De William Blake à William Turner, une originalité inclassable au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle

D'après l'art de William Blake. (Marsailly-Blogostelle)

La mythologie picturale de William Blake

L’art au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle (3)… William Blake exploite son art hors norme pour exprimer sans risques de représailles ses idéaux et son esprit critique. Cet artiste aux “livres prophétiques” use de poésie, de symbolique, de créativité mythologique. William Blake, comme William Turner, affirme une originalité artistique inclassable… Morceaux choisis…

Lire William Blake première partie : La plume de William Blake célèbre les noces du Ciel et de l’Enfer…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Publié le 10 janvier 2020 –

D’après La Tentation d’Ève, détail, de William Blake, Paradise Lost de John Milton, 1808, plume, encre, aquarelle, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après La Tentation d’Ève, détail, de William Blake, Paradise Lost de John Milton, 1808, plume, encre, aquarelle, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

REPÈRES CHRONOLOGIQUES. Fin XVIIIe siècle en Angleterre : Georges II : 1727-1760, roi de Grande-Bretagne, duc de Brunswick-Lunebourg et prince-électeur du Saint-Empire romain germanique – Georges III : 1760-1820, roi de Grande-Bretagne et roi d’Irlande, puis en 1801, roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande. En France : Louis XVI : 1774-1792 – Révolution Française 1789 – Convention, Directoire, Consulat – Napoléon Ier : 1804-1814. Louis XVIII (Bourbon) : 1814 – 1824 – Charles X : (Bourbon) 1824 – 1830.

LA COMÉDIE DIVINE DE WILLIAM BLAKE…

Idéaliste, inspiré, intransigeant et excentrique, William Blake donne libre cours à son exaltation créatrice passionnée et originale. L’artiste dessine, grave et peint de nombreux sujets bibliques et poétiques. Blake se distingue par l’ambiguïté de ses sujets et de ses figures aux interprétations multiples…

D’après Satan Before the Throne of God (Satan devant le trône de Dieu), de William Blake, Livre de Job, 1804-1807, aquarelle, plume, encre, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Satan Before the Throne of God (Satan devant le trône de Dieu), de William Blake, Livre de Job, 1804-1807, aquarelle, plume, encre, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

L’immense créativité de William Blake

William Blake exploite l’idéal néoclassique de l’héroïsme de manière fantastique… L’artiste dessine et peint un univers imaginaire qui lui permet de réprouver avec subtilité les dogmes religieux ou politiques de son temps. Sa créativité immense favorise aussi sa critique de personnalités telles Isaac Newton ou Dante Alighieri, que par ailleurs l’artiste respecte voire apprécie…

D’après Satan s’adressant à ses Légions, de William Blake, encre, aquarelle, 1816-1818, début XIXe siècle ; Jerusalem, The Spectres of Albion…, Plate 78, de William Blake, 1804-1820, encre et aquarelle, début XIXe siècle ; et le plafond de la Chapelle Sixtine, Michelangelo (Michel-Ange), 1508 – 1512, Vatican, Renaissance italienne. (Marsailly/Blogostelle)

William Blake admire l’art et le style de Michelangelo… Ce célèbre artiste de la Renaissance italienne lui inspire la puissance du trait, la forte présence des corps et le goût de la mise en scène, sublime ou grandiose…

Le Songe de Jacob

Avec Jacob’s Ladder (L’Échelle de Jacob), William Blake évoque un épisode biblique du Livre de La Genèse, quand le patriarche fuit son frère Esaü qu’il a dépossédé de son droit d’aînesse. Une nuit, à Béthel, Jacob voit en songe une échelle grâce à laquelle les anges montent et descendent du Ciel…

D’après Jacob’s Ladder, de William Blake, 1805, plume, encre et aquarelle, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Jacob’s Ladder, de William Blake, 1805, plume, encre et aquarelle, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Blake aspire à l’expression du divin dans l’être humain

Si La Bible et la relation au divin nourrissent l’art de William Blake, l’artiste est cependant hostile à l’Église d’Angleterre, au dogmatisme qui asservit et à toute forme de religion institutionnelle. L’artiste poète est par ailleurs séduit par les idéaux des révolutions française et américaine.

