D'après Diderot, Les Lumières, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
XVIIIe SIÈCLE

L’art au XVIIIe siècle, à l’époque des Lumières, les frontières de l’esprit s’élargissent…

XVIIIe siècle : portraits de philosophes

L’art au XVIIIe siècle (cinquième volet)… La propagation des modes et des styles nouveaux s’accompagne, au Siècle des Lumières, de la diffusion de la pensée, des idées et des textes. Les frontières de l’esprit s’élargissent… Les philosophes européens de l’époque défendent la diffusion du savoir… En France, Montesquieu, Rousseau, Diderot et Voltaire exaltent l’esprit des Lumières et le souffle de la liberté, chacun à sa manière… Et les artistes immortalisent les philosophes…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière révision avril 2019 –

D'après La Liseuse, de Jean-Honoré Fragonard, 1770-1772, huile sur toile, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après La Liseuse, de Jean-Honoré Fragonard, 1770-1772, huile sur toile, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
Le XVIIIe siècle, en France : Louis XIV : 1638 – 1715. Régence de Philippe II, duc d’Orléans : 1715-1723 (minorité de Louis XV) – Louis XV : 1715 – 1774 – Louis XVI : 1774-1792 – Révolution Française 1789 – Première République. Convention : 1792-1795 (Robespierre, La Terreur 5 septembre 1793 – 28 juillet 1794) – Directoire : 1795 – 1799 – Consulat : 1799-1804 – Premier Empire : Napoléon Ier : 1804-1814.

L’ESPRIT DES LUMIÈRES EXALTE LA RAISON ET LE PROGRÈS

Si l’esprit des Lumières connaît un fort engouement en France, porté par des penseurs tels Montesquieu, Diderot, Voltaire, Rousseau…, il s’épanouit aussi en Angleterre, sous le nom de age of Enlightenment, et aussi en Allemagne, sous la forme du mouvement dit Aufklärung, qui tend notamment à distinguer philosophie et théologie. La Nature, l’être humain, la Raison et la tolérance apparaissent comme des fondamentaux…

 D’après L'Europe savante, allégorie, de Jean-Jacques Bachelier, huile sur toile, 1762, Salon 1763, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après L’Europe savante, allégorie, de Jean-Jacques Bachelier, huile sur toile, 1762, Salon 1763, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Le titre complet de L’Europe savante, une allégorie de l’excellence culturelle de la France : L’Europe Sçavante, désignée par les découvertes qu’on y a faites dans les Sciences & dans les Arts. Le Roi qui les encourage, y est représenté. Le (L)ouvre, qui est leur Sanctuaire, termine l’Horison (horizon).

Une révolution de la réflexion
Ainsi, la correspondance littéraire parisienne de l’homme de lettres Friedrich Melchior Grimm se destine à toute l’Europe. Les Allemands Gotthold Ephraim Lessing, écrivain et dramaturge, et Johann Wolfgang Goethe, écrivain, poète et critique d’art, traduisent Diderot.

Le philosophe Emmanuel Kant se penche sur les œuvres du scientifique Isaac Newton et du philosophe anglais David Hume… Il s’intéresse aussi particulièrement à la pensée du Français Jean-Jacques Rousseau qui, selon lui, l’a mis sur le droit chemin, provoquant chez lui une révolution de la réflexion

D’après Goethe dans la campagne romaine, de Johann Heinrich Wilhelm Tischbein, 1787, huile sur toile, Allemagne, style néoclassique ; un portrait du philosophe Emmanuel Kant, de Johann Gottlieb Becker, 1768, huile sur toile ; et un portrait de Lessing, de la peintre Anna Rosina Lisiewska, vers 1767-1768, Allemagne ; XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Effervescence intellectuelle
Le XVIIIe siècle se distingue donc par une effervescence intellectuelle inédite, dont l’esprit de curiosité touche à tous les domaines de la connaissance…

La liberté de pensée et l’importance de l’expérimentation deviennent le credo des philosophes, des savants et des personnalités des lettres, qui, par ailleurs entretiennent des correspondances épistolaires (via des lettres) dans toute l’Europe…

