D'après l'art au XVIIIe siècle, du Rocaille au Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle)
XVIIIe SIÈCLE

L’art au XVIIIe siècle, du Rocaille au courant Néoclassique, les artistes illustrent leur temps

De Louis XIV à Louis XVI, le style Français évolue…

L’art au XVIIIe siècle (quatrième volet)… Au siècle des Lumières, l’art, la langue et les pensées venues de France se diffusent en Europe, où l’économie connaît un nouvel essor. En Angleterre, on inaugure une moderne monarchie parlementaire… En France, sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, les styles artistiques évoluent, marqués notamment par le goût d’un retour aux modèles antiques et par les évocations de l’Orient. La reine Marie-Antoinette, qui aime les arts, favorise les commandes… Morceaux choisis…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour avril 2019 –

D’après Callisto, nymphe de Diane sortant du bain, de Joseph-Marie Vien, 1763, huile sur toile, XVIIIe siècle, France, style Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Callisto, nymphe de Diane sortant du bain, de Joseph-Marie Vien, 1763, huile sur toile, XVIIIe siècle, France, style Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
Le XVIIIe siècle apjc en France : Louis XIV :  1638 -1715. Régence de Philippe II, duc d’Orléans : 1715-1723 (minorité de Louis XV) –  Louis XV : 1715 – 1774  –  Louis XVI : 1774-1792 – Révolution Française 1789 – Première République. Convention : 1792-1795 (Robespierre et La Terreur 5 septembre 1793 – 28 juillet 1794)  – Directoire : 1795 -1799 – Consulat : 1799-1804 – Premier Empire : Napoléon Ier : 1804-1814.

L’ART FRANÇAIS À L’ÉPOQUE DE LOUIS XVI ET MARIE-ANTOINETTE

Sous le règne de Louis XVI, le goût pour les arts de Marie-Antoinette joue un grand rôle… Des membres de la noblesse et les frères du roi, comme le comte d’Artois, passent des commandes auprès des mêmes fournisseurs que la reine de France. Un  retour à un classicisme, souvent agrémenté de couleur et de fantaisie, et un goût pour l’Antique sont en vogue sous le règne de Louis XVI…

D’après une Vestale, de Claude Michel dit Clodion, marbre, 1770, XVIIIe siècle, France, style Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après une Vestale, de Claude Michel dit Clodion, marbre, 1770, XVIIIe siècle, France, style Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle)

Peinture, sculpture, art mobilier, décors, les artistes néoclassiques, sous le règne de Louis XVI, s’inspirent des modèles antiques et de la culture gréco-romaine…

Les ébénistes adoptent une sobriété classique
Jean-Henri Riesener crée un secrétaire à cylindre pour Marie-Antoinette. Livré en 1784, ce meubles est destiné au cabinet intérieur de l’un des appartements de la reine de France au château des Tuileries.

L’ébéniste réalise un bâti de chêne et de sapin, magnifié par un placage de sycomore, d’amarante, de bois de rose et d’autres bois polychromes. Il orne aussi sa création de bronze doré. Ce chef-d’oeuvre illustre le style néoclassique, en France, dans l’art du mobilier à l’époque du roi Louis XVI.

D’après un secrétaire à cylindre de Marie-Antoinette, de Jean-Henri Riesener, 1784, pour le château des Tuileries, Néoclassique, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un secrétaire à cylindre de Marie-Antoinette, de Jean-Henri Riesener, 1784, pour le château des Tuileries, Néoclassique, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Ébénistes et ornemanistes délaissent alors les lignes sinueuses, les courbes et les complexités de l’art Rocaille à la mode sous Louis XV pour revenir à une expression artistique plus classique et plus sobre, inspirée par l’antique…

Des motifs décoratifs inspirés de l’art gréco-romain
En 1748, le roi de Naples, Charles III, se fait construire un palais dans un style antique. Par ailleurs, on publie des recueils d’archéologie qui rendent compte des fouilles effectuées en Italie, notamment à Herculanum et à Pompéi… Ainsi, la culture et l’esthétique gréco-romaines vont nourrir l’esprit néoclassique…

