientèle, les architectes et les décorateurs français du XVIIIe siècle conçoivent pour les demeures de vastes et luxueuses pièces d’apparat. Les artistes aménagent aussi des appartements privés, plus propices à l’intimité. Ces lieux de vie personnels, dont les proportions sont réduites, deviennent l’écrin d’un art de vivre raffiné, enrichi de précieux objets d’art et d’ornements à la mode du temps…

D’après un vase à anses dauphins, porcelaine tendre et bronze doré, signé du peintre Charles-Nicolas Dodin (selon Boucher), 1755, manufacture royale de Vincennes-Sèvres, style Rocaille, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un vase à anses dauphins, porcelaine tendre et bronze doré, signé du peintre Charles-Nicolas Dodin (selon Boucher), 1755, manufacture royale de Vincennes-Sèvres, style Rocaille, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

Bouquets naturels et fleurs séchées en pots-pourris
Au XVIIIe siècle, les fleurs sont très appréciées dans les intérieurs. En bouquet dans des vases, en bulbe dans des pots, séchées dans des pots-pourris ou encore façonnées en porcelaine, les fleurs s’intègrent dans les ensembles décoratifs.

Cet engouement pour les compositions florales se matérialise dans les créations de la manufacture royale de Vincennes-Sèvres… Comme un vase à anses dauphins, d’un beau bleu translucide, et composé de deux parties qui permettent de cultiver des bulbes de fleurs : en haut, le cornet reçoit les bulbes ; en bas, le gobelet contient de l’eau…

Le magnifique décor peint de ce vase est l’oeuvre de Charles-Nicolas Dodin, selon des modèles de François Boucher, le peintre favori de la marquise de Pompadour. Parmi les motifs peints, des petits Cupidons potelés s’amusent dans les nuages, l’un avec une guirlande de fleurs, l’autre avec une corbeille de raisin…

D’après un vase, anse dauphin, Cupidon et carquois, signé Charles-Nicolas Dodin (selon Boucher), porcelaine, 1755, manufacture de Vincennes-Sèvres, style Rocaille ; et des motifs décoratifs style Rocaille, dorures sur fond blanc ; XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

Les Cupidons et les roses de la déesse de l’Amour
Dessous, sur une face, apparaissent un carquois, des flèches et un arc, et de l’autre côté un sarment de vigne et des grappes… Le carquois, les flèches, l’arc et les Cupidons rappellent le thème des fêtes galantes, qui célèbrent Aphrodite-Vénus. Comme aussi la guirlande de roses que l’on peut voir par ailleurs sur la statue de la déesse de l’Amour sur le tableau d’Antoine Watteau, Pèlerinage à l’île de Cythère… La vigne et le raisin renvoient sans doute à la fête et à l’ivresse de l’amour…

Ce vase à dauphins symétriques, créé en 1754, illustre la manière de la manufacture de Vincennes, qui réalise divers modèles de pièces en porcelaine destinées à recevoir des fleurs d’intérieur. En outre, le créateur virtuose de ce vase à la forme sculpturale est sans doute Jean-Claude Duplessis, auteur novateur de nombreuses créations originales à Vincennes, puis à Sèvres…

D’après le décor Rocaille du cabinet de la méridienne de Marie-Antoinette, reine de France, palais de Versailles ; un portrait de Marie-Antoinette, dit à la Rose, par Élisabeth Louise Vigée Le Brun, 1783 ; XVIIIe siècle, France ; et des motifs décoratifs, ornements du style Rocaille, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Le style Rocaille dit aussi Louis XV
À cette époque, on considère le décor intérieur comme un ensemble… Ainsi, le dessin d’une commode ou d’un élément de mobilier reprend par exemple celui d’une boiserie… ou encore la couleur d’une bergère s’harmonise avec celle d’une tenture…

De plus, tous les accessoires de la vie quotidienne participent à ce goût pour un décor délicat et précieux, dit style Rocaille ou style Louis XV. On retrouve l’esprit stylistique Rocaille aussi bien à l’intérieur des résidences que dans les agencements extérieurs des jardins, avec fontaines, grilles, bassins, grottes artificielles, bosquets, sculptures…

Architecture, décoration, meubles, objets, tentures…, les artistes de toutes les spécialités innovent et impulsent un art de vivre de style français.

