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Histoire du sacré

Le Sacré : du svastika au labyrinthe, la quête de la transcendance

Histoire du sacré. Labyrinthe et svastika expriment un symbolisme spatial, solaire, céleste et cosmique. Ces symboles nous invitent aussi à méditer sur le sens de notre existence, à suivre un chemin…

Comme Thésée, suivre “le fil d’Ariane”…

Symbolisme : triskèle, svastika et labyrinthe (2)… La conception transcendante d’un mouvement circulaire, cyclique ou évolutif sur plusieurs plans devient plus complexe au cours du temps. Cette idée se matérialise dans divers glyphes sacrés, trouvant son aboutissement dans les symboles de la spirale, du triskèle, du svastika et du labyrinthe… Le labyrinthe et le minotaure sont gravés sur de nombreuses pièces de monnaie de Cnossos, en Crète…

Par Maryse Marsailly (@blogostelle)
– Dernière mise à jour juillet 2020 –

 D’après le labyrinthe de Dédale, palais du Minotaure manuscrit, parchemin latin, IXe siècle, art médiéval. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le labyrinthe de Dédale, palais du Minotaure manuscrit, parchemin latin, IXe siècle, art médiéval. (Marsailly/Blogostelle)

MINI-SOMMAIRE

  1. Le Sacré : le symbolisme du triskèle, du svastika et du labyrinthe – Triskèle versus svastika, symboles cosmiques
  2. Le Sacré : du svastika au labyrinthe, la quête de la transcendance – Comme Thésée, suivre “le fil d’Ariane”…
  3. Le Sacré : la symbolique du labyrinthe, espace sacré, défensif et initiatique – Le parcours complexe du labyrinthe
  4. Le Sacré : du labyrinthe à l’entrelacs, on chemine sur le fil – Le labyrinthe emprisonne ou libère…

DU SVASTIKA… AU LABYRINTHE

Spirale, triskèle (motif à trois jambes), croix dans un cercle ou dans un carré, svastika et labyrinthe symbolisent un principe cosmique universel. Appliqué à un plan, le symbolisme spatial du svastika rejoint celui du labyrinthe…

D’après le labyrinthe d'Amiens, motif du svastika, 1270, cathédrale Gothique, XIIIe siècle, France, période médiévale. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le labyrinthe d’Amiens, motif du svastika, 1270, cathédrale Gothique, XIIIe siècle, France, période médiévale. (Marsailly/Blogostelle)

« Le labyrinthe recelait en ses murs aveugles le lacis de ses couloirs et la ruse de ses mille détours. »

Virgile, Énéide, (588)

Le centre spirituel de l’univers

Du point de vu individuel, ces symboles renvoient à la quête de l’être humain pour rejoindre le centre spirituel de l’univers. Nommé, selon les cultures et les croyances, Soi, Centre, Principe (au sens métaphysique), Dieu, Grand Architecte, Jérusalem Céleste ou diverses divinités suprêmes universelles…

Le svastika forme une croix à quatre branches égales

La signification du svastika se rattache au symbolisme spatial de la croix, qui croise le plan vertical – céleste, divin ou principiel (relatif au principe comme cause première) – et le plan horizontal, terrestre, image du monde manifesté (humain, animal, végétal et minéral) tel que nous le percevons…

Le motif du svastika apparaît dans les ornements de différentes civilisations et à des époques diverses. Comme dans la Grèce antique et à Pompéi, souvent associé à des motifs de frises de “grecques”, de « chaînons » et de motifs tressés…

D’après Thésée et le Minotaure, et frises de svastikas et de grecques, détail, céramique, style attique à figures rouges, 440-430 avjc, Vulci, art antique ; des frises de grecques, de svastikas et de chaînons, Pompéi, époque Romaine (La Grammaire de l’ornement, Owen Jones, 1856) ; et le labyrinthe-svastika, statère de Cnossos, détail, argent, IVe siècle avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

Une frise de croix accompagne le dieu Janus

Sur un vitrail médiéval de Notre-Dame de Paris, le “Banquet de Janus”, une frise de croix dans des motifs quadrangulaires apparaît sous la figure double de Janus, dieu romain du passage de l’année ancienne à l’année nouvelle. Janus est aussi la divinité des commencements et des fins, en analogie aux symboles de l’Alpha et de l’Oméga, souvent associés au Christ.