William Blake voit dans le “Divin” l’unité de tous les êtres humains dans leur diversité, quelles que soient leurs différences. Blake exprime une profonde aversion pour toute forme de système hiérarchisé, notamment les religions institutionnelles ou officielles.

D’après America a Prophecy, de William Blake, 1793, gravure, encre, aquarelle ; et A Prophecy, The deep of winter com…, de William Blake, 1794, encre, huile, aquarelle ; fin XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Pour William Blake, “Toutes les religions sont une”

En 1789, William Blake et son épouse ne cachent pas leur intérêt pour la doctrine du mystique suédois Emanuel Swedenborg (1688-1772), qui repose sur une révélation divine et la mission de faire connaître le sens intérieur et spirituel des Saintes-Écritures. Blake aspire à susciter l’expression du divin dans l’être humain…

Pour William Blake, qui rédige deux traités sur la religion, « Toutes les religions sont une » (All Religions Are One, 1788-1789) et « Il n’y a pas de religion naturelle » (There is no Natural Religion, 1789). Cet artiste et poète exprime une spiritualité « libertaire », empreinte de christianisme ainsi que de conceptions mystiques, mystérieuses voire ésotériques…

D'après Cain Fleeing from the Wrath of God ou The Body of Abel Found by Adam and Eve, de William Blake, 1805-1809, aquarelle, encre, mine de plomb, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Cain Fleeing from the Wrath of God ou The Body of Abel Found by Adam and Eve, de William Blake, 1805-1809, aquarelle, encre, mine de plomb, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Caïn fuyant la colère de Dieu ou Le corps d’Abel découvert par Adam et Ève… Un thème biblique interprété par Blake comme un drame à la fois familial et mythique, humain et transcendant…

William Blake exprime son génie propre

À cette même époque, William Blake achève son premier poème prophétique illustré, Tiriel. Il élabore aussi son recueil Chants d’Innocence, un opus empreint de spiritualité chrétienne… L’écrivain et critique littéraire anglais William Michael Rossetti (1829-1919) qualifie Blake, artiste inclassable, d’astre glorieux…

Les visions de William Blake l’emportent au-delà de celles inspirées par le poète John Milton, Swedenborg ou encore le philosophe mystique allemand Jakob Böhme. Si Blake explore l’univers biblique, la spiritualité et la relation de l’être humain à la divinité, il enrichit et transcende ses sources d’inspiration grâce à son génie propre…

D'après Tiriel, Har, et Heva, de William Blake, poème Tiriel, 1789, encre de Chine, fin XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Tiriel, Har, et Heva, de William Blake, poème Tiriel, 1789, encre de Chine, fin XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Tiriel, roi mythique tyrannique…

William Blake compose encore, vers 1789, l’un de ses premiers poèmes “prophétiques”, Tiriel. Le poète artiste met en scène l’expression émotionnelle d’une tragédie familiale, à la fois mythique et allégorique. Blake raconte, en huit parties, l’histoire obscure du souverain de “l’Ouest” Tiriel, roi tyrannique devenu aveugle. La cécité évoque le contraire de la clairvoyance…

Il semble que, dans plusieurs de ses “livres prophétiques”, William Blake dénonce les abus d’une l’autorité supérieure, réelle ou mythique, ainsi que le pouvoir de domination de toute forme de tyrannie. Et cela dans un contexte social propice aux idéaux révolutionnaires…

D’après The Book of Thel, précédé du livre de Tiriel, de William Blake, plume, encre, aquarelle, vers 1789, fin XVIIIe siècle, et tirage 1815-1818. (Marsailly/Blogostelle)

Le Livre de Thel

Dans The Book of Thel (le Livre de Thel), William Blake raconte l’histoire de Thel, fille de Séraphim. Thel se désole du dépérissement de tout dans la nature. Cette figure de l’enfance est amenée à prendre conscience de la Mort…