D'après une aiguière en porcelaine chinoise, monture en bronze, style Rocaille, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une aiguière en porcelaine chinoise, monture en bronze, style Rocaille, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Orfèvrerie, faïences, porcelaines, boiseries, dorures…, les ouvrages de style Rocaille – dit aussi style Rococo – se distinguent par la prédominance des lignes courbes, par des ornements inspirés de la nature, tels des motifs floraux, de feuillages, de coquillages, de roches aux formes complexes… On apprécie aussi les références exotiques à l’Extrême-Orient…

Un emploi intensif de la courbe et de l’arabesque
Le style Rocaille connaît un grand succès au cours du règne de Louis XV, roi de France entre 1715 et 1774, avant de s’évanouir peu après la disparition de ce souverain…

Influencé par l’art baroque des Pays-Bas et de l’Italie, le style Rocaille français se distingue par un emploi intensif de la courbe et de l’arabesque. Mais, en France, les artistes Rocaille évitent cependant de se laisser emporter dans des exubérances excessives…

D’après un motif de singerie, détail, cabinet des Fables, Le loup, le renard et le singe, hôtel Dangé, vers 1750-1755 apjc, Paris, XVIIIe siècle, style Rocaille, France. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un motif de singerie, détail, cabinet des Fables, Le loup, le renard et le singe, hôtel Dangé, vers 1750-1755 apjc, Paris, XVIIIe siècle, style Rocaille, France. (Marsailly/Blogostelle)

Les artistes français maîtrisent l’exploitation de la ligne sinueuse grâce, en particulier, à leur goût pour l’équilibre des parties et pour la symétrie qu’ils expriment avec un grand art. Une forme de rigueur assagit donc la richesse imaginative des compositions…

Néanmoins, ces artisans du Rocaille créent des éléments décoratifs qui laissent place à la fantaisie, avec notamment une profusion de motifs floraux et végétaux, des treilles, des rocailles… et des ornements inspirés par un exotisme théâtral, tels des singeries et des chinoiseries…

D’après un motif de singerie, cabinet des Fables, Le loup, le renard et le singe, hôtel Dangé, vers 1750-1755 apjc, Paris, XVIIIe siècle, style Rocaille, France ; et des motifs décoratifs, ornements du style Rocaille, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Voir aussi les articles Focus : La Galerie Dorée de l’Hôtel de La Vrillière-Toulouse, les Ors de l’art Rocaille et  Le fabuleux destin d’Élisabeth Vigée Le Brun, peintre et portraitiste au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle…

ON DÉGUSTE DU CHOCOLAT…

En France, on découvre le chocolat sous Louis XIII
Au XVIIIe siècle, le chocolat est en vogue… Les fèves de cacao, découvertes en Mésoamérique chez les Aztèques sont d’abord rapportées en Europe, au XVIe siècle, par le conquistador Hernán Cortés qui les ramène à la cour de Charles Quint en 1524.

Le cacao restera sous le monopole de l’Empire des Habsbourg jusqu’au début du XVIIe siècle. Puis, le chocolat se diffuse en Europe… En France, on découvre le chocolat grâce à l’infante d’Espagne, Anne d’Autriche, qui épouse le roi de France, Louis XIII, en 1615.

D'après Le déjeuner, détail, de François Boucher, 1739, XVIIIe siècle, France, période Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Le déjeuner, détail, de François Boucher, 1739, XVIIIe siècle, France, période Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)

Sous Louis XIV, le chocolat à boire se diffuse à Versailles
Au milieu du XVIe siècle, le chocolat, considéré comme une denrée de luxe, provoque la polémique à la Cour de France. Par la suite, au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, l’engouement pour le chocolat à boire se diffuse à Versailles…

C’est alors un excellent prétexte pour inciter les artistes à créer de magnifiques chocolatières qui, au XVIIIe siècle, sont de véritables objets d’art précieux et élégants, comme la chocolatière offerte par le roi de France Louis XV à son épouse Marie Leczinska…

Les chocolatières du XVIIIe siècle, qui arborent souvent une forme de poire, sont rehaussées sur trois pieds pour permettre de glisser, dessous, leur petit réchaud…

D’après une chocolatière et son réchaud, de l'orfèvre Henry-Nicolas Cousinet, argent doré, 1729, cadeau de Louis XV à la reine Marie Leczinska, style Rocaille, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une chocolatière et son réchaud, de l’orfèvre Henry-Nicolas Cousinet, argent doré, 1729, cadeau de Louis XV à la reine Marie Leczinska, style Rocaille, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