De nouveaux motifs décoratifs font donc leur apparition dans les décors et sur des objets d’art, comme les cannelures, qui rappellent les colonnes doriques de l’art grec, ainsi que des éléments en forme de lyre… Les artistes abandonnent les arabesques et les guirlandes du style Rocaille… et on apprécie particulièrement les motifs pompéien et étrusque…

D’après une table à écrire de Marie Antoinette, château de Saint-Cloud, d’Adam Weisweiler, 1784, Paris, chêne, ébène, laque, nacre, bronze doré, France, XVIIIe siècle, Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une table à écrire de Marie Antoinette, château de Saint-Cloud, d’Adam Weisweiler, 1784, Paris, chêne, ébène, laque, nacre, bronze doré, France, XVIIIe siècle, Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle)

L’art néoclassique d’Adam Weisweiler
Né en Rhénanie, Adam Weisweiler s’établit au faubourg Saint-Antoine, à Paris, où il crée des cabinets-secrétaires, des consoles, des tables, des guéridons… L’artiste ébéniste donne à ses meubles raffinés des lignes à la fois fines et dynamiques. Ses créations sont souvent ornées de laques et de porcelaines.

Ce maître ébéniste devient le fournisseur de la Cour de France, de la Reine de Naples, de la belle-fille de Catherine II, la Grande Duchesse Marie Feodorovna. L’artiste travaille encore pour la haute aristocratie française ou anglaise à la fin du XVIIIe siècle, puis sous l’Empire napoléonien…

D’après une table à écrire de Marie Antoinette, d’Adam Weisweiler, motif de chinoiserie sur le plateau et pieds à caryatides, 1784, Paris, château de Saint-Cloud, chêne, ébène, laque, nacre, bronze doré, France, XVIIIe siècle, Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle)

La table à écrire de Marie Antoinette
Pour La table à écrire de Marie Antoinette, l’ébéniste Adam Weisweiler (1744 – 1820) conçoit un panneau qui se relève pour former un pupitre. En 1789, ce meuble d’esprit sobre et néoclassique (cannelures, guirlandes romaines, pieds à pilastres-caryatide…) se trouve dans le cabinet intérieur de Marie-Antoinette, au Château de Saint-Cloud.

L’artiste réalise un bâti en chêne, utilise un placage d’ébène, de la laque, de la nacre, du bronze doré et de l’acier… Il orne aussi la table de la reine de caryatides. L’extrême finesse des montants de ses meubles et le grand art de la ciselure du bronze doré distingue l’art d’Adam Weisweiler. L’artiste se démarque encore des autres ébénistes grâce à une exploitation fréquente de panneaux de laque du Japon…

D’après un cabinet-secrétaire, avec porcelaine de Sèvres, Adam Weisweiler, 1787, Paris, France, XVIIIe siècle, Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle) 
D’après un cabinet-secrétaire, avec porcelaine de Sèvres, Adam Weisweiler, 1787, Paris, France, XVIIIe siècle, Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle)

Des essences de bois et de la porcelaine de Sèvres
Par ailleurs, Adam Weisweiler magnifie un cabinet-secrétaire, conservé au Metropolitan Museum of Art of New York, grâce à une composition en porcelaine de Sèvres. Il réalise ce meuble précieux et élégant en chêne, plaqué de thuya, d’amarante, d’acajou, de bois de satin (buis de Chine) et de houx. En outre, ce cabinet-secrétaire comporte du métal peint, des médaillons de jaspe, du marbre et des montures en bronze doré…

Or et camée à l’antique
L’orfèvre Charles Ouizille crée pour la reine Marie Antoinette une cassolette en or, agate et jaspe. Le socle de cet objet d’art, situé à l’origine dans un cabinet intérieur, à Versailles, porte des miniatures de Jacques-Joseph de Gault, peintes à la gouache et mises sous verre, dont le sujet s’inspire des camées antiques.