D'après la figure de Janus, et frise de croix, vitrail, Notre-Dame de Paris, 1163-début-XIVe siècle, style Gothique, art Médiéval. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la figure de Janus, et frise de croix, vitrail, Notre Dame de Paris, 1163-début-XIVe siècle, style Gothique, art Médiéval. (Marsailly/Blogostelle)

“Svasti” signifie le “salut”

Symbole spatial et cosmique, le symbole du svastika prend la forme d’une croix à quatre branches égales et coudées (souvent vers la gauche). Ce motif apparaît sur les poteries égéennes et grecques et dans l’art des peuples germaniques de l’Antiquité.

On le rencontre également dans les civilisations précolombiennes, en Inde ancienne, en Orient, en Extrême-Orient… Il ne faut pas confondre le svastika ancestral avec la croix gammée de l’Allemagne nazie d’Hitler, emblème idéologique destructeur.

En Inde ancienne et encore de nos jours, le svastika continue d’être considéré comme un symbole “de bon augure”, notamment pour les hindous, les jaïns et les bouddhistes. Le mot sanskrit “svastika” dérive de “svasti”, qui signifie le “salut”.

D'après une mosaïque, motifs de svastikas, villa La Olmeda, à Pedrosa de la Vega, Palencia, Ier-IVe siècle, période romaine, art antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après une mosaïque, motifs de svastikas, villa La Olmeda, à Pedrosa de la Vega, Palencia, Ier-IVe siècle, période romaine, art antique. (Marsailly/Blogostelle)

Motifs de svastika et liens magiques

Dans les décors antiques, le motif du svastika s’associe parfois à celui du « nœud ». Sur des mosaïques byzantines et de l’époque romaine, on peut voir aussi le motif du svastika accompagné de celui du « chaînon ».

Liens, « chaînons », cordes et nœuds sont souvent des attributs des dieux et des héros dotés d’une puissante magie divine (liens de Varuna, nœuds d’Isis, chaînes d’Hercule…) Ainsi, les dieux peuvent « lier » ou « délier », « emprisonner » ou « libérer », protéger ou détruire…

Les liens renvoient encore aux « filets de l’illusion » et de « l’ignorance », ainsi qu’à l’attachement dans la matière. Les motifs du lien-chaîne, comme ceux du fil et de l’entrelacs, évoquent également la trame qui se “tisse” dans l’univers et entre les êtres… De son côté, le tourbillonnant triskèle s’associe souvent aux entrelacs dans l’art Celte de l’âge du Fer, puis dans certains décors de la période médiévale…

D'après le motif du triskèle, boucle de ceinture, bronze, VIIIe siècle, Irlande, Haut Moyen Âge. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le motif du triskèle, boucle de ceinture, bronze, VIIIe siècle, Irlande, Haut Moyen Âge. (Marsailly/Blogostelle)

Les combinaisons du labyrinthe

Comme pour le svastika, on rencontre le thème du labyrinthe dans diverses civilisations du monde. Le labyrinthe s’apparente à une combinaison du principe de la spirale, qui renvoie à l’infini perpétuellement en devenir, et à celui de la tresse constituée d’une série de liens-nœud…

L’homme de lettre Marcel Brion (1895-1984, de l’Académie française) explique :  » Par leur rencontre, et dans leur combinaison, le thème de la tresse et le thème de la spirale dont la réunion forme le labyrinthe, perdent tous deux cette signification de l’infini qu’ils possédaient lorsqu’ils étaient isolés… »

D’après le labyrinthe, Thésée et le Minotaure, mosaïque de Loigersfelder, vers 350 avjc, IVe siècle avjc, art antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le labyrinthe, Thésée et le Minotaure, mosaïque de Loigersfelder, vers 350 avjc, IVe siècle avjc, art antique. (Marsailly/Blogostelle)

… « Le labyrinthe, en effet, comporte un but, un arrêt. Ou, pour mieux dire, il en compte deux. Pour le voyageur qui pénètre dans le labyrinthe, le but est d’atteindre la chambre centrale, la crypte des mystères… »

… « Mais lorsqu’il l’a atteinte, il doit en sortir et regagner le monde exté­rieur, parvenir à une nouvelle naissance : tel est le conte­nu de toutes les religions de mystères, et de toutes les sectes qui regardent le voyage dans le labyrinthe comme le processus nécessaire des métamorphoses d’où surgit un homme nouveau. »