On repense la place de l’homme dans le monde…
À cette époque, on s’intéresse à la diversité du vivant, on progresse dans les domaines de la physique et de la chimie, on lance des expéditions pour découvrir des terres inconnues jusqu’alors, des livres et des journaux alimentent le débat d’idées… et l’on repense la place de l’homme dans le monde…

D’après le portrait de Madame Du Châtelet (marquise Du Châtelet), École française, château de Breteuil, Choisel, XVIIIe siècle ; La lecture chez Diderot, peinture de Jean-Louis Ernest Meissonier, gravure Louis Monziès, estampe, 1888 ; et un portrait de Denis Diderot, détail, de Louis-Michel Van Loo, 1767 apjc, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Au XVIIIe siècle, de nombreuses personnalités sont représentées par les artistes lisant ou entourées de livres, ou encore installées à une table de travail pour écrire ou étudier… Une estampe du XIXe siècle, intitulée La lecture chez Diderot, illustrent L’esprit des lumières…

Madame du Châtelet, femme des Lumières
En France, Madame du Châtelet (Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet), femme de sciences, maîtresse et amie de Voltaire, incarne, elle aussi, l’esprit des Lumières… Cette admiratrice des travaux d’Isaac Newton (physicien mathématicien et astronome anglais, 1642-1727), passionnée par la vie et par l’étude, souhaite rendre accessible au plus grand nombre les travaux scientifiques qu’elle estime importants.

Malgré les critiques de ses contemporains Madame du Châtelet évoque dans ses ouvrages les travaux de ses aînés et cherche à faciliter pour un large public la compréhension des écrits scientifiques difficiles à saisir…

Si certains revirements de sa pensée irritent parfois Voltaire, Madame du Châtelet participe pourtant aux grands débats d’idées de son époque, mais en se gardant des querelles et des polémiques…

D’après Olympe de Gouges, aquarelle et inscription : Elle s'était offerte pour défendre Louis XVI, auteur anonyme, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Olympe de Gouges, aquarelle et inscription : Elle s’était offerte pour défendre Louis XVI, auteur anonyme, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Olympe de Gouges :  les “droits de la femme et de la citoyenne”
Parmi les femmes de lettres du XVIIIe siècle, Olympe de Gouges prend position contre l’esclavage et, déjà avant la Révolution, assume ouvertement ses convictions abolitionnistes et féministes…

En septembre 1791, Olympe de Gouges fait paraître la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qui rappelle que la femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. (Plus d’infos dans un article à venir…)

Opposée à Robespierre et aux Montagnards, qu’elle accuse de vouloir instaurer une dictature et auxquels elle reproche des violences aveugles, (1793-1794) , elle meurt sur l’échafaud le 3 novembre 1793, et victime de la Terreur…

MONTESQUIEU, ROUSSEAU, VOLTAIRE, DIDEROT…

En France, Montesquieu, Rousseau, Voltaire, Diderot… Ces philosophes, traduits et commentés en Europe, exaltent tous la raison humaine qui, selon eux, génère le progrès…

D’après Montesquieu et son œuvre, L’Esprit des lois, statue en marbre, de Clodion (Claude Michel), Salon de 1783, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Montesquieu et son œuvre, L’Esprit des lois, statue en marbre, de Clodion (Claude Michel), Salon de 1783, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Montesquieu, feuilletant son livre De l’Esprit des lois, figure dans l’apparat de sa dignité de parlementaire…

En France, Montesquieu, philosophe de l’Histoire et personnalité fondatrice de la science politique, défend la pratique parlementaire… Rousseau, qui milite pour un contrat social, théorise la souveraineté du peuple et la liberté…  Voltaire, qui défend la libre pensée, la tolérance et le droit au bonheur, rejette le dogmatisme… Diderot, qui dirige l’Encyclopédie, promeut le savoir et les sciences …

LE BARON DE LA BRÈDE DIT MONTESQUIEU

Des Lettres persanes à la mode orientale
Charles-Louis de Secondat de La Brède, baron de La Brède, dit Montesquieu (1689-1755), devient membre de l’Académie des sciences de Bordeaux en 1716. Il conseille le Régent au début du XVIIIe siècle…

Première œuvre et premier succès d’ampleur de Montesquieu, Les Lettres persanes, écrites entre 1717 et 1720, sont publiées, à Amsterdam, sous couvert de l’anonymat en 1721, avant qu’il reconnaisse en être l’auteur, d’autant que l’écrivain fréquente les salons parisiens…