Une recette de chocolat du XVIIIe siècle…
Menon, écrivain culinaire du XVIIIe siècle, livre des recettes avec du chocolat dans un ouvrage de 1755, Les Soupers de la Cour ou l’Art de travailler toutes sortes d’aliments pour servir les meilleurs tables suivant les quatre saisons

Il écrit… Vous mettez autant de tablettes de chocolat que de tasses d’eau dans une cafetière et les faites bouillir à petit feu quelques bouillons ; lorsque vous êtes prêts à le servir, vous y mettez un jaune d’œuf pour quatre tasses et le remuez avec le bâton sur un petit feu sans bouillir…

Si on le fait la veille pour le lendemain, il est meilleur, ceux qui en prennent tous les jours laissent un levain pour celui qu’ils font le lendemain ; l’on peut à la place d’un jaune d’oeuf y mettre le blanc fouetté après avoir ôté la première mousse, vous le délayez dans un peu de chocolat de celui qui est dans la cafetière et le mettez dans la cafetière et finissez comme avec le jaune. (source BNF, Tome IV)

D'après Le déjeuner, détail, de François Boucher, 1739, XVIIIe siècle, France, période Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Le déjeuner, détail, de François Boucher, 1739, XVIIIe siècle, France, période Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)

L’art de la table devient du grand art…
Dès l’époque de la Régence de Philippe II, duc d’Orléans, (1715-1723), les privilégiés possèdent des pièces d’orfèvrerie pour un usage quotidien. Puis, les créations d’apparat évoluent sous Louis XV, à la fois plus pratiques et plus raffinées, pour embellir les déjeuners, petits-déjeuners et collations… L’art de la table devient du grand art…

Des pièces d’orfèvrerie d’exception
Au XVIIIe siècle, les membres de la noblesse font appel à des artistes orfèvres hautement qualifiés et créatifs pour réaliser des pièces exceptionnelles – dont des chocolatières – destinées à magnifier l’art de la table. Parmi les plus talentueux artisans, le maître orfèvre Henry-Nicolas Cousinet (vers 1700- 1768), très renommé à Paris, travaille au service de France Louis XV et de l’aristocratie…

D’après le nécessaire à thé, à café et à chocolat de Marie Leczinska, cadeau du roi Louis XV à son épouse, de l’orfèvre Henri-Nicolas Cousinet, 1729 ; avec des porcelaines de Chine et du Japon, sur monture argent doré ; dont un sucrier en porcelaine du Japon, monture argent doré ; période Rocaille, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

Thé, café et chocolat proviennent de loin
Au XVIIIe siècle, la qualité des créations des orfèvres français rayonne dans diverses cours d’Europe… La dégustation du thé, du café et particulièrement du chocolat est alors très en vogue.

Ces denrées luxueuses, qui proviennent de continents lointains – grâce au commerce avec les colonies – entretiennent le goût pour l’exotisme et pour la rareté, sur la table comme aussi dans les décors : bois exotiques, motifs exotiques…

Un cadeau de Louis XV à Marie Leczinska
En 1729, à la naissance du dauphin, le roi de France, Louis XV, offre à son épouse, Marie Leczinska, un nécessaire à thé, à café et à chocolat. Cet ensemble d’un grand raffinement comprend des porcelaines et une chocolatière en vermeil (argent doré)…

D'après le nécessaire à thé, à café et à chocolat de Marie Leczinska, cadeau du roi Louis XV à son épouse, de Henri-Nicolas Cousinet, 1729, style Rocaille, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le nécessaire à thé, à café et à chocolat de Marie Leczinska, cadeau du roi Louis XV à son épouse, de Henri-Nicolas Cousinet, 1729, style Rocaille, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

Le coffret offert par Louis XV à Marie Leczinska comporte, outre une chocolatière et son réchaud, d’autres pièces en vermeil (argent doré)… Notamment une boîte à thé, une boîte à café, une boîte à épices (on épice alors le chocolat chaud…), un moulin à café, un pot pour la crème en forme de coquille, un bougeoir, un passe-thé, une clochette, un entonnoir, une pince à sucre et une longue cuillère.

Des porcelaines de Chine et du Japon
Ce nécessaire à thé et à chocolat comprend aussi diverses pièces en porcelaines de Chine : deux bols à thé et leur soucoupe, une théière à motifs chinois, deux tasses et deux présentoirs montés sur vermeil, un sucrier en porcelaine du Japon.