… « Plus le voyage est difficile, plus les obstacles sont nombreux et ardus, plus l’adepte se trans­forme, et au cours de cette initiation itinérante, acquiert un nouveau moi. » (Marcel Brion, Les labyrinthes du temps. Rencontres et choix d’un Européen, Paris)

D’après le Jeu du serpent Mehen, lové en spirale, cheminement vers le centre, Ve-VIe dynasties, Ancien Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le Jeu du serpent Mehen, lové en spirale, cheminement vers le centre, Ve-VIe dynasties, Ancien Empire, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Un cheminement vers le centre

Comparable au jeu de l’oie, le jeu du serpent Mehen de l’Égypte ancienne évoque un cheminement vers le centre. Dans la mythologie égyptienne, le serpent Mehen protège le dieu Soleil Rê lors de sa course nocturne. Rê, avalé par la déesse Ciel Nout le soir, renaît chaque matin de la grande déesse céleste. Tel un aller et retour perpétuel…

Le passage du profane au sacré

Plus le voyage dans le labyrinthe est ardu, plus le candidat à l’initiation ou le fidèle transforme son être intérieur. Il acquiert ainsi un nouveau “soi”, d’où le terme initiatique de “deux fois né”.

Le labyrinthe, pèlerinage symbolique, évoque un passage du monde profane à la sphère sacré, des ténèbres à la lumière, de l’ignorance à la connaissance, de l’éphémère à l’éternité, du mode de l’existence individuelle à un mode spirituel, de la condition humaine au divin et à l’immortalité…

D’après le motif tournoyant du svastika, terre cuite, Samarra, vers 5000 avjc, période néolithique, Orient ancien ; le motif de la spirale, décor du grand stûpa de Sanchî, Ier siècle avjc-Ier siècle apjc, Inde ancienne du Nord ; et le motif celtique du triskèle, à triple spirale, âge du Fer. (Marsailly/Blogostelle)

Sur le plan symbolique, le svastika, symbole cosmique – comme aussi le triskèle, la roue, la spirale ou la croix – contient symboliquement en son centre un point de développement du cosmos (macrocosme) comme de la conscience individuelle (microcosme).

Voir aussi les articles

Le Sacré : la Spirale, symbole cosmique et initiatique et La Roue tourne pour l’Univers…

On retrouve une expression symbolique comparable dans l’image du labyrinthe, avec ses inextricables chemins, que l’on doit emprunter à l’aller comme au retour…

LES LABYRINTHES DES AUTEURS ANTIQUES

Le premier historien grec, Hérodote (Ve siècle avjc), l’auteur romain Pline l’Ancien (Ier siècle apjc) et le poète latin Ovide (Ier siècle avjc-Ier siècle apjc) mentionnent des labyrinthes dans leurs écrits…

D'après le labyrinthe du Minotaure, mosaïque romaine, IIe siècle, Maison des Fontaines, Conímbriga, Portugal, art antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le labyrinthe du Minotaure, mosaïque romaine, IIe siècle, Maison des Fontaines, Conímbriga, Portugal, art antique. (Marsailly/Blogostelle)

LE LABYRINTHE ÉGYPTIEN D’HÉRODOTE ET SES “PASSAGES TORTUEUX”

Hérodote évoque dans ses écrits, Livre II de l’Enquête (chapitre CXLVIII), le “premier labyrinthe” construit en Égypte par le pharaon Amenemhat III, sous la XIIe dynastie, au Moyen Empire…

“Douze cours environnées de murs”

Hérodote décrit l’édifice funéraire du roi, Amenemhat III, construit dans la région du Fayoum, tel un incroyable palais, dont les “appartements souterrains servaient de sépulture”…

D’après la deuxième pyramide du roi Amenemhat III, entrée, XIIe dynastie, Moyen Empire, Hawara, Fayoum, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la deuxième pyramide du roi Amenemhat III, entrée, XIIe dynastie, Moyen Empire, Hawara, Fayoum, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

“Il est composé de douze cours environnées de murs, dont les portes sont à l’opposé l’une de l’autre, six au nord et six au sud, toutes contiguës ; une même enceinte de murailles, qui règne en dehors, les renferme ; les appartements en sont doubles ; il y en a quinze cents sous terre, quinze cents au-dessus, trois mille en tout… »

“Sépulture aux crocodiles sacrés, et aux rois”

“… J’ai visité les appartements d’en haut, je les ai parcourus ainsi j’en parle avec certitude et comme témoin oculaire. Quant aux appartements souterrains, je ne sais que ce qu’on m’en a dit… »