En 1724, Montesquieu publie Le Temple de Gnide, un poème licencieux en prose. Les Lettres persanes forment un roman épistolaire et satirique à la mode orientale (les personnages sont persans). Dans cette étude des mœurs, écrite avec beaucoup d’esprit, l’auteur critique, voire tourne en ridicule, ses contemporains, y compris le roi et le pape…

D’après L’Esprit des lois, de Montesquieu, publié en 1748, volume I, édition originale ; un buste de Montesquieu, ovale sur pyramide et figures allégoriques, estampe, 1755, Recueil, collection Michel Hennin ; et Montesquieu, portrait, estampe, gravure B. L. Henriquet ; France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Montesquieu voyage…
En 1728, l’écrivain est élu à l’Académie française, avant de voyager plusieurs années en Europe, où il séjourne en Autriche, en Hongrie, en Italie, en Allemagne, en Hollande et en Angleterre… Après ce tour d’Europe, le penseur écrit Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, publié en 1734.

Parmi les ouvrages majeurs de Montesquieu, qui mêlent histoire, politique et sociologie, figure L’Esprit des lois, que l’auteur publie anonymement en 1748. Il évoque dans ce livre l’histoire du droit et ses idéaux démocratiques, mais le pape en interdit la lecture en 1751… Entre 1726 environ et 1754, l’écrivain consigne ses réflexions, ses expériences et ses notes dans un recueil intitulé Pensées

L’étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts, n’ayant jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture ne m’ait ôté. (Montesquieu, Mes pensées, Gallimard, la Pléiade)

D’après Montesquieu en buste, ivoire, de Jean-Claude-François-Joseph Rosset dit Rosset père, vers 1770, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Montesquieu en buste, ivoire, de Jean-Claude-François-Joseph Rosset dit Rosset père, vers 1770, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Un modèle parlementaire dans L’Esprit des lois
Dans L’Esprit des lois, Montesquieu, qui s’inspire du modèle parlementaire anglais et du philosophe John Locke, propose de répartir le pouvoir législatif grâce à l’exercice de deux assemblées…

Une assemblée de membres du peuple pour créer la loi (dite chambre basse, chambre des députés ou Communes), et une seconde assemblée de nobles chargés de corriger la loi (dite sénat ou chambre haute, telle la chambre des Lords anglaise). Montesquieu propose en outre de confier le pouvoir judiciaire à des juges renouvelés à chaque procès…

Par ailleurs Montesquieu participe à la rédaction de l’Encyclopédie de Diderot, pour laquelle il écrit notamment un article intitulé Goût. En 1750, Montesquieu rédige encore la Défense de l’Esprit des Lois, dans lequel il théorise la séparation des pouvoirs.

Le philosophe continue de travailler jusqu’à la fin de sa vie, pour l’amour du Genre humain et de Dieu, à qui il consacre cet amour…

JEAN-JACQUES ROUSSEAU

Pour Rousseau : il n’y a pas de liberté sans Lois
Jean-Jacques Rousseau collabore à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Ce penseur s’intéresse à diverses disciplines, telles la critique sociale, la théorie politique, la morale, l’autobiographie et la théologie.

D’après un portrait de Jean-Jacques Rousseau, de Maurice Quentin de La Tour, 1764, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un portrait de Jean-Jacques Rousseau, de Maurice Quentin de La Tour, 1764, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Rousseau exprime sa pensée de différentes manières, grâce au discours, au traité et au conte philosophique, au roman, à la confession, au théâtre, ou encore à la composition musicale… Cependant, le cœur et l’unité de son œuvre multiple concentre une réflexion sur la liberté…

Le pacte social selon Rousseau…
Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout

Dans Le Contrat social, Rousseau déclare que L’homme est né libre et partout il est dans les fers… Et il précise qu’il n’y a pas de liberté sans Lois ni où quelqu’un est au-dessus des Lois… Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux Lois, mais il n’obéit qu’aux Lois…

D’après Jean-Jacques Rousseau, de François Masson, 1798-1799, plâtre, face et profil, pour une sculpture monumentale au jardin des Tuileries, et le monument en pierre, 1799, destiné aux Tuileries, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Un philosophe monumental…
Sur le projet en plâtre d’une œuvre monumentale de François Masson, commandée en 1798 pour les Tuileries, Jean-Jacques Rousseau, est accompagné d’une mère allaitant son nourrisson et d’Émile, son personnage principal dans son traité L’Emile ou De l’éducation  (1762).