D’après une cassolette, à miniatures peintes, réalisée pour Marie Antoinette, de Charles Ouizille et Jacques-Joseph de Gault, vers 1784-1785, Paris, en or, agate, jaspe ; le cabinet turc du comte d’Artois, frère de Louis XVI, palais du Temple, Paris, ; et un fauteuil à turqueries, de Georges Jacob, noyer doré, 1777, cabinet turc du comte d’Artois, palais du Temple ; Paris, France, XVIIIe siècle, période Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle)

Les turqueries sont à la mode…
Au XVIIIe siècle, le goût pour l’exotisme oriental se propage grâce aux résidences de la reine Marie-Antoinette et celles du comte d’Artois. On installe des boudoirs turcs à Versailles et à Fontainebleau…

Les arts décoratifs comme le mobilier illustrent la vogue des turqueries, jusque dans les créations de la manufacture de Sèvres où l’on peint des figures de Turcs sur des porcelaines, ainsi que sur les tentures tissées aux Gobelins. Amédée Van Loo y donne notamment des cartons pour la tenture Le Costume turc.

D’après La Toilette de la sultane, Tenture du costume turc, Charles Amédée Philippe Van Loo, 1774, château de Compiègne, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après La Toilette de la sultane, Tenture du costume turc, Charles Amédée Philippe Van Loo, 1774, château de Compiègne, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Le cabinet turc du comte d’Artois
Le comte d’Artois installe un cabinet turc dans son palais prieural du Temple. C’est en 1777 que lui est livré du mobilier, dont deux canapés dits des sultanes, deux fauteuils, quatre chaises… Les bois sont fournis par l’ébéniste Georges Jacob et sont sculptés de motifs aux notes orientales, mêlant palmettes, croissants et feuilles de lauriers…

Le renouvellement des formes et le grand soin porté à la passementerie distingue la création de ce mobilier original. L’incurvation des dossiers et des pieds des fauteuils annoncent déjà le style Empire, initié par Georges Jacob…

Le sculpteur Clodion flatte un esprit libertin
De son côté, le sculpteur Claude Michel, dit Clodion (1738 – 1814) réalise un chef-d’œuvre monumental pour le baron de Besenval. Ce personnage, l’un des familiers de la reine Marie Antoinette, magnifie ainsi la salle de bain de sa demeure.

D’après Vénus et les nymphes désarmant l'Amour, Léda séduite par Jupiter en cygne, bas-relief, de Clodion, 1782, marbre, hôtel de Besenval, Paris, France XVIIIe siècle, Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Vénus et les nymphes désarmant l’Amour, Léda séduite par Jupiter en cygne, bas-relief, de Clodion, 1782, marbre, hôtel de Besenval, Paris, France XVIIIe siècle, Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle)

Un très grand relief sur le thème des Métamorphoses
Clodion compose un très grand relief (de 3,23 mètres de long sur 1,03 mètres de large), sculpté dans de la pierre de tonnerre (marcassite, un minerai). Le sujet mythologique de ce relief s’inspire des Métamorphoses de l’auteur latin Ovide (43 avjc – 17 ou 18 apjc).

Les scènes représentent notamment Vénus et les nymphes désarmant l’Amour, Léda séduite par Jupiter transformé en cygne, le tout en pleine nature. À l’origine, l’ensemble de ce décor comprend deux longs bas-reliefs encadrés par deux vases et une statue de naïade allongée au-dessus d’un bassin.

Le second bas-relief évoque le dieu Pan poursuivant la nymphe Syrinx sous le regard de l’Amour (Cupidon). Syrinx se transforme en roseaux pour échapper aux ardeurs du dieu de la fécondité qui, ainsi, fabriquera la flûte de Pan

D’après une Bacchante portée par Bacchus et un faune, terre cuite de Clodion, 1795 ; et Pan poursuivant Syrinx sous le regard de l’Amour, bas-relief, marbre de Clodion, 1782, hôtel de Besenval, Paris ; France XVIIIe siècle, Néoclassique. (Marsailly/Blogostelle)

Par ailleurs, spécialiste de groupes en terre cuite d’inspiration galante, Clodion répond au goût de baron de Besenval pour l’art de son temps. L’artiste flatte, en particulier, un esprit libertin qui apprécie les attraits féminins. Le style artistique de Clodion renvoie à celui de la Renaissance du XVIe siècle, dont va se nourrir le premier néoclassique français…