D’après un couloir souterrain, complexe funéraire, deuxième pyramide du roi, Amenemhat III, XIIe dynastie, Moyen Empire, Hawara, Fayoum, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un couloir souterrain, complexe funéraire, deuxième pyramide du roi, Amenemhat III, XIIe dynastie, Moyen Empire, Hawara, Fayoum, Égypte ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

« … Les Égyptiens gouverneurs du labyrinthe ne permirent point qu’on me les montrât, parce qu’ils servaient, me dirent-ils, de sépulture aux crocodiles sacrés, et aux rois qui ont fait bâtir entièrement cet édifice… quant à ceux d’en haut, je les ai vus, et les regarde comme ce que les hommes ont jamais fait de plus grand… »

« … On ne peut en effet se lasser d’admirer la variété des passages tortueux qui mènent des cours à des corps de logis et des issues qui conduisent à d’autres cours. Chaque corps de logis possède une multitude de chambres… »

D’après la pyramide de Khéops, corridor, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, plateau de Gizeh, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la pyramide de Khéops, corridor, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, plateau de Gizeh, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

“Où finit le labyrinthe s’élève une pyramide”

“… Le toit de tous ces corps de logis est en pierre ainsi que les murs, qui sont partout décorés de figures en bas-relief. Autour de chaque cour règne une colonnade de pierres blanches parfaitement jointes ensemble… »

« … À l’angle où finit le labyrinthe s’élève une pyramide de cinquante orgyies (mesure antique), sur laquelle on a sculpté en grand des figures d’animaux. On s’y rend par un souterrain.” (Traduction d’après P.H. Larcher, 1842)

La pyramide d’amenemhat III mesurerait à 105 mètres de large sur 58 mètres de haut. Ce tombeau construit en briques est revêtu à l’origine d’un parement de calcaire.

D'après la pyramide de Khéops, couloir, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, plateau de Gizeh, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la pyramide de Khéops, couloir, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, plateau de Gizeh, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Les architectes de l’Égypte ancienne élaborent des plans complexes, fondés sur des systèmes de couloirs et de salles, afin de rendre difficile l’accès aux chambres funéraires, pour les pyramides pharaoniques et plus tard pour de grands tombeaux creusés dans les falaises de la vallée des rois.

Voir aussi l’article :

Histoire de l’art : L’Art de l’Égypte ancienne, le temps des tombeaux pharaoniques

CHEZ OVIDE, “DÉDALE CONFOND TOUS LES SENTIERS DU LABYRINTHE”

Dans Les Métamorphoses (livre VIII), Ovide raconte le mythe du Minotaure (né de l’union contre-nature de l’épouse du roi Minos et d’un taureau destiné à Poséidon). Il décrit le labyrinthe de Dédale…

« Minos veut dérober au monde la honte de son hymen : il enferme le Minotaure dans l’enceinte profonde, dans les détours obscurs du palais. Le plus célèbre des architectes, Dédale, en a tracé les fondements… »

D'après un labyrinthe, statère de Cnossos, argent, vers 425-360 avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle
D’après un labyrinthe, statère de Cnossos, argent, vers 425-360 avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle

“En mille détours il égare sa route…”

« … L’œil s’égare dans des sentiers infinis, sans terme et sans issue, qui se croisent, se mêlent, se confondent entre eux. Tel le Méandre (fleuve d’Asie Mineure) se joue dans les champs de Phrygie : dans sa course ambiguë, il suit sa pente ou revient sur ses pas… »

« … en mille détours il égare sa route, et roule ses flots incertains. Ainsi Dédale confond tous les sentiers du labyrinthe. À peine lui-même, il peut en retrouver l’issue, tant est grande la tromperie de l’édifice…” (G.T. Villenave 1806)

PLINE L’ANCIEN ET SES 4 LABYRINTHES

Dans son Histoire naturelle, Pline l’Ancien consacre le chapitre XIX du livre XXXVI à l’inventaire de quatre labyrinthes connus…

D'après la pyramide de Khéops, grande galerie, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, plateau de Gizeh, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)
D’après la pyramide de Khéops, grande galerie, vers 2930-2750 avjc, IVe dynastie, Ancien Empire, Saqqara, plateau de Gizeh, Égypte Ancienne. (Marsailly/Blogostelle)

Égypte, Crète, Lemnos, Porsenna

Pline l’Ancien se réfère à Hérodote et considère le “labyrinthe égyptien” comme le plus ancien, se ralliant à l’opinion commune qu’il s’agit d’un monument dédié au soleil. Il donne une longue description du labyrinthe égyptien : une construction vaste et complexe, englobant espaces administratifs, temples et souterrains.