Sur le socle, des bas-reliefs évoquent quelques importants ouvrages du philosophe, tels Le Contrat social (1762) et La Nouvelle Héloïse (1761), ainsi que le triomphe du penseur à l’Académie de Dijon. Une scène illustre aussi son amour de la musique et de la nature…

D'après Jean-Jacques Rousseau, de François Masson, monument en pierre, 1799, destiné aux Tuileries, XVIIIe siècle, (Marsailly/Blogostelle)
D’après Jean-Jacques Rousseau, de François Masson, monument en pierre, 1799, destiné aux Tuileries, XVIIIe siècle, (Marsailly/Blogostelle)

Le sculpteur François Masson affectionne les sujets classiques… À partir de 1793, il travaille à Paris, où ses œuvres mythologiques, présentées au Salon de l’Académie, rencontrent du succès. Masson reçoit alors d’importantes commandes, parmi lesquelles, en 1799, un groupe statuaire monumental dédié à Jean-Jacques Rousseau, destiné au jardin du palais des Tuileries…

L’homme est né libre et partout il est dans les fers…

La liberté de citoyen
Un peuple est libre, quelque forme qu’ait son Gouvernement, quand dans celui qui le gouverne il ne voit point l’homme, mais l’organe de la Loi… Dans son Contrat social, Rousseau explique que l’individu abandonne sa liberté naturelle pour sa liberté de citoyen, déterminée par le Moi collectif… Le penseur ajoute que dans les Républiques les magistrats sont les ministres, non les arbitres des lois :  ils doivent les garder, non les enfreindre…

D’après Jean-Jacques Rousseau, assis à l'antique, terre cuite, auteur anonyme, 1791, France, XVIIIe siècle, (Marsailly/Blogostelle)
D’après Jean-Jacques Rousseau, assis à l’antique, terre cuite, auteur anonyme, 1791, France, XVIIIe siècle, (Marsailly/Blogostelle)

Rousseau subit la censure
L’Émile ou De l’éducation (1762), comme aussi le Contrat social, sont immédiatement censurés par les autorités, qui reprochent à Rousseau sa remise en question des conceptions religieuse, notamment celle du péché originel

Dans Julie ou La Nouvelle Héloïse (1761) le philosophe raconte, sous une forme épistolaire, la passion impossible entre un précepteur roturier, Saint-Preux, et son élève Julie, fille du baron d’Étange. Ce roman, qui défend l’abolition des classes en passant par le sentiment amoureux, dégage un parfum pré-révolutionnaire…

Rousseau exalte la nature, la solitude, la liberté…
Rousseau évoque la liberté originelle de l’être humain à l’état de nature, la liberté du solitaire plongé dans sa rêverie et traite de la liberté politique fondée sur le contrat social.

L’écrivain philosophe, défenseur de la liberté, théoricien de la république, met en lumière ce qui unit égalité et liberté. Précurseur du romantisme, il exalte la nature et la solitude…

D’après l’ouvrage Du contrat social ou Principes du droit politique, de Jean-Jacques Rousseau, 1762, France ; Rousseau en costume arménien, de Allan Ramsay, peintre écossais, 1766, huile sur toile ; et Jean-Jacques Rousseau, de Maurice Quentin de La Tour, Salon de 1753, XVIIIe siècle, (Marsailly/Blogostelle)

Pourtant, ce philosophe des Lumières est incompris de ses pairs… Paradoxal, il fait l’éloge de la solitude mais aussi du sens civique.