Un chef-d’œuvre d’orfèvrerie
Par ailleurs, La chocolatière en argent doré s’accompagne d’un réchaud et d’un moussoir en ébène. Le moussoir est un ustensile de cuisine qui permet de faire mousser, de délayer ou de battre des œufs, de la crème ou du chocolat…

Cet ensemble de vaisselle, qui se trouve à l’origine dans le grand cabinet de la reine, au château de Versailles, peut également servir pour des voyages.

D’après la chocolatière et accessoires, vermeil (argent doré), de l'orfèvre Henry-Nicolas Cousinet, 1729, cadeau de Louis XV à la reine Marie Leczinska, style Rocaille, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la chocolatière et accessoires, vermeil (argent doré), de l’orfèvre Henry-Nicolas Cousinet, 1729, cadeau de Louis XV à la reine Marie Leczinska, style Rocaille, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

Chef-d’œuvre d’orfèvrerie, la chocolatière de Marie Leczinska porte un bec verseur en forme de dauphin. Et l’on retrouve le thème du dauphin sur ses trois pieds en référence au dauphin, fils du roi, (futur père de Louis XVI, de Louis XVIII et de Charles X), dont la célébration de la naissance a motivé ce cadeau du roi à la reine de France…

L’ART DE DE LA FAÏENCE ET DE LA PORCELAINE

Le nom de faïence désigne une poterie émaillée à la manière de Faenza… Il s’agit d’une poterie tendre et poreuse, que la présence d’oxyde d’étain dans la glaçure rend opaque. On fait la distinction entre les faïences dont le décor est cuit au grand feu et celles dont le décor est cuit au petit feu. En France, les manufactures de porcelaine de Vincennes et de Sèvres se distinguent…

D’après une marchande à ses comptes, porcelaine de Meissen, 1772, Saxe, Allemagne, XVIIIe siècle, période Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une marchande à ses comptes, porcelaine de Meissen, 1772, Saxe, Allemagne, XVIIIe siècle, période Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)

La faïence opaque et la porcelaine translucide
On invente le décor au petit feu, grâce à plusieurs cuissons successives, au XVIIIe siècle. Cette technique permet de fixer un plus grand nombre de couleurs sur la pièce, en particulier le rose, qui supporte mal une température très élevée. Le procédé au petit feu permet ainsi de décorer les pièces en faïence d’une manière comparable à celle des objets en porcelaine.

La faïence, qui présente une opacité veloutée, se distingue de la porcelaine à l’aspect translucide. Si la pâte de la porcelaine est blanche comme celle de la faïence, en revanche, sa glaçure est transparente et sa matière est vitrifiée dans la masse.

D’après des faïences : une soupière, Cupidon et dragon, vers 1755, Jacques Chapelle, manufacture de Sceaux ; une coupe pot-pourri, avec dragon, vers 1750-1755 Jacques Chapelle, manufacture de Sceaux ; et une fontaine-applique, le char d’Amphitrite, faïence, décor petit feu, fabrique de la veuve Perrin, Marseille ; France, XVIIIe siècle, période Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)

Les formes des faïences du XVIIIe siècle s’inspirent souvent de l’orfèvrerie, ce qui renforce l’aspect précieux de ces objets d’art de style Rocaille…

Des formes inspirées de l’orfèvrerie
À Strasbourg, la manufacture de Paul Hannong exploite pour la première fois la technique du petit feu pour des ornements de chinoiseries et pour des motifs floraux. Puis, d’autres fabriques adoptent aussi le décor au petit feu, comme la manufacture de la veuve Perrin, à Marseille, réputée pour ces camaïeux de vert, ou celle de Jacques Chapelle, à Sceaux.

On admire la porcelaine de Chine
À cette époque, les Occidentaux sont en admiration devant la qualité et la translucidité de la porcelaine de Chine… Au début du XVIIIe siècle, les réalisations en porcelaine dure de la manufacture de Meissen, dans la région de Saxe, en Allemagne, influencent l’ensemble de la production de porcelaine en Europe. En France, il faut attendre 1769 pour que l’on découvre le secret de la fabrication de la porcelaine dure…

D’après un vase, fleurs et paons, porcelaine dure de Meissen, à décor peint, vers 1750, Saxe, Allemagne, XVIIIe siècle, période Rocaille ; et une porcelaine chinoise, époque de Qianlong, vers 1735 -1796, dynastie Qing, Chine, monture bronze doré, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Des porcelaines à Vincennes et à Sèvres
Malgré le succès des porcelaines dures de Meissen, les porcelaines tendres (sans kaolin et avec une glaçure plombifère) continuent de séduire l’aristocratie française et de concurrencer les créations venues de Saxe… Les amateurs se fournissent dans les manufactures de Saint-Cloud, de Chantilly et de Vincennes.