Pline l’Ancien donne aussi d’autres précisions (reprises par Isidore de Séville au VIIe siècle) sur les décors et sur des “sons inquiétants”. Il évoque encore des réparations réalisées 500 ans avant Alexandre (356-323 avjc). Et mentionne ensuite un deuxième “labyrinthe”, conçu par Dédale en Crète.

D'après un labyrinthe, statère de Cnossos, argent, détail, vers 350-325 avjc, IVe siècle avjc, Crète. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un labyrinthe, statère de Cnossos, argent, détail, vers 350-325 avjc, IVe siècle avjc, Crète. (Marsailly/Blogostelle)

Des temples et des souterrains

Puis Pline l’Ancien mentionne l’existence d’un autre “labyrinthe” sur l’île grecque de Lemnos, dont il cite les trois architectes Zmilis, Rhoecus et Theodorus. Le quatrième “labyrinthe” serait à Porsenna, en Italie, un monument funéraire sur plusieurs niveaux. Tous ces “labyrinthes” seraient en pierre, en marbre et couverts de toits.

LE LABYRINTHE ET LE MYTHE DE THÉSÉE

LES STATÈRES DE CNOSSOS

Les bras en svastika du Minotaure Crétois…

Sur un statère (pièce de monnaie) crétois de Cnossos (ou Knossos), qui représente le labyrinthe-svastika et le Minotaure, la gestuelle même des bras du monstre-taureau évoque le mouvement du svastika, dont le graphisme évoque symboliquement le labyrinthe de Dédale…

D'après  le Minotaure, statère de Cnossos, argent, IVe siècle avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le Minotaure, statère de Cnossos, argent, IVe siècle avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

Le labyrinthe-svastika de Cnossos

Un autre statère, de l’antiquité tardive, représente également un labyrinthe-svastika, avec au revers une effigie d’Héra, épouse de Zeus, déesse du mariage et de la fécondité… Le labyrinthe peut prendre la forme du svastika ou celle du plan complexe et géométrique d’un palais…

Le labyrinthe et le minotaure sont gravés sur de nombreuses pièces de monnaie (statère) de Cnossos, en Crète. La civilisation minoenne (3100-1100 avjc) tient son nom de Minos, roi mythique de Crète, qui fait enfermer le Minotaure, monstre mi-homme mi-taureau, dans un labyrinthe construit par son architecte Dédale.

D’après le labyrinthe-svastika, statère de Cnossos, argent, IVe siècle avjc ; le labyrinthe et la déesse Héra, statère de Cnossos, argent, vers 350-325 avjc, IVe siècle avjc ; Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

Minos, roi mythique de Crète

La civilisation minoenne de l’âge du bronze se développe dans les îles de Crète et de Santorin en Grèce. Le palais de Cnossos (le plus imposant des 4 palais minoens avec ses 13000 mètres carrés) est découvert à la fin du XIXe siècle par l’archéologue britannique Arthur John Evans, qui rattache ce palais à ceux des rois minoens.

Les Minoens maîtrisent l’écriture et commercent avec les Égyptiens. Vers 1700 avjc, une crise se produit et le palais de Cnossos est détruit… avant d’être reconstruit. Cette civilisation minoenne disparaît vers 1200 avjc, pour une cause à ce jour toujours inconnue : guerres, sécheresse, éruption, tremblement de terre…, diverses hypothèses sont proposées…

D'après le Minotaure, gestuelle-svastika, statère de Cnossos, argent, IVe siècle avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le Minotaure, gestuelle-svastika, statère de Cnossos, argent, IVe siècle avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

Le roi Minos contrarie Poséidon

Dans la mythologie grecque, le roi Minos, fils d’Europe et de Zeus, règne sur l’île de Crète. Chaque année, Minos offre un taureau en sacrifice à Poséidon pour obtenir les faveurs du dieu de la Mer et ainsi garantir la prospérité de son royaume.

Mais Minos, gardant le magnifique taureau destiné à un sacrifice au dieu de la Mer, contrarie Poséidon qui, furieux, se venge. Le taureau séduit l’épouse de Minos, Pasiphaé…

… De leur union naît le Minotaure, un monstre à corps humain et à tête de taureau. Minos fait alors construire par Dédale, architecte et inventeur, un palais-labyrinthe où le Minotaure est enfermé.