L’ENGOUEMENT AU XVIIIe SIÈCLE POUR LE STYLE FRANÇAIS

Au XVIIIe siècle, l’engouement pour la langue et la culture française font de Paris la capitale d’un nouvel art de vivre et de penser, à caractère universel. On y dicte la morale et les modes… Si le modèle français de la monarchie selon Louis XIV perdure en Europe, de nouvelles conceptions voient le jour. Les artistes et les objets d’art circulent, les styles évoluent…

 D’après L'Apothéose d'Hercule, de François Lemoyne, fresque, 1733-1736, époque Louis XV, salon d'Hercule, Versailles, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)
D’après L’Apothéose d’Hercule, de François Lemoyne, fresque, 1733-1736, époque Louis XV, salon d’Hercule, Versailles, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

Le 26 septembre 1736, le roi de France Louis XV inaugure l’œuvre du peintre François Lemoyne réalisée pour magnifier le Salon d’Hercule du palais de Versailles…

La mise en scène d’Hercule par François Lemoyne…
Le style Louis XV se démarque semble-t-il de celui de son prédécesseur, Louis XIV, roi Soleil pour qui les arts sont au service de la glorification royale et de la monarchie absolue. Avec Louis XV, l’esthétique artistique semble l’emporter sur la politique quand, derrière l’allégorie d’Hercule, se cache non plus la personne royale, symbolisée elle par Jupiter, mais le sujet, qui est au service de son roi et de sa nation…

Sur sa fresque, François Lemoyne met en lumière Hercule, alors que Jupiter, souverain de l’Olympe et roi des dieux, paraît se faire plus discret…

D’après L’Apothéose d’Hercule, de François Lemoyne, fresque, 1733-1736, époque Louis XV, salon d’Hercule, Versailles, XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

La langue française devient un passe-partout
En France, au XVIIIe siècle, après les ambitions militaires d’expansion de Louis XIV, c’est maintenant le rayonnement de la culture et de la langue française qui prévaut. Ainsi, Frédéric II de Prusse (de la dynastie des Hohenzollern) explique…

La langue française est devenue un passe-partout qui vous introduit dans toutes les maisons et dans toutes les villes. Voyagez à Lisbonne, à Saint-Pétersbourg et de Stockholm à Naples en parlant le français : vous vous faites entendre partout… 

D’après la Galerie Dorée du château de Charlottenburg, achevé en 1699, époque de Sophie Charlotte de Hanovre, reine de Prusse, Berlin, Allemagne, fin XVIIe siècle ; et la Galerie Dorée, Hôtel La Vrillière-Toulouse (banque de France), Paris, France, XVIIe-XVIIIe siècle, style Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)

L’Europe françoise du marquis de Caraccioli
En 1777, le marquis Louis-Antoine de Caraccioli, polygraphe (auteur non spécialisé aux sujets variés) et voyageur, publie un ouvrage intitulé Paris, le modèle des nations étrangères, ou l’Europe françoise

Le caractère universel de ce nouvel art de vivre à la française se diffuse dans un espace géographique européen nouveau lui aussi. L’ouverture des frontières facilite grandement les échanges culturels, artistiques et philosophiques, ce qui distingue le XVIIIe siècle…

Versailles, symbole du style français…
Par contre, le château de Versailles, achevé à la fin du XVIIe siècle, reste au XVIIIe siècle un symbole de la monarchie absolue de Louis XIV et de l’excellence de l’art français…

À la mort de Louis XIV, en 1715, la Cour délaisse Versailles pour Vincennes, puis gagne Paris. Au cours de cette période d’abandon, le responsable des lieux obtient néanmoins de maintenir le spectacle des Grandes Eaux tous les quinze jours… Voir aussi l’article La Galerie Dorée de l’Hôtel de Toulouse, les Ors de l’art Rocaille

D’après la galerie des Glaces, château de Versailles, achevée en 1684, peintures et dorures, style Rocaille, France, fin XVIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Louis XIV, Louis XV, Louis XVI…
Si le tsar Pierre le Grand se rend à Versailles à deux reprises, en 1717, il faut attendre juin 1722 pour que le jeune roi Louis XV revienne, à sa demande, au château de Versailles. En 1725, Louis XV épouse Marie Leszczynska. Il achève les travaux entrepris par son bisaïeul.