Rousseau exalte la nature originelle mais aussi les vertus civilisatrices de la société du contrat. Et encore, provocateur, Rousseau dénonce l’idée de progrès, dédaigne l’histoire, refuse la notion cosmopolite…

FRANÇOIS MARIE AROUET DIT VOLTAIRE

Voltaire, écrivain, poète et philosophe
François Marie Arouet dit Voltaire (1694 – 1778), l’un des philosophes des Lumières les plus importants, a connu une vie mouvementée. Il s’engage au service de la liberté… Ce travailleur insatiable, qui séjourne en Angleterre et en Prusse, édifie une œuvre considérable qui touche à tous les domaines…

D’après François Marie Arouet dit Voltaire, à 24 ans, écrivain et philosophe, détail, de Nicolas de Largillière, 1718, Château de Versailles, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après François Marie Arouet dit Voltaire, à 24 ans, écrivain et philosophe, détail, de Nicolas de Largillière, 1718, Château de Versailles, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Écrivain passionné, Voltaire rédige des récits et des tragédies, Œdipe (1718), Zaïre (1732), Mahomet (1742) ; et renouvelle le genre historique, La Henriade (1728), L’histoire de Charles XII (1731), Le siècle de Louis XIV (1751)…

Voltaire rédige encore un Essai sur les mœurs (1741) ; écrits des œuvres philosophiques, Lettres philosophiques (1734), Traité sur la tolérance (1763), Dictionnaire philosophique (1764) ; compose des poèmes philosophiques et satiriques, Poème sur le désastre de Lisbonne (1756).

Voltaire revisite aussi le conte avec Zadig (1747), Candide (1759), Micromégas (1752), L’ingénu (1767)…

Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes… (Voltaire Traité sur la tolérance, Prière à Dieu)

D’après le thème des lumières, Éléments de la philosophie de Newton, mis à la portée de tout le monde, par Voltaire, traduction Émilie Du Châtelet, 1738; le buste de Voltaire, du sculpteur Jean-Antoine Houdon, 1778 apjc, marbre ; et François Marie Arouet dit Voltaire, à 24 ans, écrivain et philosophe, de Nicolas de Largillière, 1718 apjc, Château de Versailles ; France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Un esprit critique et une plume pointue
Voltaire s’élève notamment contre le cléricalisme et prône la tolérance religieuse.

Le philosophe défend encore le droit des êtres humains au bonheur. Son vif esprit critique, sa plume pointue et son réel engagement pour défendre ses convictions font de lui un penseur averti des lumières…

Le déisme de Voltaire
Voltaire soutient une forme de déisme, selon lequel la raison peut accéder à la connaissance de l’existence de Dieu, mais sans pouvoir en déterminer les attributs.

Le philosophe combat la religion révélée et le dogme. Il soutient une conception spirituelle qui se résume à l’existence d’un être suprême, ordonnateur du monde, mais dont la nature reste inaccessible à l’esprit humain…

D’après Voltaire âgé, de Jean-Antoine Houdon, statue en marbre, 1781, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Voltaire âgé, de Jean-Antoine Houdon, statue en marbre, 1781, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Voltaire : Il faut cultiver notre jardin
Extrait de Candide ou L’Optimiste (‎1759)… Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles ; car enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de Mlle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’Inquisition…,

si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches… – Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin…

D'après le buste de Voltaire, modèle de Jean-Antoine Houdon, plâtre, signé F.P.Houdon 1780, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le buste de Voltaire, modèle de Jean-Antoine Houdon, plâtre, signé F.P.Houdon 1780, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Dans Candide Voltaire aborde divers sujets, tels la tyrannie et la liberté politique, le dogmatisme fanatisme et la religion, l’obscurantisme ignorant et la connaissance, la fatalité et le bonheur, l’esclavage et la liberté… Voir aussi la rubrique Pause lecture : Voltaire, l’art de la Tolérance à l’époque des Lumières (Extrait du Traité sur la tolérance de Voltaire : Prière à Dieu).

En outre, pour ce philosophe des lumières, tous ces thèmes s’inscrivent au sein d’une vaste réflexion sur le bonheur de l’être humain : ici et maintenant et non plus au-delà de la mort, comme dans les traditions religieuses et celles de la Renaissance.

DENIS DIDEROT

Denis Diderot, fondateur de l’Encyclopédie
Denis Diderot homme de lettres célèbre de son vivant, est le maître d’œuvre de l’Encyclopédie, qu’il dirige avec Jean Le Rond dit d’Alembert, philosophe, écrivain, encyclopédiste et aussi critique d’art, Diderot continuera après sa disparition d’exercer une influence sur les précurseurs du romantisme.