D’après Pasiphaé et le Minotaure enfant, coupe, céramique, style attique à figures rouges, détail, vers 340-320 avjc, Vulci, art antique ; et le minotaure et le labyrinthe-svastika, argent, statère de Cnossos, détail,vers 420 avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

La conception d’Astérion dit le Minotaure

Dans l’Énéide, le poète latin Virgile (vers 70-19 avjc) mentionne l’épouse du roi Minos Pasiphaé, fille d’Hélios et de la nymphe Perséis, qui se laisse séduire par le taureau envoyé par le dieu de la Mer Poséidon (Neptune romain)…

Une huile sur toile de Jean Lemaire représente Pasiphaé auprès du magnifique taureau de Poséidon, auprès du rusé Dédale construisant une vache en bois. Sur une esquisse de Rubens, Dédale, auprès du Minotaure, porte ses outils d’architecte à la ceinture…

D’après Dédale et Pasiphaé, de Jean Lemaire, huile sur toile, XVIIe siècle ; Dédale et le Minotaure, de Pierre Paul Rubens, 1636, esquisse préparatoire, huile sur bois, XVIIe siècle ; et Pasiphaé et le Minotaure enfant, coupe, céramique, style attique à figures rouges, vers 340-320 avjc, Vulci, art antique. (Marsailly/Blogostelle)

Dédale réalise “une vache de bois…”

Selon Apollodore d’Athènes dit pseudo Apollodore (mythographe, auteur d’un ouvrage rédigé au Ier ou IIe siècle sur les dieux et les héros de la Grèce), Dédale réalise “une vache de bois montée sur des roulettes” et “recouverte d’une peau de bovidé”, dont l’intérieur est creux…

D'après le minotaure, statère de Cnossos, argent, vers 450 avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le minotaure, statère de Cnossos, argent, vers 450 avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

Dédale installe sa vache en bois dans “le pré où le taureau avait l’habitude de paître, et Pasiphaé y entra. Quand le taureau s’en approcha, il la monta”… comme une véritable vache. La jeune femme donne naissance à “Astérion, dit le Minotaure : il avait la tête d’un taureau et le corps d’un homme »…

Dédale élabore un labyrinthe en courbes et en détours

Apollodore évoque le labyrinthe de Dédale : “Minos le garda enfermé dans le Labyrinthe. Ce Labyrinthe, que Dédale avait construit, était un édifice avec des courbes présentant de nombreux détours, de façon qu’il était impossible d’en trouver l’issue.”

D'après le labyrinthe-svastika, statère de Cnossos, argent, vers 450 avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le labyrinthe-svastika, statère de Cnossos, argent, vers 450 avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

Dédale conçoit un édifice comportant de nombreuses chambres, et dont le tracé est si complexe que celui qui s’y engage ne peut que se perdre s’il n’en connaît pas le plan.

Dans l’Énéide (Ier siècle avjc), Virgile mentionne de son côté une “œuvre fameuse », un « palais aux détours inextricables…”. Il précise aussi que “Dédale triompha des pièges et des méandres de la demeure, guidant par un fil des pas aveugles.” (l’Énéide, 6, 25)

D'après un labyrinthe, statère de Cnossos, argent, 450 avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après un labyrinthe, statère de Cnossos, argent, 450 avjc, Crète, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

Se risquer à pénétrer dans ce labyrinthe sans prendre la précaution d’assurer des points de repère ne permet pas à l’intrus de retrouver le chemin de la sortie. D’où le terme de “dédale” pour évoquer un circuit composés d’éléments complexes dans lequel on risque de se perdre.

THÉSÉE TRIOMPHE DU MINOTAURE

Minos déclare la guerre aux Athénien

Virgile mentionne Androgée, fils de Minos et de Pasiphaé, qui remporte à Athènes tous les prix aux Panathénées (fêtes sacrée en l’honneur d’Athéna, déesse grecque de la sagesse et de la stratégie guerrière). Jaloux, le roi d’Athènes, Égée, fait tuer Androgée. Minos déclare la guerre aux Athéniens pour venger son fils…

D'après Thésée tuant le Minotaure, vase à boire (skyphos), céramique à figures noires, vers 550 avjc, Béotie, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Thésée tuant le Minotaure, vase à boire (skyphos), céramique à figures noires, vers 550 avjc, Béotie, Grèce antique. (Marsailly/Blogostelle)

Des jeunes gens livrés au Minotaure

Le roi crétois prend la cité et, vainqueur, accorde la paix à Athènes à condition que la ville sacrifie chaque année sept jeunes gens et sept jeunes filles pour être livrés au Minotaure. Thésée, fils d’Égée, accompagne un groupe d’Athéniens et tue le Minotaure, délivrant ainsi Athènes de ce lourd et cruel tribut.