Dans le palais Versailles, Louis XV fait aussi aménager de nombreux cabinets dans des espaces de petites dimensions pour préserver davantage d’intimité à sa personne. Passionné de botanique, Louis XV dit le bien aimé enrichit encore les jardins du château de Versailles et fait bâtir le Petit Trianon pour sa favorite, Madame de Pompadour…

L’architecte Ange-Jacques Gabriel construit cet édifice dans un style classique inspiré par l’antique… qui se démarque des complexités Rocaille, dont le maître incontesté reste François Boucher, dessinateur, décorateur et peintre…

D’après le Petit Trianon, château de Versailles, architecte Ange-Jacques Gabriel, 1768, Louis XV pour Madame de Pompadour, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le Petit Trianon, château de Versailles, architecte Ange-Jacques Gabriel, 1768, Louis XV pour Madame de Pompadour, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

L’esprit des Lumières distingue la Nation du roi
Plus tard, Louis XVI vit lui aussi à Versailles où il réalise surtout des aménagements intérieurs… Le dernier roi de France, petit fils de Louis XV, est influencé par les écrits de Fénelon (François Armand de Salignac de La Mothe Fénelon, essayiste et homme d’église) et par la philosophie des Lumières, qui notamment distingue la nation du roi.

Un point de vue qui révolutionne la conception traditionnelle de la monarchie française… En octobre 1789, Louis XVI et Marie-Antoinette quittent Versailles, définitivement, pour Paris et les Tuileries. La Cour ne reviendra jamais en ces lieux…

D’après les appartements et le cabinet garde-robe de Louis XVI, château de Versailles, France, XVIIIe siècle, style Rocaille. (Marsailly/Blogostelle)

Artistes et objets d’art circulent en Europe…
Les artistes et les objets d’art circulent aisément en Europe. Des sculpteurs et des peintres français essaiment dans les grandes capitales de l’Europe : Parme, Madrid, Dresde, Berlin, Stockholm, Copenhague, Saint-Pétersbourg…

Les architectes français construisent beaucoup de monuments, en particulier en Allemagne, où les nombreuses principautés rivalisent, fascinées par le faste et les ors du château de Versailles. Des convois de meubles et d’objets d’art partent de Paris pour aller magnifier de riches résidences jusqu’en Pologne et en Russie…

D’après la table de Breteuil, dite aussi de Teschen, de Johann Christian Neuber, 1780, cadeau au Baron de Breteuil, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la table de Breteuil, dite aussi de Teschen, de Johann Christian Neuber, 1780, cadeau au Baron de Breteuil, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Un chef-d’œuvre d’orfèvrerie unique
La Table de Breteuil, dite aussi Table de Teschen, est offerte en 1780 au diplomate français Louis Charles Auguste Le Tonnelier, baron de Breteuil, qui joue un rôle important dans la signature du traité de Teschen entre la France et la Russie. Ces deux nations se portent garantes de la paix entre l’Autriche et la Prusse pour mettre fin à la guerre de la Succession de Bavière…

Orfèvre réputé de la cour de Saxe, Johann Christian Neuber crée La Table de Breteuil, un chef-d’œuvre en bronze doré sur âme de bois. Pour magnifier ce meuble-joyau, l’artiste virtuose procède à l’incrustation de 128 éléments de pierres fines. Sur le plateau ovale, l’orfèvre place des médaillons en porcelaine de Saxe, qui représentent des allégories de la paix.

D’après la table de Breteuil, dite aussi de Teschen, de Johann Christian Neuber, 1780, bois, bronze doré, pierres fines, médaillons de porcelaine, cadeau au Baron de Breteuil, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

En outre, un livret daté de 1780 précise l’identification de chacune des pierres qui composent la précieuse mosaïque de cette table-bijou. L’ensemble des matériaux réunis sur La Table de Breteuil évoque un cabinet minéralogique, ainsi que le goût pour les sciences naturelles qui se développe au siècle des Lumières.