Dans un premier temps, les artisans de la manufacture de Vincennes imitent les créations de Meissen. Puis, ils imaginent leurs propres décors, sous l’influence notamment d’artistes comme François Boucher et Jean-Jacques Bachelier. Ensuite, la fabrique de Vincennes, qui bénéficie de l’exclusivité du privilège royal depuis 1747, déménage à Sèvres en 1756.

La réputation des porcelaines de Sèvres…
Les créations françaises de porcelaines se multiplient… et les fonds colorés feront la réputation des porcelaines de Sèvres. Par ailleurs, seule la manufacture royale a le droit d’utiliser de l’or. Mais cette exclusivité sera contournée, plus tard, sous le règne de Louis XVI. Les manufactures parisiennes fleurissent alors grâce à d’illustres patronages, comme celui de la reine de France Marie-Antoinette…

D’après un pot-pourri en forme de gondole, porcelaine à pâte tendre, vers 1756–1757, objet de Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, manufacture de Sèvres, XVIIIe siècle, France, style Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un pot-pourri en forme de gondole, porcelaine à pâte tendre, vers 1756–1757, objet de Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, manufacture de Sèvres, XVIIIe siècle, France, style Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)

Un extraordinaire pot-pourri en forme de gondole
Un magnifique pot-pourri en forme de gondole, en porcelaine à pâte tendre, provient de la manufacture royale de Sèvres, alors en pleine renommée et considérée, à l’époque, comme la plus prestigieuse d’Europe et la plus influente…

Cette pièce a appartenu à Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, la première propriétaire de ce pot-pourri. Le décor de cette coupe est l’œuvre du peintre Charles-Nicolas Dodin. La belle couleur turquoise, la minutie du décor – peinture et dorures – et la complexité des formes font de cet objet d’art un chef-d’oeuvre. On retrouve le thème de l’Amour avec les Cupidons, un clin d’oeil, peut-être, à la relation entre Madame de Pompadour et Louis XV…

D’après un pot-pourri, cupidons, détail, porcelaine à pâte tendre, vers 1756–1757, objet de Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, manufacture de Sèvres, XVIIIe siècle, France, style Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un pot-pourri, cupidons, détail, porcelaine à pâte tendre, vers 1756–1757, objet de Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, manufacture de Sèvres, XVIIIe siècle, France, style Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)

Les trésors raffinés de Madame de Pompadour
C’est à l’âge de 24 ans, en 1745, que Jeanne-Antoinette Poisson, future marquise de Pompadour, devient la maîtresse du roi de France Louis XV… Durant les dix-neuf années que la marquise de Pompadour passe à la Cour, elle bénéficie d’un train de vie fastueux… et de quinze résidences. Le trésor royal règle la plupart de ses factures.

Vers 1750, Madame de Pompadour affiche son nouveau statut auprès du roi, non plus de maîtresse mais d’amie. Elle se fait représenter par le sculpteur Jean-Baptiste Pigalle sous les traits allégoriques de l’Amitié. Son visage, non idéalisé par le sculpteur, évoque la maturité de celle qui n’est plus une jeune femme…

D’après Madame de Pompadour, allégorie de l’Amitié, de Jean-Baptiste Pigalle, 1750-1753, château de Bellevue, bosquet de l'Amour, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Madame de Pompadour, allégorie de l’Amitié, de Jean-Baptiste Pigalle, 1750-1753, château de Bellevue, bosquet de l’Amour, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

La célébration de l’Amitié
La statue de Madame de Pompadour en allégorie de l’Amitié trouve sa place dans le parc du château de Bellevue, au centre d’un bosquet consacré à l’amour. Cette sculpture exprime la transformation de l’amour en amitié, pour pérenniser ainsi la relation entre la marquise et Louis XV…

Jean-Baptiste Pigalle respecte l’iconographie codifiée de la représentation de l’Amitié : la poitrine est découverte et les bras sont nus pour signifier la disponibilité et le désir d’aider ceux que l’on aime… Des fleurs de toutes les saisons symbolisent la permanence du sentiment de l’amitié et la pérennité de ce lien.