Ariane donne à Thésée une pelote de fil

En Crète, Thésée séduit Ariane, l’une des filles de Minos et Pasiphaé, qui, grâce aux conseil de Dédale, fournit au jeune héros une boule de cire et une pelote de fil. La cire doit être jetée dans la gueule du monstre. Le fil permettra au jeune héros de ne pas se perdre dans le labyrinthe…

Ainsi, le « fil d’Ariane », attaché à l’entrée du labyrinthe, permet à Thésée de ressortir du labyrinthe après avoir terrassé le Minotaure. »

D’après Thésée terrassant le Minotaure, céramique attique à figures rouges,  440-430 avjc, Vulci, art antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Thésée terrassant le Minotaure, céramique attique à figures rouges, 440-430 avjc, Vulci, art antique. (Marsailly/Blogostelle)

Thésée retourne à Athènes et abandonne Ariane

Le triomphant Thésée enlève ensuite la jeune Ariane à laquelle il doit sa victoire contre le monstrueux Minotaure et l’emmène à Naxos. Mais un jour, lassé d’elle et profitant que la jeune femme est endormie, Thésée l’abandonne…

Selon les variantes de ce récit légendaire, le plus souvent, Ariane endormie est découverte par Dionysos accompagné de son cortège de Silènes et de Ménades…

Dionysos emmène Ariane…

Dionysos, dieu de l’ivresse, du vin et des Mystères emmène alors Ariane avec lui et l’épouse. Elle acquiert ainsi l’immortalité parmi les dieux de l’Olympe. Certaines versions évoquent la mort d’Ariane de différentes manières ou l’abandon, à contre cœur, de la jeune femme par Thésée sur ordre de Dionysos, amoureux d’Ariane…

D’après Le labyrinthe de Crète et l'histoire de Thésée et d'Ariane, Baccio Baldini, gravure, vers 1446, XVe siècle, Renaissance italienne.  (Marsailly/Blogostelle)
D’après Le labyrinthe de Crète et l’histoire de Thésée et d’Ariane, Baccio Baldini, gravure, vers 1446, XVe siècle, Renaissance italienne. (Marsailly/Blogostelle)

La légende de Thésée de Baldini

Sur une même gravure, Baccio Baldini représente les différents épisodes de la légende de Thésée, d’Ariane et du Minotaure. Devant le labyrinthe, Ariane donne à Thésée son “fil d’Ariane”. Puis la jeune femme agite une étoffe quand le bateau de Thésée repart vers Athènes…

Abandonnée par le héros, Ariane se jette ensuite dans les flots d’où Zeus la rattrape. Voyant la voile noire du navire, signe de deuil – non remplacée par la voile blanche de victoire – le roi Égée pense avoir perdu son fils et se jette dans la mer du haut de son palais…

D’après Thésée et le fil d’Ariane, et Ariane et le navire de Thésée s’éloignant, Baccio Baldini, gravure, détails, vers 1446, XVe siècle, Renaissance italienne. (Marsailly/Blogostelle)

Dédale et Icare s’échappent du labyrinthe

De son côté, Minos punit Dédale d’avoir aidé Thésée en conseillant Ariane. Le roi de Crête fait enfermer Dédale avec son fils Icare dans le labyrinthe. Mais l’architecte invente des ailes et s’évade avec Icare par le haut. Cependant, le fils de Dédale désobéit à son père, vole trop haut ver le Soleil et fait fondre la colle de ses ailes. Il tombe dans la mer et périt…

“Selon la tradition, Dédale, fuyant le royaume de Minos, eut l’audace de se confier à des ailes rapides pour gagner le ciel”

L’Énéide, Virgile (6, 10)
D'après Dédale, construisant ses ailes, et son fils Icare, IIe siècle, bas-relief romain, marbre, villa Albani, Rome, art antique. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Dédale, construisant ses ailes, et son fils Icare, IIe siècle, bas-relief romain, marbre, villa Albani, Rome, art antique. (Marsailly/Blogostelle)

LE PÉRIPLE INITIATIQUE DE THÉSÉE

Thésée épouse Phèdre… puis Médée

Thésée épouse finalement la sœur d’Ariane, Phèdre, qui s’éprend d’Hippolyte, le fils de Thésée et de la reine des Amazones. Jalouse, Phèdre accuse Hippolyte de l’aimer. Alors Thésée maudit Hippolyte et demande à Poséidon (Neptune) de l’en débarrasser.