D'après un portrait de Denis Diderot, en robe de chambre, de Louis-Michel Van Loo, vers 1770, Paris, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un portrait de Denis Diderot, en robe de chambre, de Louis-Michel Van Loo, vers 1770, Paris, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

L’être humain porte en lui petitesse et grandeur
Si la raison est un don du Ciel et que l’on en puisse dire autant de la foi, le Ciel nous a fait deux présents incompatibles et contradictoires…

… Dire que l’homme est un composé de force et de faiblesse, de lumière et d’aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n’est pas lui faire son procès, c’est le définir… (Diderot, Addition aux Pensées philosophiques)

Diderot n’hésite pas à interroger ses contemporains sur leurs pratiques sociales, morales et spirituelles. Il écrit des pièces de théâtre et renouvelle le roman avec Jacques le Fataliste, ouvrage satirique publié en 1778.

Diderot s’attache aussi à mettre en lumière les métiers et les savoir-faire… et ce philosophe inaugure aussi la critique d’art…

D’après Denis Diderot, de Jean Antoine Houdon, marbre, 1773, Paris ; et Diderot, de Jean Antoine Houdon, terre cuite du Salon de 1771, France, face et profil, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Diderot dénonce un art du portrait trop flatteur…
Critique d’art, Diderot dénonce notamment l’art des portraitistes de son temps, trop flatteur, qui enjolive les modèles au détriment de la vérité…

Il critique notamment le travail de François Boucher, selon lui, un artiste de la facilité qui “gâte” un “talent rare”… Diderot n’apprécie pas l’académisme ni les conventions officielles auxquelles se consacrent certains artistes de son temps, très en vogue…

Le penseur défend un art réaliste et moral, ainsi que les sujets qui mettent en valeur la vie quotidienne. Ainsi, Diderot commente les œuvres exposées dans les Salons, entre 1759 et 1781.

D'après un portrait de Denis Diderot, de Louis Michel Van Loo, peinture, vers 1770, Paris, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un portrait de Denis Diderot, de Louis Michel Van Loo, peinture, vers 1770, Paris, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Diderot et son ami Van Loo
Au Salon de 1767, Denis Diderot réagit à son propre portrait peint par Louis Michel Van Loo, son ami. L’écrivain évoque une œuvre au caractère vivant, empreinte de douceur et de vivacité

Mais le penseur évoque néanmoins un sujet joli comme une femme, lorgnant, souriant, mignard, faisant le petit bec, la bouche en cœur… Diderot reproche à son ami Van Loo, qui lui offre le portrait après le Salon, le manque de réalité de cette figure…

Il commente : Mes enfants… je vous préviens que ce n’est pas moi ! L’écrivain-philosophe se trouve trop riant, mignon, efféminé, vieux-coquet. D’autres portraits de Diderot donnent, par ailleurs, une image plus dynamique ce cette figure des Lumières.

Le sculpteur Jean Antoine Houdon, par exemple, réalise des portraits de Diderot dont il émane à la fois réalisme et noblesse. Ainsi, la profondeur de la pensée et l’intelligence du sujet semblent donner vie au marbre et à la terre cuite…

D’après Denis Diderot, de Jean Antoine Houdon, marbre, daté 1775, selon le buste en terre cuite du Salon de 1771, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

L’Encyclopédie de Denis Diderot et d’Alembert
Philosophie, littérature, roman, théâtre…, Denis Diderot laisse une œuvre riche, originale, et complexe qui s’inscrit dans l’esprit des Lumières.

Mais la hardiesse de sa pensée lui a valu quelques déboires avec les autorités. Ce philosophe-écrivain possède un goût prononcé pour les idées nouvelles et sa curiosité dans le domaine des sciences et insatiable…

Ainsi, l’ambitieuse Encyclopédie orchestrée par Denis Diderot (1713-1784) et Jean Le Rond dit d’Alembert (1717-1783), vise à rassembler toutes les connaissances de leur temps. La diffusion de ces savoirs encyclopédiques se limite toutefois en réalité à un public éclairé…