William Blake illustre Le Paradis perdu de Milton

William Blake réalise des aquarelles sur le thème biblique d’Adam et Ève, inspirées par Paradise Lost (Le Paradis perdu) du poète John Milton, dont les écrits évoquent la chute de l’Humanité… Ainsi, il illustre La Création d’Ève (Et elle s’appellera Femme), La Création d’Adam, La Tentation d’ Ève par Lucifer…

D’après La Tentation d’Ève, de William Blake, Paradise Lost de John Milton, 1808, plume, encre, aquarelle, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après La Tentation d’Ève, de William Blake, Paradise Lost de John Milton, 1808, plume, encre, aquarelle, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

La transgression d’Ève

Dans Paradise Lost, l’humanité – telle une marionnette – ne dispose pas d’une véritable liberté dans le jardin d’Éden, où croissent l’arbre de Vie et l’arbre de la Connaissance.

Grâce à l’audace et à la transgression de la compagne d’Adam, Ève, se laissant convaincre par Lucifer, la Chute semble finalement donner du sens à l’humain, à l’amour, à la liberté, à la connaissance, à l’histoire… William Blake illustre Le Paradis perdu selon sa touche personnelle et visionnaire…

D’après La Création d’Ève, de William Blake, 1822, Paradise Lost de John Milton, plume, encre, aquarelle, début XIXe siècle ; et La Création d’Adam, de William Blake, 1795-1805, La Genèse, plume, encre, aquarelle, fin XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

L’HISTOIRE BIBLIQUE DE JOB

Le Livre de Job selon William Blake

Entre 1804 et 1807, William Blake réalise une série de 21 aquarelles illustrant son Livre de Job. Ce thème biblique permet à l’artiste de raconter “son histoire” de Job, un homme de bien dont la foi est éprouvé.

Job est confronté à Dieu, au Mal, à la souffrance et à la misère… Blake sublime le sens de ce récit dramatique voire horrifiant. Et malgré son manque de réflexion, sa foi infaillible mènera Job à finalement recouvrer santé et bonne fortune…

D’après Satan Smiting Job with Sore Boils, de William Blake, 1826, Livre de Job, encre et tempera, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Satan Smiting Job with Sore Boils, de William Blake, 1826, Livre de Job, encre et tempera, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Dans sa version, Blake met en lumière le caractère d’un Job, qui tend à suivre la loi divine à la lettre, plutôt que de réfléchir à en comprendre l’esprit. Job tombe alors sous l’emprise de Satan et sa souffrance empire… Satan Smiting Job with Sore Boils représente Satan torturant Job à l’eau bouillante…

Blake dépeint un Job habité par le doute…

When the Morning Stars Sang Together (Quand les étoiles du matin ont chanté ensemble) représente le Dieu créateur entouré par le Soleil et la Lune, la Lumière et l’Obscurité. Dessous, Job et son épouse sont là, agenouillés…

D’après "When the Morning Stars Sang Together", de William Blake, Livre de Job, 1804-1807, aquarelle, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après When the Morning Stars Sang Together, de William Blake, Livre de Job, 1804-1807, aquarelle, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Job avait demandé à Dieu de lui expliquer en quoi il méritait de subir un si terrible sort… Dans The Lord Answering Job from the Whirlwind, William Blake décrit “le seigneur qui répond à Job depuis le vortex”. Blake dépeint un Job accablé, habité par le doute et l’incompréhension…

Dieu répondit alors à Job : Où étais-tu quand j’ai posé les fondations de la Terre?… Lorsque les étoiles du matin ont chanté ensemble et que tous les fils de Dieu ont crié de joie?

D’après The Lord Answering Job from the Whirlwind, de William Blake, 1803-1805, aquarelle, plume, encre, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après The Lord Answering Job from the Whirlwind, de William Blake, 1803-1805, aquarelle, plume, encre, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

La douloureuse expérience de Job

Suite à une décision divine arbitraire inspiré par Satan, Job expérimente la maladie, la pauvreté, la douleur, voit l’image d’un démon, a la vision de Dieu lui montrant Béhémoth, La Bête, et Léviathan, monstre marin à plusieurs têtes, discute de sa mise à l’épreuve et de la Justice divine avec ses amis Elihu et Eliphaz…