L’EUROPE DU XVIIIe SIÈCLE CONNAÎT UN ESSOR ÉCONOMIQUE

Le mouvement des Lumières naît dans un contexte social et économique dynamique, qui se distingue par l’ascension de la bourgeoisie, le progrès des sciences et des techniques, une amélioration de la production, des communications et des échanges. Les populations s’accroissent. Et, en Angleterre, on inaugure une monarchie parlementaire…

D’après Le Chariot du Marché, du peintre Thomas Gainsborough, 1786, Angleterre, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Le Chariot du Marché, du peintre Thomas Gainsborough, 1786, Angleterre, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

La modernité de la monarchie parlementaire anglaise
À l’aube du XVIIIe siècle, grâce à sa monarchie parlementaire et à son goût pour la liberté d’entreprise, l’Angleterre devient un exemple de modernité politique et industrielle. Un modèle admiré en France, notamment par Voltaire et Montesquieu.

Le théoricien et économiste écossais Adam Smith (1723-1790) pose alors les jalons du libéralisme et publie un ouvrage fondateur en 1776, La Richesse des nations. Mais certains despotes éclairés européens aspirent à affirmer leur souveraineté absolue tout en développant l’économie de leur royaume. En France, Voltaire et Montesquieu défendent le renforcement d’un pouvoir parlementaire…

D’après un portrait d’Adam Smith, XVIIIe siècle, gravure au pointillé de MacKenzie, pour l’édition Chapman de La Richesse des Nations,1805 ; et Montesquieu en habit de parlementaire, du peintre Claude Duflos, selon une sculpture de Clodion, estampe, entre 1750 et 1800, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Rousseau : Le peuple Anglais pense être libre…
Jean-Jacques Rousseau, de son côté, semble plus critique sur le modèle anglais : La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point… ainsi Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires; ils ne peuvent rien conclure définitivement…

Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle; ce n’est point une loi. Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort; il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement: sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien.

D’après Jean-Jacques Rousseau, de Jean-Antoine Houdon, vers 1779, terre cuite, XVIIIe siècle, Néoclassique, France. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Jean-Jacques Rousseau, de Jean-Antoine Houdon, vers 1779, terre cuite, XVIIIe siècle, Néoclassique, France. (Marsailly/Blogostelle)

Le modèle de la monarchie française
Si Voltaire (1694 -1778) et Montesquieu (1689-1755) défendent le renforcement du pouvoir des corps intermédiaires, Parlement ou Assemblée, le modèle de la monarchie française élaborée auparavant par Colbert et Louis XIV continue de séduire certains souverains européens…

Comme Frédéric II de Prusse, l’empereur autrichien Joseph II, la tsarine Catherine II de Russie ou encore le marquis de Pombal, homme politique du Portugal… La diffusion de la langue française a contribué à la circulation du modèle français élaboré sous Louis XIV…

Les frontières se stabilisent en Europe
Au début du XVIIIe siècle, les frontières en l’Europe atteignent un point d’équilibre grâce aux traités d’Utrecht, qui mettent fin à la guerre de succession d’Espagne : le 1er novembre 1700, le roi d’Espagne Charles II meurt sans descendance. Issu de la dynastie autrichienne des Habsbourg, il lègue sa couronne au duc d’Anjou, petit-fils du roi de France Louis XIV, alors couronné à Madrid sous le nom de Philippe V.

D’après Louis XV en Jupiter, marbre, du sculpteur Nicolas Coustou, 1731 ; le roi Louis XV, de Maurice-Quentin de La Tour, Salon de 1748, pastel ; et le Louis XIV, portrait officiel du Roi-Soleil, en costume de sacre à fleurs de lys, de Hyacinthe Rigaud, 1701, début XVIIIe siècle, France. (Marsailly/Blogostelle)

La géographie de la France quasi achevé…
Une guerre de succession s’ensuit, remportée finalement par Louis XIV (1638 -1715), qui signe alors des traités séparés avec l’Angleterre, les Provinces-Unies, la Savoie, le Portugal et la Prusse (1713). De son côté, Philippe V d’Espagne traite avec l’Angleterre et le duc de Savoie (1713), les Provinces-Unies (1714) et le Portugal (1715)… La stabilité perdure dans l’Ouest de l’Europe jusque aux guerres révolutionnaires. Le dessin géographique de la France est alors quasi achevé…