D’après L’Amour menaçant, d’Etienne- Maurice Falconet, Salon 1757, statue de marbre, provenant de l’hôtel d’Evreux, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)
D’après L’Amour menaçant, d’Etienne- Maurice Falconet, Salon 1757, statue de marbre, provenant de l’hôtel d’Evreux, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

La marquise favorise l’essor de la manufacture de Sèvres
Si Madame de Pompadour favorise l’essor de la manufacture de Sèvres, située non loin de son château de Bellevue, son rôle dans le domaine des arts est lié surtout à son désir de décorer ses résidences avec faste et raffinement…

Fidèle commanditaire de la manufacture de Sèvres – dont la réussite relève pour Louis XV d’une affaire d’état -, Madame de Pompadour s’attache à plaire au roi. Elle acquiert, à titre privé, un service de porcelaine comprenant 106 pièces, en 1753.

La marquise de Pompadour cesse tout achat de porcelaine de Meissen pour privilégier la production française. La maîtresse du roi possède ainsi plus de 2000 pièces de porcelaine de Sèvres…

D’après un pot-pourri, en forme de vaisseau à mât, de Charles-Nicolas Dodin, selon Jean-Claude Duplessis, porcelaine tendre et dorure, et détails chinoiserie et motif floral, manufacture de Sèvres, XVIIIe siècle France, période Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)

Un pot-pourri en forme de vaisseau avec son mât, de Charles-Nicolas Dodin, provient de la chambre à coucher de la marquise de Pompadour, installé à l’origine sur une cheminée, à l’hôtel d’Evreux. Sa couleur rose a inspiré l’expression rose Pompadour, une épithète inconnue en France, mais provenant sans doute d’Angleterre…

Madame de Pompadour en protectrice des arts et des lettres…
Maurice-Quentin de La Tour réalise un portrait d’apparat de la marquise de Pompadour, présenté au Salon de 1755. Ce grand pastel affiche des dimensions exceptionnelles (hauteur 1,77 mètres, largeur 1,31 mètres, musée du Louvre).

L’artiste travaille trois années durant pour réaliser son chef-d’oeuvre… avant de recevoir en paiement mille louis d’or, une somme considérable à cette époque.

Madame de Pompadour, musicienne, feuillette une partition de musique. Elle s’adonne aussi à la gravure, avec auprès d’elle une estampe et un carton de feuilles. Femme lettrée, la maîtresse du roi est entourée de livres, notamment La Henriade, de Voltaire, De l’esprit des lois, de Montesquieu, et l’Encyclopédie, de Diderot et d’Alembert, grands penseurs du XVIIIe siècle…

D’après la marquise de Pompadour, de Maurice-Quentin de La Tour, Salon de 1755, pastel, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la marquise de Pompadour, de Maurice-Quentin de La Tour, Salon de 1755, pastel, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

Sur le pastel de Maurice-Quentin de La Tour, la décoration intérieure raffinée rappelle que la marquise de Pompadour fait appel au plus talentueux artistes et artisans de son temps… Bref, sur cette composition grandiose, la marquise de Pompadour apparaît comme une protectrice des arts et des lettres…

La marquise de Pompadour protège d’ailleurs ses artistes favoris, comme le peintre François Boucher ou le sculpteur Etienne-Maurice Falconet… Elle semble apprécier aussi l’art pictural de Carle Van Loo et de Jean-Baptiste Oudry.

Voir aussi les articles Pause lecture : Voltaire, l’art de la Tolérance à l’époque des lumières (Le livre : extrait du Traité sur la tolérance de Voltaire : Prière à Dieu) ; Focus :  Pèlerinage à l’île de Cythère, d’Antoine Watteau  (Une fête galante sous l’égide de la déesse Aphrodite).

Les artistes français du XVIIIe siècle se distinguent en élaborant le style Louis XV dit Rocaille, un art de Cour… Par ailleurs, à cette époque, on célèbre la beauté, l’Amour et ses détours…  Le peintre François Boucher apparaît comme la figure de proue de cet élan artistique Rocaille, qui inspire les beaux-arts comme les arts décoratifs…

Article suivant, bientôt :  L’art au XVIIIe siècle, le style Rocaille sous Louis XV magnifie la vie de Cour…

Consulter Le sommaire L’Art au XVIIIe siècle

Consulter Le sommaire du BLOG

Commenter ?

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.