Dans Job’s Sons and Daughters Overwhelmed by Satan, William Blake représente Les fils et les filles de Job complètement à la merci de Satan…

D’après Job’s Sons and Daughters Overwhelmed by Satan et Béhémoth et Léviathan, de William Blake, 1805-1810, Livre de Job, plume, encre, lavis, aquarelle ; et Béhémoth et Léviathan, de William Blake, Livre de Job, gravure, 1825 (réimprimé 1874) ; début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

En tant que créatures mythiques monstrueuses, Béhémoth et Léviathan trouvent leur origine dans la mythologie babylonienne. Tels Tiamat et Kingu, ils symbolisent les puissances primordiales du Chaos…

D’après The Fall of Satan (La Chute de Satan), de William Blake, Livre de Job, 1804-1807, aquarelle, plume encre, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après The Fall of Satan (La Chute de Satan), de William Blake, Livre de Job, 1804-1807, aquarelle, plume encre, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Job, le « jouet » d’une volonté divine arbitraire…

Malgré la fatalité qui s’abat sur lui et sa totale incompréhension de ce qui lui arrive, Job conserve pourtant sa foi. Une forme de piété qui s’apparente plus à une obéissance aveugle qu’à une conviction profonde.

Job symbolise là une condition humaine devenue le « jouet » d’une volonté divine arbitraire… Et l’on assiste, finalement, à la chute de Satan et à la clémence céleste…

D’après Job and His Family Restored to Prosperity, de William Blake, Livre de Job, 1804-1807, aquarelle, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Job and His Family Restored to Prosperity, de William Blake, Livre de Job, 1804-1807, aquarelle, début XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Blake illustre la guérison et la réhabilitation de Job. Ce pieux « serviteur » de dieu recouvre santé et prospérité auprès des siens. Un événement célébré en famille…

L’ANCÊTRE DES JOURS, URIZEN

“L’Europe, a prophétie” évoque un monde déchu…

William Blake réalise deux livres enluminés, Amérique, a Prophétie (1793) et Europe a Prophétie (1794), dont l’on connaît 12 épreuves. Comme d’autres ouvrages qualifiés de « prophétiques » par l’artiste, Europe a Prophétie, un ensemble poétique à la fois audacieux et très complexe, se prête à de multiples interprétations…

Les personnages mythiques d’Urizen, d’Énitharmon et d’Orc se mêlent à des événements révolutionnaires contemporains. “L’Europe” évoque un monde déchu, en proie à de nombreux malheurs, tels la guerre, la famine, la peste, la cruauté, l’emprisonnement, la traîtrise…

Voir l’article précédent : William Blake célèbre les noces du Ciel et de l’Enfer

D’après Europe a Prophecy, serpent, texte et images, titre et Prélude, de William Blake, 1794, gravure, encre, aquarelle, fin XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Parmi les attributs symboliques traditionnels du serpent figurent le don de prophétie, la connaissance, la fertilité…

« L’Ancien des Jours » et la figure d’Urizen

Avec Europe a Prophecy William Blake bouscule les conventions de son temps. Comme pour The Marriage of Heaven and Hell (le Mariage du Ciel et de l’Enfer) et The Book of Urizen (le Livre d’Urizen). L’artiste s’inspire notamment de la Genèse et de la poésie de John Milton, Paradise Lost (Le Paradis Perdu).

Le style du dessin, gravé à l’eau-forte, renvoie à l’admiration de William Blake pour l’art et la puissance artistique de Michelangelo (Michel-Ange)… Ainsi, sur le frontispice d’Europe a Prophecy, L’Ancêtre des jours surgit du vortex muni d’un immense compas…

D'après The Ancient of Days, Europe a Prophecy, Frontispice, William Blake, 1794. (Marsailly/Blogostelle)
D’après The Ancient of Days, Europe a Prophecy, Frontispice, William Blake, 1794, gravure, encre, aquarelle, fin XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Un créateur tyrannique…

L’iconographie de The Ancient of Days (L’Ancien des Jours) rappelle la figure mythique du législateur Urizen dans la mythologie de William Blake. Pour le poète, cet instigateur de souffrances et de violences s’identifie au dieu répressif de l’Ancien Testament. Et il symbolise le Créateur d’une religion trompeuse, dominatrice, tyrannique…

Ainsi, William Blake critique aussi, sans doute, l’Église anglicane, dont le chef temporel est le roi George III. L’Ancien des Jours fabrique de grands instruments en or, argent, fer et bronze, parmi lesquels le compas, pour mesurer l’immensité et créer un monde prêt à se plier à sa volonté.