D’après le Frontispice de l’Encyclopédie, dessin de Charles-Nicolas Cochin, Salon de 1765, graveur Bonaventure-Louis Prévost ; Jean Le Rond dit d’Alembert, géomètre, mathématicien et philosophe, de Catherine Lusurier, huile sur toile, 1777 ; et Denis Diderot, philosophe, écrivain et encyclopédiste, de Pierre Michel Alix, vers 1793, estampe ; France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Les 35 volumes de l’Encyclopédie font de ce grand ouvrage la plus importante création éditoriale du XVIIIe siècle, tant par l’ampleur des connaissances collectées que par sa durée de réalisation (quelque 1 000 ouvriers durant 25 ans). Ainsi, Diderot y consacre plus de vingt années de sa vie…

Les 35 volumes de l’Encyclopédie comportent 17 volumes de texte, 11 de planches, 4 de supplément, 2 volumes d’index de 18000 pages et 1 supplément de planches.

Diderot et d’Alembert s’entourent de plus de 150 collaborateurs qui rédigent quelque 72000 articles. Ce Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers accorde une importance originale aux arts et aux métiers.

D’après l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, Diderot et d’Alembert, 1751-1772 ; et L’art du verre, Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, 1751-1772, France, XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Malgré les attaques de la censure, cet immense chantier d’édition va se dérouler sur une vingtaine d’années. Malgré la censure et les interdictions, quelques 25000 exemplaires sont vendus entre 1751 et 1782. Finalement, l’Encyclopédie est achevée en 1780…

Cette Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, est un ouvrage collectif inédit. Cette remarquable édition donne sa place à l’être humain au centre de l’univers, et bouleverse ainsi la hiérarchie traditionnelle des savoirs et des connaissances…

La liberté d’écrire et de parler impunément, marque ou l’extrême bonté du prince, ou le profond esclavage du peuple ; on ne permet de dire qu’à celui qui ne peut rien. Denis Diderot. (Œuvres complètes de Diderot, par J.  Assézat)

Joséphine de Beauharnais rend hommage aux Lumières
Commandée par Joséphine de Beauharnais au peintre Lemonnier, une toile exposée au Salon de 1814 représente Le salon littéraire de Madame Geoffrin. Cette composition de groupe illustre pour la postérité les personnalités politiques, philosophiques et artistiques influentes à Paris au cours du siècle des Lumières, bien au-delà des membres qui fréquentaient, en réalité, les salons de Madame Geoffrin…

D’après Le salon littéraire de Madame Geoffrin, Lecture de la tragédie “L’orphelin de la Chine”, de Voltaire, d’Anicet Charles Gabriel Lemonnier, 1812, France. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Le salon littéraire de Madame Geoffrin, Lecture de la tragédie “L’orphelin de la Chine”, de Voltaire, d’Anicet Charles Gabriel Lemonnier, 1812, France. (Marsailly/Blogostelle)

Parmi les invités du salon littéraire de Madame Geoffrin, épouse du directeur de la manufacture des glaces, on peut voir Montesquieu, Diderot, D’Alembert, Turgot, Marmontel… L’assemblée participe à une lecture de la tragédie L’orphelin de la Chine, de Voltaire…

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle apjc, les artistes renoncent aux ors et à la luxuriance de l’Art Rocaille (dit aussi Rococo) et reviennent à une esthétique classique, plus sobre, plus solennelle et plus monumentale. Un goût nourri pour l’antique puise alors son inspiration auprès des maîtres de la Renaissance et dans l’Antiquité gréco-romaine…

Article suivant : L’art au XVIIIe siècle, l’éclosion de l’esprit néoclassicisme

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Bloc- notes + Une œuvre philosophique? Candide ou l’Optimiste, de François Marie Arouet dit Voltaire (1694 – 1778) ; Des penseurs et philosophes? Denis Diderot, qui dirige L’Encyclopédie (1713-1784) avec D’Alembert ; Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), auteur du Du contrat social ; L’Allemand Emmanuel Kant (1724-1804), auteur de La Critique de la raison pure (1781) ; Une femme de lettres ? Olympe de Gouges (1748-1793), auteur de la pièce Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage (1785), contre l’esclavage… Musique? Wolfgang Amadeus Mozart (1756 – 1791) ; Antonio Vivaldi (1678 -1741) ; Jean-Sébastien Bach (Johann Sebastian Bach, 1685- 1750) ; Georg Friedrich Haendel (1685 -1759)…

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