À l’Est, la Russie, la Prusse et l’Autriche…
À l’Est de l’Europe, les évolutions sont plus aléatoires, avec le partage de la Pologne qui bouleverse l’ancienne confédération de grands domaines. L’Angleterre attire à elle les îles Britanniques et prend pied sur le continent grâce à son union avec la dynastie princière allemande de Hanovre. La Prusse acquiert de son côté une puissance de plus en plus grande et la Russie, de Pierre Ier à Catherine II, s’intègre alors dans la civilisation européenne…

D’après Louis XVI en habit de sacre, de Antoine-François Callet, huile sur toile, 1775, Versailles, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Louis XVI en habit de sacre, de Antoine-François Callet, huile sur toile, 1775, Versailles, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

En Autriche : l’impératrice Marie-Thérèse et Joseph II…
L’Espagne est dépossédée de ses protectorats en Italie et aux Pays-Bas au bénéfice de l’Autriche. L’Autriche, par ailleurs, enlève aux Turcs 300 000 kilomètres carrés de territoires dans la région du Danube. Au XVIIIe siècle, l’Autriche est menée par l’impératrice Marie-Thérèse. Son fils et successeur, Joseph II, met en place une politique dite “ progressiste” et anticléricale… qui s’inscrit déjà dans la mouvance qui conduira à la Révolution française.

L’Italie, comme l’Allemagne, est morcelée en plusieurs petits états territoriaux. Coexistent alors les États de l’Église, la République de Gêne et celle de Venise – qui sont des républiques oligarchiques contrôlées par quelques riches familles – le royaume du Piémont, le duché de Milan et celui de Parme.

Une bourgeoisie montante s’appuie sur la philosophie des Lumières
Si, au XVIIIe siècle, la société doit compter de plus en plus avec une bourgeoisie montante et influente, surtout en Angleterre, puis petit à petit en France, la rupture des barrières de la hiérarchie sociale reste encore modeste. Mais la bourgeoisie de l’époque s’applique à participer à la vie intellectuelle, économique et politique.

D’après le Jeune Garçon avec un livre, frère cadet de l'artiste, de Jean-Baptiste Perronneau, 1740, huile sur toile, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le Jeune Garçon avec un livre, frère cadet de l’artiste, de Jean-Baptiste Perronneau, 1740, huile sur toile, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Le jeune Garçon avec un livre de Perronneau évoque l’importance de l’étude et du savoir…

Une expression de la valeur individuelle
L’art du portrait de Jean-Baptiste Perronneau (1715-1783), peintre et graveur, comme aussi le talent du grand sculpteur Jean-Antoine Houdon expriment alors une prise de conscience de la valeur individuelle de l’être humain…

Ainsi, Jean-Baptiste Perronneau représente des personnalités de son temps, comme Gabriel Huquier, graveur, éditeur, marchand d’estampes et collectionneur. Perronneau, qui travaille à l’huile ou au pastel, représente son maître, Huquier, tel un penseur. Et Huquier décrit ainsi l’art de son élève : la légèreté de la touche, la fraîcheur du coloris et le caractère du dessein

D’après Marie Arouet dit Voltaire, de Jean-Antoine Houdon, 1778 ;  le graveur Gabriel Huquier, de Jean-Baptiste Perronneau, Salon 1747, pastel ; et un portrait d’homme, de Jean Baptiste Perronneau, 1766, huile sur toile, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Houdon transcende la figure de Voltaire
De son côté, Jean-Antoine Houdon excelle en figurant l’individualité de Voltaire qu’il rencontre à Paris, en février 1778, alors que le philosophe, déjà assez âgé, revient pour un dernier triomphe avec la représentation de sa pièce Irène à la Comédie française. Voltaire s’éteint quelques mois plus tard, le 30 mai 1779…

Si Jean-Antoine Houdon représente Voltaire dans la réalité de la vieillesse, le sculpteur s’attache aussi à évoquer la vivacité d’esprit du philosophe, malgré des traits décharnés, des lèvres pincées, des cheveux devenus rares qui parsèment ses tempes et son cou…