Un monstre marin apparaît et le char d’Hippolyte se fracasse contre les rochers. Phèdre apprend la nouvelle et se pend. Ainsi, Poséidon venge la mort du Minotaure tué par Thésée. Et, finalement, Thésée épouse Médée, puis descend aux Enfers avant de parvenir à en ressortir…

D’après l'histoire de Thésée et le Minotaure, du Maître des Cassoni Campana, vers 1500 -1525, huile sur bois, selon Ovide, Métamorphoses, début XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après l’histoire de Thésée et le Minotaure, du Maître des Cassoni Campana, vers 1500 -1525, huile sur bois, selon Ovide, Métamorphoses, début XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

« Tout le mythe de Thésée raconte un voyage vers la mort, un sacrifice, une renaissance et une initiation. Dédale en est l’initiateur, le Minotaure le bourreau, Ariane la récompense, Thésée l’initié, qui peut même se payer le luxe, bien plus tard, de descendre en Enfer et d’en revenir sain et sauf.  » (Chemins de sagesse, Jacques Attali).

Le mythe de Thésée en un tableau

Le Maître des Cassoni Campana s’inspire des Métamorphoses d’Ovide. L’artiste illustre, devant le palais royal, la rencontre entre Thésée en armure, venant de débarquer, et Phèdre et Ariane (les filles de Minos et de Pasiphaé). Ensuite Thésée approche du labyrinthe, à l’entrée duquel Phèdre et Ariane l’attendent…

Auprès d’Ariane, un anneau marque le point de déroulé de la pelote de fil que la jeune femme donne à Thésée, pour qu’il retrouve le chemin de la sortie dans le labyrinthe. Thésée, figuré en chevalier, affronte le Minotaure et le tue…

 D'après Thésée combattant le Minotaure, détail, du Maître des Cassoni Campana, vers 1500 -1525, huile sur bois, selon Ovide, Métamorphoses, début XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)
D’après Thésée combattant le Minotaure, détail, du Maître des Cassoni Campana, vers 1500 -1525, huile sur bois, selon Ovide, Métamorphoses, début XVIe siècle. (Marsailly/Blogostelle)

Sur la peinture, à l’arrière du labyrinthe, on aperçoit le Minotaure qui, avant d’être enfermé dans le labyrinthe, massacre des Crétois. Victorieux Thésée rejoint le rivage pour repartir, accompagné par Phèdre et Ariane…

Le navire de Thésée repart vers Athènes… Mais le jeune héros oublie de remplacer la voile noire accrochée au mat de son bateau par une voile blanche, symbole de victoire. Le croyant mort, son père le roi Égée se donne la mort…

Des danses labyrinthiques

Par ailleurs, on danse le labyrinthe de la Grèce à la Chine antiques, et le labyrinthe est connu en Égypte ancienne… En Crête, la danse labyrinthique de Thésée, nommée “danse des grues”, se rapporte également à un cheminement initiatique. Il existe aussi, en Chine, des danses labyrinthiques, telles des danses d’oiseaux, comme “le pas de Yu”, dont la signification relève du surnaturel…

D’après le labyrinthe, Thésée combattant le Minotaure, détail, mosaïque, villa romaine, Loigersfelder, Salzbourg, Autriche. (Marsailly/Blogostelle)
D’après le labyrinthe, Thésée combattant le Minotaure, détail, mosaïque, villa romaine, Loigersfelder, Salzbourg, Autriche. (Marsailly/Blogostelle)

Des méandres des cavernes préhistoriques à la mythologie antique et aux images médiévales, le labyrinthe matérialise un espace sacré. Il symbolise aussi la quête spirituelle ou initiatique de l’être humain et les chemins inextricables qui y mènent…

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Par Maryse Marsailly

Blogostelle : Histoire de l'Art et du Sacré... civilisations, chefs-d'œuvre, mythes, symboles... Tout un univers s'exprime dans les œuvres d'art...

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