 D'après Urizen, de William Blake, Europe a Prophecy, 1794. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Urizen, de William Blake, Europe a Prophecy, 1794, plume, encre, aquarelle, fin XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

L’image de l’architecte divin…

Si la figure de L’Ancien des Jours brandit son compas sur la page du frontispice d’Europe a Prophecy, une autre image le montre accompagné d’un impressionnant filet, un piège redoutable évoquant l’emprisonnement provoqué par une toute puissance divine ou religieuse tyrannique…

Cependant, l’image de L’Ancêtre des jours renvoie aussi à celle du Démiurge Créateur ou Architecte Divin, qui façonne le monde muni de son compas d’or. On rencontre une problématique comparable dans l’image maçonnique du Grand Architecte.

D'après Night VIII, La Géométrie, de William Blake, 1795-1797, Edward Young, fin XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Night VIII, La Géométrie, de William Blake, 1795-1797, Edward Young, plume, encre, lavis, aquarelle, fin XVIIIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Le thème de la géométrie

Par ailleurs, les emblèmes de la franc-maçonnerie spéculative, née en 1717, à Londres, sont l’équerre le compas et le fil à plomb, des signes inspirés de la symbolique médiévale des bâtisseurs…

On retrouve le également thème de la géométrie sur une image de Night VIII, un ouvrage de William Blake illustrant les poèmes d’Edward Young. Par ailleurs, l’artiste dépeint un Isaac Newton (mort en 1727), en plein exercice de géométrie…

William Blake dépeint Isaac Newton “sous l’eau”

William Blake représente Isaac Newton sous les traits d’un jeune homme fort et musclé, installé au fond de l’Océan. Nu, il a l’air de réfléchir assis sur un rocher recouvert par les algues.

D’après Isaac Newton, de William Blake, 1795-1805, plume, encre et aquarelle, fin XVIIIe-XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Isaac Newton et son compas, de William Blake, 1795-1805, plume, encre et aquarelle, fin XVIIIe-XIXe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Newton semble mobiliser toute son attention sur le motif géométrique qu’il dessine à l’aide d’un compas. L’artiste critique subtilement le savant qui, trop absorbé par son activité, paraît incapable de percevoir ce qui se passe ailleurs autour de lui…

Orc, l’esprit de rébellion

Par ailleurs, dans sa mythologie, William Blake oppose Urizen, symbole de la loi divine dominatrice, à Los, figure de la bienveillance et de l’imagination, et à son fils, Orc, qui incarne l’esprit de rébellion, la transgression et l’aspiration à la liberté…

Ce thème mythique se rattache aussi aux idéaux de la Révolution française et de la guerre d’indépendance américaine…

D’après America a Prophecy, Orc, William Blake,1793, gravure, encre, aquarelle, fin XVIIIe siècle (Marsailly/Blogostelle)
D’après America a Prophecy, Orc, de William Blake,1793, gravure, encre, aquarelle, fin XVIIIe siècle (Marsailly/Blogostelle)

William Blake se distingue dans ces écrits poétiques et “prophétiques” comme dans ses créations visuelles visionnaires. William Turner, de son côté, travaille de manière inédite le paysage, la lumière et la couleur. Artistes d’une incroyable modernité, William Blake et William Turner rendent l’irréel palpable, mais de manière très différente…

Article suivant, bientôt : Expérimentation et modernité, au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle : William Blake et William Turner rendent l’irréel palpable…

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Bloc-notes + Open Edition, La voix prophétique de William Blake, de Patrick Menneteau journals.openedition.org/babel/2874

2 commentaires sur “De William Blake à William Turner, une originalité inclassable au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle

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