En outre, Houdon transcende son personnage grâce à un sourire ironique, qui semble défier la mort et le temps, à des yeux plissés, qui n’ont rien perdu de leur acuité, et à un large front dont les rides expressives expriment une vive intelligence… Voir aussi l’article Voltaire, l’art de la Tolérance à l’époque des Lumières

D’après Louise Brongniart, de Jean-Antoine Houdon, 1779, marbre, fille de l'architecte Brongniart, terre cuite, Salon de 1777, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Louise Brongniart, de Jean-Antoine Houdon, 1779, marbre, fille de l’architecte Brongniart, terre cuite, Salon de 1777, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Des sujets traités à l’antique mais très réalistes
Artiste célèbre et apprécié, Houdon multiplie les exemplaires de ses oeuvres dans des matériaux différents, marbre et terre cuite notamment. Son buste de Voltaire du musée d’Angers, la tête sans perruque, sans épaules et sans drapé, illustre le renouveau, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, du style à l’antique, imprégné cependant d’une touche très réaliste…

Dans ce même esprit, Houdon sculpte les enfants d’Alexandre-Théodore Brongniart, architecte néoclassique, ou encore Benjamin Franklin (1706 – 1790), qui fréquente alors les salons parisiens et versaillais. Houdon figure le diplomate américain coiffé au naturel, sans perruque et sobrement vêtu, fidèle à l’image de simplicité et de vertu que cultivait ce personnage…

D’après Benjamin Franklin, de Jean-Antoine Houdon, 1778, buste en terre cuite, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Benjamin Franklin, de Jean-Antoine Houdon, 1778, buste en terre cuite, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

L’Europe de François Guizot : l’universalité du libre examen
François Guizot (1787 – 1874), historien, homme politique et académicien français, explique dans son Histoire de la civilisation en Europe (1828) : le caractère qui me frappe dans l’état de l’esprit humain au XVIIIe siècle, c’est l’universalité du libre examen…

L’auteur précise encore : la religion, la politique, la pure philosophie, l’homme et la société, la nature morale et matérielle, tout devient à la fois un sujet d’étude, de doute, de système ; les anciennes sciences sont bouleversées, les sciences nouvelles s’élèvent. C’est un mouvement qui se porte en tous sens…

Au XVIIIe siècle, en France, l’implication de la bourgeoisie dans la vie de la nation mûrit… jusqu’à aboutir à une prise de pouvoir à la fin du siècle. La bourgeoisie cultivée s’appuie sur les philosophes des Lumières pour défendre ses idées, mais aussi ses intérêts…

D’après La lecture chez Diderot, gravure Louis Monziès, 1888, France, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après La lecture chez Diderot, gravure Louis Monziès, 1888, France, XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

La propagation des modes et des styles nouveaux s’accompagne, au siècle des Lumières, de la diffusion de la pensée, des idées et des textes. Les frontières de l’esprit s’élargissent… Les philosophes européens de l’époque défendent la diffusion du savoir. Montesquieu défend le principe parlementaire, Rousseau, Diderot et Voltaire exaltent la liberté, chacun à sa manière…

Article suivant : À l’époque des Lumières, les frontières de l’esprit s’élargissent… 

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Bloc- notes + Une œuvre philosophique? Candide ou l’Optimiste, de François Marie Arouet dit Voltaire (1694 – 1778) ; Des penseurs et des philosophes? Denis Diderot, qui dirige L’Encyclopédie (1713-1784) avec D’Alembert ; Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), auteur du Du contrat social ; L’Allemand Emmanuel Kant (1724-1804), auteur de La Critique de la raison pure (1781) ; Une femme de lettres ? Olympe de Gouges (1748-1793), auteur de la pièce Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage (1785), contre l’esclavage. Musique? Wolfgang Amadeus Mozart (1756 – 1791) ; Antonio Vivaldi (1678 -1741) ; Jean-Sébastien Bach (Johann Sebastian Bach, 1685- 1750) ; Georg Friedrich Haendel (1685 -1759)…

Bloc-notes + Le salon d’Hercule, Versailles, époque Louis XV ; journals.openedition.org/crcv/14793 ; et chateauversailles.fr

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